Vision positive

printemps/été 2005 

Nutrition: La dolce vita

Les faits sur la glycémie

par Doug Cook

EN TANT QUE DIÉTÉTISTE dans une clinique médicale qui accueille plusieurs personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH), on m’envoie beaucoup de patients présentant une résistance à l’insuline, soit une complication métabolique associée à l’infection au VIH et à son traitement. De fait, près de 50 % des patients que l’on m’envoie souffrent d’insulinorésistance ou d’autres troubles métaboliques. Il est important que les PVVIH comprennent les troubles métaboliques parce qu’ils risquent d’avoir un impact négatif sur leur qualité de vie, d’interférer avec l’observance thérapeutique et d’exacerber les problèmes de santé chroniques.

Tout sur le glucose

L’organisme a besoin de glucose (genre de sucre) pour créer l’énergie nécessaire à toutes ses fonctions. Le glucose est un carburant dont l’organisme ne peut se passer. Le glucose qui entre dans le sang provient principalement de la digestion de glucides présents dans la nourriture, notamment les fruits, les légumes, le pain, les céréales, les pâtes, le lait et d’autres produits laitiers. Lorsque tout se déroule normalement, l’hormone insuline aide le glucose à entrer dans les cellules et à les approvisionner en énergie.

L’insulinorésistance est une affection qui se produit lorsque les cellules de l’organisme ne répondent pas correctement à l’insuline et ne parviennent pas à absorber le glucose, lequel se met donc à s’accumuler dans le sang. Le pancréas, qui est responsable de la production d’insuline, réagit en produisant davantage de l’hormone afin de faciliter l’absorption du glucose. Si l’organisme ne peut produire suffisamment d’insuline, ou si les cellules répondent mal à celle-ci, le résultat est l’hyperglycémie, soit une augmentation du taux de glucose sanguin. Dans les pires cas, cela peut conduire au diabète de type 2, une maladie caractérisée par une hyperglycémie persistante.

À surveiller : les IP

Avant l’avènement de la multithérapie antirétrovirale fortement active, les problèmes de glucose étaient peu fréquents chez les PVVIH. Toutefois, depuis l’arrivée des inhibiteurs de la protéase (IP), les cas d’insulinorésistance et d’hyperglycémie continuent de se multiplier chez les personnes recevant une combinaison antirétrovirale à base d’IP (mentionnons que l’analogue nucléosidique d4T commence à se révéler problématique aussi). On estime que l’insulinorésistance touche environ la moitié des personnes recevant des IP, du moins jusqu’à un certain degré.

Étant donné le risque d’insulinorésistance qui accompagne l’utilisation des IP, on doit gérer toute anomalie glycémique qui se produit afin de réduire le risque de diabète. Dans plusieurs cas, on peut corriger les problèmes de glucose en modifiant son alimentation et son mode de vie. Il arrive aussi que les médecins recommandent un changement de médication antirétrovirale et/ou la prise de médicaments antidiabétiques pour bien contrôler la glycémie.

Le poids

Le maintien d’un poids santé (ou la perte de poids si nécessaire) est recommandé pour prévenir ou gérer l’insulinorésistance. Un excédant de graisse abdominale et un tour de taille important sont considérés comme des facteurs de risque d’insulinorésistance. Un tour de taille de plus de 102 cm (40 pouces) chez les hommes et de plus de 88 cm (34,5 pouces) chez les femmes comporte des risques élevés à cet égard. La meilleure façon de perdre ou de maintenir son poids consiste à manger sainement et à faire de l’exercice.

L’exercice peut vous aider à perdre du poids en brûlant les calories, mais il aide également à chasser le glucose du sang sans l’aide de l’insuline. L’exercice contribue également au développement musculaire, ce qui offre à l’organisme un autre endroit pour conserver ses surplus de glucose. Une combinaison d’activités cardiovasculaires et d’exercices de résistance est idéale pour brûler les calories et bâtir les muscles. Même si vous ne faites pas de l’embonpoint, la musculation a de nombreux bienfaits. (Pour en savoir plus sur l’exercice, lisez « Et que ça bouge! ».)

Alimentaire, mon cher Watson

L’Association canadienne du diabète (www.diabetes.ca) recommande un régime alimentaire équilibré qui comporte des protéines, des glucides et des matières grasses. Il semble que les types de glucides consommés soient plus importants que la quantité. Les glucides riches en amidon (pains et produits de blé entier à 100 %, riz, pâtes, ignames, maïs et haricots) et ceux provenant des produits laitiers (lait, fromage et yogourt) se digèrent plus lentement et stimulent une plus faible production d’insuline, dont ils constituent de très bons choix. Limitez votre consommation des glucides qui sont typiquement ajoutés aux aliments pour en accroître la saveur (sucres et sirops), et évitez les breuvages sucrés et les produits de boulangerie faits de farine enrichie.

Les recommandations suivantes peuvent vous aider à optimiser vos efforts pour prévenir et gérer l’insulinorésistance. Leur efficacité a été prouvée, et elles constituent votre meilleure défense :

Maîtrisez les matières graisses

La qualité des matières grasses que vous consommez peut influer sur l’insulinorésistance au fil du temps. Des études ont révélé un lien entre l’augmentation de l’insulinorésistance et un apport élevé en graisses saturées et gras trans, alors que les graisses polyinsaturées et monoinsaturées et les acides gras oméga-3 sont associés à un faible risque d’insulinorésistance. Réduisez votre consommation de graisses saturées et de grans trans en choisissant les viandes maigres, le poulet sans peau et les produits laitiers pauvres en matières grasses, ainsi qu’en évitant le plus possible les produits de boulangerie, les fritures et les aliments panés. Lisez les étiquettes et essayez de limiter les produits contenant de l’huile hydrogénée. Privilégiez les graisses monoinsaturées en choisissant les huiles de canola et d’olive pour cuisiner et boulanger, et en mangeant des noix, des graines et des avocats. Les meilleures sources d’acides gras oméga-3 sont le lin, les produits de soya et le poisson.

Faites le plein de fibres

On a montré que les fibres alimentaires ont des effets favorables sur la sensibilité à l’insuline et la glycémie. Il existe deux types de fibres — insolubles et solubles — qui coexistent dans les aliments. Chaque type est important pour la santé, mais les fibres solubles contribuent à ralentir la digestion des glucides, ainsi que le rythme auquel les glucides digérés (sucres) entrent dans le sang. Par conséquent, moins d’insuline est sécrétée et la glycémie est plus faible à la suite des repas, ce qui aide à réduire les besoins en insuline et l’insulinorésistance, ainsi que le risque de progression vers le diabète. Essayez d’absorber 5 à 10 grammes de fibres solubles par jour en consommant du son d’avoine, du psyllium, du guar et de la pectine. (Pour vous aider à atteindre cet objectif, lisez la section des étiquettes où le contenu en fibres alimentaires solubles est indiqué. Si vous consommez au moins 5 portions de fruits et de légumes par jour, ainsi que plus de 5 portions de pain ou de produits de blé entier, vous absorberez facilement 5 grammes de fibres solubles.) Les meilleures sources de fibres solubles comprennent l’orge, les pruneaux, le Metamucil, les céréales froides (Carrés d’avoine Quaker, Son de maïs Quaker, All-Bran Buds avec Psyllium et Kashi), les graines de lin broyées, le maïs soufflé pauvre en gras, le son d’avoine, le gruau, les pommes, les oranges et grand nombre d’autres fruits et légumes.

Pensez aux portions

Afin d’aider à contrôler l’absorption du glucose qui se produit lors de la digestion des glucides, il est important de gérer la quantité de glucides que vous consommez à chaque repas afin de pouvoir étaler également les portions sur toute la journée. Essayez de manger des repas moins copieux mais plus fréquents. Fixez trois repas et deux ou trois collations chaque jour comme objectif. Consommez une variété d’aliments et essayez de remplir votre assiette de 50 % de légumes, 25 % de glucides/amidon et 25 % de protéines.

Suppléments

Des études de population (on suit un grand nombre de personnes pour observer les types d’aliments qu’elles consomment et déterminer si elles présentent des maladies) ont permis de constater un lien entre certains nutriments présents dans les aliments et une réduction du risque d’insulinorésistance et de diabète. Les études menées sur les suppléments n’ont pas donné les mêmes résultats. Il se peut que cette différence soit attribuable au fait que les nutriments dans les aliments agissent en collaboration, alors que la prise d’un seul supplément vitaminique ou minéral n’agit pas de la même façon. Il vaut toujours mieux consommer les nutriments sous forme d’aliments entiers non traités.

Pour éviter les complications

Même si la cause précise de l’insulinorésistance demeure un mystère, le choix d’un mode de vie sain n’en est pas moins important pour prévenir et gérer cette complication. Pour les PVVIH en multithérapie, il importe de faire mesurer sa glycémie régulièrement (tous les trois ou quatre mois) dans le cadre d’un bilan sanguin afin de déceler les changements avant qu’ils se transforment en complications plus graves. Faute de traitement, l’hyperglycémie peut entraîner plusieurs problèmes de santé, y compris insuffisance rénale, lésions rétiniennes conduisant à la cécité, lésions nerveuses, dysfonction érectile et complications de grossesse. De plus, une hyperglycémie chronique peut contribuer à l’endommagement des vaisseaux sanguins et à la maladie cardiovasculaire, ainsi qu’au risque de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral.

Le diagnostic des anomalies glycémiques repose habituellement sur les tests suivants :

  • glycémie à jeun — la glycémie est mesurée après un jeûne de huit heures, c’est-à-dire qu’on ne consomme aucun aliment ou breuvage sauf de l’eau;
  • épreuve de l’hyperglycémie provoquée — la glycémie est mesurée après un jeûne de huit heures; ensuite, on boit une solution sucrée et la glycémie est mesurée toutes les 30 minutes pendant deux heures pour déterminer si elle augmente et diminue de façon normale.

Si vous travaillez étroitement avec vos fournisseurs de soins et avez recours aux ressources destinées à favoriser le maintien d’une saine alimentation et d’un programme d’exercices, vous parviendrez à prévenir et à gérer les complications à long terme de l’insulinorésistance.

Doug Cook, RD MHSc CDE, est diététiste clinicien et conseiller en nutrition à son compte. Il travaille dans un hôpital universitaire de Toronto. Visitez son site Web à www.wellnessnutrition.ca.

Illustration : Beverly Deutsch

De l’insulinorésistance au diabète de type 2

L’insulinorésistance et le diabète se développent graduellement. Au début, l’organisme produit et utilise normalement l’insuline mais, au fil du temps, il n’est plus capable d’en produire suffisamment ou de s’en servir comme il faut.

État normal :

  • L’organisme fabrique suffisamment d’insuline et l’utilise bien;
  • Une mesure de la glycémie à jeun se situe entre 4,0 et 6,0 mmol.

Glycémie à jeun anormale :

  • L’organisme utilise mal l’insuline produite et l’insulinorésistance se déclare, ce qui mène à l’hyperglycémie, soit un taux de sucre sanguin élevé;
  • Une mesure de la glycémie à jeun se situe entre 6,1 et 6,9 mmol.

Diabète sucré :

  • L’organisme ne produit pas suffisamment d’insuline et le glucose ne peut être utilisé comme source d’énergie;
  • Une mesure de la glycémie à jeun se situe à 7,0  mmol ou plus, ou à plus de 11,1  mmol selon une épreuve de l’hyperglycémie provoquée;
  • Un diagnostic de diabète peut aussi être posé si n’importe quelle mesure de la glycémie se situe à plus de 11,1  mmol et s’accompagne de symptômes diabétiques comme des mictions fréquentes, une perte de poids inexpliquée, la fatigue et une augmentation de la faim ou de la soif.