Vision positive

printemps/été 2010 

Le sexe et l’homme gai séropositif

Derek Thaczuk nous expose les principes d’une sexualité saine.

N. B. : Veuillez noter que l’information juridique dans cet article n’est plus exacte. Pour obtenir des renseignements à jour sur le VIH et le droit, visitez www.aidslaw.ca.

SI VIVRE avec le VIH soulève des millions de questions, être séropositif et sexuellement actif en soulève un million d’autres. Dans son article « La loi et le dévoilement » (Vision positive, printemps/été 2009), Glenn Betteridge a abordé en profondeur une des questions importantes que doivent se poser les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) : quand la loi nous oblige-t-elle à révéler notre statut VIH à nos partenaires sexuels?

Même si vous réussissez à garder le tribunal hors de votre chambre à coucher, il reste plein d’autres incertitudes pour vous tracasser. Êtes-vous toujours infectieux si votre charge virale est indétectable? Quels sont les effets des infections transmissibles sexuellement (ITS) chez les personnes vivant avec le VIH? Comment aborder une relation sexuelle si vous craignez que votre partenaire pressenti entretienne des préjugés à l’égard des séropositifs?

Les hommes gais séropositifs risquent de trouver ces questions particulièrement pressantes. La culture gaie attribue beaucoup de valeur au sexe, et la pression pour en avoir peut être forte. Comment un homme gai peut-il se sentir en santé et avoir le goût du sexe quand celui-ci semble receler tant de dangers potentiels? Dans cet article, j’aborde quelques questions dont vous voudrez peut-être tenir compte avant d’aller plus loin.

En premier lieu, il faut reconnaître que votre séropositivité ne doit pas nécessairement sonner le glas de votre vie sexuelle. Votre santé sexuelle fait partie intégrante de votre santé globale; il s’agit de veiller à votre bien-être et à celui de votre partenaire sur tous les plans — physique, mental et affectif — afin d’avoir des rapports sexuels excitants et satisfaisants.

Il existe des tas de ressources sur les moyens de réduire les risques de transmission du VIH par le biais du sécurisexe. Consultez-en au www.catie.ca ou, mieux encore, appelez la ligne d’info de CATIE au 1.800.263.1638 pour obtenir toute l’information dont vous avez besoin. Mais toute discussion utile sur la santé sexuelle doit aller plus loin, car les hommes gais séropositifs ont besoin de comprendre qu’ils sont encore des êtres sexuels et désirables et ce, malgré l’homophobie et la sidaphobie qui risquent de les entourer. Ces hommes doivent apprendre à discuter franchement et ouvertement du VIH avec leurs partenaires et ils ont besoin de renseignements précis et fiables, non seulement sur les risques de transmission du VIH, mais aussi sur les infections transmissibles sexuellement (ITS), l’hépatite C, les drogues et d’autres.

Une des questions les plus controversées dans ce domaine est la suivante : une personne séropositive qui suit un traitement antirétroviral et qui a une charge virale indétectable peut-elle transmettre le VIH à quelqu’un d’autre lors d’une relation sexuelle? Bien qu’il soit impossible de répondre convenablement à cette question en quelques mots, la réponse courte est oui : il est encore possible de transmettre le virus dans une telle situation. Même s’il existe des preuves convaincantes qu’une charge virale indétectable peut réduire considérablement les risques de transmission, il y a trop de variables pour en être certain, et cette question a fait l’objet de très peu d’études chez des hommes gais (voir « Sexe, drogues et charge virale », Vision positive, hiver 2008.).

Les infections transmissibles sexuellement autres que le VIH méritent une attention particulière si vous êtes séropositif. Certaines ITS comme l’herpès risquent d’être plus graves chez les personnes vivant avec le VIH. D’autres, telle la syphilis, nécessitent souvent un traitement plus agressif. (À l’heure actuelle, le traitement standard de la syphilis de stade précoce consiste en une seule dose intramusculaire de pénicilline, mais certains médecins prescrivent un traitement plus puissant aux PVVIH.) De plus, certaines ITS — syphilis, herpès et gonorrhée — augmentent les risques de transmettre le VIH durant les rapports sexuels. Les hommes gais séropositifs ayant une vie sexuelle active devraient se faire tester régulièrement pour les ITS.

Enfin, il va de soi que toutes ces précautions ne seront pertinentes que si vous avez le goût du sexe et que vous en êtes capable, ce qui n’est pas toujours évident. Pour beaucoup d’hommes gais, être séropositif est une grande source d’anxiété et de culpabilité, et plusieurs n’éprouvent aucun désir sexuel. Certains hommes aimeraient s’intéresser davantage au sexe, alors que de nombreux autres ont de la difficulté à obtenir ou à maintenir une érection. Plusieurs facteurs peuvent conspirer à abaisser votre libido ou à vous empêcher de bander — faible taux de testostérone, dépression et anxiété, prise de médicaments ou de drogues et autres. Dans bien des cas, cependant, il est possible de prendre des mesures pour surmonter ces problèmes. Pour connaître quelques perspectives personnelles et médicales, lisez « Guérison sexuelle », dans le numéro de l’automne/hiver 2005 de Vision positive.

Comme toute autre question liée au VIH, la santé sexuelle est un sujet vaste et complexe. En abordant quelques-unes des millions de questions les plus pressantes des hommes gais séropositifs, vous verrez bien que séropositif et « sexe-positif » peuvent faire bon ménage.

 

La nouvelle publication Positif et en santé : le guide de santé sexuelle de l’homme gai séropositif au Canada (Centre de distribution de CATIE, numéro de catalogue ATI-26084) a été rédigée par des hommes gais séropositifs de partout au Canada à l’intention de leurs semblables. Sa publication sœur, Dévoilement du VIH : un guide d’information sur le droit pour les hommes gais au Canada (ATI-26082), est également disponible. Les deux ressources, publiées en partenariat avec l’Alliance pour la santé sexuelle des hommes gais de l’Ontario, la HIV & AIDS Legal Clinic (Ontario) et la Toronto PWA Foundation, se trouvent au www.catie.ca, ou vous pourriez en commander des exemplaires auprès du Centre de distribution de CATIE. Les résidants de l’Ontario devraient consulter les versions ontariennes de ces guides. (Voici le guide ontarien sur le dévoilement.) Si vous vivez en Ontario, contactez votre organisme local de lutte contre le sida pour obtenir un exemplaire.

Derek Thaczuk croit sincèrement que les hommes gais séropos et toutes les PVVIH ont droit à une vie sexuelle épanouie.

La prévention positive

Les campagnes visant la prévention du VIH ne ciblent souvent que les personnes séronégatives, mais on comprend de plus en plus que tout le monde — séropositifs, séronégatifs, personnes ignorant leur statut — a un rôle à jouer pour prévenir les nouvelles infections et ce, sans qu’il soit nécessaire de blâmer ou de diaboliser les personnes vivant avec le virus. Les anglophones ont inventé l’expression poz prevention pour décrire cette nouvelle attitude. Après tout, les gars séropositifs en savent beaucoup sur le VIH et le sécurisexe et assument souvent le rôle d’éducateurs à ce sujet auprès des autres, y compris leurs partenaires sexuels. Certains organismes de lutte contre le sida offrent maintenant des programmes de prévention positive.