Vision positive

printemps/été 2002 

Les 7 péchés capitaux

Ce qu’il ne faut pas faire pour vivre bien et longtemps avec le VIH

par Lark Lands

Péché 1  Penser que la maladie est finie.

C’est faux. Lorsque son usage s’avère approprié, il est clair que la multithérapie antirétrovirale fortement active possède la faculté de supprimer le virus, de restaurer au moins partiellement la fonction immunitaire et de ralentir la progression de la maladie, mais il ne s’agit aucunement d’une solution complète et définitive. La résistance médicamenteuse et les effets secondaires rendent très problématique l’usage à long terme de la multithérapie. Pour obtenir de bons résultats à long terme, on doit composer avec tous les aspects de la maladie de manière appropriée. Il s’agit de faire tout son possible pour ralentir la progression de la maladie et prévenir les symptômes en adoptant de bonnes habitudes alimentaires et en ayant recours à d’autres moyens non pharmaceutiques. De plus, si vous suivez une multithérapie, il est important de vous protéger contre les effets secondaires des médicaments.

Péché 2  Négliger les besoins nutritionnels engendrés par la maladie et les médicaments.

Que vous suiviez une multithérapie ou pas, votre organisme mène un combat constant contre le virus. Pour soutenir cette bataille, il a besoin d’une forte quantité de nutriments. Il est impossible d’alimenter la réponse immunitaire ou de construire des cellules immunitaires de remplacement en l’absence de ces matériaux nutritifs. Vous devriez consommer :

  • une quantité importante de protéine
  • une quantité importante de glucides complexes (riz brun au lieu du riz blanc; pains, craquelins, biscuits et pâtes faits de grains entiers plutôt que de farine blanche [pauvre en nutriments])
  • beaucoup de fruits et de légumes
  • une quantité modérée de matières grasses chaque jour (les gras monoinsaturés comme l’huile d’olive sont les meilleurs; évitez les huiles partiellement hydrogénées comme celles trouvées dans les margarines, le shortening, plusieurs produits de boulangerie et les grignotines. Lisez les étiquettes!)
  • beaucoup de liquides santé (eau, jus, tisanes; évitez les breuvages riches en produits chimiques et en sucre)

L’organisme a besoin de tous ces ingrédients pour livrer son immense bataille contre le VIH. De nombreuses études ont montré que la maladie progressait plus rapidement chez les personnes présentant des carences nutritionnelles, donc il ne faut pas oublier que les nutriments constituent une arme redoutable dans la lutte contre le VIH. (Il importe également de toujours vérifier la salubrité des aliments et de l’eau que vous consommez.)

Les nutriments contribuent à prévenir ou à alléger les effets secondaires et la toxicité des médicaments tout en améliorant leur absorption. Vous pouvez aider votre organisme à composer avec toutes les pilules qu’il absorbe en lui offrant un apport nutritionnel suffisant, beaucoup de liquides santé, des suppléments appropriés et les soins nécessaires à un bon fonctionnement rénal et hépatique.

  • Pour protéger le foie contre la toxicité : Envisagez une supplémentation en L-carnitine (ou L-acétyl-carnitine) et en les nutriments qui contribuent au maintien du taux de glutathion dans le foie, à savoir l’acide alpha-lipoïque, les vitamines C et E, la N-acétyl-cystéine (NAC) et la L-glutamine. La silymarine (extrait de chardon-Marie) pourrait également s’avérer utile, mais méfiez-vous des interactions médicamenteuses (renseignez-vous!).
  • Pour composer avec le stress rénal : Buvez beaucoup d’eau pendant la journée. Tâchez de boire un grand verre d’eau toutes les heures, notamment lors de la prise de vos médicaments.

Rappelez-vous que les suppléments nutritionnels peuvent souvent aider à alléger ou à éliminer les symptômes liés au VIH dont la fatigue, les problèmes de peau, la diarrhée et la flatulence, les pertes de mémoire, la neuropathie, etc. Il faut se sentir en forme pour tenir tête à une maladie tenace à long terme!

Péché 3  Négliger ses intestins.

Lorsque les intestins ne fonctionnement pas correctement, les nutriments et les médicaments sont mal absorbés. Cela peut donner lieu à d’importantes carences nutritionnelles, à l’émaciation du corps et à la malabsorption des médicaments (cause potentielle d’une perte d’efficacité et de l’émergence de résistances médicamenteuses). Ayez recours aux nutriments qui aident à guérir et à entretenir les intestins, dont le zinc, la vitamine C, les vitamines du complexe B et surtout la L-glutamine. Les anti-inflammatoires de source naturelle peuvent également s’avérer utiles, dont le gingembre, la quercétine et d’autres bioflavonoïdes et les acides gras essentiels que l’on trouve dans l’huile de lin et les huiles de poisson.

Péché 4  Ne pas suivre les instructions relatives à la médication.

Vous l’aurez déjà entendu, mais nous tenons à le répéter : si vous suivez une multithérapie, vous devez prendre vos médicaments de façon régulière, en suivant les posologies indiquées à la lettre. L’observance thérapeutique consiste à ne jamais oublier une dose et à toujours prendre ses médicaments conformément aux instructions précises données (avec ou sans aliments, avec beaucoup de liquide, avant ou après un repas, etc.). L’observance est extrêmement importante pour améliorer l’absorption et prévenir la toxicité et les effets secondaires. Si vous oubliez une dose ou prenez vos médicaments de façon inappropriée, leur efficacité diminue et le risque de résistance s’accroît. Rappel : En faisant tout votre possible pour éliminer les effets secondaires, vous pourrez améliorer votre fidélité au traitement parce que vous ne présenterez plus les symptômes désagréables qui pourraient vous pousser à manquer des doses.

Péché 5  Négliger de maintenir la masse musculaire essentielle à la survie.

L’émaciation tue encore. Surveillez l’état de votre corps en vérifiant régulièrement votre poids et en subissant des analyses de l’impédance bioélectrique. Si votre poids ou masse musculaire se met à diminuer, attaquez-vous au problème sans tarder. Des vérifications du taux de testostérone et une hormonothérapie substitutive en cas de carence sont essentielles, autant chez les femmes que chez les hommes, pour maintenir la masse maigre et – petit boni – améliorer la libido et l’humeur. Les femmes pourraient également avoir besoin d’une thérapie de remplacement des hormones féminines. Pour les gens aux prises avec une perte de poids grave, l’hormone de croissance humaine recombinante (Serostim) pourrait s’avérer très importante pour prévenir les pertes musculaires qui mettent la survie en péril. L’activité physique, notamment les exercices comportant une résistance progressive tels que l’entraînement avec poids et haltères, est essentielle pour bâtir et maintenir les muscles, lesquels abritent une forte proportion de la masse cellulaire du corps. Le fait d’entretenir son corps de cette manière contribue non seulement à prolonger la survie, mais aussi à améliorer son apparence, ses capacités physiques et son humeur.

Péché 6  Penser qu’une suppression rapide et complète de la charge virale entraîne une restauration de la fonction immunitaire.

Si, à un moment donné avant que vous ayez commencé la multithérapie, vos cellules immunitaires se situaient à un niveau inférieur à l’écart normal, il se peut vous ne connaissiez pas de restauration complète ou rapide de votre immunité, même lorsque le nombre de CD4+ se remet à monter. Bien que des données encourageantes laissent entendre qu’une restauration des cellulaires immunitaires se produit sous l’effet d’une multithérapie soutenue, les délais spécifiques en question ne sont pas connus et pourraient varier d’un individu à l’autre. Des résultats prometteurs ont découlé d’études où les patients avaient interrompu soit un traitement d’entretien (contre le CMV ou la cryptosporidiose par exemple) soit une prophylaxie (en prévention d’infections opportunistes), ce qui laisse croire que la capacité immunitaire de l’organisme s’est rétablie suffisamment bien pour maîtriser ou prévenir certaines infections. Cependant, jusqu’à ce que nous disposions de tests améliorés pour évaluer le degré de restauration immunitaire, il sera impossible de préciser qui sera protégé de quelle infection.

Un état nutritionnel optimal est essentiel pour obtenir les meilleurs résultats possibles. Le thymus, la glande qui programme les cellules T, est très vulnérable aux déficiences nutritionnelles. Les nutriments sont essentiels à la fabrication et au maintien des cellules et, en général, la réponse immunitaire dépend d’un apport nutritionnel adéquat.

Péché 7  Négliger la prise en charge quotidienne de la maladie.

La bonne nouvelle est qu’il existe désormais des armes plus efficaces dans la lutte pour vivre mieux et plus longtemps avec le VIH. La mauvaise nouvelle est qu’il s’agit d’un travail de longue haleine qui ne risque pas de se simplifier bientôt. Vous devez :

  • adopter un régime santé,
  • composer avec des problèmes hormonaux,
  • faire des exercices,
  • prendre vos médicaments comme il faut,
  • protéger l’organisme contre les infections, et
  • prendre les nutriments nécessaires pour vous protéger contre les effets de la maladie et des médicaments; aider à prévenir la progression de la maladie et les infections; reconstruire des tissus endommagés et remplacer les cellules; et prévenir les symptômes.

Pendant que vous faites tout ce travail, essayez de garder une perspective optimiste afin de vous rendre apte à la survie. Il ne s’agit pas de prendre ces mesures pendant les dix prochaines minutes, mais pour le reste de votre vie, puisse-t-elle être longue et heureuse.

Pour discuter de vos besoins personnels avec un docteur en naturopathie, adressez-vous à l’association de naturopathie de votre province ou consultez votre médecin praticien.

Pour obtenir des informations approfondies sur l’élimination des effets secondaires, consultez Un guide pratique des effets secondaires des médicaments anti-VIH de CATIE (bientôt disponible!). Pour en savoir plus sur la nutrition, lisez Un guide pratique de la nutrition pour les personnes vivant avec le VIH.

Journaliste médicale, éducatrice et militante chevronnée dans le domaine des traitements VIH, Lark Lands fait partie de l’avant-garde en ce qui a trait à la promotion d’une approche thérapeutique intégrée contre l’infection au VIH. Elle a été conférencière d’honneur lors de plusieurs congrès d’envergure sur le sida en Amérique du Nord et travaille comme rédactrice scientifique à la revue POZ. Pour consulter ses feuillets d’information et d’autres textes sur les traitements, visitez www.larklands.net. Les articles qu’elle a écrits pour POZ se trouvent à l’adresse www.poz.com.