Vision positive

printemps/été 2009 

Vivre pour demain

Pour l’Ironman Joseph van Veen la ligne d’arrivée ne fut que le début!

par Jennifer McPhee

SON SPRINT FINAL BIEN ENTAMÉ, Joseph van Veen se met à pleurer. Ses amis, ses parents et son futur époux, Bruce Edwards, crient à tue-tête depuis les estrades et une musique de danse tonitruante lui chante « You’re a Superstar! ». Joseph van Veen se sent bouleversé, et pour cause : il n’est même pas censé être en vie. Toutefois, 17 ans après son diagnostic de VIH, il est sur le point de terminer l’Ironman de Madison, au Wisconsin, un des triathlons les plus longs et les plus exigeants du monde.

Joseph n’a que 21 ans quand il apprend son diagnostic en 1986. Il vit à Toronto. Ses médecins lui donnent alors trois à cinq ans pour vivre. Ne voyant plus la pertinence de poursuivre son éducation, Joseph décroche et se met à dépenser des sous comme Paris Hilton. À l’âge de 35 ans, il se fait tellement harceler par des agents de recouvrement qu’il doit faire aveu de faillite. À cette même époque, il est en mauvaise forme physique et porte environ 10 kilos de trop. Le jour, il carbure à la caféine et à la nicotine. Le soir, il se gave de malbouffe devant la télé. Avec le recul, Joseph constate facilement qu’il était déprimé.

En 2000, Joseph découvre par hasard un site Web sur le conditionnement physique destiné à Monsieur et Madame Tout-le-Monde. Le site regorge de photos « avant et après » qui semblent trop belles pour être vraies. Malgré son scepticisme, Joseph se décide à suivre le programme de 12 semaines conçu par Bill Phillips, gourou américain de l’entraînement physique. Grâce à cette démarche, Joseph apprend à prendre soin de lui, et son corps se transforme complètement. « Pour la première fois de ma vie, j’ai fixé un objectif et je l’ai atteint. C’était formidable pour ma confiance! », se réjouit-il.

PEU DE TEMPS APRÈS, Joseph commence à fréquenter son futur époux Bruce Edwards. Ce dernier se prépare alors à faire un triathlon Ironman pour souligner ses 40 ans. Joseph commence à s’entraîner avec lui et s’aperçoit rapidement qu’il est capable de faire le triathlon aussi. En 2003, il s’inscrit à l’Ironman du Wisconsin et se met à vendre des kilomètres pour amasser des fonds pour Casey House, un hospice torontois voué aux personnes vivant avec le VIH/sida (il réunit près de 15 000 $).

Malgré des pluies torrentielles et l’épouvantable humidité estivale de Toronto, Joseph s’entraîne tous les jours pendant 13 semaines, en s’efforçant d’augmenter ses distances les weekends. « On ne fait jamais la distance intégrale de la course, mais on accroît graduellement son endurance et sa force afin d’en être capable. Il faut tromper son corps pour qu’il s’attende à en faire plus la prochaine fois. »

Le plus difficile, c’est de suivre fidèlement son horaire d’entraînement. La course elle-même s’avérera facile en comparaison. Bon, pas tout à fait. L’Ironman commence par une nage de 3,8 km, suivie de 180 km de vélo et, enfin, 42,2 km de course à pied. « Je me suis fait piquer par une guêpe durant la partie vélo, se rappelle Joseph. Je l’ai saisie par la main et l’ai écrasée en me disant : « Je suis un Ironman. Je souffre mais je continue. »

En préparation de sa course, Joseph s’était fixé comme objectif de terminer le triathlon en moins de 15 heures. Quand il commence à courir, cependant, il se rend compte que son rythme cardiaque est dangereusement élevé, donc il décide de courir et de marcher en alternance. Son objectif lui semble hors de portée.

Toutefois, à un kilomètre de la ligne d’arrivée, il s’aperçoit qu’il lui reste sept minutes pour atteindre son objectif. « Je ne sais pas d’où j’ai pris la force, mais j’ai réussi à faire un sprint durant le dernier kilomètre », se rappelle-t-il. Son chrono final : 14 heures, 58 minutes et 14 secondes.

LE JOUR DE SA COURSE, le Toronto Star consacre à Joseph une demi-page de son cahier des sports. « Je ne savais même pas qu’il y avait un cahier des sports. Je passais toujours directement de la section Habitation à celle des Arts et Spectacles. » Peu de temps après, le groupe Canada Africa Partnership on AIDS (CAP AIDS) lui demande de faire une collecte de fonds en traversant l’Afrique à vélo. Joseph accepte de parcourir les 6 600 kilomètres qui séparent Nairobi du Cap et réussit à amasser 25 000 $. Mais ça, c’est une autre histoire.

De nos jours, Joseph continue de se concentrer sur son avenir et non sur la mort. Il s’est marié il y a deux ans et a récemment acheté un condo. « Connaissez-vous l’expression “Vivez chaque journée comme si c’était votre dernière”? J’ai fait ça. J’ai dépensé tout mon argent. J’ai fait tout ce que je voulais faire et je n’étais pas en forme. J’ai décidé que cette expression ne me convient pas. J’ai besoin de vivre chaque journée comme s’il y avait un demain. »

Maintenant âgé de 43 ans, Joseph van Veen n’écarte pas la possibilité d’un autre Ironman, mais il ne fait pas de promesse non plus. « Si j’arrive à mon 50e, j’aurai besoin de souligner ça avec un geste qui crie "Je suis vivant!" Mais il pourrait s’agir de faire la fête toute la nuit sur une plage grecque. Le temps en dira long. »

Photographie : Jacob Peters

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