Vision positive

printemps/été 2004 

S’en aller en fumée

Ce qu’il faut savoir pour écraser pour de bon

par Andrea Rudd

AVEZ-VOUS DÉJÀ REMARQUÉ combien de personnes séropositives fument? Cela me surprend toujours lorsque je participe aux événements de notre communauté et que je vois des personnes qui fument dehors. Ne savent-elles pas que chaque année, le tabagisme tue 45 000 Canadiens et Canadiennes — c’est trois fois plus que les accidents d’auto, les suicides, les meurtres et le sida réunis?!

Ce n’est pourtant pas à moi de juger. Ayant fumé, je me souviens affectueusement de cette habitude. J’avais commencé à fumer vers l’âge de quinze ans et j’ai fumé pendant 14 années, m’arrêtant en 1988, juste avant mon diagnostic de VIH. Je roulais mes propres cigarettes. J’aimais ce rite et je pensais que c’était bien cool de fumer. Cela dit, je comprends l’attrait, le réconfort et la dépendance liés au tabagisme.

Vous êtes sans doute conscient du fait que le tabagisme comporte des risques pour la santé à long terme, comme par exemple : les maladies cardiaques, l’emphysème, le cancer du poumon et d’autres cancers tels que le cancer de la gorge, du pancréas, de l’estomac, du sein, du col utérin, et de l’anus, ainsi que la gingivite et l’ostéoporose. Selon la Société canadienne du cancer, un fumeur de longue date sur deux mourra d’une maladie liée au tabagisme.

Vous savez peut-être aussi que le tabagisme peut empirer certains problèmes de santé et certaines maladies attribuables au VIH/sida (personnes séropositives) comme les maladies cardiaques et pulmonaires, les problèmes de gencives et d’os.

Savez-vous également que fumer peut affaiblir la réaction de votre corps à la multithérapie antirétrovirale? Des chercheurs à l’Université de Miami ont trouvé que la réaction des fumeurs séropositifs à la multithérapie antirétrovirale diminuait d’environ 40 %, compte tenu des concentrations des médicaments dans le corps, du nombre de cellules CD4+ et de la charge virale.

On est certainement débordé en étant séropositif. Il faut affronter la peur, la dépression, la discrimination, la maladie, la pauvreté, les effets secondaires… pour ne mentionner que quelques-uns des problèmes.

Mais tenter de justifier une habitude malsaine en utilisant une excuse du genre « Je suis déjà séropositif / séropositive, fumer est bien le moindre de mes soucis » est inacceptable. Vous lirez ci-dessous d’autres raisons pour lesquelles il est inacceptable de négliger le problème du tabagisme.

Coup de cœur

Plusieurs d’entre nous vivons plus longtemps grâce à la multithérapie antirétrovirale. Mais en approchant de l’âge mûr, le risque de maladies cardiaques augmente. En plus, la multithérapie antirétrovirale peut endommager le cœur puisque les combinaisons à base d’inhibiteur de la protéase élèvent les taux de lipides (graisses) — cholestérol et triglycérides — dans le sang. Ajouter le tabac à ce mélange aggrave le risque de troubles cardiaques.

Respirer profondément

Le risque de pneumonie, de tuberculose, d’emphysème, de complexe Mycobactérium avium (MAC) et d’autres maladies pulmonaires est beaucoup plus élevé chez les fumeurs séropositifs que chez les fumeurs séronégatifs. Une étude a permis de constater que le cancer du poumon était huit fois plus répandu chez les personnes séropositives. La suppression virale à long terme ne rétablit pas complètement le système immunitaire. Un système immunitaire compromis est plus susceptible au cancer. Les fumeurs séropositifs risquent de faire un cancer du poumon à un âge plus jeune que le reste de la population.

Maintenir sa santé nutritionnelle

Le taux élevé de l’infection au virus du papillome humain (VPH) chez les personnes séropositives fait augmenter notre risque de cancer anal et génital. Le VPH est responsable de la plupart des verrues et des lésions génitales. Le tabagisme augmente le risque que le VPH évolue de sorte à provoquer un cancer du col utérin ou de l’anus. La progression de ces lésions et de ces cancers est aussi associée à d’autres co-facteurs, tels qu’un système immunitaire faible et une mauvaise alimentation. Des carences en vitamine C et en d’autres nutriments sont liées à la progression du cancer. Des études ont démontré que le tabagisme réduisait considérablement les réserves de vitamine C dans le corps et qu’il endommageait le système immunitaire en tuant les cellules de Langerhans, lesquelles aident à combattre les infections virales telles que le VPH.

Rester au beau fixe

Nombre de fumeurs ont l’habitude de se fumer une cigarette après avoir fait l’amour. Mais voici un fait qui n’est pas du tout sexy : les hommes qui fument ont des érections plus faibles que les non-fumeurs. Le tabagisme contribue à l’accumulation de dépôts de graisses dans les artères et dans les veines, ce qui peut réduire la circulation du sang vers le pénis. L’accumulation de nicotine dans les tissus du pénis peut faire en sorte qu’il soit difficile de garder une érection.

Prendre soin de ses os

Plusieurs thérapies antirétrovirales causent l’ostéopénie (diminution de la masse osseuse) et l’ostéoporose (grave diminution de la masse osseuse), ce qui peut donner lieu à des fractures. Les fumeurs ont tendance à avoir une masse osseuse moins importante que les non-fumeurs.

Faire un enfant

Selon des chercheurs de Philadelphie, fumer pendant la grossesse augmente la possibilité de transmettre le VIH à son bébé. La nicotine et d’autres produits chimiques dans les cigarettes peuvent causer des ruptures dans les membranes qui entourent le bébé, augmentant ainsi le risque qu’il soit exposé à du sang et à d’autres sécrétions. Les bébés naissant de mères qui fument pendant leur grossesse ont souvent les problèmes suivants : un poids faible, l’asthme, des infections chroniques aux oreilles, des difficultés d’apprentissage et des problèmes de comportement.

Tirer des bouffées d’une cigarette

Les fumeurs exposent tous ceux qui les entourent aux 4000 produits chimiques dont regorge la cigarette. Parmi ces produits chimiques, mentionnons 50 substances cancérigènes telles que l’arsenic, l’ammoniac, le cyanure, le plomb, le mercure et la nicotine. La fumée secondaire contient une forte concentration de ces produits toxiques.

Chercher des services de soutien

Le tabac crée une forte dépendance, ce qui rend la tâche d’arrêter très difficile. Il faut une grande force intérieure, de la volonté, de la patience et du soutien pour pouvoir arrêter de fumer. Pour plusieurs personnes, devenir non-fumeur est tout un processus. Il vous faudra peut-être plusieurs tentatives avant de finalement arrêter pour de bon. J’ai essayé d’arrêter environ cinq fois avant de réussir. J’ai affronté les symptômes de sevrage en faisant des cours d’aérobie tous les jours pendant les premiers mois et en prenant des vitamines du complexe B pour m’aider à surmonter le stress. Avec le temps, l’envie a diminué.

Alors que j’ai pu finalement arrêter net, certaines personnes préfèrent arrêter petit à petit en diminuant chaque jour le nombre de cigarettes qu’elles fument. Pendant les périodes de grand stress, il est déconseillé d’essayer d’arrêter net. Les méthodes anti-stress comme l’exercice, le yoga ou le massage peuvent atténuer les symptômes de manque. La dépendance au tabac est à 95 % d’ordre psychologique et à 5 % d’ordre physiologique. La plupart de la nicotine est éliminée du corps après environ une semaine. Après cela, les envies de fumer ne proviennent pas du manque de nicotine mais de facteurs de stress psychologiques et d’habitudes comportementales. Si vous gardez un journal où vous écrivez vos habitudes liées au tabagisme (À quel moment aimez-vous fumer? Comment vous sentez-vous?) afin de suivre la progression des facteurs déclencheurs, cela pourrait vous aider. Essayez ensuite d’éviter ou de désamorcer ces facteurs déclencheurs; par exemple, vous pouvez arrêter de boire du café au petit déjeuner ou le remplacer par du thé. Une idée qui pourrait vous aider serait de vous imposer des limites (ne pas fumer dans la maison ou après le dîner).

Demandez du soutien et des conseils de la part de votre professionnel de la santé. Voici quelques suggestions utiles :

  • Informez-vous sur la Société canadienne du cancer;
  • Joignez-vous à un groupe de soutien, soit en personne ou en ligne. Vous n’êtes pas seul. Au site www.quitnet.com, il y a environ 400 personnes en ligne à tout moment de la journée. Une nuit, une femme a envoyé un message demandant de l’aide alors qu’elle était sur le point d’allumer une cigarette. Dans la minute qui a suivi son message, une demi-douzaine d’individus lui ont répondu en lui offrant des conseils pour diminuer son envie;
  • Utilisez les timbres transdermiques (le patch) ou mâchez de la gomme à la nicotine;
  • Demandez des renseignements au sujet de la pilule Zyban à votre médecin;
  • Demandez des précisions quant aux interactions avec les médicaments anti-VIH;
  • Essayez l’acupuncture ou l’acupression (le shiatsu);
  • Informez-vous au sujet de l’hypnothérapie, des thérapies de comportement et de la vitaminothérapie;
  • Cliquez sur le site Santé Canada pour plus de renseignements.
Andrea Rudd travaille au sein de plusieurs organismes de lutte contre le sida en Ontario. Elle aimerait rassurer les fumeurs séropositifs qui songent à arrêter que les avantages en valent vraiment la peine.

Vivre sans fumée : quelques raisons pour vous motiver

Après quelques jours : Une amélioration du goût et de l’odorat.

Après quelques semaines : Une amélioration de la circulation sanguine.

Après un an : Le risque de maladie cardiaque diminue de 50 %.

Après quelques années : Le risque de maladie cardiaque est le même que chez les personnes n’ayant jamais fumé.

Après 10 ans : Le risque de cancer du poumon diminue de 50 %.

Un soutien nutritionnel additionnel pour les fumeurs

Les personnes séropositives ont des besoins nutritionnels particuliers. Le tabagisme diminue les réserves de vitamines essentielles, de minéraux et, surtout, d’antioxydants dans le corps. Afin de maintenir un bon équilibre nutritionnel, vous pouvez prendre les nutriments suivants. Consultez un ou une spécialiste en naturopathie ou en nutrition pour obtenir des conseils plus précis concernant votre cas particulier.

vitamine C;
vitamine E;
zinc;
sélénium;
vitamine B12;
vitamines du complexe B;
bêta-carotène.