Vision positive

printemps/été 2002 

Les arpents verts

Marijuana. Pot. Herbe. Cannabis. Marie-jeanne. Peu importe le nom qui vous donnez à cette merveille végétale, Jim Wakeford se bat pour avoir le droit de la cultiver à des fins médicales et refuse de baisser les bras avant que la bataille soit gagnée.

JE SUIS UN DES HOMMES les plus chanceux de la planète. Je dis cela malgré le fait que je vis sciemment avec le VIH depuis 1989 et avec un sida déclaré depuis 1993. J’ai survécu à d’innombrables pronostics depuis ma naissance en 1944, à Regina, en Saskatchewan, pays du blé, du ciel infini, de l’aurore boréale et d’agriculteurs. Maintenant âgé de 57 ans, j’ai tenté de faire le ménage dans ma vie assez souvent pour comprendre que cela ne se fera jamais. Aujourd’hui, je pèse 123 livres et je sais que mes jours sont comptés.

Certains disent que le gazon est toujours plus vert chez le voisin, mais il n’empêche que chez moi, il est plutôt vert. J’habite sur la très belle Sunshine Coast de la Colombie-Britannique où je consacre beaucoup de mon temps à la culture de la marijuana — la plante la plus magique que j’aie découverte pendant ma longue quête d’un soulagement face au sida et aux inconvénients qui l’accompagnent : les tests sanguins, les examens invasifs et les méchants effets secondaires de la soupe pharmaceutique que je dois avaler chaque jour. J’ai beau avoir plus de 200 cellules CD4+ et une charge virale indécelable, j’ai le visage émacié. Tout mon gras corporel a fondu. Mes veines coulent le long de mes membres squelettiques comme des rivières gonflées. Mon ventre change de forme à sa guise. J’ai la lipodystrophie. Pas surprenant que je cherche un répit là où il se trouve.

J’ai commencé ma première quadrithérapie en 1996 avec de l’indinavir, du d4T, du ddI et du 3TC. Plus tard, j’ai ajouté des vitamines et des suppléments à mon programme de soins et je continue d’en prendre quand je peux me les payer. Ce fut également en 1996 que j’ai commencé à utiliser de la marijuana pour combattre l’émaciation, autant sous forme de joints que de tisanes, de brownies et de soupes. Le Marinol, une pilule synthétique refermant du THC (ingrédient actif de la marijuana), et les produits apparentés disponibles sur ordonnance m’ont causé des vagues de nausées et de vomissements. D’habitude, je fume les bourgeons et inhale la boucane parce que cela me permet de contrôler le dosage. En contrôlant ma consommation de mari, j’arrive à composer avec plusieurs de mes symptômes. Je crois que ma survie est due en partie à mon usage réfléchi de cette herbe.

Deux ans après le début de mon traitement combiné, on m’a admis plusieurs fois à l’hôpital Wellesley de Toronto sur une période de quelques semaines. Ayant constaté ma maigreur extrême, les médecins ont arrêté ma médication et m’ont implanté un cathéter Hickman dans la poitrine afin de ménager mon ventre et mes intestins. Pendant deux mois, j’ai été nourri par voie parentérale, c’est-à-dire par un tube, à raison de 12 heures par jour. Lorsque le cathéter a été enlevé, au printemps 1998, j’ai dû réapprendre à manger. Si j’ai réussi, c’est grâce à de merveilleux amis qui m’ont apporté repas et amour pour alimenter mon combat pour la vie.

Des exemptions éprouvantes

Sept ravissantes fillettes vertes — des souches de sativas, d’indicas et d’hybrides de cannabis que j’ai plantées en novembre 2001 — sont en fleurs dans mon jardin de la Colombie-Britannique rurale. Elles sont à la fois tellement légales et illégales que cela me crève le cœur. Ce sera ma huitième récolte de marijuana. Je fais du lobbying depuis six ans et me bats en tribunal civil depuis quatre, tout cela pour avoir droit à l’accès humanitaire à de la marijuana pour fins médicales. Cela m’a coûté plus de 125 000 $. Je ne suis pas admissible à l’aide juridique.

La marijuana s’utilise depuis des siècles à des fins récréatives et médicinales. En 1937, son usage fut condamné en Amérique du Nord par l’introduction de la American Marijuana Tax Act, laquelle a mis fin à la production licite du chanvre et de la marijuana. Dans les années 80, époque où le besoin de compassion avait atteint des sommets, l’administration Reagan a déclaré la guerre contre la drogue en Amérique du Nord, y compris la marijuana.

En 1999, j’ai cru avoir réglé mes problèmes. Le 10 mai, grâce aux efforts de mon avocat, Alan Young, la Cour supérieure de l’Ontario m’a accordé le droit constitutionnel de cultiver et de consommer de la marijuana à des fins médicales. Le gouvernement fédéral a commencé à octroyer des exemptions en juin 1999 par l’entremise du bureau d’Allan Rock, alors ministre de la Santé. J’ai reçu une des deux premières exemptions émises en vertu de la section 56 au Canada. M. Rock se faisait louer pour sa « compassion », tandis que les bureaucrates sous sa direction procédaient à la création d’un processus mortellement défectueux. Il n’existe encore aucune source d’approvisionnement légale de la marijuana au Canada.

J’ai lancé un appel pour obtenir un approvisionnement sûr ainsi que l’immunité à titre de fournisseur de soins. J’ai perdu. Deux fois. Les règlements annoncés en juillet 2001 opposent patients aux médecins et médecins aux fonctionnaires. Les formulaires de demande exigent que les médecins « prescrivent » les dosages en grammes, ce qui est impossible. Les médecins ne savent pas ce que nous fumons. Ils ne peuvent qu’observer et documenter l’utilisation dont nous leur faisons part, c’est-à-dire ceux qui sont prêts à s’embarquer. Je trouve que c’est utile de parler aux médecins de mes soins, y compris l’utilisation de la marijuana, mais je n’en dépends pas pour m’approvisionner ou m’aider dans ma démarche. J’ai récemment demandé la permission d’interjeter appel devant la Cour suprême du Canada, mon dernier espoir.

Des droits vides

Dès l’an 2000, plusieurs de mes amis ayant le sida ont commencé à recevoir des exemptions, mais ce fut peine perdue. Nous n’avions accès à aucune source de marijuana, même pas une seule graine ou un seul clone pour démarrer notre jardin. Ma première exemption n’a imposé aucune limite au nombre de plants que je pouvais cultiver. Des exemptions subséquentes, y compris celles accordées à mes amis, autorisaient la culture de sept plants par exemption. C’est alors que j’ai proposé la mise en commun de nos exemptions. Cinq personnes ont accepté. Je suis parti pour la Colombie-Britannique où j’ai rencontré un cultivateur qui m’a fait don de clones et de jeunes plants que j’ai ramenés et plantés sur mes balcons de la rue Church, à Toronto. Notre récolte fut abondante et nos exemptions bien utilisées, pensais-je. Nous disposions de souches de marijuana propres, sûres et abordables de haute qualité pour combattre la malnutrition, les effets secondaires de la chimiothérapie, l’anxiété, la fatigue, la dépression, l’épuisement et le désespoir que nous inspirait parfois le caractère impitoyable du sida. Nous avions le choix. Je nous ai nommés la Cellule de recherche sur le cannabis. C’était merveilleux. Pour un temps.

Nos tentatives de collaboration avec des cultivateurs clandestins et nos efforts pour conserver des souches ont mené à l’intervention de la police et à la perte de plusieurs plants et souches. Notre source de médecine risquait de se tarir. J’ai commencé à en vouloir au processus d’exemption, à la police, aux dealers, aux escrocs et aux politiciens. J’ai décidé donc de combler l’écart entre patients exemptés, policiers et gouvernements.

J’ai loué une ferme à Udora, juste au nord de Toronto. Après avoir installé mon « système de culture », j’ai invité les chefs de la GRC, de la Police provinciale de l’Ontario et de la York Regional Police à me visiter. J’espérais obtenir leur soutien, mais ils ont refusé de venir. Quelques jours plus tard, deux officiers de la brigade des stupéfiants de la région York se sont pointés. Je leur ai montré ma salle de culture, à l’époque une pièce de 80 pieds carrés abritant des dizaines de tiges coupées et de pousses qu’on m’avait données, ainsi que trois ou quatre plants qui fleurissaient dans une garde-robe. Je les ai avisés de nos maladies, de nos exemptions et de mon projet d’établir la Société du Farmer Jim, un organisme de bienfaisance enregistré voué à la culture du cannabis, de plantes médicinales et de légumes destinés aux personnes souffrant de maladies catastrophiques. Je travaillais pour que les pauvres puissent avoir un accès équitable à de la marijuana. Comme Valerie Corral, fondatrice de la Wo/Men’s Alliance for Medical Marijuana (WAMM) à Santa Cruz, en Californie, je voulais que la question de l’accès soit dénuée de toute préoccupation financière. (Visitez le site de Valerie pour découvrir de bonnes recettes!) Comme Valerie, je donnais de la marijuana aux malades. Les policiers ont pris des notes puis sont partis.

C’est là où tout a bardé. Deux jours après la visite de la police à la ferme, le téléphone a sonné. J’étais pincé. Je suis arrivé à la ferme juste à temps pour me faire arrêter et accuser de production, de possession et de trafic de drogues. Épouvanté, j’ai regardé les flics abattre nos petites fillettes vertes. Sept plants furent épargnés. J’ai sangloté.

J’ai été arrêté deux fois de plus en Ontario pour des « infractions » semblables avant de décider de prendre ma chatte et de partir. La cérémonie de plantation qui devait se tenir le 27 mai à Udora, à laquelle j’avais invité 500 personnes, s’est transformée en cérémonie de clôture. J’ai donné les dernières plantes à des gens possédant des exemptions et tout le reste a été transféré à une autre ferme ontarienne où l’on se vouait à la culture de la marijuana au nom des malades disposant d’exemptions. Ce soir-là, des voleurs ont raflé tous les nutriments, les lumières et l’appareil de culture dont les gens nous avaient fait don.

Sans le sou et épuisé, j’ai vendu le gros de mes meubles et me suis installé ici au mois d’août dernier. Après environ 40 ans et plusieurs carrières à Toronto, dont une au Casey House Hospice, je vis maintenant sur une ferme avec Kiri, ma siamoise de 17 ans, et un groupe de gens créateurs. Nous vivons collectivement et dans l’engagement de vivre de notre mieux au rythme de la nature.

Robert’s Creek

Le printemps est arrivé à Robert’s Creek et mon univers éclate de vie. Nous sommes déterminés à récupérer un terrain de cinq acres et à le transformer en jardins de bambou, d’herbes et de légumes, le tout agrémenté de sentiers et d’étangs. Ce service partagé que nous rendons à la Terre mère nous permet de vivre dans une large mesure de sa générosité. Chez nous, tout se réutilise, se recycle, se répare ou s’achète d’occasion. Sinon, on s’en passe. La terre est féconde et nous aidons à la maintenir ainsi. Nous appelons ce que nous faisons de la permaculture; c’est un mode de vie, non seulement du jardinage.

Nos vergers sont abondants et nos mûres, énormes. Nos poules pondent des oeufs délicieux au jaune orangé. Gorgé de vers, le sol riche, noir et humide a été nivelé de sorte à créer de grandes buttes sculptées. En plein cœur de nos légumes verts poussent les fleurs, dont des nasturces, dont nous ornons nos assiettes. Dans les jardins de la Zone One, nous cultivons betteraves, brocolis, choux, choux frisés, poireaux, laitues et oignons pour notre consommation quotidienne. Ces jardins sont situés près de la porte d’entrée et sont faciles à récolter et à entretenir. Des herbes poussent sur des formations de pierre stratifiée. À quelques pas de là, les jardins de la Zone Two produisent patates, maïs et ignames. Dans l’aire qui leur est désignée, mes plants de cannabis sont à peine perceptibles. Ils font tout simplement partie de la masse de végétation qui prolifère dans ces jardins.

Je commence à peine à découvrir les propriétés thérapeutiques de cette incroyable plante, mais je peux vous dire ceci : mes sativas procurent un « buzz » cérébral alors que les indicas affectent davantage le corps entier. Les sativas conviennent très bien à l’usage diurne lorsque j’ai la nausée parce que je n’ai pas sommeil après. Elles augmentent la vigilance mentale et stimulent l’appétit de façon remarquable. Les indicas me détendent, réduisent l’anxiété et facilitent le sommeil. En général, j’utilise la marijuana pour combattre la maigreur, pas pour triper.

Des ennuis judiciaires

Depuis 13 ans, ma bataille contre le sida m’a fait traverser des forêts d’épines pour enfin déboucher dans des jardins de marijuana luxuriants et verts. J’ai survécu à tout : émaciation, voyous, flics, menaces, dettes, épuisement, colères, dépression, diarrhées, muguets, rages et deuils — des deuils inexprimables face à la disparition de centaines d’amis. Le sida ne cesse de me choquer.

En 1998, une réaction indésirable à mes médicaments a donné lieu à un congé thérapeutique non prévu qui s’est poursuivi jusqu’en juin 2000, moment auquel j’ai commencé un nouveau traitement combinant le 3TC, le d4T, l’abacavir et l’efavirenz. Une fois encore, j’avais enchaîné ma vie à un traitement qui produisait de méchants effets secondaires. J’adhère encore rigoureusement à ce traitement malgré les os qui menacent de me percer la peau des membres, du visage et du dos. Je rapetisse. Je peux imaginer mon corps sans moi, mon squelette dénudé, ce corps qui m’a permis d’aimer, de vivre, de travailler et de jouer. Je me sens maigre. M’asseoir sur des surfaces dures fait mal. Tout mon linge est devenu trop grand. Mes pieds ne sont plus coussinés. Je n’espère plus une cure.

Il reste pourtant que ma vie est plus riche grâce à de la marijuana de qualité. Rien d’autre ne me soulage autant de la fatigue débilitante et des envies de vomir que j’essaie de supprimer parce que vomir fait trop mal et que j’ai la bouche pleine de champignons et que je ne sais plus si je vais survivre cette fois à la cruauté du sida.

Plants d’avenir

En avril, j’ai comparu devant le tribunal pour répondre d’accusations de possession à des fins de trafic. J’ai plaidé non coupable. Bien que les accusations aient été retirées en octobre dernier en Ontario, une autre arrestation a suivi un mois plus tard en Colombie-Britannique. Une enquête préliminaire aura lieu en septembre 2002 et mon procès est prévu au 20 janvier 2003.

L’épidémie ne cesse de m’horripiler et ma maigreur me fascine. Je me sens trahi par les gouvernements et les tribunaux qui m’ont mis dans ce pétrin. Les arrestations, l’aménagement de ma ferme à Udora et mon déménagement en Colombie-Britannique ont coûté cher à ma santé et à mon portefeuille. Je n’ai jamais été aussi pauvre mais aussi riche en même temps. Je suis sans le sou mais je suis entouré de gens très compatissants qui savent que notre travail ne fait que commencer.

Des centaines de malades canadiens ont reçu des exemptions ministérielles. Ils souffrent du sida, de la sclérose en plaques, de douleurs chroniques, de maladie mentale, de spasmes, d’arthrite, d’hépatite et de cancer. Aucun d’entre eux ne dispose de souches de marijuana sûres, abordables et de haute qualité. La majorité est pauvre et n’a pas les moyens qu’il faut. Le gouvernement fédéral a établi un bureau d’accès au cannabis qui a dépensé des millions de dollars des contribuables pour cultiver de la marijuana dans un bunker à Flin Flon, au Manitoba, à partir de semences confisquées par la GRC. Aucun plan de distribution n’a été élaboré. Je veux qu’il y ait un choix de souches au Canada pour que nous puissions traduire des propos comme « Wow, c’est tripant! » en « Wow, ça m’aide à manger et à composer avec les nausées et les spasmes… ».

Il y a quelques mois, je suis allé en Saskatchewan pour rendre visite à mes parents, dont je reçois beaucoup de soutien. En survolant les montagnes et la vaste verdure de la Colombie-Britannique lors du trajet retour, j’ai su que c’était ici que j’allais poursuivre mon travail. Un accès légal à la marijuana doit être accordé aux Canadiens et aux Canadiennes qui en ont besoin ou qui veulent s’en servir à des fins thérapeutiques. Comme je suis chanceux d’être le Farmer Jim, cultivateur de pot contre la douleur!

Photographie : Dianne Whelan

Ô cannabis

S’inclinant devant les pressions des tribunaux ontariens, le gouvernement fédéral canadien a établi un système autorisant la culture, la possession et l’utilisation légales de la marijuana à des fins médicales. Le « Règlement sur l’accès à la marihuana à des fins médicales » est entré en vigueur en juillet 2001, remplaçant ainsi le système d’exemption surnommé « la section 56 ».

Vous pouvez vous procurer tous les formulaires et connaître toutes les modalités nécessaires en visitant le site du Bureau de l’accès médical au cannabis (BAMC) de Santé Canada ou en appelant le 1.866.337.7705.

Pour la majorité des PVVIH/sida, une section du formulaire de demande doit être remplie par un médecin spécialiste (pas « seulement » un médecin de premiers recours — toutefois, un non-spécialiste fera l’affaire s’il est prêt à affirmer que vous allez probablement mourir dans le courant de l’année. Sans blague.)

Le BAMC ne fournit pas de marijuana, seulement le droit légal de s’en servir. Vous devez la cultiver vous-même ou charger quelqu’un d’autre de le faire pour vous. De nombreuses personnes ont recours à des clubs d’achat ou des « clubs compassion » pour s’approvisionner en marijuana, mais il faut noter que ces derniers sont illégaux. Les clubs compassion vendent de la marijuana propre et sûre à toute personne disposant d’une preuve écrite affirmant qu’elle souffre d’une maladie conforme telle que l’infection au VIH. Voici une liste de quelques grands clubs compassion canadiens :

Le Centre Compassion de Montréal

BC Compassion Club Society (Vancouver)

Toronto Compassion Centre

Cannabis as Living Medicine (CALM) (Toronto)

Bientôt, la Community Research Initiative de Toronto (CRIT : 416.408.1041) commencera à recruter des patients pour une petite étude pilote sur le cannabis fumé à titre de stimulant de l’appétit et d’agent anabolisant (qui favorise la prise de poids).

D’autres sites Web à consulter :

medicalmarihuana.ca — instructions relatives aux régulations fédérales, une liste de tous les clubs compassion au Canada et plein d’autres choses utiles

cannabislink.ca — tendances canadiennes, information et ressources relatives au cannabis

Marijuana Policy Project — site états-unien (c’est pire qu’ici, figurez-vous!) contenant des tonnes d’information et de nouvelles de dernière heure

Multidisciplinary Association for Psychedelic Drugs — information sur les dernières recherches en matière de cannabis

— Derek Thaczuk