Vision positive

printemps 2003 

Détendez-vous!

Vous consacrer du temps est l’une des meilleures choses que vous pouvez faire

par Rebekka Valian

LORSQUE JE SONGE à ma santé, je suis certaine que j’ai été infectée par le VIH en 1990, mais cela n’a pas été confirmé avant 1992, lorsque Larry, mon copain de deux ans, a appris qu’il était atteint du sida. Deux mois plus tard, j’ai su que j’étais séropositive. Dès le premier jour, j’ai essayé de conserver une attitude positive face à la vie avec le VIH. Afin de demeurer terre à terre, calme et de ne pas paniquer, j’ai caché mon diagnostic pendant un certain temps parce que je ne voulais pas que les réactions et les peurs des autres m’atteignent. J’ai essayé toute une gamme de thérapies alternatives, comme l’acuponcture et les plantes; certaines n’ont pas fonctionné pour moi, mais je continue à utiliser celles qui sont efficaces. Je me disais que si je pouvais conserver un synchronisme entre mon corps et mon esprit, ma santé demeurerait stable. Mon compte des CD4 était très élevé à l’époque. Cependant, lorsque Larry a reçu son diagnostic, il avait déjà le sida.

Au fur et à mesure que la santé de Larry se détériorait, il se préparait à mourir et il a fait la paix là où cela était nécessaire. Il est décédé le 14 août 1994, avec moi à ses côtés. J’étais si fière de lui. La mort avait l’air facile pour lui. Après avoir fait nos adieux, Larry a rendu l’âme. Toute son énergie a été aspirée vers l’intérieur, comme si son esprit était complètement entré dans son corps à son dernier souffle, qu’il avait volé jusqu’à ses pieds pour remontrer et sortir par le sommet de sa tête. Mon cœur battait à grands coups et mon corps tremblait alors que je lui tenais la main. J’ai senti la lumière dans la pièce, et après avoir assisté à la naissance de ma filleule, je dois dire que l’énergie dans la pièce où Larry est décédé était très similaire, sacrée et belle, à celle que j’ai ressentie lors de la naissance. Je partage cette expérience, car cela m’a fait découvrir mon propre pouvoir. Larry m’a appris à ne pas avoir peur de la mort.

Je vis avec le virus depuis 13 ans. Les thérapies complémentaires telles que le massage, l’acuponcture, la médecine chinoise traditionnelle, les plantes, le yoga, la méditation et la visualisation m’aident à me revitaliser et à demeurer optimiste par rapport à ma santé. J’ai longtemps hésité avant de prendre des médicaments contre le VIH, car j’avais un préjugé envers la médecine occidentale, surtout après avoir vu Larry souffrir des effets secondaires des doses élevées d’AZT, qui étaient couramment prescrites au début des années 90. Il y a quatre ans, j’ai ajouté un cocktail de médicaments à mes thérapies. Mon compte des CD4 était à 30, mon système immunitaire était très affaibli et j’avais contracté le MAC, une infection opportuniste. J’ai fini par mettre mes réticences de côté et j’ai choisi de croire ma médecin lorsqu’elle m’a dit que mes jours étaient comptés. Même si je suis en bonne santé aujourd’hui (600 CD4 et charge virale indétectable), je ressens les effets secondaires de mes médicaments, surtout la lipodystrophie. Mes jambes et mon visage amincissent alors que ma taille épaissit. Il est frustrant de voir mon corps changer ainsi et je dois faire un effort pour maîtriser ma vanité.

Le yoga m’aide à survivre de plusieurs façons. Le mot yoga signifie « unir » ou « union ». Il permet d’unir le corps et l’esprit afin d’améliorer la santé et d’accroître la conscience de soi. Cette union se rapporte également à la conscience d’une personne dans la conscience infinie. Les poses, qui sont synchronisées à la respiration, permettent de s’intérioriser profondément et d’apaiser un esprit agité. Sur le plan physiologique, le yoga améliore la circulation sanguine, la respiration, la digestion, la détoxification du foie et le drainage lymphatique. Le yoga permet de renforcer le système immunitaire, de perdre un peu de poids et de soulager la dépression.

Lorsqu’une personne est déprimée, on se sert parfois des expressions comme « avoir le cœur lourd » ou « être découragé » pour décrire cet état désagréable. La dépression peut constituer une réaction à un stress trop grand. La dépression met le cœur et le corps dans un état de stress et stimule le système surrénal de façon excessive. Lorsqu’on s’adonne au yoga, la série d’étirements et de techniques de respiration se transforme en une méditation en mouvement qui permet au corps de se détendre profondément. Le système nerveux autonome passe en mode parasympathique et accorde un répit bien mérité à chaque cellule. Ainsi, l’esprit et le corps se calment, et une magnifique tranquillité nous envahit et nous permet de guérir en profondeur. On se sent calme et, avec une pratique régulière, la lourdeur de la dépression finit souvent par se disperser. (Pour de plus amples renseignements sur le yoga et les personnes vivant avec le VIH/sida, consultez « Introduction au yoga » dans le numéro d’automne / hiver de Vision Positive.)

Le stress nuit à la santé. Lorsque le système immunitaire d’une personne est affaibli, il est essentiel qu’elle se détende par tous les moyens possibles. Présentement, pour moi, cela signifie ne pas travailler et me servir de ce répit pour recouvrer la santé. J’apprends à vivre en équilibre, à trouver l’espace et le temps pour m’éloigner de ma vie active afin de prendre soin de moi et de retrouver mon énergie. Je dois parfois avoir le courage de dire « non » et de simplifier ma vie, car cela est essentiel au rétablissement de mon système immunitaire.

Le fait de contracter le VIH a été une occasion de ralentir, d’être plus consciente et d’apprécier le moment présent. Chaque activité est plus agréable lorsque je prends le temps de la vivre pleinement et d’apprécier ce que je fais, qu’il s’agisse de pratiquer le yoga ou de cuisiner un repas. Je vous encourage à vous accorder du temps pour méditer, faire une promenade dans la nature, faire du yoga, vous faire masser ou faire une sieste (dans un hamac si vous le pouvez !).

Rebekka Valian est membre du Positive Women's Network, à Vancouver, où elle travaille comme réflexologue, aromathérapeute et instructeur de yoga bénévole. Elle enseigne également le yoga à Friends for Life.

L’arbre de vie

Une vie équilibrée repose en partie sur son lien avec la nature, avec l’univers et avec les gens. Soyez consciente de votre lien avec le monde qui vous entoure, ne manquez pas de voir le synchronisme dans les événements de votre journée. C’est l’une des façons dont l’univers s’adresse à nous. Si vous ne pouvez pas aller dans la nature, faites-la venir à vous en fermant les yeux et en la visualisant ou en vous imaginant en train de marcher dans la forêt ou sur le bord de l’eau. Votre corps en retirera les mêmes bienfaits que si vous étiez sur place. Prenez de grandes respirations et laissez la sérénité vous envahir.

Vous n’avez besoin que de cinq minutes pour faire cela. Désignez un moment et un endroit pour vous (même si vous devez vous enfermer dans la salle de bains). Asseyez-vous confortablement de façon à ce que votre colonne vertébrale soit bien droite. Fermez doucement les yeux. Imaginez-vous assise sous un arbre magnifique. Choisissez les détails (chêne, érable, saule, palmier). Inspirez et expirez par le nez en comptant jusqu’à quatre. À chaque inspiration, remplissez votre ventre comme un gros ballon, jusqu’à votre poitrine puis jusqu’à vos épaules et comptez jusqu’à quatre. Expirez lentement en comptant jusqu’à quatre, en contractant votre ventre vers votre colonne vertébrale et en vidant tout votre air.

Lorsque que vous inhalez, respirez l’air pur et rempli d’oxygène produit par l’arbre. Visualisez un lien entre l’arbre et vos poumons. Lorsque vous expirez, vous expulsez les toxines de votre corps. Le dioxyde de carbone que vous expirez constitue la nourriture dont l’arbre a besoin. Visualisez une ligne d’énergie vers l’arbre. Une relation symbiotique existe. Nous sommes profondément liés et notre existence dépend les uns des autres. Ressentez votre lien. Répétez cette visualisation pendant 5 à 10 minutes jusqu’à ce que vous vous sentiez détendue et confiante. Vous pouvez avoir recours à cet exercice en tout temps pour vous détendre.

Les 8 étapes de Rebekka pour se détendre

Buvez beaucoup d’eau (8 verres par jour). Si votre compte des CD4 est inférieur à 200, essayez d’acheter de l’eau filtrée par osmose inversée pour éliminer le cryptosporidium et le giardia (lisez les étiquettes). Notre corps se compose de 70 à 90 p. 100 d’eau, et l’eau aide à éliminer les toxines du corps et à hydrater chaque cellule vivante.

Mangez des aliments crus (fruits et légumes frais, grains entiers, produits du soya, jus frais). Sentez l’énergie vibratoire de vos aliments. Observez la vitalité d’une salade verte fraîche par rapport aux aliments surtraités et trop cuits. Évitez les allées des produits préparés dans votre épicerie autant que possible. Assurez-vous que la vitalité n’a pas été retirée de vos aliments, encore une fois, lisez les étiquettes!

Ralentissez et saisissez le moment. Soyez consciente et présente. Reposez-vous et détendez-vous. Faites-vous masser pour accroître votre circulation et pour renforcer votre système immunitaire.

Faites-vous confiance. Écoutez votre voix intérieure. Écrivez dans un journal. Osez réaliser un rêve. Découvrez le pouvoir de la volonté. Faites un vœux ou une prière et ne soyez pas surprise s’ils se réalisent. Pensez à rendre grâce.

Réjouissez-vous. Célébrez votre activité préférée. Jouez des tablas indien ou du tambour africain ou autochtone. Des études démontrent que jouer du tambour fait augmenter le nombre de globules blancs.

Faites de l’exercice. Faites augmenter votre fréquence cardiaque et circuler votre sang. Et n’oubliez pas de respirer! Vous évacuerez ainsi les toxines et renforcerez votre système immunitaire. Marchez, nagez, dansez, faites du vélo, choisissez votre activité préférée. Cela fera du bien à votre corps et à votre esprit. Le sexe est un exercice!

Parlez-vous gentiment. Les mots que vous vous dites peuvent vous guérir ou vous faire du mal. Le fait de parler et de penser de façon positive accroît la vibration en vous et dans votre environnement. Soyez optimiste et chaque cellule de votre corps répondra. Nous sommes tous uniques et détenons des talents et des points de vue différents. Respectez-vous.

Demandez de l’aide. Ayez recours aux organismes sur le sida. Ils pourraient détenir des ressources ou des programmes qui vous simplifieront la vie. Il pourrait y avoir des possibilités que vous ignorez. Tissez des relations avec les autres. Si vous vivez dans un endroit éloigné, communiquez par courriel ou par les lignes sans frais. Parler avec d’autres femmes qui vivent les mêmes problèmes, elles peuvent s’avérer une ressource précieuse et offrir du soutien et de l’information. Acceptez l’appui de votre famille et de vos amis. Célébrez vos relations.

Hazra, 46 ans

Diagnostic de VIH : 1994; Compte des CD4 : 1 100; Charge virale : indécelable. Aromathérapeute. Réflexologue. Reikiste. Étudiante. Région de York (Ontario)

CHAQUE MATIN lorsque je me réveille, je dois composer avec l’épuisement. Je pratique donc le reiki, qui me permet de faire entrer l’énergie universelle en moi C’est la meilleure méthode d’autoassistance que je connaisse. Après le reiki, je m’adonne à l’aromathérapie — le mélange des huiles essentielles selon mon humeur et mon état physique — et je me donne un massage. Les huiles me soulagent lorsque j’ai la nausée, la diarrhée ou que je suis déprimée. Après mon massage, je me sens bien le reste de la journée.

Chaque matin, j’établis un horaire raisonnable afin que je puisse réussir à tout faire avant la fin de la journée. Cela m’apporte de la satisfaction. Je pratique différentes activités pour demeurer énergique, comme la danse du ventre et le Qi Gong. J’aime la danse du ventre, c’est un exercice et c’est aussi agréable. Cela suffit à créer un sentiment de bien-être. Je reçois également des traitements réguliers (massage, réflexologie, trager, shiatsu, reiki). Je crois personnellement que la maladie compte un aspect physique mais aussi un aspect psychosomatique, et qu’il aidée importe d’aborder chaque aspect de l’autoguérison. Pour moi, la psychothérapie est devenue davantage qu’un voyage spirituel; cela m’a aidé à apporter des changements dans ma vie et dans mes relations.

Andrea Rudd, « plus de 40 ans »

Diagnostic de VIH : 1988; Compte des CD4 : 1 317; Charge virale : indécelable. Artiste. Travaille dans plusieurs organismes communautaires. Toronto (Ontario)

ÉTANT DONNÉ que je n’ai dormi qu’une heure ou deux par nuit pendant une période prolongée, j’accorde une grande valeur au sommeil. J’ai vécu un moment difficile lorsque j’ai commencé à prendre des antirétroviraux; je n’ai pas dormi du tout pendant quelques mois. Lorsqu’on ne peut pas dormir, on ne peut pas vivre; notre perception de la réalité devient complètement tordue. Il est possible de ne pas dormir pendant un jour ou deux, mais après trois mois, c’est complètement insensé. On devient folle.

C’est en allant consulter un médecin naturopathe, Ken Luby, que j’ai changé la situation. Il m’a donné un remède homéopathique qui a complètement brisé le cycle dans lequel je vivais et j’ai pu dormir à partir de ce moment. Cela était extrêmement puissant et a changé toute ma vie. Ken Luby est mon héro. Il m’a été d’un grand secours.

Passer une bonne nuit de sommeil est devenu une priorité pour moi. Je fais des exercices de Feldenkrais avant de me coucher. Ce sont des mouvements très lents qui m’aident à me concentrer sur le moment présent en me détendant et en ralentissant tout mon être. Ils permettent de se contrôler et de se centrer. On n’a pas besoin de beaucoup d’énergie pour les faire, alors ils sont faciles à effectuer le soir quand on est fatigué. J’ai toujours fait de l’exercice et de la musculation parce que cela me permet de m’évader et de me concentrer sur le moment présent. Je trouve que cela est utile et important — sortir de mes pensées pour saisir le moment.