Vision positive

printemps 2003 

Transcendez les obstacles

Laissez tomber tout ce qui vous empêche d’avancer

par Kimberley Johnson

J’AI TRAVERSÉ ce matin, en me rendant au travail, un quartier dévasté par la pauvreté, le crime, le crack, la prostitution, les bagarres… et où sévit un risque énorme d’infection à VIH. J’ai participé à ces activités pendant de nombreuses années dans ce quartier même. Je priais alors pour que le soleil se couche. Seule l’obscurité m’était supportable. Maintenant, je ne crains plus cette lumière. Aujourd’hui, je contemplais le soleil briller, un sourire jusqu’aux oreilles. En fait, presque chaque jour que je passe dans ce quartier, un sentiment de gratitude m’envahit. J’ai 32 ans, un fils de 3 ans, et cela fait plus de quatre ans que j’ai quitté cette misère et ce froid. Je ne vis enfin plus dans l’obscurité.

TRANSCENDANCE : « Caractère de ce qui est transcendant, qui s’élève au-dessus du niveau moyen »

La transcendance est le chemin à suivre pour vivre sa vie à partir d’un endroit où rien n’est impossible. C’est un concept qui consiste à tout oublier à l’intérieur de soi-même qui puisse nous empêcher de vivre pleinement, pour nous permettre de faire de la place en notre for intérieur pour la satisfaction et la tranquillité. C’est l’élévation de nos âmes, la révélation de nos cœurs pour découvrir la vérité dans tout ce que la vie a à nous offrir. Le fait de vivre avec un virus jour après jour, qui cherche à me consommer et à mettre fin à mes jours ici sur terre, rend la transcendance particulièrement importante pour moi.

La transcendance n’est toutefois pas gratuite. Elle nous coûte beaucoup des choses auxquelles nous avons été conditionnés. Et elle nous coûte un grand nombre de nos préconceptions passées — comme de blâmer certaines personnes pour nos échecs, les rancunes que nous cultivons et la médiocre opinion que nous nous faisons de nous-mêmes. J’ai travaillé avec un grand nombre de femmes totalement dénuées d’amour-propre (tout comme moi-même d’ailleurs). J’ai vécu presque toute ma vie en pensant des choses à mon propos qui m’entraînaient à rester coincée dans un endroit où je n’avais que peu d’espoir de pouvoir réaliser quoi que ce soit. Je me considérais laide, non intelligente, indigne d’être aimée. Au plus profond de mon être, je me considérais comme une ratée.

Mensonges! Je ne suis rien de tout cela! Il m’a fallu vouloir abandonner toutes ces opinions pour me transcender et retrouver ma liberté. Nous sommes nombreux à vouloir nous libérer de nos mauvaises opinions à propos de nous-mêmes, de relations malsaines, des jugements sévères d’autrui, du stress, de nos fautes passées (que nous en soyons responsables ou pas) et, bien entendu, de ce grand vilain qu’est le VIH.

OBSTACLE : « Ce qui s’oppose au passage, gêne le mouvement »; « Ce qui s’oppose à l’action, à l’obtention d’un résultat »; « Chacune des difficultés qui nous séparent et nous désunissent »

L’humain tend à se borner aux obstacles extérieurs à lui-même. J’ai pendant longtemps été fâchée contre la personne qui m’avait transmis le VIH (obstacle). Je me suis longtemps sentie coupable d’avoir peut-être moi-même transmis ce virus mortel à d’autres personnes (obstacle). J’ai passé de nombreuses heures à ruminer mes rancunes. Pourquoi moi? Pourquoi devais-je avoir une dépendance à l’égard du crack? Pourquoi fallait-il que personne ne me comprenne? Pourquoi fallait-il que toutes mes relations échouent? Pourquoi ne parvenais-je pas à faire ceci ou cela? Et qui m’empêchait de faire ceci ou cela? Des obstacles, toujours des obstacles. Toutes ces questions restaient sans réponse. La vérité est que nous risquons de ne jamais découvrir le qui, le quoi, le où, le quand et le pourquoi à l’extérieur de nous-mêmes. Et même si nous pouvions blâmer une autre personne, que pourrait-elle donc y faire? Quelle que soit la personne que vous désignez responsable de votre désespoir, une seule personne peut le transcender, et cette personne, c’est vous-même! Quel que soit le tragique d’une situation, on peut la transformer en une leçon de la vie.

Plus facile à dire qu’à faire me direz-vous. Essayez donc ceci : Commencez par vous aimer vous-même. Dites-vous chaque jour à quel point vous méritez une vie remplie de joies et de possibilités. Encouragez vos enfants, vos amis, votre famille, et même les parfaits étrangers à en faire de même. Qu’importe que cela vous paraisse banal. Faites-le. Faites-le jusqu’à ce que vous y croyiez. Savez-vous à quel point vous êtes belle? Dites-le chaque jour et vous finirez par y croire. Laissez-vous des messages vocaux. Écrivez-vous des petites notes. Dites à une amie de vous le rappeler. Criez-le du sommet d’une montagne. Faites-le de suite, avant de ne plus en avoir le courage. Faites-le chaque jour jusqu’à ce que vous le sachiez!

DÉSIRER : « Tendre consciemment vers ce que l’on aimerait posséder; vouloir »

Pour se transcender soi-même, il faut que l’on parvienne à désirer. Il faut vouloir laisser derrière soi tous les obstacles qui nous empêchent d’avancer. Cela ne requiert qu’une quantité minimale de volonté, qui ressortira de votre désir de vous libérer de quelque chose. Ensuite, vous mettez un pied devant l’autre dans la direction de ce que vous désirez, que ce soit une meilleure relation, la tranquillité d’esprit, un emploi, une meilleure santé, etc. C’est à vous de choisir. Ce que vous laissez derrière ne disparaîtra pas forcément, mais la transcendance vous laissera avec la vérité concernant cet obstacle. Mon propre passé vit avec moi maintenant en tant que référence, rappel, quelque chose dont je peux être reconnaissante… rien de plus, rien de moins.

L’automne dernier, j’ai participé à la retraite annuelle des femmes de Voices of Positive Women / AIDS Committee of Toronto. J’ai rencontré des femmes de tout l’Ontario, certaines qui venaient de recevoir leur diagnostic et d’autres qui étaient là depuis des années. Âgées entre 20 et soixante-dix ans, nous formions un groupe mixte de lesbiennes, hétérosexuelles et bisexuelles. Nous venions de groupes ethniques différents — Africaines, Jamaïcaines, Asiatiques, Canadiennes, Américaines, Indiennes — et avons goûté à des plats de toutes les cultures réunies. Nous avons passé des moments formidables ensemble. En plus de vivre avec le VIH, notre dénominateur commun était le désir de transcendance. Chacune d’entre nous souhaitait transformer une situation apparemment tragique en un triomphe.

Mon parcours de la vie avec le VIH avait inclus la dépendance, mais le désespoir et la tragédie se révèlent sous n’importe quelle forme ou taille, certaines plus subtiles que d’autres, sans pour autant être moins désespérantes ou difficiles à surmonter. Il n’y a rien, rien du tout que nous ne soyons capables de faire. Il suffit d’avoir la volonté de laisser son passé derrière soi et de créer son avenir à partir du moment présent. Ce moment! Et lorsque vous transmettez l’inspiration que vous recevez, la terre continue simplement de tourner.

Kimberley Johnson est coordonnatrice du réseau d’entraide provincial chez Voices of Positive Women. Elle est également fondatrice de Lifting Spirits, un organisme qui offre des programmes et ateliers sur la prise de décisions éclairées avec les jeunes. Pour plus d’information sur Lifting Spirits, composez le 416 816-0214.

Photographie : Jake Peters

Un exercice de transcendance

Transcender, c’est quitter l’endroit où l’on se trouve pour se rendre là où l’on désire être. J’ai découvert qu’en me fixant des objectifs, j’étais plus à même de dessiner le chemin qui me mènerait jusqu’à cet endroit. Toutefois, il ne suffit souvent pas de fixer des objectifs. Il faut examiner chacune des étapes qui nous permettent de les atteindre et ce dont nous avons besoin pour y arriver. Pour moi, l’écriture constitue une forme d’art rituelle qui me permet de ne plus retourner la tête sur mon passé. Nous allons tenter un exercice avec vous. C’est un exercice de transcendance, qui consiste à prendre des mesures l’une après l’autre en vue de réaliser nos désirs.

Prenez une feuille de papier et un crayon ou un stylo (ne vous servez pas de votre ordinateur!). Tracez deux lignes de haut en bas sur la page pour créer trois colonnes.

Colonne 1 : Inscrivez-y votre objectif suprême. Ne confondez pas votre objectif « suprême » avec vos objectifs « d’étape ». (Par exemple, mon objectif suprême est d’être en bonne santé)

Colonne 2 : Inscrivez-y les objectifs d’étape que vous devez atteindre pour réaliser votre objectif suprême. Les objectifs d’étape représentent chacune des mesures que vous devez prendre pour atteindre votre objectif suprême. (Les miens incluaient de mieux manger, d’arrêter de fumer, etc.)

Colonne 3 : Inscrivez-y toutes les mesures que vous devez prendre pour atteindre chaque objectif d’étape. Ces mesures doivent vous permettre d’atteindre ces objectifs. Ainsi, en suivant le même exemple :

   OBJECTIF SUPRÊME      OBJECTIF D’ÉTAPE      MESURES À PRENDRE  
Améliorer ma santé 1) mieux manger voir ci-dessous
2) arrêter de fumer  

STEPS:

1) mieux manger — établir quels aliments sont bons pour moi, aller faire l’épicerie, demander le soutien des personnes avec qui je vis

2) arrêter de fumer — acheter le timbre ou arrêter brutalement, me joindre à un groupe de soutien, rester à l’écart des endroits où l’on fume et manger dans des restaurants où il est interdit de fumer (où, bien entendu, je commande des plats sains!)

Chaque mesure inscrite dans la colonne 3 doit être prise. Il arrive trop souvent que nous essayions d’en faire trop alors qu’une mesure toute simple suffit la plupart du temps. Si nous nous engageons à rester ensemble sur le parcours du VIH, nous n’aurons jamais à prendre cette première mesure seules. Et croyez-moi, j’en suis à tout jamais reconnaissante.