Vision positive

printemps/été 2002 

Faites le plein d’huiles

Une maison d’hébergement pour les PVVIH a recours à l’aromathérapie et à d’autres thérapies complémentaires

par Carole Durand

DEPUIS PLUS DE DIX ANS, une maison d’hébergement montréalaise pour les personnes vivant avec VIH/sida (PVVIH) améliore la qualité de vie de ses résidents grâce à des thérapies complémentaires et alternatives (TCA). La Maison d’Hérelle est le fruit d’un projet-pilote appuyé à l’origine par la Ville de Montréal et le ministère de la Santé et des Services sociaux [du Québec] dont la mission est de venir en aide aux personnes atteintes du VIH/sida en perte d’autonomie. Depuis le début, compte tenu des moyens limités des soins de santé à l’époque, on fait preuve d’une grande ouverture envers les TCA qui ont su donner beaucoup d’espoir aux résidents qui, au départ, étaient simplement venus pour y terminer leurs jours dans la dignité. Cela fait partie de la mission de la résidence : créer une atmosphère permettant à chacun d’évoluer selon ses convictions tout en respectant le bien-être commun. C’est donc principalement en réponse aux besoins grandissants des résidents qu’on a eu recours aux TCA.

Les premières expériences se sont concentrées sur la massothérapie et les résultats se sont avérés concluants. En plus de créer un lien plus significatif entre le personnel et les résidents, la massothérapie permet de soulager certaines douleurs impossibles à traiter avec une médication. Le réconfort que procure le toucher est également devenu un aspect important des soins. On a observé une amélioration du mieux-être physique et psychologique des résidents, même si cela n’était parfois que temporaire.

Par la suite, le volet des approches complémentaires n’a cessé d’évoluer à la Maison d’Hérelle. En 1993, principalement en raison de ma formation de naturopathe et d’aromathérapeute, j’ai été embauchée dans le but d’accorder une plus grande place à cette discipline. Un comité à été formé visant à promouvoir le développement des TCA et former le personnel et les bénévoles. Au début, on a mis du temps à gagner le respect de nos collègues et à dissiper les inquiétudes de la collectivité face aux TCA. On utilisait déjà quelques extraits de plantes comme des teintures (qu’on obtient en trempant une plante dans l’alcool pendant un certain temps afin d’en extraire les ingrédients actifs) et des tisanes afin de traiter des problèmes bénins comme les malaises gastriques, les rhumes et les grippes. Les huiles essentielles sont des substances très concentrées et très puissantes et c’est pourquoi nous en avons tout d’abord fait un usage externe en massages. Même si nous agissions avec précaution, nos collègues nous regardaient souvent d’un œil sceptique… surtout lorsqu’ils nous voyaient appliquer des compresses de chou sur des plaies de lit afin d’extraire le pus et de favoriser le processus de guérison. Mon Dieu!

Huiles essentielles

Peu à peu, la Maison d’Hérelle est devenue une référence pour toutes les PVVIH de Montréal s’intéressant aux TCA. D’ailleurs, les hôpitaux et les centres locaux de santé communautaire (CLSC) nous demandent souvent nos recettes. En faisant appel aux TCA, nous avons obtenu de bons remèdes à de nombreux problèmes allant des maladies infectieuses (herpès, bronchite) aux problèmes de peau (dermite, éruption cutanée) et au soulagement de la douleur. Nous avons créé nos propres recettes (d’huiles essentielles et de crèmes à base de plantes) qui permettent d’améliorer le mieux-être des gens et de les aider à composer avec les problèmes liés au sida. Pour les résidents, qui sont déjà aux prises avec une importante médication, ces approches sont une occasion de reprendre leur santé en main et de réduire certains effets indésirables sans avoir recours à plus de médicaments.

La phytothérapie (la thérapie par les plantes), l’aromathérapie (l’art de guérir avec des huiles essentielles), l’homéopathie, la supplémentation nutritionnelle, le travail énergétique tel que le toucher thérapeutique, le Reiki et le massage, sans oublier l’art thérapie, la thérapie des couleurs et la musicothérapie sont parmi les principales approches utilisées par l’équipe. Ces services sont offerts en grande partie par des membres du personnel, mais peuvent également être administrés par des personnes bénévoles qui côtoient la maison. Quatre des employés ont une formation particulière en TCA; ils recommandent différentes approches aux résidents en plus de préparer des mélanges d’aromathérapie et de plantes. Les autres membres de l’équipe mettent en pratique et offrent la thérapie aux résidents. Comme outil de soutien, l’équipe se sert d’un ouvrage de référence crée par le comité qui contient des renseignements sur le traitement de différentes pathologies.

J’ai toujours considéré comme un privilège, en tant que naturopathe, d’avoir pu évoluer dans un tel milieu et d’expérimenter quotidiennement avec les résidents des traitements pouvant leur venir en aide. Bien que je pratique différentes approches, j’ai une préférence pour l’aromathérapie scientifique. Plus qu’une simple science des odeurs, cette approche s’intéresse à la composition biochimique des plantes dites aromatiques et à leurs effets physiologiques chez l’humain. Bien que son utilisation ne convienne pas dans tous les cas, lorsqu’on soigne différents types d’infections, qu’on régularise et qu’on rééquilibre le corps, les résultats sont souvent fulgurants. Les huiles essentielles utilisées en aromathérapie sont administrées par la peau à l’aide de massages et elles peuvent être inhalées ou prises par voie orale (diluées dans de l’huile ou en capsules). Nous préparons également des suppositoires pour traiter les maladies respiratoires et les problèmes de nature génitale et anale.

J’aimerais maintenant vous faire ressentir les bienfaits thérapeutiques de l’aromathérapie grâce à deux recettes efficaces auxquelles j’ai recours avec les résidents de la maison et avec ma clientèle en clinique privée :

Toniques à faire soi-même

On utilise fréquemment ces recettes d’aromathérapie à la Maison d’Hérelle et elles se sont avérées excellentes lorsqu’il s’agit d’accroître l’énergie et de réduire les effets secondaires que cause l’anergie (l’absence ou le manque d’énergie). Ces toniques sont très concentrés, soyez prudents lorsque vous les utilisez. Compte tenu leurs puissance d’action, on doit les appliquer avec une certaine rigueur et détenir certaines connaissances de base sur le sujet ou demander l’aide d’un(e) professionnel(le). Étant donné le coût élevé d’huiles essentielles, elles sont souvent trafiquées par l’ajout de solvants. Vous devez donc vous assurer d’acheter des huiles dont l’étiquette mentionne le nom latin ainsi que le chémotype. Vous pouvez vous les procurer dans la plupart des magasins d’aliments naturels.

Tonique pour les surrénales — tonifie les glandes surrénales qui contribuent à la réduction du stress.

5 ml Picea Mariana

5 ml Pinus Sylvestris

Mélanger et frotter de 5 à 10 gouttes dans la zone des glandes surrénales (juste au-dessus des reins, dans le bas du dos) 2 à 3 fois par jour.

Tonique général — efficace pour différents degrés de fatigue, aide à favoriser la digestion, à équilibrer le système nerveux et à augmenter la vitalité, peut également servir à traiter une dépression modérée.

2 ml Cinamomum Verum

2 ml Mentha Piperitas

2 ml Thymus Satureoïdes

2 ml Ravensara Aromatica

2 ml Melaleuca Alternifolia

90 ml d’huile d’olive de première pression à froid

Mélanger et prendre ½ cuillère à thé trois fois par jour pendant 30 jours. Puisque ce tonique se prend par voie orale, il est important d’acheter des huiles essentielles thérapeutique de très bonne qualité. Voici certaines marques fiables :

Pranarom, distribué par Robert & Fils

Héliolab, distribué par Héliolab

Sanoflore, distribué par Sanoflore

En plus de travailler à la Maison d’Hérelle, Carole Durand contribue au Réseau canadien de la santé afin d’accroître la visibilité des TCA au Québec. Elle écrit pour Le Point de VIH+ du CPAVIH et offre des ateliers un peu partout au Québec afin de promouvoir l’utilisation des TCA dans le traitement du sida. Elle travaille présentement à une étude clinique visant à évaluer l’efficacité des huiles essentielles sur la reconstitution immunitaire.