Vision positive

printemps/été 2005 

La liste du pharmacien

7 raisons de faire connaissance avec la personne derrière le comptoir

par Derek Thaczuk

À LA PHARMACIE du Village sur Church Street à Toronto, le propriétaire et pharmacien Zahid Somani s’entretient avec un client. J’attends patiemment. Les clients d’abord et les journalistes ensuite! Une jeune femme originale arrive à l’improviste pour s’informer de la sécurité d’un supplément à base de plantes médicinales qu’elle envisage d’acheter. « Vous faites bien de le demander, lui répond M. Somani, car les suppléments peuvent parfois interagir avec votre médication ». Après avoir consulté sa liste de médicaments, M. Somani assure à la jeune femme qu’il n’y a pas d’inconvénients. « Mais, ajoute-t-il, si vous commencez à consommer les suppléments à grandes doses, revenez me voir afin que je vérifie de nouveau ».

C’est le genre de chose que je voulais demander à M. Somani : Les pharmaciens devraient-ils tous connaître les interactions entre les médicaments et les suppléments naturels? Même si le pharmacien doit acquérir un plus gros bagage de connaissances, M. Somani affirme que cela fait partie de son travail. « Le rôle du pharmacien n’est pas seulement d’apposer des étiquettes sur les flacons et de compter les pilules, dit-il. Ce qui importe c’est le patient, pas les pilules ».

Après avoir discuté avec M. Somani et quatre autres pharmaciens spécialisés dans les soins aux PVVIH, mes soupçons se sont confirmés : les pharmaciens sont les héros méconnus des soins contre le VIH, une ressource précieuse et souvent inexploitée pour les personnes vivants avec le VIH/sida (PVVIH).

Voici sept types de bons services que peut vous rendre le professionnel qui travaille derrière le comptoir :

 1  Vous aider à trouver une association de médicaments. Lorsque vous commencez ou changez de traitement antirétroviral fortement actif, il est difficile de restreindre toutes les options. Même si le choix final revient à vous et à votre médecin, les pharmaciens sont prêts et disposés à donner un coup de main. « Il existe peut-être plusieurs options de traitements médicalement sains », affirme Cara Hills du programme sur le VIH du Nord de l’Alberta. La décision finale dépend souvent de détails tels que les restrictions alimentaires. En tant que pharmacienne, je peux parfois consacrer beaucoup plus de temps à ces questions que ne le ferait un spécialiste. Les clients peuvent retourner voir leurs médecins avec une meilleure idée de leurs préférences ».

 2  Offrir une consultation à propos de l’information sur le traitement. Le mieux à faire est d’aller consulter votre pharmacien pour obtenir des renseignements et des conseils à propos de la gestion de votre pharmacothérapie. Jeff Kapler, pharmacien spécialisé dans le VIH à Calgary, affirme que les pharmaciens spécialisés peuvent « aider les clients en les renseignant sur les options en matière de médicaments et de traitements qui existent et nous sommes de plus très accessibles ». Kathryn Slayter, pharmacienne clinicienne spécialiste au centre des sciences de la santé Queen Elizabeth II à Halifax, appuie cette opinion. « On peut m’appeler en tout temps. Nous ne disons pas aux clients « Voici vos pilules, à la prochaine », nous vous disons comment gérer la prise de vos pilules pendant une journée remplie, ou tout ce que le client doit savoir ». Lorsque l’horaire de votre médecin est complet, votre pharmacien est peut-être le membre le plus accessible de votre équipe de soins de santé. Nous offrons une consultation privée au client, seul à seul, pendant laquelle il peut discuter de tout ce qui concerne la médication », dit Linda Akagi de la pharmacie des consultations externes de la St. Paul Hospital à Vancouver. Les clients peuvent souvent obtenir des réponses à leurs questions sur-le-champ.

  Prodiguer des conseils pour éviter les interactions. Les médicaments peuvent interagir, parfois d’une façon dangereuse, « notamment la médecine complémentaire et alternatives (MCA) ainsi que les produits en vente libre, affirme Kathryn Slayter. Ma règle d’or concernant les mca est qu’elles n’interfèrent pas avec les antirétroviraux et qu'elles n’augmentent pas la toxicité ». La meilleure chose à faire est de faire vérifier les interactions de vos médicaments auprès de votre pharmacien. Soyez vigilants, dites-lui tout ce que vous prenez. De plus, rester fidèle à un seul pharmacien et conserver son dossier au même endroit permet de signaler plus facilement les problèmes potentiels.

 4  Prodiguer des conseils sur la gestion des effets secondaires. Les pharmaciens ont souvent des conseils utiles à donner pour éviter ou gérer les effets secondaires. « Certaines personnes sont chanceuses d’avoir peu de réactions lorsqu’elles commencent une nouvelle médication, affirme Jeff Kapler. D’autres peuvent ressentir des effets secondaires faibles ou importants. Les pharmaciens peuvent souvent suggérer des solutions telles que les remèdes en vente libre ou les suppléments. Lorsque nous ne pouvons résoudre le problème, nous travaillons avec le médecin et le patient pour essayer d’autres médicaments ».

Les pharmaciens peuvent aussi faire la lumière sur les listes effroyables d’effets secondaires « possibles » des médicaments. « Lorsque les personnes s’exclament “ Oh mon Dieu! ” en voyant la liste des effets secondaires, on peut calmer certaines peurs en discutant avec eux, dit M. Kapler. En s’inspirant des expériences que nous avons eu avec d’autres patients, nous pouvons donner à nos clients une perspective réelle ».

  Vous aider à observer la prise de vos médicaments. Prendre ses médicaments à temps à tous les jours peut être une pilule difficile à avaler. Tout le monde fait face à des difficultés, que ce soit les exigences d’un horaire chargé, la consommation de drogues et d’alcool, ou seulement l’oubli. Les pharmaciens peuvent vous aider à trouver des solutions ingénieuses pour faire face aux horaires exigeants des médicaments. Un des patients de M. Somani suivait un régime très complexe, treize pilules différentes pour le vih, une maladie du cœur et une neuropathie. Il trouvait difficile de gérer leur prise et de suivre leur progrès. C’est à ce moment que M. Somani est arrivé : « je lui ai proposé le programme dosette qui consiste à rassembler tous les médicaments dans un pilulier pour la semaine, divisé et étiqueté selon le jour et l’heure. Cette méthode lui convient extrêmement bien et lui a permis d’instaurer une rigueur et de s’adonner à des activités au lieu de s’inquiéter au sujet de sa prise de médicaments ».

L’observance est aussi une question d’attitude. « Certaines personnes détestent prendre des médicaments car cela leur rappelle constamment qu’elles sont malades », dit Jeff Kapler. Je tente de leur inculquer une attitude plus positive et de leur faire voir que prendre leurs médicaments permet de contrôler leur maladie. Je crois que les gens se sentent mieux lorsqu’ils se sentent libres d’agir ».

Des études ont montré que les PVVIH qui collaborent avec leur pharmacien ont une meilleure chance d’atteindre les objectifs quant à l’observance et que leur thérapie soit ainsi couronnée de succès. Une étude publiée dans AIDS Care (mai 2004), a montré que les patients sont plus susceptibles de prendre toute leur médication s’ils fréquentent une pharmacie clinique qui leur propose un soutien personnel. « Cette étude dévoile l’effet positif du pharmacien sur les soins au patient, affirme la co-chercheuse de l’étude, Linda Akagi. Elle montre que les patients qui entretiennent une relation étroite avec le pharmacien ont plus de chance de respecter la prise de leurs médicaments et de contenir leur VIH. ». En réalité, les patients bien suivis avaient 1,5 fois plus de chance de ne pas développer une charge virale que les patients « externes ». (Pour en savoir plus sur l’observance, consultez « L’importance d’être constant, Vision Positive » automne / hiver 2004.)

 6  Coûts de la couverture. Les médicaments ne sont pas gratuits et les régimes d’assurance ne couvrent pas tout. « Je vois souvent des patients dont le coût des médicaments est une barrière à leur traitement, affirme M. Somani. J’essaie toujours de trouver des façons de tenir compte des contraintes financières pour procurer aux patients les médicaments dont ils ont besoin ». Même si parfois cela signifie affronter un fouillis de paperasserie.

 7  Défendre vos besoins. Nous, les PVVIH, ne voyons pas toujours l’enchevêtrement de règles et de règlements qui font qu’il est difficile de se procurer les médicaments dont nous avons besoin, quoique nous connaissions trop bien le résultat lorsque nous ne pouvons pas obtenir notre ordonnance. Les pharmaciens qui connaissent les conséquences qui suivront si nous ne prenons pas ces doses se transformeront peut-être en bulldogs pour s’attaquer aux tracasseries administratives pour le compte de leurs patients. « Nous avons négocié avec des compagnies d’assurance à propos de couverture, déclare Linda Akagi. Lorsque Dapsone [médicament contre la PCP] a été retiré du marché canadien [pour des raisons de marketing], tout le processus pour se le procurer est devenu un énorme problème. Nous avons expliqué le problème à un comité provincial qui a accepté d’étudier son cas, mais il n’aurait pas été mis au courant de l’envergure de la situation si les [pharmaciens] ne l’avaient pas informé ».

Derek Thaczuk travaille et est bénévole au sein de la communauté des PVVIH depuis dix ans. Les domaines qui le passionnent sont la maîtrise de l’information en santé, l’accessibilité aux recherches et à l’information et les pingouins. Il est maintenant auteur médical et conseiller à son compte.

Photographie : Photos.com

Ordonnance des PVVIH

Lorsqu’on leur a demandé : « Que peuvent faire vos patients pour profiter pleinement de votre expertise? », nos pharmaciens amicaux du quartier nous ont répondu :

  • Exigez le meilleur. « Choisissez une pharmacie spécialisée dans le VIH où travaille un pharmacien à plein temps avec qui vous pouvez faire connaissance », affirme Zahid Somani. Consultez votre médecin ou votre organisme de services liés au VIH pour obtenir des suggestions.
  • N’attendez pas à la dernière minute. Il sera peut-être impossible de vous remettre vos médicaments sur-le-champ. Informez votre pharmacie lorsqu’il ne vous reste des médicaments que pour quelques jours.
  • Posez des questions. « Nous ne jugeons pas ce que vivent nos clients, donc si vous avez des questions sur tout ce qui concerne votre santé, posez-les sans hésiter!, nous dit Jeff Kapler. Avec toute l’information en main, on peut prendre de meilleures décisions ».
  • Apportez tout. De temps à autre, apportez toutes vos pilules et vos flacons, y compris les suppléments et les médicaments en vente libre, afin que votre pharmacien puisse faire une contre-vérification pour détecter les interactions. Il est bon de le faire lorsque vous changez de médication.
  • Soyez honnêtes. « Je ne veux pas que les clients se sentent obligés de mentir au sujet de la prise de médicaments par peur d’être grondés », dit Kathryn Slayter. Si les circonstances rendent difficile votre prise de médicaments, dites-le, votre pharmacien vous aidera peut-être à trouver une solution à laquelle vous n’auriez pas pensé.
  • Suivez votre régime, si vous déménagez, particulièrement dans une autre province. Selon Linda Akagi, les gens sont souvent surpris de découvrir que les couvertures varient d’une province à l’autre et qu’il peut s’écouler des mois avant que la couverture entre en vigueur. Si l’herbe semble plus verte chez le voisin, informez-vous au sujet de l’assurance-médicaments pour assurer la continuité de votre couverture. (Communiquez avec CATIE pour obtenir de l’information sur les programmes d’assurance provinciaux).