Vision positive

printemps/été 2006 

Le VIH en vacances

Avez-vous renié votre amour du voyage? Grâce à quelques préparatifs, la joie de partir peut vous remplir de nouveau

par Walter Armstrong

VOUS AVEZ LE GOÛT D’UNE ESCAPADE CET ÉTÉ? Sentez-vous à l’aise. Faites un doigt d’honneur au terrorisme mondial, à la grippe aviaire et à tous les autres épouvantails du moment et envolez-vous vers la destination de vos rêves. Avec un peu de chance vous y laisserez votre lassitude et en reviendrez renouvelé, un véritable citoyen du monde.

Les personnes vivant le VIH ont depuis toujours l’habitude de voyager. Peu après son diagnostic en 1989, Arvin Thomas a pris un congé de six mois pour faire une grande randonnée en Asie. « J’essayais de voir plus clair dans mes pensées. Ce fut la plus merveilleuse expérience de ma vie. Je n’ai pas eu peur et j’ai trouvé un sentiment de liberté absolue », dit-il à propos de son aventure inoubliable. « Être dans un pays étranger procure un grand sentiment de libération. On peut être la personne qu’on veut être et faire tout ce qu’on a envie de faire. Et je me suis senti très humble de rencontrer tant de gens dont la pauvreté des possessions ne les empêchaient pas de m’inviter à partager leur maison et leur nourriture. Je me suis rendu compte de ma grande fortune, et j’ai décidé d’arrêter de chialer parce que j’étais séropositif. »

Il n’empêche que les enjeux sont plus grands pour les personnes vivant avec le VIH. Le spectre d’un contretemps fréquent, comme un épisode de diarrhée dans une chambre d’hôtel solitaire où vous avez du mal à téléphoner et à comprendre l’argent local, est susceptible de déclencher une alarme d’urgence dans votre tête. Mais si vous retournez la médaille, vous risquez de vous voir déambuler sur les Champs-Élysées vêtu tout de cuir ou de plumes, le VIH complètement oublié.

Il n’est pas question d’oublier vos médicaments, par contre. Voilà en quoi Vision positive peut vous être utile. Parce que nous voulons que votre voyage soit le plus sécuritaire et le plus confortable possible et, oui, parce que nous aimons vous asticoter. Alors, préparez-vous pour un cours intensif sur le VIH en vacances.

Les vaccins

Le plaisir de voyager réside en partie dans la préparation. Si vous souhaitez consulter un agent de voyage qui connaît bien les préoccupations des PVVIH, cela vaut la peine de choisir une agence gaie car elle aura eu plus d’expérience auprès des touristes séropositifs. Consultez le site de la International Gay and Lesbian Travel Association à l’adresse www.iglta.org pour en savoir plus. Pour les voyageurs et voyageuses qui aiment tout préparer eux-mêmes, l’accès à Internet est indispensable. Pendant que vous recherchez dans Google les vols les moins les chers et les attractions à ne pas manquer à votre destination, n’oubliez pas de prendre note des conseils de santé, notamment en ce qui concerne les maladies locales que vous voudrez éviter. (Rappelons que les problèmes de santé les plus courants du voyageur sont les blessures causées par les accidents de route, la diarrhée et les infections transmises sexuellement — et non l’encéphalite japonaise, le paludisme ou la grippe aviaire.)

Si vous prévoyez un voyage aux États-Unis, en Europe ou en Australie, il est peu probable que vous serez obligé de retrousser vos manches pour recevoir des vaccinations. D’ordinaire, les Canadiens et les Canadiennes sont vaccinés dès l’enfance contre la diphtérie, la coqueluche, le tétanos, la poliomyélite, la rougeole, les oreillons et la rubéole — mais vérifiez auprès de votre médecin si vous avez besoin d’un rappel. Les vaccins contre l’hépatite A et l’hépatite B sont cruciaux pour le voyageur averti.

Si vous partez pour un pays en voie de développement pour vos vacances, il se peut que vous ayez besoin de quelques piqûres, selon votre destination et votre date de départ. Signalons que certains pays exigent des vaccinations spécifiques pour vous permettre l’accès à leur territoire. Consultez le Programme de médecine des voyages (PMV) de l’Agence de santé publique du Canada à l’adresse www.phac-aspc.gc.ca/tmp-pmv/index-fra.php pour en savoir plus. Chaque année voit survenir des flambées horribles de diverses maladies qui ne font jamais les manchettes. Le PMV se tient au courant de ce genre de situation. Il y a même une page consacrée à la grippe aviaire pour les grands nerveux (désolé, il n’existe toujours pas de vaccin).

Deux faits sur les vaccins : 1. L’immunisation peut mettre quelques semaines ou mois à s’établir, donc fixez votre rendez-vous chez le médecin en conséquence. 2. Les personnes ayant le VIH devraient éviter tous les vaccins vivants, y compris ceux contre la fièvre jaune et la vaccine, car même un épisode banal d’une de ces maladies pourrait accabler votre système immunitaire.

Les cliniques santé-voyage

Si vous manquez de temps (mais pas d’argent), visitez votre clinique santé-voyage locale. (Pour obtenir une liste de cliniques au Canada, cliquez sur www.phac-aspc.gc.ca/tmp-pmv/yf-fj/index-fra.php.) Plusieurs personnes se fient religieusement à ces sources de tout ce qu’il faut pour voyager en santé. On y trouve non seulement des spécialistes de médecine et d’hygiène tropicales (qui devraient s’y connaître en VIH), mais aussi une richesse de dépliants et d’autres renseignements. Il se peut que l’assurance-maladie de votre province ne couvre pas votre visite, mais vous ne devriez pas avoir à débourser plus de 50 $ pour votre consultation initiale. Les vaccins spécifiques vont de 5 $ à 250 $ (de toute façon, il faut payer toute vaccination liée au voyage chez les médecins également.)

Que vous choisissiez de visiter une clinique santé-voyage ou non, il ne faut pas lésiner sur vos préparatifs. Une étude récente menée par le Dr Irving Salit et ses collègues à l’Hôpital général de Toronto a donné des résultats inquiétants. Sur les 290 PVVIH interviewées, 18 pour cent sont tombées tellement malades pendant un voyage qu’elles ont eu besoin de soins médicaux — une statistique bien plus élevée que chez les personnes séronégatives. Les problèmes les plus fréquents? La pneumonie, d’autres troubles respiratoires, la malaria et d’autres problèmes parasitaires. Signalons que moins de la moitié des PVVIH qui ont visité des régions où le moustique est roi, telles que l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud-Est, ont apporté les médicaments antimalaria recommandés. (Renseignez-vous auprès de votre médecin sur les interactions possibles entre vos traitements anti-VIH et les médicaments antiparasitaires.)

Chose peu surprenante, seulement 13 pour cent des 290 PVVIH interviewées ont visité une clinique santé-voyage avant de partir. Quand on leur a demandé pourquoi, elles ont dit qu’ils trouvaient ce genre de conseils médicaux inutiles. Avec le recul, cependant, celles qui gardaient des souvenirs d’un voyage infernal estimaient qu’une visite à une clinique santé-voyage aurait bien valu les frais engagés.

Pour vous aider à faire vos bagages le plus facilement possible, nous vous proposons un aide-mémoire des choses essentielles dont aucun voyageur ne devrait se passer (lisez l’encadré) — vous n’aurez donc aucune excuse pour oublier vos médicaments.

Pour Shari Margolese, écrivaine, oratrice et militante séropositive, c’est la médecine qu’elle n’a pas le droit d’apporter qui lui cause le plus grand mal de tête lors de ses voyages. Une participante fréquente aux conférences internationales sur le sida, Shari doit toujours voyager sans sa marihuana adorée. « Je voyage constamment, mais je ne peux pas transporter mon pot à travers les frontières. Je n’aime même pas voyager à l’intérieur du Canada avec cela. C’est un problème parce que c’est la seule chose qui contrôle mes nausées et vomissements. Les autres options comme Dramamine m’épuisent tellement que je passe le plus gros de mon temps à dormir ».

Ne sautez pas vos doses

Plusieurs voyageurs ont de la difficulté à prendre fidèlement leurs médicaments anti-VIH. Lors de l’étude du Dr Salit, la moitié des PVVIH en multithérapie ont affirmé n’avoir eu aucun problème à respecter leurs schémas posologiques, alors que 30 pour cent d’entre elles avaient eu de la difficulté à prendre leurs médicaments ou avaient arrêté de les prendre. Seule une poignée de celles-ci avaient consulté leur médecin avant d’interrompre leur traitement. Il ne s’agit pas d’obtenir sa permission mais de confirmer (a) si une pause thérapeutique est sans danger et (b) si on doit cesser de prendre tous ses médicaments en même temps ou procéder par petites étapes. Puisque certains médicaments restent dans le corps beaucoup plus longtemps que d’autres, il vaut mieux maintenir les concentrations les plus uniformes possibles afin de minimiser le risque de résistance.

L’an dernier, Shari Margolese s’est mariée en Jamaïque. Après la cérémonie, elle a mis ses médicaments dans la valise de son fils par inadvertance. Celui-ci est parti, et Shari a dû se passer de ses médicaments pendant le reste de sa lune de miel tropicale. On se contentera de dire que cela n’a pas été de tout repos. « Plus les jours passaient, plus je me sentais fatiguée et “virale”. À mon retour je suis allée voir mon médecin pour passer des tests. J’ai découvert que j’avais développé une résistance à Kaletra. Dans une seule semaine!! Et ce malgré le fait que j’avais arrêté de prendre tous mes médicaments en même temps! »

Les interruptions de traitement sont une affaire risquée. C’est donc inquiétant d’apprendre que plusieurs patients du Dr Salit ont pris un congé thérapeutique soit parce qu’ils avaient peur de transporter leurs médicaments à travers la frontière soit parce qu’ils ont épuisé leurs réserves de médicaments pendant leur voyage — quoi qu’il en soit, ce sont de pauvres exemples d’une prise de décisions raisonnée. Si vous souhaitez prendre des vacances sans médicaments, préparez-les en consultation avec votre spécialiste du VIH.

Si votre voyage implique des changements de fuseau horaire, vous devrez prévoir toute perturbation de vos schémas posologiques avant d’arriver à votre hôtel. « Voyager complique énormément l’observance thérapeutique », affirme Louise Binder, présidente du Conseil canadien de surveillance et d’accès aux traitements. « Je continue de prendre mes médicaments selon le même horaire que chez nous. Si je dois me faire réveiller en pleine nuit pour le faire, je le fais. Je n’ajoute pas une heure pour chaque fuseau horaire, rien comme cela. » L’ancienne combinaison de Louise, qui se prenait en trois doses quotidiennes, perturbait impitoyablement son horaire, mais elle lui a appris à avoir constamment des barres nutritives et des bouteilles d’eau à portée de la main. La vie est plus simple depuis que Louise prend une combinaison biquotidienne, mais il y a un nouveau hic. « Je prends une faible dose de ritonavir pour augmenter les concentrations de mes autres médicaments, donc je dois réfrigérer le ritonavir, explique-t-elle. C’est pénible. Quand il n’y a pas de frigo dans ma chambre, j’improvise avec un seau à glace. Pour ce qui est de l’avion, j’achète des vessies à glace et un petit cooler, et j’apporte mon ritonavir avec moi. »

D’autres personnes préfèrent une approche différente. « Je ne veux pas me réveiller en pleine nuit pour prendre mes médicaments. Si je m’en vais pour plus de quelques jours, je préfère prendre mes médicaments selon l’heure locale », insiste un autre voyageur vivant avec le VIH. Ce dernier s’adapte au changement de l’heure lors de ses deux premières doses; il ajoute ou soustraie la moitié de la différence de l’heure lors de sa première dose, puis de nouveau lors de la deuxième. Quels que soient les ajustements que vous choisissez de faire, ne changez rien à votre routine habituelle avant d’en avoir discuté avec votre médecin. Pourquoi risquer de rapporter une mutation virale en guise de souvenir?

L’eau et la nourriture

Les aventures gastronomiques sont un aspect préféré des vacances à l’étranger. « Pour moi, la plus grande joie des vacances est la bouffe, déclare Arvin Thomas. C’est pour cela que j’aime voyager en Asie du Sud-Est. On y trouve pratiquement tous les mets imaginables — chinois, thaïlandais, indiens, occidentaux, Starbuck — 24 heures sur 24 et pour le tiers du prix. » Chose peu surprenante, la diarrhée est le problème de santé le plus courant chez le voyageur intrépide qui visite les endroits où l’hygiène et les réseaux d’assainissement laissent à désirer. Dans la plupart des cas, les bactéries présentes dans l’eau ou les aliments crus ou insuffisamment cuits en sont responsables, mais il faut noter que même les aliments bien préparés peuvent contenir des toxines méchantes qui sont laissées en héritage par les bactéries qui sont détruites lors de la cuisson.

On ne peut boire l’eau du robinet ou se gaver de trucs achetés dans la rue sans s’attendre à des conséquences gastrointestinales. Un peu de vigilance est de rigueur. Vous savez déjà ce qu’il faut faire pour assurer la salubrité des aliments : buvez seulement de l’eau embouteillée (assurez-vous que le couvercle est scellé) dans les restaurants et sur la route; achetez-en pour votre chambre pour prendre vos médicaments ou vous désaltérer durant la nuit. Lavez et pelez tous les fruits et évitez les fruits tranchés qui se vendent dans la rue. Évitez les fontaines et les glaçons dans les restos. En parlant de restos, sachez que plus ils sont achalandés, mieux c’est — mais évitez la section du menu consacré aux aliments crus.

En ce qui concerne la diarrhée du voyageur, la bonne nouvelle est qu’un épisode d’un jour ou deux n’est pas suffisant pour gâcher vos vacances au complet. Pourtant, un épisode de diarrhée intense et prolongé pourrait signaler un problème grave qui exige un secours médical urgent. Certaines PVVIH ont trouvé qu’il est possible de soulager les diarrhées légères grâce aux médicaments du genre Pepto-Bismol. Mais faites gaffe : certains antidiarrhéiques, notamment Imodium et Lomotil, prolongent le séjour des microbes coupables dans votre intestin. Les antibiotiques à large spectre peuvent vaincre plusieurs bibittes qui causent la diarrhée. Si vous craignez de courir un grand risque de diarrhée lors de votre voyage prévu, discutez avez votre médecin de la possibilité d’apporter des antibiotiques. D’avertir Louise Binder : « Croyez-moi, vous pouvez attraper un microbe n’importe où, mais il n’est pas toujours possible de trouver un médecin ».

Shari Margolese jure que c’est l’avion lui-même qui pose le plus grand risque. « Je m’enrhume presque chaque fois que je prends l’avion, déplore-t-elle. Maintenant il y a le SRAS et la grippe aviaire, donc je me méfie davantage des virus quand je suis dans l’avion. Je ne vais pas jusqu’à porter un masque mais je suis très consciente de ce que je touche. Et si la personne à côté de moi est en train de tousser ou d’éternuer, je cherche une place libre ailleurs. »

Si vous avez besoin de soins médicaux pendant votre voyage, sachez que votre assurance-maladie provinciale couvrira au mieux des services d’urgence et une hospitalisation limités. De plus, à l’étranger, plusieurs centres de santé exigent le paiement en espèces à l’avance, que vous soyez couvert par votre province ou pas. Si vous voulez accroître votre protection, achetez une assurance complémentaire; celle-ci devrait vous coûter entre 30 $ pour des soins d’urgence seulement et 130 $ pour une couverture intégrale pour des vacances de deux semaines. Toutefois, plusieurs polices excluent le VIH et d’autres « affections pré-existantes », et la couverture se borne aux maladies et aux accidents qui surviennent pendant votre grande aventure. (Pour en savoir plus, visitez le site de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes à l’adresse www.clhia.ca.)

Shari Margolese croit fermement à l’assurance voyage car, à l’instar de plusieurs touristes, elle a appris à ses dépens que prévenir vaut mieux que guérir. Lors d’un voyage au Mexique il y a plusieurs années, une grossesse ectopique a obligé Shari à subir une chirurgie urgente pour laquelle elle a dû débourser 5 000 $ … à l’avance! Depuis lors, Shari fait un bon usage de ses assurances voyage. Par exemple, lorsqu’elle fut frappée par un épisode de calculs rénaux causé par l’indinavir lors d’un deuxième voyage au Mexique, un médecin local lui a écrit deux ordonnances — l’une pour un analgésique pharmaceutique et l’autre pour une tisane spéciale qu’elle s’est procuré auprès d’une herbalita et qu’elle utilise encore aujourd’hui.

Une traversée dure

Comme le révèle l’étude du Dr Salit, traverser les frontières avec des médicaments anti-VIH est problématique, et il n’existe pas de meilleure illustration de cela que la frontière entre le Canada et son voisin du sud. Les États-Unis barrent l’accès des voyageurs et des immigrants vivant avec le VIH. En guise d’accueil, les Américains exigent que tous les visiteurs remplissent un formulaire qui leur demande s’ils ont une maladie contagieuse (le VIH n’est pas nommé spécifiquement); s’il s’agit d’un voyage de courte durée, il est peu probable que l’accès soit refusé en raison d’une réponse affirmative, mais il n’y a pas de garantie.

Plusieurs PVVIH refusent simplement de cocher la petite case sur le formulaire, même si cela les oblige à vivre des moments anxieux dans la file d’attente (invariablement longue) aux douanes. Louise Binder est entrée aux États-Unis plusieurs fois sans avoir avoué son statut, mais elle n’a jamais eu de problème. « Je suis une femme blanche et hétérosexuelle qui ne correspond pas à l’image stéréotypée d’une PVVIH. Si j’étais un homme gai ou une personne de couleur, les choses pourraient être différentes. Il n’empêche que je n’affiche pas mon statut VIH. Quand on me demande l’objet de mon voyage, je réponds ‘‘une conférence médicale’’ et non une ‘‘conférence sur le sida’’. » Un autre militant du sida chevronné, qui a demandé l’anonymat en raison des restrictions draconiennes imposées aux voyageurs, adopte une approche semblable lors de ses fréquents voyages aux États. « Je m’habille correctement, comme un homme blanc gai moyen. Je ne porte pas de bijoux ou de produits pour les cheveux afin de ne pas me faire remarquer, dit-il. J’offre des réponses concises aux questions, mais j’ai le coeur dans la gorge tout au long. Je pratique la méditation dans la file d’attente. »

Il reste qu’une fouille est toujours possible. Pour Shari Margolese, choisir l’endroit où elle va mettre ses médicaments est un vrai dilemme. « Si je les mets dans ma valise, ils risquent de ne pas arriver à ma destination. Mais si je les mets dans mes bagages à mains, je risque de me faire pogner », se plaint-elle. Shari donne finalement la priorité à sa santé et apporte toujours ses médicaments dans l’avion. Pour les longs voyages, elle demande à son pharmacien de mettre ses pilules dans des flacons génériques dont l’étiquette omet les deux adorables sigles VIH et sida.

Maintenant que nous vous avons bourré le crâne de toutes sortes de craintes et de frustrations, il se peut que vous vouliez vous cacher chez vous. Mais sachez que l’industrie touristique internationale prévoit un été spectaculaire pour les voyages à l’étranger, ce qui marquera un rebond soutenu par rapport aux tristes journées qui ont suivi le 11 septembre et la crise du SRAS. Pour sa part, Toronto accueillera la XVIe Congrès international sur le sida — SIDA 2006 — qui promet d’être le plus grand rassemblement de la communauté VIH/sida internationale dans les Amériques depuis toujours. Vous ne pensez pas manquer cela, j’espère?

Vous avez encore besoin d’encouragement? Considérez les propos suivants de notre militant anonyme : « J’ai toujours eu la piqûre du voyage. Mais quand je suis tombé malade au début des années 90 — aucune cellule CD4 — j’ai pris peur des maladies transportées par la nourriture. À l’époque, le fait de voir mes horizons rétrécir soudainement a été une des pires parties de la maladie pour moi. » De nos jours, notre ami prépare un voyage de trois semaines en Inde qu’il avait arrêté de croire possible pour lui et son système immunitaire affaibli. Aujourd’hui muni d’une charge virale indétectable, d’un compte des CD4 de 350 et d’une approche prudente en ce qui a trait à alimentation, il est prêt à s’envoler avec son partenaire. « Nous allons voyager et nous reposer en alternance, quelques jours dans une ville suivis de quelques jours en voiture. Je ne peux pas vous décrire ce que je ressens à l’idée de visiter tous ces endroits rêvés que j’avais perdu l’espoir de voir », dit-il, les larmes aux yeux. Alors, dépêche-toi ou tu vas rater ton vol! Et n’oublie pas ton passeport. Ou tes médicaments! Ou… ben, laisse-faire. Bon voyage!

Le New-Yorkais Walter Armstrong est rédacteur et réviseur pigiste spécialisé dans le VIH et les questions d’ordre médical.

Pour obtenir plus d’information, consultez la présentation « Making Sure Your HIV Patients are Ready for Travel » par le Dr Gordon Arbess à l’adresse : www.ohtnmedia.org/rounds/smh/2006_01_17.

Illustration : Ian Phillips / www.i2iart.com

L’aide-mémoire du voyageur

Les cartes de débit et les guichets automatiques ont rendu les chèques de voyage obsolètes, mais il reste plusieurs choses qui devraient vous accompagner lors de vos voyages, que voici :

Dans vos bagages à mains :

1 passeport (valide pour plus de six mois, avec les visas nécessaires)

2 médicaments anti-VIH

3 certificats de vaccination contre les maladies infectieuses (le cas échéant)

Dans vos valises :

4 analgésique du genre aspirine, ibuprofène ou Tylenol

5 antidiarrhéiques comme Pepto-Bismol

6 antibiotiques pour la diarrhée du voyageur et des sels hydratants pour l’endurer

7 crème antifongique

8 antihistaminique du genre Benadryl

9 écran solaire

10 iode

11 pansements

12 antimoustiques et moustiquaire (si c’est recommandé)

13 thermomètre

14 couteau suisse (pour improviser comme Indiana Jones)

15 condoms et lubrifiants

16 appareil photo… afin de tout rapporter chez vous!

Le Canada accueille les PVVIH

Quelque 20 000 scientifiques, militants, médecins, officiels et personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH) se réuniront au Palais des congrès du Toronto métropolitain du 13 au 18 août pour la XVIe Congrès international sur le sida. Surnommé SIDA 2006, ce sommet mondial bisannuel est l’événement le plus important du calendrier de la communauté VIH internationale. SIDA 2006 fixera l’attention des médias grand public sur cette pandémie évitable qui a infecté plus de 40 millions de personnes à l’échelle planétaire — et tué 25 millions d’autres. La conférence aura pour thème « Passons aux actes ». Il s’agira de tenir nos promesses par rapport à la prévention et, surtout, à l’accès au traitement dans les pays en voie de développement où le VIH sévit cruellement.

SIDA 2006 sera la troisième Congrès international sur le sida à se dérouler au Canada — cette fréquence est en partie attribuable au boycott des États-Unis, organisé en protestation contre les politiques discriminatoires de ce pays en matière d’immigration, notamment son refus d’admettre les PVVIH sur son territoire. Si le passé doit se répéter, Toronto 2006 passera à l’histoire en suivant l’exemple de Montréal 1989, où les militants et les PVVIH ont pris possession de la scène, et celui de Vancouver 1996, où la révolution des antiprotéases a débuté. De fait, un changement permanent a déjà eu lieu : grâce à la collaboration des organisateurs et du gouvernement canadien, le formulaire de demande de visa a été révisé au mois de mai dernier et n’oblige plus les visiteurs au Canada à dévoiler leur statut VIH.

« Nous avons demandé au département d’immigration de revoir le processus de demande de visa, qui exigeait que les personnes atteintes de maladies contagieuses ou chroniques révèlent leur diagnostic sur le formulaire. Les autorités ont convenu que la portée de la question était beaucoup plus large que nécessaire pour respecter la loi canadienne », explique Joan Anderson, conseillère supérieure auprès du Toronto Local Host Committee. Le résultat? Le département a apporté une modification permanente au formulaire qui n’est pas uniquement valide pour les PVVIH ou pour cette conférence. Maintenant, la demande de visa de résident temporaire ne mentionne spécifiquement que la tuberculose. Elle demande également aux candidats de révéler s’ils ont un trouble physique ou mental qui est susceptible de nécessiter des soins qui pourraient constituer un fardeau pour le système de santé canadien.

Selon Mme Anderson, le principe que défendaient les organisateurs de la conférence était celui de la liberté du mouvement pour les PVVIH. Elle fait remarquer cependant que cette modification ne s’applique pas aux immigrants qui demandent la résidence permanente, qui doivent toujours subir un test de dépistage du VIH. « En ce qui concerne les visiteurs, le département d’immigration a encore des préoccupations quant à la possibilité que des personnes provenant de pays en voie de développement tentent de rester au Canada après leur arrivée, explique Mme Anderson. Nous appréhendons encore des problèmes d’accès pour certaines personnes, mais pas spécifiquement à cause de leur statut VIH. »

Entre-temps, le gouvernement américain a accepté de permettre aux PVVIH de se rendre à Toronto en passant par les Etats-Unis, malgré l’interdiction de voyage que ce pays impose aux PVVIH. Malgré cette décision, l’unique superpuissance du monde risque de faire l’objet de vives critiques pour ses politiques relatives aux voyageurs séropositifs, à l’usage du condom et aux médicaments génériques, entre autres. Toronto risque d’être la scène de plusieurs manifestations bruyantes et hautes en couleurs. Restez à l’écoute.

Pour en savoir plus sur SIDA 2006, visitez www.aids2006.org