Un guide pratique des effets secondaires des médicaments anti-VIH

12. La douleur névralgique et les engourdissements

Déterminer la cause

La neuropathie périphérique peut causer des sensations d’engourdissement, de picotement et de brûlure, et, parfois, de la douleur sévère. Elle se produit le plus souvent dans les orteils, les pieds et le bas des jambes, mais les mains et les bras peuvent être touchés aussi. Normalement, les deux côtés du corps sont touchés. Il est important d’en déterminer la cause afin de pouvoir régler le problème, et votre médecin voudra peut-être ordonner des tests à cette fin.

S’il semble que vos symptômes nerveux soient causés par une médication quelconque, il faut mettre fin à celle-ci le plus tôt possible. Tout retard pourrait donner lieu à des problèmes permanents. Lorsque les médicaments en cause sont abandonnés peu de temps après l’apparition des symptômes, la douleur et l’engourdissement s’estompent habituellement avec le temps. Malheureusement, cependant, trop de personnes vivent avec de la douleur et des sensations d’engourdissement et de brûlure permanentes parce que les symptômes de la neuropathie périphérique n’ont pas été identifiés assez tôt ou parce que le traitement avec les médicaments en cause s’est poursuivi trop longtemps après l’apparition de la douleur.

Médicaments antirétroviraux et autres causes

Les médicaments antirétroviraux qui causaient autrefois le plus souvent la neuropathie chez les personnes vivant avec le VIH — à savoir la d4T (Zerit), la ddC (Hivid) et la ddI (Videx EC) — ne sont plus utilisés couramment au Canada. Les médicaments 3TC (lamivudine et dans le Combivir, le Kivexa et le Trizivir) et le T-20 (enfuvirtide, Fuzeon) sont des causes beaucoup moins fréquentes de la neuropathie. De nombreux autres médicaments risquent de provoquer ce problème aussi, alors si vous commencez à éprouver des symptômes de neuropathie périphérique, il est important que vous parliez à votre médecin et à votre pharmacien pour déterminer si l’un de vos médicaments contribue au problème.

Il existe d’autres facteurs qui sont susceptibles de causer ou de contribuer à la neuropathie périphérique, dont le diabète, l’hypothyroïdie, l’alcool, la prise de cocaïne ou d’amphétamines, la carence en vitamine B12 et le VIH lui-même.

Suppléments nutritionnels

Des rapports anecdotiques et les résultats d’essais cliniques menés chez des personnes atteintes de diabète ou du VIH laissent croire que les suppléments nutritionnels suivants aident à prévenir ou à guérir la neuropathie périphérique :

  • acide alpha-lipoïque (en doses de 300 mg, une ou deux fois par jour, préférablement sous forme de suppléments à libération prolongée)
  • acide gamma-linolénique (à raison de 240 mg, deux fois par jour)
  • acétyl-L-carnitine (à raison de 500 mg, trois fois par jour avec des repas)

Les médicaments antirétroviraux, notamment les analogues nucléosidiques plus vieux mentionnés ci-dessus, peuvent endommager les mitochondries, c’est-à-dire les centrales énergétiques des cellules. On estime que ces dommages contribuent à la neuropathie et à d’autres problèmes de santé. Heureusement, les nouveaux analogues nucléosidiques ne semblent pas causer autant de lésions mitochondriales que les versions plus anciennes.

En raison du lien entre les lésions mitochondriales et la neuropathie, certaines personnes cherchent à prévenir ou à réparer les dommages aux mitochondries en prenant une combinaison d’antioxydants, de vitamines B et de l’acide aminé acétyl-L-carnitine. Une façon d’obtenir cette combinaison de nutriments consiste à prendre :

  • une multivitamine puissante incluant le complexe intégral des vitamines B et une large gamme d’antioxydants (vitamine C, caroténoïdes, sélénium et autres)
  • un supplément d’acétyl-L-carnitine (500 mg, trois fois par jour avec des repas)

Lorsque le taux du complexe B est trop faible, certaines personnes trouvent les suppléments utiles, surtout la vitamine B6 (25 à 50 mg par jour sous forme d’un supplément du complexe B) et la vitamine B12 (voir l’annexe pour en savoir plus sur cette vitamine). La prise de grandes quantités de vitamine B6 a été associée à des problèmes nerveux. La dose quotidienne maximum recommandée est de 100 mg. La vitamine B12 est généralement sans danger, même à forte dose.

Certaines personnes prennent aussi du magnésium, un minéral essentiel au bon fonctionnement des nerfs. La dose quotidienne maximum recommandée est de 350 mg , mais des doses allant jusqu’à 500 ou 600 mg par jour pourraient être nécessaires à certaines personnes. Notons cependant qu’il existe peu de données probantes indiquant qu’un faible taux de ce nutriment cause la neuropathie périphérique. Les doses quotidiennes de plus de 350 mg peuvent causer la diarrhée. Le glycinate de magnésium serait mieux toléré que les autres formes.

La vitamine D est utile dans certains cas. De nombreuses études ont confirmé que la carence en vitamine D était courante chez les personnes vivant avec le VIH. Lors d’une étude menée auprès de personnes diabétiques, la prise de suppléments de vitamine D pendant trois mois aurait réduit de moitié la douleur causée par la neuropathie périphérique. Consultez l’annexe sur la vitamine D pour obtenir plus d’information.

Réduire la pression sur les pieds ou les mains

Toute chose qui soulage ou qui réduit la pression sur les pieds ou les mains hypersensibles peut aider à atténuer la douleur causée par la neuropathie périphérique. Voici quelques possibilités :

  • limiter le temps que l’on passe à marcher
  • éviter de porter les souliers et les chaussettes serrés
  • éviter de rester debout pendant de longues périodes
  • éviter d’exercer de la pression répétitive sur les mains
  • faire tremper les pieds ou les mains dans de l’eau glacée régulièrement
  • surélever les talons ou les mains par rapport au matelas à l’aide d’un petit oreiller afin de prévenir l’accroissement de la douleur durant le sommeil
  • éviter de mettre les couvertures pesantes sur les zones douloureuses
  • faire de l’exercice régulièrement
  • se prêter à un traitement d’acupuncture ou d’acupression

Si vous éprouvez des sensations d’engourdissement ou une absence de sensation dans vos pieds, prenez l’habitude de vérifier l’état de vos pieds tous les jours lorsque vous enlevez vos souliers et vos chaussettes. La neuropathie risque de vous empêcher de sentir des craquelures ou des plaies à vos pieds. Une inspection visuelle vous aidera à détecter tôt les problèmes et à les empêcher de s’aggraver.

Médicaments et thérapies alternatives

Même si les médicaments et traitements suivants ont surtout été étudiés dans le contexte de la neuropathie diabétique, ils peuvent aussi aider certaines personnes vivant avec le VIH à réduire la douleur causée par la neuropathie périphérique, bien s’ils soient inutiles contre l’engourdissement :

  • Les antidépresseurs comme l’amitriptyline (Elavil) et la nortriptyline (Aventyl) sont utiles dans certains cas. Les effets secondaires incluent la somnolence, la sécheresse buccale, la constipation, l’absence de mictions et l’hypotension en se redressant ou en se levant rapidement. Comme la nortriptyline a tendance à causer moins de somnolence que l’amitriptyline, elle peut être utile pour soulager la douleur durant la journée, alors que l’amitriptyline est souvent utile contre la douleur qui s’aggrave la nuit. La duloxétine (Cymbalta) est un nouvel antidépresseur utilisé contre la douleur névralgique; elle peut causer de la nausée et des perturbations du sommeil au début du traitement.
  • Les médicaments anticonvulsivants comme la gabapentine (Neurontin) et la prégabaline (Lyrica) sont aussi utiles contre la douleur névralgique dans certains cas. Ces médicaments causent la somnolence, les étourdissements et la prise de poids chez certaines personnes. D’autres anticonvulsivants, dont la carbamazépine (Tegretol) et la phénytoïne (Dilantin), sont souvent utilisés pour traiter la douleur névralgique, mais ces agents ont des interactions importantes avec les médicaments antirétroviraux, notamment les analogues non nucléosidiques et les inhibiteurs de la protéase; ils sont donc à éviter si vous prenez des médicaments appartenant à ces catégories.

    D’ordinaire, on prescrit une faible dose de tous ces médicaments pour commencer afin de minimiser les effets secondaires, notamment la sédation et les étourdissements; on augmente graduellement la dose par la suite. Il est important de noter que le soulagement de la douleur ne se produit pas immédiatement avec ces médicaments, car ils peuvent mettre de six à huit semaines pour exercer leurs pleins effets antidépresseurs ou anticonvulsivants; essayez d’être patient et de ne pas abandonner trop tôt.

  • Les médicaments anti-inflammatoires comme l’ibuprofène (Advil, Motrin) sont parfois utiles contre les symptômes neuropathiques légers. Les antidouleurs opioïdes sont une option pour le traitement de la douleur grave qui ne répond pas aux autres médicaments.
  • Dérivée d’un piment fort, la capsaïcine s’est montrée utile pour réduire la douleur neuropathique lorsqu’elle était appliquée sous forme de crème ou de timbre sur les régions douloureuses. La crème de capsaïcine ne procure qu’un soulagement temporaire de la douleur, alors elle doit être appliquée régulièrement pour assurer un apaisement durable. Certaines personnes éprouvent une vive sensation de brûlure lorsque la crème est appliquée sur la peau, ce n’est donc pas tout le monde qui la tolère.
  • La marijuana et sa version synthétique nabilone (Cesamet) sont parfois utiles contre la douleur neuropathique. Pour en savoir plus sur les approches utilisant ces drogues, consultez la section intitulée La nausée, les vomissements et la perte de l'appétit.
  • L’huile de géranium aurait aidé certaines personnes souffrant de neuropathie périphérique lorsqu’elle était appliquée sur la peau de la zone touchée.