Vision positive

printemps/été 2010 

Pause-Jasette : Ménage de printemps

Nous connaissons tous cela sous une forme ou une autre… les affaires dont on n’arrive pas à se débarrasser, dont on n’a plus vraiment besoin et qui ne servent plus à rien. Le désordre, les toiles d’araignées, les vêtements! Nous avons demandé à quatre PVVIH ce qu’elles ont l’intention de vider de leurs placards ce printemps, qu’il s’agisse de leurs placards réels ou spirituels.

entrevues réalisées par RonniLyn Pustil

 

SCOTT GARY MAJOR, 38 ans

Toronto
Diagnostic du VIH reçu en 1997
Compte de CD4 : 720
Charge virale : indétectable

EN FAIT, j’ai commencé à faire mon ménage de printemps en décembre. Je suis en instance de divorce et, durant le processus de mon déménagement, j’ai décidé que rien de ce qui avait été à « nous » ne serait à « moi ». J’ai réalisé que ce serait trop difficile d’emporter des affaires qui avaient fait partie de notre vie commune pendant dix ans pour démarrer ma nouvelle vie de célibataire. Donc, quand j’ai déménagé, je n’ai pris strictement que ce qui m’appartenait : mes vêtements et quelques œuvres d’art, mais ni meubles ni bazar. J’avais accumulé des trucs qui convenaient parfaitement à notre vie conjugale, mais qui n’étaient vraiment pas nécessaires en dehors du mariage. CE NE SONT QUE DES CHOSES MATÉRIELLES, JE N’EN AI PAS BESOIN, ET ELLES SONT TOUTES REMPLAÇABLES, alors quel est l’intérêt, me suis-je dit?

Depuis un an, j’ai commencé à mieux prendre soin de moi-même, en allant au gym et en mangeant plus sainement. J’ai perdu environ 40 livres, et je me sens en meilleure santé et mieux dans ma peau. Je voulais vraiment donner toutes les chances à mon corps en veillant davantage à ses besoins. Depuis 12 ans, je n’ai pas eu de sérieux problèmes de santé et j’ai eu beaucoup de chance avec mon traitement anti-VIH. Je veux que cela continue!

Je pense que rien n’arrive par hasard et que la fin de notre mariage sera mieux pour nous deux. Cela va me permettre de progresser dans ma vie et d’accomplir certaines choses que je n’aurais jamais faites parce que j’étais devenu sédentaire et n’envisageais plus rien au-delà de mon mariage. Au cours des deux dernières années, je me suis rendu compte que j’avais perdu le contrôle de ce qui se passait autour de moi.

Maintenant je vais faire ce que je veux : voyager plus, profiter davantage de la vie, faire plus de vélo. Je ne me suis jamais laissé entraver par le VIH et ce n’est pas maintenant que je vais commencer. Le fait d’être séropositif est seulement une partie de ce que je suis, mais ce n’est pas qui je suis — je suis aussi un homme gai et tatoué, mais cela ne définit pas non plus la personne que je suis. Si vous laissez le VIH vous contrôler, vous ne pourrez pas survivre. Si cette maladie doit m’emporter, elle m’emportera, mais je vais vivre la vie qui me rend heureux.

AL McNUTT, 59 ans

Truro, Nouvelle-Écosse
Diagnostic du VIH reçu en 1987
Compte de CD4 : 270
Charge virale : indétectable

POUR CE QUI EST de nettoyer mon placard de maison, j’aimerais donner tous les vêtements qui ne me vont plus. Comme nous le savons tous, les médicaments anti-VIH causent souvent des changements morphologiques tels que la lipodystrophie ou la lipoatrophie. J’ai une accumulation de graisse autour de la taille et du torse. Je pense parfois que cela n’est pas causé par les médicaments — j’ai 59 ans après tout, et cela peut arriver aux meilleurs d’entre nous. Mais je suis convaincu que les médicaments y contribuent aussi.

Certains d’entre nous ne veulent pas lâcher leurs jeans ou chemises préférés dans l’espoir qu’ils pourront à nouveau les porter un jour, tout en sachant très bien qu’ils n’auront plus jamais la même taille. J’ai aussi dans mon placard des chemises que mes enfants ou ma mère m’ont offertes, et je n’arrive pas à m’en débarrasser pour des raisons personnelles. On chérit l’amour et l’attention témoignés par un cadeau et on ne peut s’en séparer.

Il faut que je fasse un gros ménage et me débarrasse de ces vêtements. Il y a beaucoup d’organismes qui donnent des vêtements aux moins chanceux, et il y a tellement de personnes dans le besoin; on peut faire don de ces choses et cela fait du bien.

Pour en venir à mon placard spirituel, je voudrais d’abord dire que je crois plus en la spiritualité qu’en la religion, quoique bien souvent on confonde les deux. Quand j’étais jeune et vivais dans une petite ville rurale, je fréquentais une église évangélique où on prêchait l’idée qu’il fallait être en relation avec Dieu et s’adresser à Lui en tout temps. Je souhaite nettoyer ces toiles d’araignée de ma tête, car SI JE PARVIENS À SÉPARER LA SPIRITUALITÉ DE LA RELIGION, JE SERAI PLUS EN ACCORD AVEC MOI-MÊME et mon environnement.

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’aller à l’église pour avoir une vie spirituelle. Je me sens le plus en contact avec mon coté spirituel quand je vois le changement des saisons, quand j’observe toutes les variétés d’oiseaux sauvages dans mon arrière-cour ou lorsque je bois un café pour me détendre avec mon partenaire. C’est ainsi que je fais le nettoyage des pensées négatives et que je retrouve ma force.

TINA, 43 ans

Montréal
Diagnostic du VIH reçu en 1989
Compte de CD4 : 630
Charge virale : 20 000

DANS UN PREMIER TEMPS, je voulais répondre à cette question en mettant l’accent sur mon désordre physique — mon corps, mon mode de vie et l’image que j’ai de moi-même. Certaines de mes habitudes — boire trop de café, manger des aliments-réconfort, fumer des cigarettes, boire de l’alcool pour me relaxer, ne faire de l’exercice qu’en magasinant — ne sont pas des plus saines, mais elles me réconfortent. J’ai parfois besoin de cette pizza ou de cette cigarette après le repas! Je crois profondément en la modération, et pour autant que mon style de vie n’interfère pas avec mon bien-être, je le perçois comme une façon de me dorloter lorsque j’en ai besoin.

Cependant, après un peu de réflexion, je me rends compte que mon désordre est en fait causé par les remarques et les jugements constants venant des autres — la société, les amis, la famille. JE VEUX FAIRE LE MÉNAGE DANS LES MESSAGES NÉGATIFS ET CULPABILISANTS QUE JE REÇOIS DES AUTRES. Je veux me débarrasser de la notion que si je ne suis pas parfaite, je ne vaux rien. Je veux chérir l’image que j’ai de moi-même et mes valeurs plus que celles des autres. Ce serait sans prix de pouvoir me libérer de ces messages et de la prison où je m’enferme lorsque je laisse les opinions des autres prendre le dessus sur les miennes.

Finalement, je veux toujours rester ouverte à la possibilité de trouver de nouveaux moyens de m’en sortir et de me réconforter, comme je l’ai fait cet hiver. En octobre, j’ai déménagé de Vancouver à Montréal. Du jour au lendemain, je me trouvais bien loin de ce qui avait été mon chez moi pendant 11 ans, et je me sentais très vulnérable, seule et apeurée par l’inconnu. Alors j’ai essayé de faire quelque chose de nouveau pour me réconforter : j’ai commencé à faire du patinage sur le Mont-Royal. Cela me ramenait à mon enfance au Québec où je m’amusais en toute innocence. J’avais oublié combien j’adorais cela. Et tant pis si j’avais les pieds gelés! Je prenais du bon temps et de l’air frais tout en faisant de l’exercice. Le résultat : je fumais moins, je dormais mieux et j’avais plus d’énergie pendant la journée.

En fait, c’est grâce à cette entrevue que j’ai réussi à faire mon ménage de printemps : toute l’introspection effectuée et les sentiments éprouvés pour préparer mon exposé, plus le fait de le lire à haute voix et de le partager publiquement, ont créé un vrai sens d’engagement au fond de moi. J’ai compris que rien maintenant ne peut me retenir.

Je suggère à quiconque lira cet article de réfléchir à son propre « ménage de printemps ». C’est une excellente façon de s’aider à progresser.

TREVOR STRATTON, 44 ans

Port Colborne, Ontario
Diagnostic du VIH reçu en 1990
Compte de CD4 : environ 400
Charge virale : indétectable

CE RÉCIT ne traite pas seulement de mon propre ménage spirituel, mais aussi de celui de toute ma famille et de ma communauté.

Je suis membre de la Première nation des Mississaugas de New Credit. Toronto est le territoire traditionnel de notre communauté. Bien que j’habite la région de Niagara, Toronto sera toujours mon chez moi.

En 1787 et 1805, notre chef et d’autres dirigeants ont négocié avec la Couronne l’achat d’une grande étendue de terres situées dans le sud de l’Ontario, incluant les terres sur lesquelles le Grand Toronto se situe aujourd’hui. Comme ces négociations ont été entachées postérieurement par le non-respect de l’entente, notre communauté a présenté au gouvernement fédéral plusieurs revendications territoriales en 1986, y compris une revendication concernant l’achat du terrain de Toronto.

Cela fait plus de 200 ans que nous attendons un paiement juste pour les droits d’exploitation de notre territoire traditionnel. À la fin janvier, le gouvernement fédéral nous a offert 145 millions $ pour un règlement à l’amiable. Notre communauté est en état de choc. Les Anciens sont très contrariés et les familles sont en train de débattre péniblement de cette offre. Comment devrions-nous répondre? Comment peut-on placer une valeur monétaire sur les présents et cadeaux que nos chefs ont acceptés lors de l’entente initiale? BIEN QU’IL S’AGISSE D’ARGENT, CHOSE TANGIBLE, CELA A SUSCITÉ BEAUCOUP D’ÉMOTIONS DANS NOTRE COMMUNAUTÉ. C’est une période difficile pour régler ces vieux comptes. C’est pour nous une période de réelle introspection.

Sept générations ont vu le jour depuis que nos chefs ont été induits en erreur. Traditionnellement, lorsque nous abordons des questions au sein de nos communautés, nous projetons toujours à sept générations dans l’avenir. C’est notre façon de procéder. Il y a sept générations, nos ancêtres ont dû réfléchir et prier très fort pour nous, afin qu’une telle chose aboutisse.

Ma première réaction à cette offre a été viscérale, car j’ai pensé à ma mère, à ma grand-mère et à tous mes proches qui ont attendu tellement longtemps. Je pense encore à la douleur que je voyais parfois dans les yeux de ma grand-mère et à toutes les souffrances endurées par notre peuple dans le système des écoles résidentielles. Je pense aux traumatismes multigénérationnels hérités au cours des années et à combien d’Autochtones sont maintenant touchés par le VIH/sida et d’autres problèmes de santé. Comment peut-on mesurer cela en dollars?

Bon allez, arrête de te prendre la tête, Trevor! En ce qui concerne mon ménage de printemps matériel, j’ai hérité de cinq chats lorsque ma mère est décédée en 2007. Maintenant, je suis la mère aux chats! Un de mes chats, Bones, a trouvé un moyen d’entrer dans mon sous-sol et de mettre la pagaille partout en déchiquetant de vieux journaux pour marquer son territoire. Ce printemps, alors que ma famille, ma communauté et moi traversons cette période de débats intérieurs, je vais faire le nettoyage de mon sous-sol après le passage du vieux Bones.