Vision positive

Hiver 2016 

Identités poz

par la Dre Lisa Barrett

Je travaille avec diverses personnes vivant avec le VIH depuis 2000, au début comme candidate au doctorat dans une clinique VIH et plus tard comme médecin — de survivants à long terme diagnostiqués dans les années 80 et 90 à des personnes qui ont appris leur séropositivité il y a six mois, de jeunes dans la vingtaine à une personne âgée de 86 ans.

Ce que cela veut dire de vivre avec le VIH et de suivre un traitement varie énormément selon la façon dont vous avez été diagnostiqué et le moment de votre diagnostic. Si l’on vous a diagnostiqué une infection opportuniste dans un service des urgences il y a 25 ans, le VIH et son traitement représentent sans doute quelque chose de très différent pour vous que si vous avez appris votre statut lors d’un dépistage de routine dans une clinique ITS alors que vous vous sentiez bien et en bonne santé. Pour les personnes diagnostiquées dans les premières années, le traitement signifiait quelque chose de désagréable : des effets secondaires redoutables et des prises de pilules innombrables. Alors parfois, lorsque je suggère un changement de régime à une personne diagnostiquée il y a longtemps, celle-ci peut d’abord se montrer très hésitante à l’idée d’en changer parce que les nouveaux médicaments causaient assurément une mauvaise expérience à l’époque, ce qui est très différent des nouveaux médicaments aujourd’hui. En revanche, certaines personnes nouvellement diagnostiquées prennent quasiment le diagnostic à la légère et ne pensent pas que c’est grave. Il peut même être difficile de convaincre certaines d’entre elles qu’elles ont besoin d’un autre rendez-vous.

Voici un autre exemple de la façon dont ce changement d’attitude radical se manifeste : dans le passé, tout le monde consultait le psychologue de notre clinique à la suite de son diagnostic, alors que seulement la moitié de nos patients séropositifs se prévalent de ce soutien de nos jours. J’ai certainement remarqué un changement même au cours des cinq ou six dernières années.

Il reste que de nombreuses personnes ont des préoccupations, surtout en ce qui concerne leurs relations sexuelles. Une jeune femme qui est née séropositive s’est présentée à notre clinique peu de temps après son arrivée au Canada. Elle s’était installée dans sa nouvelle vie comme étudiante universitaire et commençait à songer au sexe et au dévoilement et à se demander si elle était prête à vivre une relation. Nous parlons davantage des faits se rapportant à la transmission et des façons de cultiver des relations et d’aborder le dévoilement que des questions médicales. Graduellement, elle réfléchit davantage à sa sexualité et à la vie sexuelle qu’elle souhaite avoir, une possibilité qu’elle avait complètement écartée il y a un an. D’autres personnes qui fréquentent notre clinique se préoccupent beaucoup moins de leurs nouveaux partenaires et des risques de transmission.

Il n’empêche que nous renseignons tout le monde sur les façons de réduire le risque de transmission dans le contexte de leurs choix personnels, et nous offrons de parler à leurs partenaires sexuels. Si la personne estime que cela pourrait lui être bénéfique, nous avons une discussion franche sur la sexualité et le VIH.

J’essaie de dire aux gens qu’un diagnostic de VIH est une chose sérieuse qu’il ne faut pas banaliser, mais si vous commencez une thérapie antirétrovirale efficace et que nous travaillons ensemble, vous vivrez jusqu’à vos vieux jours. Nous boitillerons ensemble tous les deux dans mon bureau à l’âge de 102 ans!

Tous mes patients connaissent mon mantra concernant la prise de pilules : si vous les prenez, elles agiront, et elles agiront probablement pour toujours. Alors, travaillons ensemble afin que vous preniez (ou que vous continuiez à prendre) vos antirétroviraux tous les jours, sans exception. Les rappels par texto, les applis, les alarmes, les papillons adhésifs, tous les moyens sont bons. Je dis aux gens que la plupart d’entre nous avons des engagements plus grands à respecter que la prise d’une pilule une fois par jour et les examens réguliers chez le médecin. Grâce à un traitement efficace et à des soins continus, on peut vivre très bien avec le VIH.

La Dre Lisa Barrett est une médecin spécialisée en maladies infectieuses dont le travail est axé sur les personnes vivant avec le VIH et l’hépatite C. Elle est aussi professeure adjointe à l’Université Dalhousie à Halifax et une chercheuse qui dirige une équipe au Senescence Aging Infection & Immunity Laboratory de l’université.

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