Vision positive

printemps/été 2009 

Le vaccin anti-VPH saura-t-il vous protéger?

Suzanne MacCarthy raconte comment les chercheurs VIH/sida canadiens mènent la bataille contre le cancer du col de l’utérus.

« SI LA LETTRE H se trouve dans le nom, je finirai par l’attraper, dit Penelope avec un petit rire. Sérieusement, je savais combien le virus de l’herpès simplex (VHS) était répandu chez les personnes vivant avec le VIH. Mais j’ignorais l’existence du virus du papillome humain (VPH) et de ses conséquences potentiellement dévastatrices, jusqu’à ce que mon médecin m’explique que j’étais plus vulnérable au VPH à cause de l’état affaibli de mon système immunitaire. »

Cette Vancouvéroise de 42 ans vit avec le VIH depuis 20 ans. « J’étais déjà enceinte de mon fils quand mon médecin a remarqué une petite bosse sur ma vulve. Je savais que c’était une verrue génitale, mais je ne savais pas que les verrues étaient causées par le VPH », se rappelle Penelope. L’infection au VPH est étonnamment courante : environ 75 % des Canadiens seraient porteurs du VPH, ce qui fait de lui le premier virus transmissible sexuellement en importance au pays. La plupart des personnes ne présentent jamais de signes ou de symptômes, mais cela ne les empêche pas de passer le virus à d’autres personnes sans le savoir.

Il existe plus de 100 types de VPH, dont une trentaine peuvent infecter le tractus génital par les contacts de peau à peau ou l’activité sexuelle. Les types 6 et 11 du VPH causent 90 % des verrues génitales, alors que les types 16 et 18 seraient à l’origine de 70 % des cas de cancer du col utérin, une maladie qui tue plus de 400 femmes chaque année au Canada.

Chez les femmes, particulièrement celles vivant avec le VIH, le VPH peut entraîner une panoplie de problèmes de santé. Certains d’entre eux sont bénins, comme les verrues génitales de Penelope, alors que d’autres sont potentiellement mortels, comme le cancer du col. La Dre Deborah Money, spécialiste des pathogènes viraux chez la femme et directrice générale de la Women’s Health Research Institute de Vancouver, explique : « Non seulement les femmes séropositives sont plus vulnérables au VPH, elles ont tendance à éprouver des symptômes viraux plus sévères, tels que des verrues génitales plus grosses et plus réfractaires au traitement, comparativement aux femmes séronégatives. »

Voilà pourquoi les médecins soulignent l’importance de passer régulièrement un test Pap, que vous soyez séropositive ou pas. « Le test Pap permet de détecter des cellules anormales ou les indices précoces d’un cancer du col naissant, explique la Dre Money. C’est une intervention simple qui peut sauver la vie. » Si les anomalies sont décelées précocement, il est possible de prévenir le cancer du col dans presque tous les cas. Pour sa part, Penelope suit les conseils de son médecin et subit régulièrement des tests Pap. Elle gère bien son stress, se repose amplement et reste toujours à l’écoute de son corps afin de pouvoir renforcer son système immunitaire et prévenir le retour de ses verrues génitales.

Les médecins canadiens montent au front

En 2006, Santé Canada a approuvé le vaccin Gardasil, ajoutant ainsi une autre arme à l’arsenal contre le cancer du col utérin. Ce vaccin est conçu pour protéger les femmes et les filles contre les souches les plus courantes du VPH, soit les types 6, 11, 16 et 18. À l’heure actuelle, le vaccin est approuvé pour les filles et les femmes âgées de neuf à 26 ans. « Quand j’ai entendu parler de Gardasil pour la première fois, je me suis exclue automatiquement comme candidate à la vaccination. Je croyais qu’il s’agissait d’une stratégie préventive destinée seulement aux jeunes filles qui n’avaient pas encore eu de relations sexuelles. »

Les experts croient bien que le Gardasil est le plus efficace lorsqu’il est administré avant que l’activité sexuelle ne commence, mais certains d’entre eux maintiennent que la majorité des femmes pourraient quand même bénéficier du vaccin. Leur raisonnement : il est peu probable qu’une seule femme ait été exposée aux quatre souches du VPH contre lesquelles le Gardasil offre une protection.

Il reste que les chercheurs n’ont pas encore déterminé avec certitude l’innocuité et l’efficacité du Gardasil chez les femmes vivant avec le VIH. Vu le risque de conséquences sérieuses que courent les femmes séropositives porteuses du VPH, c’est une question que les chercheurs et les cliniciens ont hâte de résoudre.

La Dre Money et une équipe de 40 chercheurs œuvrant un peu partout au Canada dirigent actuellement la première étude au monde à évaluer le Gardasil chez des femmes et des filles vivant avec le VIH. L’essai CTN 236 est une étude de cinq ans pour laquelle on recrutera 500 participantes dans 16 sites canadiens sur une période de deux à trois ans. Non seulement le CTN 236 est novateur dans la mesure où il éprouvera le vaccin anti-VIH chez des femmes séropositives, ce sera aussi la première étude indépendante dont les résultats en matière d’efficacité et d’innocuité seront évalués par des pairs-experts et rendus publics. L’étude sera financée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) avec le soutien du Réseau canadien pour les essais VIH des IRSC (CTN). Les femmes porteuses du VPH seront admissibles à l’essai.

Lorsque sa médecin lui a proposé de participer à cette étude, Penelope s’est enthousiasmée. « Cet essai clinique est crucial pour toutes les femmes vivant avec le VIH », affirme-t-elle. La Dre Money lui fait écho : « Il y a un besoin urgent d’évaluer l’efficacité du vaccin anti-VPH chez les femmes et les filles séropositives car c’est un groupe très vulnérable. Si nous déterminons le mécanisme qui permet au VIH de perturber la réponse immunitaire initiale au vaccin ainsi que la mémoire immunitaire subséquente, nous pourrons améliorer grandement les stratégies de vaccination. »

Un impact mondial

Les résultats de cet essai pourraient avoir un impact partout sur la planète. En 2007, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a souligné des lacunes dans les connaissances relatives aux vaccins anti-VPH, affirmant que l’innocuité et l’efficacité de ces derniers n’avaient pas été évaluées en Afrique ou auprès de populations affichant une prévalence élevée du VIH. « C’est une étude innovatrice, surtout pour le continent africain, là où les femmes constituent plus de la moitié de la population séropositive. L’OMS attend les résultats de cet essai avec impatience », dit Lisa Venables, gestionnaire de projet nationale de l’étude CTN 236.

Aux fins de cette étude, le vaccin sera administré en trois doses sur une période de six mois (le même schéma posologique est utilisé actuellement chez les femmes et les filles séronégatives). Au total, les participantes effectueront sept visites à la clinique sur une période de 24 mois.

« Nos résultats devraient nous permettre de déterminer quelles femmes séropositives tireront le plus de bienfaits de ce vaccin, ainsi que la nécessité éventuelle de recommander des doses supplémentaires pour cette population, explique la Dre Money. Les connaissances acquises durant cet essai aideront aussi les chercheurs à évaluer ce vaccin chez d’autres populations immunodéprimées. »

D’après Penelope, qui attend encore sa première piqûre au moment de mettre sous presse, participer à un essai clinique est nécessaire pour favoriser la découverte de nouvelles connaissances précieuses. Quant à la possibilité de tirer profit de cette étude tout en aidant d’autres femmes séropositives, elle a ceci à dire : « Je vous gratterai le dos si vous me grattez le mien. »

Pour en savoir plus sur le CTN 236 et d’autres essais du Réseau canadien pour les essais VIH des IRSC, visitez son site Web ou composez le 1.800.661.4664.

Suzanne MacCarthy est coordonnatrice des communications et de l’information au Réseau canadien pour les essais VIH des IRSC (CTN) à Vancouver. Ses aventures dans le domaine du VIH l’ont menée du Swaziland à la Colombie-Britannique, en passant par le Cap Breton.

L’ABC du VPH

De quelle façon le VPH se transmet-il? Le virus peut se transmettre lors de n’importe quel contact sexuel, qu’il soit oral, vaginal ou anal (même les contacts entre les doigts et les organes génitaux peuvent transmettre le virus). Rappel : vous pouvez être porteur du VPH sans présenter de symptômes ou de signes. Alors, même si vous ne voyez pas de verrues génitales, vous pouvez passer le virus à votre partenaire ou vice versa. Le condom réduit le risque de transmission, mais le risque n’est pas éliminé parce que le virus peut être présent sur une partie de la peau qui n’est pas couverte par le condom.

Votre risque d’être infecté par le VPH augmentera si :

  vous avez de nombreux partenaires sexuels

 vous avez déjà une autre infection transmissible sexuellement (telle la chlamydia)

 vous avez une maladie qui affaiblit votre système immunitaire (tel le VIH)