Vision positive

printemps/été 2005 

Plus qu’un gars moyen

Icône et artiste populaire, Joe Average parle de son chef d’oeuvre — sa santé

entrevue réalisée par RonniLyn Pustil

JOE AVERAGE : J’ai été diagnostiqué en 1985 à l’âge de 27 ans, mais je suis certain à 99 % que j’ai contracté le VIH quand j’avais 25 ans. Quand j’ai demandé au médecin ce que ça voulait dire, il m’a dit : « Tu pourrais vivre six mois, un an, cinq ans, 10 ans ou pour toujours … il est impossible à dire ». Je lui ai répondu : « Je choisis pour toujours ». Je connaissais quelques personnes qui vivaient avec le sida ou qui en étaient décédées, et j’avais compris une chose par la simple observation : si on permet au VIH de dominer sa vie, il le fait. Donc j’ai décidé de vivre le plus normalement possible.

Environ trois ans plus tard, j’ai été congédié d’un emploi que je détestais. J’ai pensé : « S’il ne me reste que six mois à vivre, est-ce que je veux les passer sur le chômage ou l’aide sociale ou bien est-ce que je veux faire quelque chose que j’aime? ». J’ai décidé de tenter mes chances en tant qu’artiste. Je faisais de l’art depuis mon enfance mais je ne l’avais jamais pris au sérieux. C’était un passe-temps, pas une profession.

Pour moi, c’était comme faire du camping urbain : si je me trouvais tout seul au milieu de la forêt, je trouverais un moyen de survivre. Adoptant cette approche, je me suis mis à faire de l’art et à organiser de petites expositions dans mon appartement. Je fixais les prix en fonction de mon loyer : si je vendais une oeuvre, je pourrais payer mon loyer pour un mois. Le VIH m’a sauvé la vie parce qu’il m’a poussé à vivre de mon art.

Et vous en vivez depuis ce temps-là?

JA : Oui. Mais je n’ai rien peint depuis cinq ans. Quelqu’un m’a demandé pourquoi j’avais décidé d’arrêter de peindre. Je n’avais rien décidé — c’était juste que les choses étaient devenues tellement intenses. J’avais l’esprit plein à craquer. À un moment donné, j’avais des minuteries partout parce que je devais prendre certains médicaments toutes les deux heures avec de la bouffe et d’autres, toutes les deux heures sans bouffe. Je me sentais comme un contrôleur de la circulation aérienne.

Ma vie était devenue tellement compliquée qu’il ne restait plus d’espace clair dans ma tête. Dessiner est un processus organique, mais mon cerveau se concentrait tellement sur la survie que le processus naturel du dessin s’est arrêté brusquement. Il est difficile de trouver l’inspiration quand on doit composer avec des questions de vie et de mort, des effets secondaires affreux et la peur.

L’absence de peinture a fait diminuer mon estime de soi et m’a causé des problèmes financiers. Lorsque j’avais eu des sommes d’argent intéressantes, j’ai eu la prévoyance de produire des lithographies en séries limitées, et je vis grâce à cela maintenant.

Vous avez fait don de beaucoup de vos oeuvres.

JA : Quand j’étais enfant, je regardais les téléthons et voulais toujours faire un don comme les adultes. Quand j’ai appris que je pourrais faire don d’une oeuvre d’art et que cela permettrait de réunir de l’argent, cela est devenu ma façon d’aider. C’est une situation où tout le monde gagne — je peux aider les gens et les gens peuvent voir mon art. Je contribue principalement aux organismes sida et aux groupes qui viennent en aide aux enfants. On paie cher les toiles, et les lithographies se vendent à deux fois leur valeur, ce qui me rend très content.

J’ai fait un auto-portrait que j’ai appelé Me. J’étais dans une très mauvaise passe. Les effets secondaires étaient intenses, je me remettais à peine d’une fracture de la clavicule et je devais subir une opération parce que des kystes étaient apparus sur mon pénis. C’était très traumatisant. Alors je me suis assis et j’ai fait un dessin de moi-même parce qu’un seul autre coup m’aurait fait écrouler. J’ai exagéré les lignes qui commençaient à se creuser dans mon visage comme une carte routière de mon parcours. Puis j’ai dessiné le reste de ma tête à partir de ces marques d’usure. Je l’ai fait ressembler à un vitrail pour créer un sentiment de fragilité. Un auto-portrait sur le point de s’écrouler. C’était ma psychothérapie du moment.

Croyez-vous que votre art ait contribué à sensibiliser les gens au sida?

JA : L’art invite l’interprétation, et c’est sa beauté. J’ai reçu plein d’invitations de la part d’écoles élémentaires où les enfants étudient mon travail. Les enfants sont merveilleux! Souvent, quand je quitte une salle de classe après deux heures, les enfants me crient : « On va faire la marche contre le sida cette année, Joe! ». Je parle très franchement avec eux.

J’ai créé plusieurs images liées au sida, dont My Thinking Cap (Life with HIV) et Ray of Hope, quand j’ai commencé à prendre le cocktail parce que je voulais exprimer ce que je ressentais par rapport à cela. Mais, pour la plupart, mes images se rapportent peu au sida. Elles reflètent davantage l’image que l’enfant en moi veut se faire du monde, c’est-à-dire un endroit plein de bonheur et d’amour. La couleur est capable de communiquer tant de choses. Au fil des ans, j’ai appris que la couleur est un vrai langage. Elle crée de la joie en moi et dans les autres.

J’ai fait une petite toile dont je suis très fier. Plusieurs parents m’en ont remercié, et pour moi, c’est une raison de poursuivre en tant qu’artiste. Ils me disent que lorsque leur enfant pleure, la seule chose qui les fasse arrêter, c’est de les tenir devant ma toile ou mon affiche. Et l’enfant cesse de pleurer. Je me suis débrouillé pour communiquer non seulement avec les parents, mais aussi avec les bébés.

Quelle est votre pièce préférée?

JA : C’est comme demander à un parent de choisir son enfant préféré. J’aime beaucoup d’entre elles pour des raisons très différentes.

LE PAQUET

Parlez-nous un peu de votre expérience des traitements.

JA : Je n’ai jamais été hospitalisé. Je n’avais pris aucun médicament pendant six ou sept ans, puis mon médecin m’a proposé l’AZT — c’était le seul médicament disponible à l’époque. Mais toutes les personnes que je connaissais qui prenaient de l’AZT en ce temps-là tombaient comme des mouches, donc j’ai dit : « Non merci. ». Au début des années 90, quelqu’un s’est approché de moi et m’a demandé combien je pesais. Il m’a dit que je ressemblais à un squelette. Mon poids avait chuté jusqu’à 115 livres environ. En fait, son commentaire est bien tombé car il a coïncidé à peu près avec l’arrivée du premier cocktail. Je me suis dit qu’il était temps et j’ai commencé à prendre la combinaison AZT-d4T-3TC, et cela m’a aidé. Je prends un cocktail depuis ce temps-là.

Combien de combinaisons différentes avez-vous essayées?

JA : Bon, je ne dirais pas que j’ai tout pris, mais j’ai pris tout ce que mon corps pouvait tolérer.

Je suis devenu résistant à presque tous les médicaments il y a environ deux ans. Mes CD4+ oscillaient entre 50 et 100 cellules, et ma charge virale montait en flèche. Nous attendions l’arrivée d’un nouveau médicament appelé T-20. Il est très cher et cela a pris du temps pour l’obtenir. Mon médecin a fini par cesser toutes mes médications pendant six mois parce que le T-20 devait se prendre en combinaison avec d’autres médicaments. (Si j’avais poursuivi mon traitement, je serais devenu résistant à tous les médicaments et le T-20 aurait été inutile.) En septembre 2003, le T-20 est enfin arrivé, et je le prends encore.

Que s’est-il passé lorsque vous avez cessé de prendre vos médicaments?

JA : J’ai fait une grave anémie, mais je n’ai rien attrapé heureusement. Je suis resté très prudent, comme le garçon dans une bulle plastique, mais sans la bulle. J’évitais de sortir et de serrer la main aux gens. Je me méfiais beaucoup des soirées mondaines et des événements auxquels j’assistais normalement. S’il fallait que j’y aille, je portais un masque et des gants en latex. Bref, je me suis isolé totalement.

Quels autres médicaments avez-vous pris en association avec le T-20?

JA : Attendez que je cherche ma petite boîte à pilules. Voyons voir : il y a du ténofovir, du d4T, du 3TC, du ddI, du saquinavir et du Kaletra.

Tout le paquet quoi!

JA : Celle-là est petite! Juste sept médicaments. J’en ai déjà pris 13 en même temps.

Treize médicaments anti-VIH?

JA : Ouais. Vraiment le paquet au complet. J’ai servi de cobaye pour plein de choses. Mon médecin a expérimenté plusieurs traitements chez moi, y compris des affaires non traditionnelles, afin de me tenir en vie.

Le T-20

My Thinking Cap est une tête chauve dont le cerveau est segmenté comme une illustration de tranches de viande, dont chacune porte un nom différent comme espoir, amour, courage, sexe — soit les choses qui se trouvent à l’avant du cerveau et qui te permettent d’avancer. La tête n’a pas de nez; à sa place, j’ai mis des pilules d’AZT, de 3TC et de d4T.

JA : Plusieurs choses ont changé ma vie, y compris la peur des aiguilles. Avant, je détournais toujours les yeux quand on me faisait des prises de sang. Je devenais complètement pâle.

Maintenant je m’injecte du T-20 deux fois par jour. Le jour où je devais commencer le traitement, ma copine Anne m’a accompagné à l’hôpital pour m’offrir du soutien moral et aussi pour m’aider à me rappeler tout ce qu’il fallait faire. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. On m’avait dit qu’il suffirait de cliquer sur un petit dispositif simple. Mais quand je suis arrivé, il y avait plein d’aiguilles hypodermiques partout. J’ai dû apprendre à m’injecter sur place. Le problème est qu’il s’agit d’injections sous-cutanées, et je n’ai pas de graisse.

Qu’avez-vous fait donc?

JA : Ils ont dû trouver une solution. Il me reste un tout petit peu de graisse abdominale. On ne le croirait pas à me regarder, mais si je me pince, il y en a juste assez. D’ordinaire, pour faire une injection sous-cutanée, on pince la peau et on insère l’aiguille à un angle de 90 degrés, c’est-à-dire à la verticale. Mais comme je n’ai pas de graisse, je me pince la peau et fais l’infection latéralement, presque de façon transdermique.

Toujours dans le même endroit?

JA : Il faut alterner. On ne peut pas faire une injection deux fois dans le même endroit parce que cela laisse un nodule. Mais maintenant que j’ai épuisé toutes les parties de mon corps, on me dit de faire les injections là où je peux arriver à enfoncer l’aiguille.

On peut aussi utiliser le dos. Alors, au début, mon amie Anne venait chez moi à 5h et à 17h pour m’injecter dans le dos. Elle faisait cela pendant deux semaines, puis je m’injectais dans l’abdomen pendant une semaine, jusqu’à ce qu’elle me dise : « Pourquoi je ne viendrais pas tous les jours pour te faire les injections dans le dos? Garde ton abdomen pour les occasions où je suis malade ou en vacances ». Elle est très fine.

Les injections ont laissé des cicatrices sur mon abdomen. Les nodules l’ont rendu tellement dense que le T-20 s’absorbe mal, donc les injections prennent beaucoup de temps et sont extrêmement douloureuses. Mais quand l’injection est terminée, la douleur disparaît plus ou moins, à moins que je mette de la pression sur l’endroit ou que je donne une accolade à quelqu’un … et les ceintures de sécurité font chier! Si jamais j’ai une réaction au site de l’injection, l’endroit est douloureux pendant quelques jours.

C’est vivre avec la douleur mais c’est vivre. Mon instinct de survie est assez fort. J’ai eu plein de défis à relever cette année, mais c’est mieux que de perdre mon système immunitaire. Maintenant mes CD4+ se situent à 350 et ma charge virale est redevenue indécelable.

LE BÉMOL

Quels effets secondaires avez-vous présentés sous l’effet de vos nombreux médicaments?

JA : J’en ai eu tellement. L’un des plus frustrants était les saignements de nez. Si je me penchais pour faire mon lacet ou ramasser quelque chose, mon nez commençait à gicler, des fois pendant une demi-heure. C’était platte parc que je m’entraînais beaucoup et je n’étais pas capable d’aller au gym. Je suis un danger biologique, donc je ne peux pas me permettre de faire des hémorragies en public. Après environ huit mois, mon médecin a déterminé que le problème était dû à l’AZT que je prenais sous forme de Trizivir. Il m’a conseillé d’arrêter l’AZT mais de continuer à prendre les deux autres médicaments [3TC et abacavir]. Une chance qu’il a trouvé la cause car les saignements ont cessé.

J’ai pris Sustiva pendant un peu plus d’un an. On m’avait dit qu’il pouvait causer des cauchemars, et j’en ai fait effectivement, mais on ne m’avait pas dit que les cauchemars n’étaient pas limités à la nuit. Enfin, je suis allé voir mon médecin un jour et lui ai dit : « Je crois que je deviens fou. J’ai peur. J’ai envie de tuer mes chats. J’ai envie de me tuer et d’écraser les gens avec mon char. Je ne sais pas quoi faire. Je crois que c’est la démence ». Finalement, j’ai cessé d’utiliser ce médicament, mais quelle année horrible! Je me sentais fou et comme un danger pour moi-même.

Depuis quatre ans, je souffre de folliculite (inflammation des follicules) de la taille jusqu’à la poitrine, ainsi que sur le dos et le visage. J’ai consulté un spécialiste après l’autre, mais personne n’est parvenu à trouver la cause. Ça ressemble à des boutons, mais ils se trouvent vraiment à la surface et causent des démangeaisons intenses … Je me gratte 24 heures sur 24. J’ai dû apprendre à vivre avec beaucoup de douleur.

Dans Ray of Hope, on voit ma main qui tient les pilules que je prenais — 3TC, d4T, AZT (et Septra) — et il en sort des rayons d’espoir parce que c’était mon premier cocktail.

Et que faites-vous pour combattre la douleur?

JA : Je pourrais prendre constamment des analgésiques, mais je ne veux pas. Je veux rester actif, donc je fais avec.

Puis il y a la lipodystrophie. J’ai commencé à perdre ma graisse corporelle il y a environ quatre ans, ce qui a été très traumatique sur le plan des émotions. Tu te regardes dans le miroir et tu as l’air d’un squelette couvert de peau. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai commencé à m’entraîner aussi furieusement. Laisse-moi le dire comme ceci : je travaille présentement à mon quatrième fessier. Je l’ai perdu au début. Il y avait si peu de graisse sur mes fesses que cela faisait mal de m’asseoir. J’ai commencé à m’entraîner avec un entraîneur afin de restaurer mes fesses et pour que je puisse m’asseoir de nouveau. Je voulais aussi créer une sorte d’armure sous forme de muscles. J’ai dû arrêter d’aller au gym à quelques reprises à cause des saignements de nez et de l’anémie, donc j’en suis à mon quatrième derrière.
Mon estime de soi est assez faible. Avant la lipoatrophie, les gens savaient que tu avais le VIH si tu avais des lésions du sarcome de Kaposi sur le visage. Mais le visage du sida a changé — maintenant c’est les joues creuses et les jambes maigres qui nous trahissent. Quand je croise des gens que je connais dans la rue, je peux lire le choc dans leurs yeux. Ils ne me reconnaissent pas.

Votre apparence a-t-elle changé tant que cela?

JA : Ah oui. Ce n’est pas seulement la perte de graisse — c’est les médicaments, la douleur et la fatigue qui abîme. Cela m’a magané. À 35 ans, on me disait que je paraissais beaucoup plus jeune; aujourd’hui, je ressemble à Keith Richards un lendemain de veille. Je souffre d’eczéma et de folliculite. J’ai le visage craquelé et écailleux. Mon corps est plus beau que jamais auparavant, mais j’ai des pansements partout sur la peau. Ma peau est en colère tout le temps. Il y a très peu de miroirs chez nous.

Et vous, êtes-vous en colère?

JA : Je vis avec la colère tout le temps. Parfois elle est dirigée contre moi, des fois contre le virus, et des fois c’est le monde entier qui me fait enrager. C’est faux de dire tout le temps, mais les problèmes qui se multiplient constamment finissent par m’épuiser, et je me sens seul. Tu ne peux pas vraiment expliquer aux gens ce que tu ressens parce qu’ils ne peuvent pas se l’imaginer. C’est une expérience solitaire. Même mon ancien psychothérapeute trouvait tout cela accablant; il pleurait ou secouait la tête en disant : « C’est incroyable ». Souvent, je me sentais pire en quittant son bureau.

Avez-vous pris des médicaments pour composer avec les effets secondaires?

JA : Oui, des tonnes — et c’est pour ça que je suis ruiné aujourd’hui. J’évite de calculer ce que j’ai dépensé à la pharmacie. Mais, une fois, mon comptable m’a dit que j’avais dépensé dix mille dollars chez Pharmaprix seulement — tout cet argent pour des médicaments que je souhaitais efficaces.
Maintenant que je suis fauché, je suis admissible au programme Fair PharmaCare de la Colombie-Britannique, donc je ne suis pas obligé de payer mes médicaments. Grâce à ce programme, le gouvernement paie les médicaments approuvés pour les gens à faible revenu. Alors, je ne suis plus obligé de débourser 400 $ tous les deux mois pour ma testostérone, sans mentionner tous les autres comme Septra et les antidépresseurs qui sont enfin couverts.

LA BOÎTE À PILULES, 2E PARTIE

JA : Le jour où l’on m’a prescrit mon premier cocktail, je me suis dit : « Je ne fais pas ça sans me soigner intégralement ». Donc, j’ai pris contact avec une naturopathe au même moment que j’ai commencé à prendre les médicaments, et je n’ai jamais arrêté de la consulter. Elle me donne beaucoup de suppléments.

Un monde, un espoir est l’image qu’on a choisie pour la XIe Conférence internationale sur le sida de Vancouver, en 1996. Les organisateurs de la conférence m’ont demandé la permission de réimprimer l’image que j’avais faite en 1991 pour la première affiche de sensibilisation au sida du Canada. Je leur ai dit que je voulais la retravailler. La première image consistait seulement en plusieurs visages et il y a avait un coeur au milieu pour souligner que nous étions tous unis en tant que race — et nous le sommes. Je voulais montrer que pour survivre, il fallait de l’amour et de la compassion. Quand j’ai refait l’image, j’ai décidé d’en faire un vitrail pour démontrer la fragilité de l’être humain, ainsi que le visage du sida et les liens qui nous unissent. J’ai gardé le coeur au centre.

Grâce à l’image originale, celle de l’affiche, j’ai eu l’occasion de dîner avec la Princesse Diana. J’ai été invité à Ottawa avec 50 autres Canadiens pour dîner en compagnie du couple royal au Rideau Hall. Mais l’invitation ne comprenait pas le billet d’avion. Quand le propriétaire d’un bar gai local a appris ce qui se passait, il a eu l’idée de tenir une vente aux enchères pour vendre la petite toile qui avait prêté son image à l’affiche. La vente a permis de réunir assez d’argent pour que je puisse prendre l’avion pour Ottawa. Un journal local a publié un article sur la solidarité communautaire qui m’avait aidé à faire ce voyage, et l’agence Reuters l’a repris. Le titre de l’article était « Joe Average to lunch with Princess Di ». Tout d’un coup, on le voyait partout.

Je suis parti pour Ottawa, et le personnel de la princesse avait découpé tous ces articles pour les lui montrer. Après le dîner, l’épouse du gouverneur général, Gerda Hnatyshyn, m’a dit que la princesse voulait me parler. Moi, le petit gars timide au nom et à l’art bizarres, avais l’entière attention de la princesse. Ce fut un des meilleurs moments de ma vie !

Lesquels?

JA : Attendez que je sorte ma boîte à pilules de nouveau. Je prends : une multivitamine, l’acide alpha-lipoïque, la vitamine C, la NAC (N-acétyl cystéine), la co-enzyme Q10, le sélénium, le Panplex pour faciliter la digestion, une combinaison d’huiles de poisson appelée SEP EFA, le SAT, la DHEA et Can Plex. Une fois par semaine je reçois une injection intraveineuse du cocktail Meyer — il s’agit d’un mélange vitaminique et minéral renfermant de la vitamine C, du magnésium, du calcium, du complexe B, du zinc et j’en passe.

Votre naturopathe s’y connaît-elle en VIH?

JA : Elle a appris beaucoup de choses de moi et elle assiste à des séminaires. Nous fonctionnons beaucoup par intuition. Elle a toujours été là pour moi, comme une thérapeute des fois. J’ai déjà pleuré avec elle. Elle est vraiment un cadeau du ciel.

Médicaments et suppléments confondus, je n’arrive pas à imaginer combien de pilules vous prenez chaque jour.

JA : Environ 40 pilules deux fois jour, probablement.

Comment arrivez-vous à organiser tout cela?

JA : J’ai trois boîtes à pilules, et tous les noms et le nombre de doses sont notés. Quand je me lève chaque jour, je mets mes doses du matin et mes doses du soir dans deux petits bols en verre. Ensuite, je prends les doses matinales et fais mon injection, après avoir rangé les doses du soir dans l’armoire. C’est devenu une routine.

ANGES CANADIENS

Quelle est la fréquence de vos consultations médicales?

JA : Je vois mon omnipraticien une fois par semaine pour recevoir une injection de testostérone dans les fesses, ainsi qu’une injection de B12 / complexe B / acide folique dans le bras. C’est mon deuxième omnipraticien. Le premier roulait les yeux chaque fois que je prononçais le mot « naturopathe » et refusait même de me donner une copie de mes analyses sanguines pour lui montrer. Donc, je me suis mis à chercher un médecin qui respectait la naturopathie, et c’était génial parce que cela m’a permis d’économiser en frais de naturopathe. Maintenant mon omnipraticien fait les injections de vitamines, et ma naturopathe s’occupe du cocktail Meyer. Je consulte mon spécialiste du VIH quand j’en ai besoin seulement.

Quelle est la fréquence de vos analyses sanguines?

JA : Une fois par mois habituellement.

Vous prenez beaucoup de médicaments. Qu’en est-il des interactions médicamenteuses?

JA : Notre apprentissage a été dur à cet égard. Mais les choses vont assez bien à l’heure actuelle.

Comment sont vos habitudes alimentaires?

JA : Je dois me forcer à manger la plupart du temps. Certains de mes médicaments me causent des nausées horribles. Le pot est la seule chose qui m’aide. Mes deux médecins l’approuvent fortement. J’essaie de manger le plus sainement possible, mais c’est difficile quand je manque d’argent. L’organisme A Loving Spoonful (espèce de popote roulante) me fournit sept soupers congelés par semaine, ainsi que du pain, des fruits et du jus. Cela m’aide beaucoup.

Vous avez dit que vous aimiez faire de l’exercice.

JA : Je m’entraîne cinq fois par semaine. Avant, je m’entraînais un peu sporadiquement tout seul, mais quand j’ai commencé à perdre de la graisse, je savais que j’avais besoin de bons conseils et de motivation. J’avais mis des sous de côté dans un genre de « fonds en cas de maladie » Mais j’ai pensé : « Au lieu d’attendre de tomber malade pour utiliser cet argent, pourquoi pas engager un entraîneur personnel et devenir plus fort? » Ça l’a cliqué tout de suite avec mon entraîneur. Il avait hâte de m’entraîner et cela fait plus de trois ans qu’on travaille ensemble. Il y a un an, à peu près, j’étais fauché et lui ai dit qu’il fallait que j’arrête. « Je t’offre le mois de décembre », m’a-t-il répondu. Il voulait me donner l’occasion de me remettre sur pied. « L’argent n’est pas important. C’est ta santé qui compte. »

Je me sens vivant quand je m’entraîne. Mon entraîneur me fait rire. C’est un ami, et ce n’est pas facile à trouver. Quand j’étais dans la vingtaine et la trentaine, tous mes amis sont morts. J’en ai rencontré d’autres au fil des ans, mais je deviens plus introverti depuis quelques années. Le gym me donne l’occasion d’interagir avec les gens, et c’est un plaisir que j’ai toujours en perspective. Mes deux médecins conviennent que je n’ai jamais rien fait de mieux que d’embaucher un entraîneur et faire du sport. Cela m’aide mentalement aussi, tellement. Je me suis relevé des cendres à plusieurs reprises. Quand j’ai rencontré mon entraîneur pour la première fois, il savait que j’étais séropositif, et je lui ai dit : « Je ne veux pas que tu me traites différemment. Je veux que tu me mettes constamment au défi ». Et il le fait, donc j’ai l’impression d’être en train de gagner.

On dirait qu’il y a des anges dans votre vie.

JA : Je n’ai pas beaucoup d’amis, mais j’ai quelques anges vraiment superbes. Quand j’ai abordé la question de ma situation financière avec ma naturopathe l’an dernier, elle m’a dit : « Il y a plein de murs vierges chez nous ». Donc on a conclu un marché — je lui ai donné assez d’affiches pour décorer son bureau. C’est merveilleux de recevoir de l’aide, mais j’ai toujours essayé de rester le plus autonome possible. C’est très difficile d’accepter des gestes comme ça, mais je suis ruiné, donc c’est nécessaire.

Pour visionner d’autres oeuvres de Joe Average, visitez www.joeaverageart.com

Photographe: © jamiegriffiths.com 2005
Toutes les images sont reproduites avec la permission de l’artiste © Joe Average Inc. 2005

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