Vision positive

printemps/été 2010 

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Stratégies contre les allergies

Je souffre d’allergies saisonnières et j’ai le VIH. Avec le printemps qui commence, que dois-je savoir pour bien soigner mon nez bouché et mes yeux qui coulent? – P.H., Summerside, Î.-P.-É.

propos recueillis par Jennifer McPhee


RYAN COOPER, MD

Médecin, Northern Alberta HIV Clinic
Edmonton

Jusqu’à présent, il n’y a pas de preuves concluantes que les allergies saisonnières frappent plus fort ou plus souvent les personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH), comparativement au reste de la population. De façon générale, les PVVIH qui souffrent d’allergies saisonnières peuvent combattre leurs symptômes de la même manière que les personnes séronégatives. Il est toutefois important de souligner que certains médicaments antiallergiques risquent d’interagir avec des médicaments anti-VIH. Alors, n’oubliez pas d’aviser votre médecin que vous souffrez d’allergies et de tenir votre pharmacien au courant de tous les médicaments que vous prenez pour soulager vos symptômes, y compris les produits en vente libre, afin qu’il puisse vérifier les risques d’interactions médicamenteuses.

Voici quelques conseils généraux pour combattre vos allergies :

  • Si vous n’êtes pas certain de la source de votre allergie, passez des tests. Il est possible que les symptômes que vous croyez attribuables à une allergie saisonnière — au pollen des arbres, aux mauvaises herbes ou à l’herbe, par exemple — soient causés par une allergie à la poussière ou encore par une combinaison d’allergènes.
  • Ne laissez pas vos symptômes s’intensifier. Si vous ne faites rien contre une congestion nasale chronique, elle pourrait dégénérer en une infection bactérienne des sinus (sinusite).
  • Essayez de vous exposer moins souvent aux sources de vos allergies. Pour plusieurs, il s’agit simplement de prendre un antihistaminique avant d’aller au parc ou de mettre un masque pour tondre le gazon. Toutefois, les allergies saisonnières sont tellement graves chez certaines personnes qu’elles doivent éviter complètement les choses qui déclenchent leur réaction allergique.


VINCE YU

Pharmacien, St. Paul’s Hospital
Vancouver

S’il n’est pas possible d’éviter les sources de vos allergies — ou si cela ne suffit pas pour atténuer vos symptômes — il existe des médicaments efficaces. D’ordinaire, la première option réside dans les antihistaminiques en vente libre, et les mêmes avertissements au sujet des effets secondaires s’appliquent à tout le monde. Dans la plupart des cas, les nouveaux antihistaminiques de deuxième génération comme la fexofénadine (Allegra) ou la loratadine (Claritin) sont préférables aux médicaments plus vieux comme la diphénhydramine (Benadryl) parce que les nouveaux antihistaminiques durent plus longtemps et ne causent pas de somnolence.

Les anciennes générations d’antihistaminiques sont à conserver pour les réactions allergiques graves, car ils agissent plus rapidement. Mais ces derniers sont susceptibles de causer des effets secondaires, tels que la sécheresse buccale et oculaire, des problèmes de miction, la constipation et la somnolence. La prudence est également recommandée si vous souffrez de certaines affections préexistantes comme le glaucome, une maladie de la thyroïde, des problèmes de prostate ou une maladie du cœur, car ces médicaments pourraient aggraver votre problème.

Les décongestionnants en vente libre comme la pseudoéphédrine (Sudafed) et les aérosols nasaux comme la xylométazoline (Otrivin) soulagent la congestion nasale et facilitent le drainage des sinus. Ce sont de bons choix si la congestion est votre symptôme principal. En ce qui concerne les effets secondaires, il faut mentionner que ces médicaments peuvent causer de l’insomnie, des palpitations cardiaques et une augmentation de la tension artérielle. La prudence et un bon suivi médical sont aussi de rigueur si vous souffrez d’une maladie de la thyroïde, de diabète, de glaucome ou d’un trouble de la prostate.

Un autre conseil par rapport aux aérosols décongestionnants : si vous utilisez un de ces produits pendant trois jours consécutifs, prenez ensuite une pause d’une journée ou deux avant de recommencer. Sinon, le produit pourrait perdre de son efficacité ou la congestion pourrait revenir une fois le traitement terminé. Essayez un aérosol nasal contenant une solution saline, car il peut vous décongestionner sans les mêmes risques.

Pour des symptômes allergiques plus graves, les médecins peuvent prescrire des corticostéroïdes en aérosol. Ces derniers sont efficaces contre l’enflure, mais les PVVIH sous multithérapie doivent s’en servir avec prudence, car certains médicaments anti-VIH comme le ritonavir (Norvir et dans Kaletra) risquent de ralentir la dégradation des corticostéroïdes, particulièrement la fluticasone (Flonase), et de causer une accumulation de ces derniers dans l’organisme. Entre autres, un excès de corticostéroïdes peut provoquer le syndrome de Cushing, un trouble hormonal caractérisé par la prise de poids, la fatigue et une enflure faciale. Si vous prenez du ritonavir et que vous avez besoin d’un corticostéroïde, utilisez la moindre quantité possible de celui-ci pendant le moins longtemps possible.

Dans les cas de sinusite, je dis aux PVVIH qui prennent du ténofovir (Viread et dans Truvada et Atripla) de limiter leur usage d’anti-inflammatoires en vente libre, tels que l’ibuprofène (Advil, Motrin), l’acide acétylsalicylique (Aspirin) et le naproxène (Anaprox). Dans des cas rares, la combinaison d’un de ces médicaments et du ténofovir peut aggraver la toxicité rénale.

Il est possible que les PVVIH aient des taux élevés de certains anticorps qui participent aux réactions allergiques causées par l’inflammation et l’activation immunitaire que l’on croit attribuables à l’infection au VIH. (Lisez « Le point sur l’inflammation » pour en savoir plus sur le VIH et l’inflammation.) Cette possibilité a amené certains chercheurs à croire que les allergies pourraient être plus fréquentes ou plus sévères chez les PVVIH. Les études menées à ce jour n’ont pas trouvé de lien concluant, mais c’est peut-être une possibilité à ne pas écarter.

Enfin, le recours aux injections antiallergiques pour atténuer la réaction de l’organisme aux allergènes est une approche controversée en ce qui a trait à son innocuité et à son efficacité chez les PVVIH. D’autres recherches sont nécessaires dans ce domaine, et il ne faut pas tenter une telle démarche avant d’en avoir parlé à votre spécialiste du VIH.


PAUL SAUNDERS, ND, PhD

Naturopathe, Canadian College of Naturopathic Medicine
Toronto

En premier lieu, je dis aux personnes souffrant d’allergies saisonnières d’éviter tous les autres allergènes auxquels elles sont sensibles. Par exemple, si vous souffrez d’allergies saisonnières et que vous êtes allergique aux animaux aussi, ne passez pas les fins de semaine du printemps au chalet de votre ami qui adore les animaux de compagnie, ou du moins ne laissez pas son chat dormir sur votre lit.

Environ deux ou trois semaines avant le début de la saison des allergies, commencez à prendre de la quercétine avec de la vitamine C deux ou trois fois par jour. Lorsque vous prenez ce bioflavonoïde végétal avec de la vitamine C, il agit comme un antihistaminique naturel en réduisant la production et la libération de l’histamine par l’organisme. De plus, cette combinaison ne cause pas la somnolence ou la sécheresse qui sont souvent associées aux antihistaminiques en vente libre.

J’aime aussi me renseigner davantage sur les symptômes spécifiques de mes patients afin de pouvoir recommander des remèdes homéopathiques qui ciblent directement les symptômes en question. Selon un des principes de l’homéopathie, les mêmes ingrédients qui causeraient un symptôme maladif chez une personne en bonne santé peuvent être donnés à un malade pour aider à guérir ce même symptôme. Nous ne savons pas pourquoi cette approche marche, mais elle a aidé beaucoup de gens.

Il est également à noter que, selon la psychologue Louise Hay, auteure de plusieurs articles sur le lien entre la maladie et les états d’âme, la sinusite serait une réponse psychologique qui se déclenche lorsque certaines personnes manquent d’espace personnel dans leur relation. À en juger par mes propres expériences cliniques, je crois qu’elle avait peut-être raison.

Pour dégager les sinus, je suggère souvent une teinture de raifort ou encore le simple ajout d’un peu de raifort ou de wasabi à vos aliments, comme le thon ou le saumon. Lorsque ce n’est pas la saison de vos allergies, gardez votre système immunitaire fort afin que vous puissiez mieux combattre les allergies quand la saison revient. Je recommande souvent la prise d’une combinaison des plantes astragale et codonopsis pour améliorer la fonction immunitaire contre les infections virales. Nous ne savons pas toutefois si ces plantes interagissent avec des médicaments anti-VIH parce qu’il n’y a pas eu d’études à ce sujet.

N’oubliez pas de faire de l’exercice et de manger sainement. Enfin, bien qu’il n’y ait pas d’études sur les effets antiallergiques de la vitamine D, la recherche a prouvé que cette vitamine est essentielle au maintien d’un système immunitaire fort.

Jennifer McPhee est une écrivaine pigiste vivant à Toronto. Elle contribue régulièrement à Vision positive. Elle a aussi fait publier des articles dans plusieurs publications, dont Chatelaine, le Globe and Mail et Childview.

Interactions avec les plantes

Certaines plantes médicinales peuvent interagir avec des médicaments sur ordonnance, y compris certains médicaments anti-VIH et produits en vente libre. Les interactions risquent de compromettre l’efficacité des médicaments ou encore d’aggraver les effets secondaires de ceux-ci. N’oubliez pas d’aviser votre médecin de tous les suppléments, plantes médicinales et autres thérapies complémentaires que vous utilisez.

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