Vision positive

printemps/été 2004 

L’histoire de la syphilis

La syphilis est une maladie transmissible sexuellement causée par la bactérie « Treponeme pallidum ». Non traitée, la syphilis est une maladie chronique et sévère.

par Gilles Lambert, Benoît Côté and Elizabeth Lacombe

Comment la syphilis se transmet-elle?

L’infection survient lorsque la bactérie qui est présente dans les lésions de syphilis pénètre à travers une muqueuse (anus, vagin, gland du pénis, bouche) ou encore à travers une blessure dans la peau à n’importe quel endroit du corps. Les lésions peuvent être discrètes ou même invisibles.

La syphilis se transmet lors des activités sexuelles : le sexe oral (principalement les contacts bouche-pénis mais aussi, possiblement, les contacts bouche-vulve ou bouche-anus), la pénétration (pénis-vagin ou pénis-anus) et, rarement, le frottage (se frotter contre la peau nue d’une autre personne).

Les femmes enceintes qui ont la syphilis peuvent la transmettre à leur enfant pendant la grossesse, et le bébé peut alors naître avec de graves malformations. Plus rarement, la syphilis peut être transmise par injection de drogues avec du matériel contaminé.

La syphilis est infectieuse (apte à se transmettre d’une personne à une autre) pendant la première année ou les deux premières années suivant l’infection, faute de traitement efficace. À un moment ou à un autre, elle entre dans un état latent non infectieux et ne peut plus se transmettre. La bactérie qui cause la syphilis peut se transmettre même si la personne infectée n’a aucun symptôme apparent.

Signes et symptômes de la syphilis

Les personnes infectées ne présentent pas toutes des symptômes.

La syphilis se manifeste en trois 3 stades :

Stade 1 (ou syphilis « primaire ») : Une ou des lésions, en général non douloureuses, apparaissent à l’endroit où la bactérie a pénétré dans le corps. On observe d’abord un bouton puis cette lésion évolue en formant un ulcère (grande lésion avec perte de la couche superficielle de la peau ou de la muqueuse). On nomme souvent cet ulcère : chancre syphilitique. Les lésions sont notées de 9 à 90 jours après une relation sexuelle avec une personne infectée. Le plus souvent, on retrouve ces lésions au pénis, à l’intérieur de la bouche ou de l’anus, ou encore à la vulve ou dans le vagin. Les lésions à l’intérieur de l’anus ou du vagin passent souvent inaperçues et peuvent guérir toutes seules, mais le microbe est toujours dans le corps. Vous êtes particulièrement infectieux lorsqu’un chancre est présent.

Comment distinguer entre la syphilis et les autres MTS courantes Il est rare que les lésions de syphilis soient sensibles (la présence de lésions dans la bouche, l’anus ou le vagin n’empêcherait pas nécessairement une personne d’avoir des relations sexuelles à cause de la douleur), alors que les lésions de l’herpès ont tendance à l’être. Quant aux verrues génitales, elles ne se transforment pas habituellement en ulcères.

Stade 2 (ou syphilis « secondaire ») : De 6 semaines à 6 mois après le début de l’infection, on peut commencer à ressentir des symptômes semblables à ceux de la grippe (fatigue, fièvre, douleurs musculaires et articulaires, enflure des ganglions, etc.). Une éruption cutanée peut apparaître aux paumes des mains, aux plantes des pieds et ailleurs sur le corps. Lorsqu’une éruption cutanée est présente, vous êtes extrêmement infectieux. Tout comme pour le premier stade, ces manifestations peuvent disparaître spontanément alors que la bactérie continue à évoluer dans le corps.

Remarque : Entre le stade 2 et le stade 3, la syphilis entre dans une phase de « latence ». Pendant cette période, la quantité de bactérie dans le sang se met souvent à chuter, mais la maladie n’en est pas moins présente dans le corps. Même si la maladie n’est pas habituellement contagieuse à ce point, vos organes risquent encore d’être endommagés pendant le stade 3.

Stade 3 (ou syphilis « tertiaire ») : Des années plus tard, si elle n’est pas traitée, la syphilis peut causer des dommages importants au cœur, au cerveau, aux os, au foie ou encore à la peau. Elle peut entraîner une perte de vision et même la mort.

La syphilis et le VIH

Les personnes qui font une syphilis peuvent plus facilement attraper le virus du sida et peuvent aussi le transmettre plus facilement à une autre personne.

Chez certains patients infectés par le VIH, la syphilis évolue plus rapidement vers le 2e ou le 3e stade de la maladie et celle-ci peut être plus difficile à traiter.

Les PVVIH, notamment celles ayant un faible nombre de CD4+, peuvent avoir besoin d’un traitement plus agressif pour éliminer la syphilis. Elles ont également besoin d’un suivi plus rigoureux puisque le risque d’échec thérapeutique est plus élevé chez les PVVIH que chez les personnes séronégatives.

Les PVVIH qui vivent avec la syphilis depuis longtemps, qui répondent mal au traitement ou qui ont peu de cellules CD4+ devraient subir une ponction lombaire pour écarter la possibilité d’une neurosyphilis (la présence de syphilis dans le système nerveux central). Si le test est positif, elles devront prendre des antibiotiques par voie intraveineuse pour éliminer la syphilis.

Se faire tester

La syphilis se teste par une prise de sang. Toutefois, il peut s’écouler de 6 à 12 semaines entre le moment de l’infection et celui d’un test positif. On doit donc le répéter plus tard. Parfois, on peut prélever un échantillon sur le chancre lui-même, le cas échéant, et l’examiner sous le microscope. Dans certains cas, on doit s’assurer que le système nerveux n’est pas touché par la bactérie en faisant une ponction lombaire.

On recommande un test de dépistage aux personnes suivantes : les partenaires d’une personne ayant reçu un diagnostic de syphilis, les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, les utilisateurs de drogues injectables, les travailleurs et travailleuses du sexe et leurs clients/partenaires, les femmes enceintes qui auraient pu y être exposées, les personnes ayant eu des contacts sexuels avec des personnes provenant des régions où la maladie est endémique. Les personnes qui ont des partenaires sexuels multiples devraient se faire tester tous les 3 à 6 mois.

Se faire traiter

La syphilis se traite avec des antibiotiques, habituellement de la pénicilline à fortes doses administrée par injection intramusculaire. Les personnes atteintes d’une syphilis avancée pourraient avoir besoin d’un traitement intraveineux. La durée du traitement varie en fonction du stade de la maladie. D’ordinaire, la pénicilline n’interfère pas avec les médicaments anti-VIH et est bien tolérée dans la plupart des cas. D’autres antibiotiques existent pour les personnes allergiques à la pénicilline. Après le traitement, des tests de contrôle sont réalisés pour confirmer l’efficacité du traitement.

Le traitement guérit l’infection et prévient des dommages futurs mais ne peut réparer les dommages déjà faits (stade 3).

Signalons qu’on peut attraper la syphilis plus d’une fois.

Les partenaires sexuels aussi doivent être évalués et traités. S’il s’agit du stade 1 de la syphilis, on doit informer tous les partenaires que l’on a eus au cours des trois mois ayant précédé le début des symptômes; s’il s’agit du stade 2, tous les partenaires des 6 à 12 derniers mois et s’il s’agit du stade 3, seulement certains partenaires de longue date. Il est utile de préciser avec un professionnel de la santé qui sont les partenaires à rejoindre ainsi que la façon d’y procéder. Il peut être difficile de parler avec ses partenaires sexuels. Dans la plupart des régions canadiennes, une équipe de santé publique se spécialisant dans les MTS peut vous aider à prévenir vos partenaires.

Vivre à l’abri de la syphilis

On peut prévenir la syphilis :

  • en portant un condom lors de toute relation sexuelle (y compris le sexe oral). Remarque : le condom ne procure pas de protection complète puisque les lésions de la syphilis peuvent se trouver dans un endroit qui n’est pas couvert par le condom (par exemple, à la base du pénis);
  • en réduisant le nombre de ses partenaires sexuels;
  • en refusant de partager le matériel d’injection;
  • en passant régulièrement le test de dépistage (y compris dès les premiers mois d’une grossesse afin de prévenir la syphilis congénitale chez les nouveau-nés);
  • en soignant l’infection aussitôt que possible;
  • en s’assurant que les partenaires des personnes infectées sont avertis, testés et soignés.

Gilles Lambert est médecin conseil à la Direction de santé publique de Montréal.
Benoît Côté, MD, est dermatologiste à l’Hôpital St-Luc de Montréal.
Élizabeth Lacombe est agente de promotion de la santé à la Direction de santé publique de Montréal
CONTENU REVU PAR EVAN COLLINS, MD.

Image tirée de « La syphilis est de retour », une campagne commanditée par le Comité du sida d’Ottawa et Pink Triangle Services en collaboration avec le AIDS Committee of Toronto et Action Séro Zéro. Images crées e produites par Boomstone Entertainment Inc.

La syphilis sévit de nouveau

Au cours des 5 dernières années, plusieurs éclosions de syphilis en phase contagieuse ont été décrites dans des grands centres urbains au Canada, aux États-unis et en Europe. Au Canada, les taux de syphilis en phase contagieuse ont triplé entre 1996 et 2002. Voici un aperçu de l’évolution de la syphilis dans plusieurs villes canadiennes.

Montréal : 11 cas déclarés en 2001, 37 en 2002 et 103 en 2003; jusqu’à 90 % des cas sont survenus chez des HARSAH (homme ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes).

Ottawa : 8 cas déclarés en 2001, 16 en 2002; 75 % de l’ensemble des cas sont survenus chez des HARSAH.

Toronto : 30 cas déclarés en 2001, 179 en 2002 et 243 en 2003; la majorité des cas étaient des hommes et 91 % de ces hommes étaient des HARSAH.

Vancouver : 127 cas déclarés en 1999, 186 cas en 2002 et prévision de plus de 250 cas en 2003. L’éclosion touche surtout les personnes qui s’injectent des drogues et les travailleurs(euses) du sexe; depuis quelques mois elle prend de l’ampleur parmi les HARSAH.

Winnipeg : Au début de 2003, éclosion de 15 cas de syphilis infectieuse primaire et secondaire chez huit femmes et sept hommes hétérosexuels âgés de 30 à 60 ans. On a déterminé que deux des cas et deux des partenaires sexuels étaient liés au commerce du sexe.

Dans la plupart de ces éclosions, jusqu’à 40 % et plus des HARSAH présentant une syphilis étaient aussi infectés par le VIH

(Source : Abrégés et communiqués récents des autorités de santé publique des villes et pays concernés)