Vision positive

printemps 2003 

Le club des déesses de la chair

Ou comment le VIH a transformé ma vie sexuelle et fait de moi une déesse

par River Huston

VOUS AVEZ PEUT-ÊTRE LU le titre de cet article en vous disant « cette fille est cinglée » ! Mais avant de vous faire une idée sur moi, donnez-vous la peine de le lire.

Lorsque j’ai appris que j’avais le VIH, j’ai cru que ma vie sexuelle était finie. Je me disais que je n’embrasserais jamais plus personne et que je n’aurais jamais plus de relations sexuelles. Pas de fréquentations, pas de relations, pas d’enfants. Je mourrais seule à l’hôpital, intouchable, incapable d’être aimée.

En vérité, mes problèmes sexuels ont commencé bien avant mon diagnostic du VIH.

J’ai été sexuellement blessée à l’âge de 14 ans. Cela m’a touchée de nombreuses façons, plus précisément lorsqu’il est question de faire confiance aux gens. Je crois toutefois que ce sont les membres de ma famille et les médias qui m’ont fait le plus de tort. Comme la plupart des femmes, j’ai grandi dans un monde qui me rappelle constamment que mon apparence et mon corps sont mes atouts les plus précieux.

Malheureusement, je n’étais pas très avantagée au départ. J’étais la gamine rondelette sur qui personne ne s’extasiait. La remarque la plus courante lorsque quelqu’un me voyait était : « Est-ce qu’elle va perdre tout ce poil? ». Je ne me suis jamais sentie particulièrement jolie, et le fait d’être élevée par une mère obsédée par la beauté n’a certainement pas aidé. Je me rappelle avoir demandé à ma mère, lorsque j’avais six ans, si j’étais jolie. Après avoir réfléchi, elle m’a répondu : « Pas vraiment, mais au moins tu ne verras pas ta beauté se faner ».

À l’adolescence, mon estime personnelle est passée sous le niveau de la mer. Dans le but d’obtenir de l’amour et de l’affection, j’ai pris un virage, en quête d’approbation, qui m’a menée à des endroits peu recommandables : le monde de la drogue, de l’anorexie et, finalement, celui de la prostitution. J’accumulais et je ressassais toutes les méchancetés qui sortaient de la bouche de grands sages comme un certain John qui m’a dit, alors que je le chevauchais, que j’étais très belle dans le noir. À l’époque, j’avais une devise que je me répétais sans cesse et qui allait comme suit : « Tu as 25 ans, tu n’es qu’un tas de merde et tu mérites de crever ».

C’est un homme qui, avec ses bonnes paroles et ses renseignements sur les douze étapes, m’a fait changer de direction. Lorsque je suis devenue sobre, j’ai entrepris un voyage spirituel, suivi une thérapie, trouvé une force supérieure et j’ai commencé à changer ma vie. Mon respect envers moi s’est mis à fleurir lorsque je suis retournée aux études pour obtenir un baccalauréat dans le domaine de la santé. Je gagnais ma vie comme monitrice d’aérobie et comme entraîneur, ce qui allait de pair avec mes troubles de l’alimentation.

Au cours de ma dernière année à l’université, tout a basculé.

Reine du burger

Je croyais que j’avais rencontré l’homme de ma vie, et ce sentiment était partagé. J’avais finalement atteint une étape dans ma vie où je ne me sentais plus obligée de coucher avec un homme parce qu’il me souriait ou parce qu’on avait tout fait sauf ça. Il a suggéré qu’on passe tous les deux un test de dépistage du VIH. Sans réfléchir au fait que cela pourrait chambouler ma vie, je me suis rendue au ministère de la Santé et j’ai donné un échantillon sanguin. Deux semaines plus tard, j’ai appris que j’avais le VIH. Mon copain m’a suivie lorsque je suis sortie du bureau en courant. Il a essayé de me réconforter, mais lorsque nous sommes descendus du train, nous sommes partis chacun de notre côté. Je savais que notre relation était finie.

Je suis allée tout droit au restaurant. Je suis entrée, je me suis assise à une banquette et j’ai commandé du pain doré avec du sirop et du beurre. C’était tellement bon que j’en ai commandé une autre assiette. VIH, et puis quoi?

L’année suivante, j’ai exploré les images miroir de l’anorexie et de la boulimie. Je mangeais tout et autant que je le voulais. Je m’empiffrais parfois au point de me rendre malade et, d’autres fois, je commandais allègrement un hamburger, des frites et un lait frappé au chocolat et cela me satisfaisait. J’avais passé ma vie à surveiller ce que je mangeais. Je me privais de nourriture, je vomissais et je faisais de l’exercice de manière compulsive pour garder la ligne. Certaines personnes ont peur des araignées ou du noir; moi, j’avais peur de la mayonnaise Hellmann’s.

Tout d’un coup, avec le VIH, tout était permis et je pouvais faire tout ce dont j’avais envie. J’allais bientôt mourir, alors quelle différence cela pouvait-il bien faire? Après tout, la nourriture est un puissant analgésique et je ne ressentais rien, pas même la peur initiale de savoir que j’étais séropositive. Je ne me sentais pas désirable? Un beigne glacé ou six pouvait régler cela. Se réveiller au beau milieu de la nuit et avoir peur de mourir seule? Aucune raison de s’inquiéter, les nouilles au beurre apaisent toutes les craintes.

Je ne me rendais pas compte que j’engraissais rapidement. Inutile de dire que mes cours d’aérobie ont perdu en popularité au fur et à mesure que je prenais de l’ampleur. J’ai fini par me foutre éperdument des abdominaux coupés au couteau et du derrière parfait; tout ce que je voulais faire, c’était hiberner. Je suis retournée vivre dans la petite ville où j’ai grandi et j’ai découvert que j’étais une déesse du sexe.

Le gras, c’est chic!

À cette époque, je ne me regardais pas en détail dans le miroir. Je portais une nouvelle taille, appelée taille unique, et j’affichais une préférence marquée pour les motifs très fleuris. Un jour, une amie est venue me montrer des photos qu’elle avait prises lors d’une fête. Je lui ai demandé qui était la grosse femme avec un double menton et elle m’a dit : « C’est toi! ». C’est à ce moment que j’ai réalisé à quel point j’avais engraissé. J’avais pris plus de 35 kg et je l’avais ignoré exceptionnellement bien, mais je ne pouvais plus me cacher. Je me disais que je devrais faire un régime, mais est-ce que je voulais vraiment que mon dernier repas sur terre soit un lait frappé Slim Fast? Non! J’ai plutôt lancé le Club des déesses de la chair. La seule exigence était de rendre grâce à la cellulite. Puisque je ne parvenais à recruter personne, j’ai décidé d’apprécier mes rondeurs en solo.

La première étape à suivre pour apprendre à m’aimer à été d’aimer les autres. Je devais changer ma perception de la beauté, alors j’ai accordé le statut de déesse à toutes les femmes dans l’univers et je suis allée faire de l’observation. Peu importe leur forme, leur âge, leur taille, leur race ou leur style, toutes les femmes que je rencontrais étaient spectaculaires. Au fur et à mesure que ma perception des autres se transformait, ma propre perception a commencé à changer, mais je dois admettre que cela a été beaucoup plus difficile.

Je me concentrais sur mes défauts depuis si longtemps que leur liste semblait interminable, alors j’ai dû procéder en douceur. L’une des questions que je me suis posée était simple : qu’as-tu fait pour être si horrible ? Je ne détenais aucune réponse valide à cette question. J’ai fait le bilan de toutes les blessures que j’avais accumulées au cours de ma vie, des noms cruels de Pauline qui pue et de Brigitte la baleine au frère méchant qui m’a rappelé pendant toute mon adolescence que j’étais une affreuse grosse truie.

J’avais besoin d’une nouvelle vision. Je m’accordais une heure chaque jour sans me critiquer. Si ma voix intérieure me disait que j’étais une affreuse grosse truie, je me disais gentiment que ce n’était pas vrai. Les heures sont devenues des jours et les jours se sont transformés en une vie, ce qui m’amène là où j’en suis aujourd’hui, où il arrive rarement que je me considère autrement qu’adorable. Mais je m’emballe !

Je devais accepter mes kilos en trop, mais je n’étais pas prête à les regarder en face. Alors, j’allumais des chandelles, je faisais jouer de la musique et touchais les parties de mon corps qui me répugnaient – mes cuisses, mon bas-ventre, mes fesses. Je parlais à mon corps et je lui disais qu’il était doux, et j’ai fini par être capable de me regarder dans le miroir et de m’admirer plutôt que de m’analyser. Le fait de fermer la télévision et de me tenir à l’écart des abominables magazines pour femme qui proclament toutes mes imperfections chaque mois a grandement aidé. Ironiquement, lorsque j’ai commencé à me sentir bien dans mon corps, je n’avais plus envie de m’empiffrer. Je mangeais seulement quand j’avais faim et j’ai perdu du poids, mais ce n’était pas mon objectif. Lorsque j’en ai eu fini de noyer mes problèmes dans la nourriture, j’ai dû apprendre à vivre ma sexualité.

Guérison sexuelle

Lorsqu’on atteint un certain poids dans notre culture, on disparaît. Mon gain de poids me permettait d’éviter l’attention sexuelle. J’ai déjà pensé qu’il valait mieux être grosse que de rencontrer un homme bien, de devoir lui dire que j’ai le VIH et le voir passer de l’incrédulité au dégoût avant qu’il me quitte. Certains hommes sont restés, même si je dois admettre que ce ne sont pas les hommes que j’aurais choisis si je n’avais pas eu le VIH, mais étant donné que je me considérais comme de la marchandise endommagée, je croyais que c’était tout ce que je méritais.

En célébrant mes courbes pulpeuses et pleines, j’ai appris à avoir confiance en moi, peu importe mon diagnostic. Après ma transformation en déesse, je sentais que je pouvais parler de mon VIH aux gens et garder la tête haute. J’ai appris à me faire une idée des gens avant de leur annoncer la nouvelle. Par exemple, lorsqu’un homme me demandait ce que je faisais, je lui disais que je travaillais avec les femmes séropositives. S’il se sentait à l’aise avec cela, je passais à l’étape suivante et je lui parlais d’une amie séropositive. S’il avait la moindre réaction négative, je n’abandonnais pas, mais je me disais que cela pourrait être légèrement difficile et que cela pourrait me blesser, et je devais déterminer si je voulais continuer. (Est-ce que je devrais apprendre à le connaître, l’éduquer avant de lui dire que j’ai le VIH ou alors passer mon chemin parce qu’il n’en vaut pas la peine?) Je sais maintenant que je suis une femme fabuleuse et sexy qui ne mérite rien de moins qu’un homme fabuleux et sexy. (Ils se cachent parfois sous la carapace de l’ignorance, mais il est essentiel que nous n’abandonnions pas.)

J’ai eu des relations à long terme et des affaires d’un soir avec des hommes séronégatifs. Et je leur ai toujours dit que j’avais le VIH parce que je suis incapable de me détendre et de m’amuser si je ne leur dis pas la vérité sur mon diagnostic. Je dis aux hommes qu’ils sont davantage en sécurité avec moi parce qu’ils n’ont aucun doute et qu’ils ne courent pas de risques. Le simple fait de leur expliquer ce que « sécuritaire » signifie peut être érotique; cela va au-delà des condoms. D’une certaine manière, je vois l’épidémie de sida comme une révolution sexuelle parce que pour être sécuritaire, on doit maintenant discuter de la sexualité et aborder les détails. Et puis, si je me donne la peine de leur parler de mon diagnostic, de me déshabiller et d’apporter tout mon équipement (condoms, godemichés, vibrateurs, produits comestibles, tenues, etc.), alors je vais courir le risque de leur dire précisément ce que je veux et comment je le veux.

J’avais été un réceptacle toute ma vie et je me concentrais sur le plaisir de mes partenaires. Mais, en tant que déesse du sexe améliorée par le VIH, mes expériences sexuelles ont commencé par la communication et sont passées par l’exploration qui, en fait, est tout aussi excitante pour mes partenaires que pour moi. Cela va beaucoup plus loin que le sexe sécuritaire (condoms, digues dentaires et gants) et penche vers le jeu de rôles, les fantasmes et transforme le sexe en un événement plutôt qu’en un saut au lit qui se termine pas un orgasme (et généralement pas le mien).

L’exploration sexuelle peut également se pratiquer en solo. Je n’avais certainement pas l’impression de faire un compromis, il y a quelques années, lorsque j’ai décidé de mettre les relations de côté et de me concentrer sur moi. Par plaisir sexuel, je me suis adonnée à la masturbation. Cela n’est certainement pas décevant : je sais exactement ce qui me donne du plaisir, je peux le faire durer aussi longtemps que je le veux et je peux le faire avec qui je veux, car notre organe sexuel le plus puissant, c’est notre esprit.

Trouver l’homme de sa vie

Il y a deux ans, environ, un homme merveilleux est entré dans ma vie. Il ne correspond pas à l’image que j’avais du partenaire idéal, mais il est fantastique. Je n’ai jamais vraiment eu besoin de le mettre au courant puisque je suis l’activiste tapageuse dans ma petite ville. Dans notre relation sérodiscordante, le VIH est rarement un problème (le fait qu’il refuse d’être intimidé par le VIH sous les draps est l’une des raisons pour lesquelles je suis si attachée à lui). Nous avons d’autres préoccupations; il a 14 ans de moins que moi et je dois parfois me préoccuper de mon image corporelle parce qu’on dirait qu’il sort tout droit d’une annonce de Calvin Klein. Mais je suis sa déesse et il me le rappelle sans cesse. C’est un bonheur que je croyais impossible. Dans toutes mes relations précédentes, même lorsque j’arrêtais de chercher, je me sentais toujours déçue, car je n’avais pas l’impression d’avoir trouvé l’homme de ma vie. Ce doute a désormais fondu comme neige au soleil.

Nos relations sexuelles sont parfois incroyables, parfois en panne; il y a parfois de l’érotisme et d’autres fois, on se donne de l’amour et du réconfort. À certains moments, je n’ai pas envie de faire l’amour. Cela peut être attribuable aux effets secondaires de mes traitements ou à une infection ou encore parce que je n’ai pas l’énergie ou le désir, mais j’ai appris dans cette relation qu’il suffit d’être honnête, ouvert et déterminé. Je dois également reconnaître les motifs à l’origine de mes désirs sexuels ou de leur absence. Le sexe ne représente pas tout, mais il est important. En plus d’être plaisant, agréable et même spirituel, c’est une façon de garder le contact.

Alors, après avoir passé six mois à rénover notre maison et à ne pas avoir fait l’amour parce que nous étions complètement vidés, nous avons dû parler de prendre le temps et de trouver des façons de demeurer branchés sur le plan sexuel. Parfois, nous nous adonnons à un fantasme qui l’allume encore mais qui m’ennuie, alors je dois trouver une manière de présenter de nouveaux fantasmes pour raviver mon désir. Lorsque j’ai une grosse attaque, ce qui indique généralement que je vis une autre forme d’insécurité, je peux lui parler et il me rassure. Je n’ai pas besoin de lui dire, « Mon chéri, est-ce que je suis affreuse? ». Je lui demande plutôt ce qui lui plaît chez moi et pour lui, cette liste est interminable. Si interminable, en fait, qu’il s’est mis à genoux devant moi il n’y a pas longtemps et m’a demandé de devenir sa femme!

Je sais que j’ai trouvé quelqu’un d’extraordinaire. Mais je sais également que si je ne l’avais pas trouvé, je m’étais déjà trouvée, moi, une personne tout aussi magnifique. Et après une guérison de 12 ans, je sais exactement quoi faire et quoi dire pour me rappeler que je suis une déesse.

River Huston, 42 ans, est poétesse, auteure et journaliste primée qui présente en ce moment son spectacle solo, Sex, Cellulite and Shopping: One Girl’s Guide to Living and Dying d’un bout à l’autre de l’Amérique du Nord. Des extraits de son livre Positive Life: Portraits of Women Living with HIV se trouvent dans son site Web ainsi que des photos de son chien Buddy.

Comment trouver la déesse qui se cache en vous

Lorsque vous vous regardez dans le miroir, admirez-vous plutôt que de vous analyser.

Tombez en amour avec vous-même et offrez-vous des cadeaux, de la tendresse, de l’encouragement… et un vibrateur.

Trouvez une partie de votre corps que vous aimez. (Pour moi, ce sont mes mains et mes pieds). Concentrez-vous sur cette partie de votre corps jusqu’à ce que votre admiration s’étende aux parties que vous détestez.

Écrivez une lettre à la partie de votre corps qui vous dérange (bosse, ventre, jambes). Veillez à ce que cette partie du corps réponde à la lettre.

Traitez-vous comme votre meilleure amie (votre meilleure amie ne ferait jamais de commentaire sur la taille de votre ventre).

Encouragez les déesses des autres à se montrer.

Transformez votre perception et trouvez quelque chose de beau dans toutes les personnes que vous rencontrez.

Soyez aimable et douce lorsque vous découvrire votre beauté.

Les cinq plus grandes déesses selon River

Ma grand-mère May

Madonna

  Rita Mae Brown

 Lucille Clifton (la plus grande poétesse ayant jamais vécu sur terre)

Eleanor Roosevelt

Mélanges d’aromathérapie sensuels

Mélanges d’aromathérapie sensuels :

En aromathérapie, les « senteurs » se rapportent aux huiles essentielles utilisées dans le but de promouvoir le bien-être physique, émotionnel, mental et spirituel. Lorsqu’on inhale les huiles essentielles, elles produisent un effet sur le système limbique, le « centre émotionnel » du cerveau, qui contrôle également nos réponses et nos comportements sexuels. Servez-vous des mélanges suivants pour créer une ambiance intime avec un être spécial dans votre vie — même si cet être, c’est vous!

Le mélange sensuel : Pour un massage, mélangez ces huiles essentielles à 25 ml d’huile de pépins de raisin : mandarine (5 gouttes) bois de santal (4 gouttes) sauge sclarée (3 gouttes). Ou ajoutez simplement ces huiles à l’eau de votre bain.

Le mélange exotique des amoureux : Pour un massage, mélangez ces huiles essentielles à 25 ml d’huile de pépins de raisin : jasmin (3 gouttes) bois de santal (5 gouttes) rose (4 gouttes). Ou ajoutez simplement ces huiles à l’eau de votre bain.

Le mélange du bain séduisant : Ajoutez ces huiles à l’eau de votre bain : ylang ylang (2 gouttes) patchouli (2 gouttes) orange (2 gouttes).

Avertissement : évitez de mettre les huiles dans vos yeux ou dans votre bouche. Les huiles essentielles non diluées ne devraient pas être appliquées sur les parties génitales. L’utilisation de certaines huiles est déconseillée si vous êtes enceinte, souffrez d’hypertension ou d’épilepsie, alors assurez-vous de consulter un aromathérapeute.

recettes fournies par Hazra, aromathérapeute certifiée

Laurette Levy, 46 ans

Diagnostic de VIH : 1991 (infectée depuis 1985); Compte des CD4 : 600; Charge virale : indécelable. Auteure (fiction). Bénévole à Voices of Positive Women. Toronto (Ontario)

JE VIVAIS AVEC mon partenaire et son fils depuis trois ans lorsque j’ai été diagnostiquée. Nous voulions acheter une maison et l’avenir s’annonçait prometteur. Six mois après mon nouveau choc et son statut séronégatif, mon partenaire est parti après m’avoir annoncé au téléphone qu’il me quittait. Très courageux de sa part! Je suis restée seule pendant deux ans. J’ai ensuite rencontré un homme merveilleux qui, lorsque je l’ai informé de mon statut, m’a pris dans ses bras et m’a dit : « Ne t’en fais pas, je t’aime quand meme ». Quelques années plus tard, nous vivions un mariage heureux, du moins c’est ce que je croyais.

Même si nous étions très conscients des risques et que nous pratiquions le sexe sécuritaire, mon mari avait de plus en plus peur d’être infecté. Alors je suis devenue de moins en mois proactive sur le plan sexuel et nous avons fini par faire chambre à part. Pour la première fois, j’ai eu honte d’avoir le VIH — moi, qui avais toujours défendu les droits des femmes séropositives! Cela est devenu intolérable. L’échec de notre mariage n’est pas dû entièrement à mon statut de séropositivité, mais cela a joué un grand rôle.

Le VIH a changé ma relation avec mon corps. Au début, je ne voyais pas mon corps comme différent même si j’avais le VIH parce que j’étais en santé. Il n’y avait pas de signe extérieur de la maladie. À partir du moment où j’ai été malade et où j’ai commencé à prendre des médicaments, mon corps a changé. C’est une chose qui est difficile, surtout quand on est femme. L’image de la femme est tellement forte dans notre société; il faut toujours être mince, jeune et belle. Quand on passe la quarantaine, notre corps change et le mien change bizarrement; il a maigri des bras et des jambes et il a forci au niveau de la poitrine.

Dans ma tête, je me sens toujours désirable. Quand je sens un regard d’homme sur moi, c’est toujours agréable. Mais je pense que mon corps n’est plus aussi desirable parce qu’il représente un danger. Dans les dernières années, j’ai meme évité de rencontrer des partenaires parce que je n’ai plus envie d’expliquer ma situation. J’ai toujours peur d’être rejetée et je me protège en ne rencontrant personne.

Dans la communauté gaie, il y a beaucoup plus de personnes séropositives que dans la communauté hétérosexuelle et les gens sont au courant de ce qu’est le VIH. Ils ont des relations sexuelles. La plupart des femmes séropositives n’ont même pas de relations avec leur partenaire. Il reste d’autres choses comme la tendresse et les massages, mais pour moi, ça n’a pas été le cas. Les femmes séropositives que je connais qui ont une vie sexuelle sont plus jeunes. Peut-être qu’en ce qui me concerne, c’est aussi un problème d’âge.

Personnellement, j’ai fait une croix sur le sexe. Je trouve que les hommes hétérosexuels séronégatifs ne sont pas prêts à avoir une relation avec une femme comme moi. J’espère que ce n’est pas pareil pour toutes les femmes. Quand on est avec un partenaire négatif, il est important de pouvoir bien communiquer. On peut vivre une sexualité différente qui s’apparente plus à une tendresse, à des massages, à toucher le corps de l’autre. Il faut être ouvert à explorer différentes voies de la sexualité et pas toujours la pénétration ou ce qu’on faisait quand on n’avait pas le VIH.

N’ayez pas peur de parler. N’ayez pas honte d’avoir le VIH. Ne vous sentez pas pestiférée et ne vous laissez pas traiter de pestiférée. Il ne faut pas se laisser faire parce que c’est une grande injustice et c’est très douloureux. Il ne faut pas accepter cela.

Photographie : Jake Peters

Brigitte Charbonneau, 56 ans

Diagnostic de VIH : 1994; Compte des CD4 : 775; Charge virale : indécelable. Vice-présidente de Bruce House. Ottawa (Ontario)

LES MÉDICAMENTS et le VIH touchent ma libido. À quoi ressemble ma libido? Comment je me sens? Je dois recevoir des injections de testostérone tous les mois. Ce mois-ci, j’en suis à ma quatrième injection et ma libido commence à se faire sentir. Je sais que ce ne sera jamais comme avant mon diagnostic, mais si je n’avais pas d’injections, mon partenaire devrait parfois attendre trois mois. Nous sommes ensemble depuis six ans et il ne s’est jamais plaint.

La pénétration de m’attire pas, car j’ai très peur pour mon partenaire, même s’il porte un condom. Mais on s’y adonne parfois. J’essaie de le protéger contre l’infection. Je ne voudrais jamais infecter quelqu’un comme je l’ai été. Je vis avec le VIH et je sais ce que c’est. Alors on improvise beaucoup. Nous aimons les jouets sexuels, les films et Internet. C’est ce que j’appelle une relation sexuelle saine.

Je ne sais pas ce que je ferais si mon partenaire et moi mettions un terme à notre relation. C’est le premier homme qui m’a acceptée comme je suis. Il aime mes petits-enfants comme s’ils étaient les siens. Lorsque je l’ai rencontré, j’ai attendu six mois avant de lui dire que j’étais séropositive. Lorsque je lui en ai finalement parlé, il m’a dit : « Est-ce que je devrais être inquiet? » Je lui ai répondu « Pas du tout » et le sujet a été clos.

Cette relation est mon havre de paix. Mon deuxième mari m’a infecté avec le VIH. J’ai vécu loin de la maison pendant une longue période, mais je continuais à aller le voir parce que je croyais qu’il était le seul homme avec qui je pouvais coucher. Je n’allais pas le retrouver par amour ou par respect, seulement pour le sexe. Je sais désormais que le monde peut déborder d’amour et de respect.

Photographie : Jake Peters

Janet Conners, 47 ans

Diagnostic de VIH : 1989; Compte des CD4 : plus de 600; Charge virale : indécelable. Activiste du sida en pseudo-retraite. Hatchet Lake (Nouvelle-Écosse)

DÈS QU’ON REÇOIT son diagnostic, on commence à se battre pour demeurer une femme à part entière. On a tendance à se transformer en virus ambulant. On en vient à se définir par son virus : on est une femme séropositive. On n’est plus jeune, mère, femme de couleur ou enseignante… Je ne crois pas que les hommes passent par là.

Malgré tout, il subsiste toujours un élément très déshumanisant dans le domaine médical. Au cours de certaines de mes premières expériences, on supposait que j’avais le virus et que je n’avais donc plus de sexualité. C’était comme si je n’avais plus le droit d’avoir une sexualité. Et si cela était vrai, c’était à moi qu’incombait la responsabilité qui entoure la prévention de la grossesse et des infections.

Je ne compte plus le nombre de fois qu’on ma dit (dans la communauté du sida et à l’extérieur), après le décès de mon mari : « Tu vas sûrement rencontrer un bel homme séropositif à quelque part ». Comme si la seule personne que je pouvais fréquenter devait être séropositive. Cela me donne l’impression d’être en seconde place. On ne se sent pas seulement sale et infectée lorsqu’on reçoit un diagnostic, on passe aussi en seconde classe et on peut uniquement fréquenter un homme séropositif. Cela en dit beaucoup sur la façon dont on perçoit les hommes séropositifs.

Mon mari, Randy, est décédé il y a neuf ans et j’ai rencontré mon partenaire il y a trois ans. Pendant six ans, je n’ai cherché à rencontrer personne. Je me suis tenue à l’écart. Je pleurais la mort de Randy, et parce qu’il ma montré ce qui m’attendait, je faisais également le deuil de mon propre avenir. Je me suis oubliée dans le travail et je me suis intégrée à la communauté gaie. C’était comme si j’étais devant un buffet, incapable d’ouvrir la bouche, entourée de beaux hommes attirants et fascinants qui ne s’intéresseraient jamais à moi.

J’ai rencontré mon partenaire, Terry, à une soirée pour gens « plus âgés ». Cela n’avait rien à voir avec VIH. Ma meilleure amie m’a persuadée d’aller à ces soirées. C’était la première fois que je m’aventurais à nouveau dans le monde social. Je l’ai rencontré à ma troisième soirée. Lorsque je lui ai dit que j’avais le VIH, il m’a répondu : « Honnêtement, je me sens probablement plus en sécurité avec toi qu’avec n’importe quelle autre femme. Premièrement, tu sais que tu es séropositive et deuxièmement, tu en sais probablement plus sur la prévention du VIH que toutes les femmes dans la province ».

Le 22 décembre dernier, Terry a rassemblé notre famille combinée, il s’est mis à genoux devant moi et m’a demander de l’épouser.

Certaines personnes essaient de nous empêcher d’être des femmes à part entière, et c’est une lutte, mais nous pouvons la gagner.

Photographie : Michelle Valberg

Sally Richard, 54 ans

Diagnostic de VIH : 1993; Compte des CD4 : 525; Charge virale : 86 700. Riverview (Nouveau-Brunswick)

J’AI ÉTÉ INFECTÉE par le VIH en 1982, lorsque j’ai reçu une transfusion sanguine, mais je ne l’ai appris que plusieurs années plus tard. Je n’ai pas pleuré lorsque je l’ai su. Je suis allée dehors, je suis montée dans ma voiture, j’ai allumé une cigarette, acheté une boisson gazeuse quelque part et je me suis perdue pendant un certain temps. Lorsque je suis rentrée à la maison, je l’ai annoncé à mon mari et je lui ai dit qu’il devrait désormais porter un condom. Il a refusé et s’est fâché contre moi. Je l’ai quitté après avoir reçu mon diagnostic parce qu’il était alcoolique et qu’il y avait des limites à ce que je pouvais endurer. Lorsque je lui ai dit que j’avais le VIH, la situation a empiré, alors je suis partie.

Lorsque j’ai reçu mon diagnostic, mes parents et mes cinq frères et sœurs m’ont abandonnée. J’avais vraiment besoin de leur aide. Je vivais avec 450 $ par mois. Il m’était égal de vivre ou de mourir jusqu’à ce que Jack, mon conjoint, entre dans ma vie. S’il n’était pas arrivé, je serais six pieds sous terre. Ma famille m’a fait du mal parce qu’elle m’a évitée. Mon frère Michael est le seul que je vois; il vient jouer au bingo avec moi.

Ma mère m’a dit « Ne va pas dire ça aux gens ». Mais je ne veux pas en faire un secret. Je n’ai rien à cacher et aucune raison d’avoir honte. Les gens me dénigrent : « Sally Richard, c’est une putain ». Quelqu’un m’a déjà lancé une tasse de thé chaud. On ne veut pas me voir à certains bingos.

Lorsque je vais au bingo, j’ai les idées claires. J’écoute l’annonceur dire les chiffres et je me concentre là-dessus. J’ai gagné 500 $ deux fois de suite. Je ne suis pas radine. J’ai un cœur. Mais, d’une certaine façon, j’ai un cœur de pierre parce que les gens m’ont blessée. J’ai eu trop souvent le cœur brisé, alors je me suis endurcie. Peut-être un peu trop, je crois. Il y a des limites à ce qu’on peut endurer en l’espace d’une vie. J’ai été blessée dès l’enfance. Il est important de se tenir à l’écart des gens qui nous font du tort parce que cela peut faire baisser nos CD4.

Je n’ai jamais rencontré de femme séropositive qui a été infectée par le VIH lors d’une transfusion sanguine. J’aimerais pouvoir m’asseoir et parler avec quelqu’un comme moi. Il n’y a personne comme ça à Moncton. J’aimerais qu’elle me dise comment elle se sent, par quoi elle est passée et combien de temps elle a mis à l’accepter. Quels problèmes a-t-elle vécus? Avait-elle une famille qui l’aidait? Je me pose parfois ces questions.

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