Vision positive

Hiver 2016 

Demandez aux experts

« À quoi devrais-je m’attendre en tant que femme séropositive entrant en ménopause? La ménopause sera-t-elle différente pour moi à cause de mon statut VIH? »

—P.W., Twillingate, T.-N.-L.

Entrevues par RonniLyn Pustil

Valerie Nicholson

Personne vivant avec le VIH
Vancouver

Je suis une femme autochtone qui vit avec le VIH depuis 2004. À l’âge de 54 ans, mes règles (temps de la lune) sont devenues irrégulières et, quand j’en avais, elles étaient très abondantes. Puis la ménopause a commencé.

Quand le « retour d’âge » a débuté, j’ai commencé à détester le mot ménopause parce qu’il contenait le mot anglais men. En quoi cela regarde-t-il les hommes?! J’ai décidé de l’appeler plutôt l’o-pause.

Presque une année est passée sans que j’aie mon temps de la lune et j’étais enthousiaste parce que cela signalait l’approche de la fin de l’o-pause. Puis je me suis réveillée un matin — le jour de Noël — et mon temps de la lune avait commencé. Une autre année s’est écoulée, puis je me suis réveillée de nouveau avec mon temps de la lune, cette fois le jour de mon anniversaire! Mes règles irrégulières ont duré trois ans et demi.

L’o-pause est une période où notre corps abandonne son cycle menstruel. C’est le moment de faire une pause et de reconnaître que notre voyage en tant que donneuses de vie est terminé et qu’un nouveau mode de vie s’annonce. C’est le moment de s’arrêter et de dire : « Ce n’est pas grave, je vais survivre ».

Mes bouffées de chaleur étaient tellement intenses que je devais me déshabiller et me tenir devant un ventilateur. Il m’est arrivé à quelques reprises de lever ma chemise devant le congélateur de l’épicerie juste pour sentir la fraîcheur. Je n’ai jamais eu de sueurs nocturnes, mais mon irritabilité était légendaire.

Ma libido n’a pas changé, et le sexe me donnait encore du plaisir, même si j’éprouvais de la sécheresse vaginale. Ma médecin a recommandé un lubrifiant. Lorsque je lui ai demandé d’autres conseils pour m’aider à traverser la ménopause, elle m’a répondu : « Vous avez survécu à la puberté sans aide. Vous survivrez aussi à la ménopause! »

Lorsque j’ai commencé à éprouver des palpitations cardiaques, j’ai eu très peur. Ma médecin m’a envoyée passer quelques tests. Le diagnostic : c’était la ménopause et non un infarctus ou un autre problème cardiaque. Alors, si vous éprouvez des palpitations pendant la ménopause, je vous conseille de consulter tout de suite votre médecin. Il vaut mieux en avoir le cœur net que de stresser et de vous inquiéter de votre santé.

La roue de la médecine m’a aidée à comprendre que l’o-pause faisait partie du cycle de vie de la femme. J’ai commencé mon voyage de la vie sans temps de la lune et je vais le terminer de la même façon. C’est un cercle complet. Chaque femme a son voyage et son cercle de vie.

Je souffre d’ostéoarthrite, d’incontinence, de trous de mémoire et de problèmes de foie. Mon expérience de la ménopause a-t-elle été influencée par le VIH, mes médicaments et mon héritage? Je n’en suis pas sûre et ne pourrais jamais le savoir. Ma grand-mère n’a jamais parlé de cette période, et ma mère n’a pas eu l’occasion de vivre la ménopause parce qu’elle a subi une hystérectomie dans la trentaine.

Aujourd’hui, je suis une femme très différente de celle d’avant l’o-pause. Je suis plus calme et possède une compréhension plus profonde de moi-même. Je suis plus attachée à la Terre Mère et j’adore jouer mon rôle de grand-mère. Je vois le monde à travers les yeux de mes petits-enfants. Je saute dans les flaques d’eau et souffle des bulles de savon. Je me sens plus sage et paisible.

Cyndi Gilbert

Docteure en naturopathie et auteure
Toronto

De nombreuses patientes me consultent pour que je les aide à soulager les symptômes de la ménopause. Il n’a pas été prouvé que le statut VIH d’une personne à lui seul a un impact sur le moment de l’arrivée de la ménopause ou le fait de souffrir de bouffées de chaleur, de problèmes de sommeil, de dépression, d’irritabilité ou d’anxiété, soit autant de symptômes parfois associés à la ménopause.

Dans mon expérience clinique, il est souvent possible d’atténuer ces problèmes à l’aide d’approches et de thérapies naturelles. L’exercice, une saine alimentation, la pleine conscience ou la méditation, la réduction ou l’élimination du tabac et de l’alcool sont les fondements d’une bonne transition lors de la ménopause. Ces modifications du mode de vie peuvent également réduire le risque d’ostéoporose et de coronaropathie.

Des suppléments de calcium, de magnésium, de vitamine D3 et d’autres nutriments pourraient être nécessaires. Il a été démontré que l’huile de poisson réduisait les taux élevés de triglycérides (substance graisseuse présente dans le sang), lesquels sont parfois causés par les inhibiteurs de la protéase, voire par le VIH lui-même.

Pour atténuer les bouffées de chaleur, les traitements d’acupuncture réguliers peuvent s’avérer utiles. Comme les produits à base de soja, tels le tofu et le lait de soja, imitent les estrogènes naturels qui se font plus rares après la ménopause, ils pourraient soulager les bouffées de chaleur. J’essaie aussi d’apprendre à mes patientes des techniques pour mieux gérer leur stress, l’insomnie, la dépression et l’anxiété.

Certaines personnes trouvent que certains remèdes à base de plantes médicinales aident à soulager les bouffées de chaleur, en réduisant les perturbations du sommeil et en améliorant le désir sexuel. Puisque certains suppléments interagissent avec les médicaments, il est important de toujours parler à son médecin et à son pharmacien avant d’en prendre. Par exemple, le millepertuis réduit l’efficacité de nombreux médicaments, y compris de certains médicaments anti-VIH (notamment les inhibiteurs de la protéase et les analogues non nucléosidiques). Les doses thérapeutiques des suppléments d’ail sont susceptibles de réduire le taux sanguin du ritonavir (Norvir) et du médicament plus ancien saquinavir (Invirase), mais des recherches plus approfondies sont nécessaires pour confirmer ces interactions. Avant de commencer n’importe quelle thérapie complémentaire, consultez toujours vos professionnels de la santé au sujet des interactions potentielles.

Isabelle Boucoiran et Marc Boucher

M.D., obstétrique et gynécologie, Hôpital Sainte-Justine
Montréal

La ménopause est une phase naturelle pour les femmes. [Note de la rédaction : Le terme femmes est utilisé ici pour désigner les femmes cisgenres ou celles dont le genre s’aligne avec celui qui leur a été assigné à la naissance. Certains renseignements ne s’appliquent peut-être pas aux femmes trans; par contre, certaines informations pourraient s’appliquer aux hommes trans.]

Il existe d’importantes lacunes dans notre compréhension de l’effet du VIH sur le processus de vieillissement et la ménopause. Dans notre expérience clinique, les femmes séropositives semblent éprouver autant de symptômes ménopausiques que les femmes séronégatives. Toutefois, une petite étude récente a révélé que les femmes séropositives étaient susceptibles d’éprouver des bouffées de chaleur plus intenses, ce qui peut perturber la vie quotidienne. Les femmes séropositives sont plus sujettes à l’ostéopénie, soit une perte de densité osseuse qui peut évoluer en ostéoporose. On a également associé la dépression à la ménopause parmi certaines femmes séropositives.

Certaines études ont révélé que la ménopause précoce était plus courante parmi les femmes vivant avec le VIH. On doit cependant tenir compte de plusieurs facteurs quand on parle de la ménopause chez les femmes séropositives, dont l’ethnie, le compte de CD4, le tabagisme, l’indice de masse corporelle, la consommation de drogues et la présence de co-infections. Parmi tant de facteurs, il est difficile de distinguer la contribution unique du VIH, si elle existe. Nous savons qu’un faible compte de CD4 est associé à un risque accru de tomber malade et de mourir, d’où l’importance critique de traiter le VIH. Il semble aussi qu’un faible compte de CD4 soit associé à l’apparition précoce de la ménopause.

Lorsque nous voyons des patientes, nous effectuons une évaluation personnalisée des risques et bienfaits éventuels de l’hormonothérapie substitutive (HTS), c’est-à-dire l’administration d’hormones pour compenser la perte d’estrogène. Nous prenons en considération les symptômes de la personne, les comorbidités, l’âge et le régime antirétroviral.

Selon certaines études, l’hormono­thérapie augmenterait le risque de cancer du sein, de caillots sanguins et d’événements cardiovasculaires. Les femmes séropositives ne sont pas plus sujettes au cancer du sein, mais plusieurs études ont permis de constater des taux plus élevés d’événements cardiovasculaires, comparativement aux personnes séronégatives [voir TraitementActualités 189, « VIH et ménopause »]. Il existe des options autres que l’hormonothérapie, telles que les antidépresseurs pour les bouffées de chaleur et les crèmes intravaginales à l’estrogène pour la sécheresse vaginale.