Vision positive

hiver 2015 

Dominez le diabète

Doug Cook vous explique comment gérer votre glycémie.

 

Les personnes qui ont besoin d’aide pour prendre en charge leur diabète sont devenues le pain et le beurre de nombreux diététistes, et avec raison : le nombre de personnes recevant un diagnostic de diabète ne cesse de grimper. En tant que diététiste, je vois régulièrement des clients récemment diagnostiqués qui veulent savoir s’ils doivent suivre un régime alimentaire spécial ou connaître les moyens de réduire leur apport en sucre.

Selon la Fédération internationale du diabète, 382 millions de personnes vivent avec le diabète dans le monde, et on s’attend à ce que leur nombre atteigne le chiffre étourdissant de 592 millions d’ici 2035. Selon les estimations, 344 millions d’autres personnes ont le prédiabète, ce qui veut dire que leur glycémie est supérieure à la normale mais pas suffisamment élevée pour justifier un diagnostic de diabète. Ici au Canada, sur les plus de neuf millions de personnes vivant avec le diabète ou le prédiabète, près de la moitié n’ont pas été diagnostiquées et ne reçoivent pas l’éducation, l’information et les soins essentiels nécessaires à la gestion de cette maladie grave.

Art Zoccole en sait quelque chose. Le directeur général de 2-Spirited People of the 1st Nations — un organisme offrant du counseling et des services sociaux aux personnes autochtones bispirituelles, lesbiennes, gaies, bi--sexuelles et transgenres — a reçu son diagnostic de diabète à l’été 2003, à peine quelques jours après avoir appris qu’il avait le VIH. « Je savais que quelque chose n’allait pas, dit-il. Je frissonnais dehors en juillet et j’avais des sueurs nocturnes en soirée. » Art s’est ensuite admis au St. Michael’s Hospital de Toronto où il a reçu son diagnostic de VIH, et peu après, de diabète. Avant cela, il n’avait aucune idée qu’il avait l’une ou l’autre de ces maladies.

Maintenant que les traitements anti-VIH efficaces permettent aux gens de vivre plus longtemps, on détecte de plus en plus de cas de diabète et d’autres troubles métaboliques chez les personnes séropositives à mesure qu’elles vieillissent, tout comme dans la population générale. De plus, certains facteurs spécifiques au VIH augmentent le risque de diabète, tels que le virus lui-même, certains médicaments antirétroviraux et la co-infection VIH/hépatite C.

Pourquoi s’en préoccuper?

La prise en charge du diabète a considérablement évolué. Il existe maintenant des protocoles d’insuline, telles les pompes à insuline, qui imitent fidèlement le fonctionnement normal du pancréas (organe qui produit l’insuline). Or, malgré les progrès, le diabète demeure une maladie grave. Dans ma pratique, je m’étonne constamment de l’attitude nonchalante qu’ont de nombreuses personnes par rapport au diabète, notamment celles qui croient qu’il suffit de consommer moins de sucre et de prendre leurs médicaments. En vérité, si le diabète n’est pas traité ou s’il est mal géré, il peut entraîner de graves conséquences à long terme, y compris un risque accru de cécité, d’insuffisance rénale, de lésions nerveuses, de maladies du cœur et d’AVC. Le diabète est la principale cause d’amputations et contribue de façon significative à la dysfonction érectile.

Mais un diagnostic de diabète ne signifie pas être condamné à souffrir de problèmes de santé toute sa vie. Comme l’infection au VIH, il s’agit d’une affection chronique qu’il est possible de contrôler efficacement grâce à une approche holistique. Ceci inclut une saine alimentation, l’exercice régulier, des médicaments, la réduction du stress, la prise en charge de problèmes psychologiques sous-jacents comme la dépression ou l’anxiété, la cessation du tabagisme et la surveillance de routine des problèmes de santé par un médecin de famille ou d’autres spécialistes au besoin.

Qui est à risque?

Facteurs de risque traditionnels

  • un parent, un frère ou une sœur ayant le diabète
  • ascendance autochtone, hispanique, sud-asiatique, asiatique ou africaine
  • syndrome métabolique – trois des symptômes suivants : hypertension, glycémie à jeun élevée, tour de taille important (plus de 102 cm chez les hommes et plus de 88 cm chez les femmes), un taux élevé de cholestérol LDL (le « mauvais ») et de triglycérides et un faible taux de cholestérol HDL (le « bon »)
  • apnée du sommeil
  • diagnostic de prédiabète ou d’insulinorésistance
  • être âgé de plus de 40 ans
  • surpoids, surtout un excès de graisse autour de la taille
  • syndrome des ovaires polykystiques (PKOS)
  • faible statut socioéconomique

Facteurs de risque spécifiques au VIH

  • infection au VIH, surtout si le compte de CD4 est faible et que la charge virale est élevée
  • certains médicaments anti-VIH plus anciens : certains analogues nucléosidiques, comme le d4T (stavudine, Zerit) et le ddl (didanosine, Videx EC) et certains inhibiteurs de la protéase, tels que l’indinavir (Crixivan) et le nelfinavir (Viracept)
  • co-infection VIH/hépatite C; elle rend les personnes de plus de 40 ans beaucoup plus vulnérables au diabète que les personnes n’ayant que le VIH

Vers une prise en charge efficace

Pour bien contrôler le diabète et la glycémie, la meilleure approche consiste à combiner des modifications de son mode de vie et, si nécessaire, la prise de médicaments, tels que l’insuline et/ou un antidiabétique par voie orale comme la metformine. Aucun médicament ne peut toutefois compenser les dommages causés par un mode de vie sédentaire ou une mauvaise alimentation. Rien ne peut remplacer un régime alimentaire qui est à la fois riche en fruits et légumes, acides gras oméga-3, fibres et protéines et faible en gras trans, glucides raffinés et sucres ajoutés. Mais il est certain que les médicaments aident de nombreuses personnes.

Après avoir reçu son diagnostic, Art Zoccole a fréquenté l’école de diabète du St. Michael’s Hospital. Pendant deux jours, il a appris à lire les étiquettes des produits alimentaires, à connaître les effets des différents aliments sur la glycémie et à prendre en charge son diabète. Cette éducation a marqué le début d’une série de changements importants dans son mode de vie.

Une petite armée de professionnels de la santé a offert son aide en cours de route. Art voit maintenant son spécialiste du diabète, son cardiologue et son néphrologue tous les six mois. Quant à son spécialiste du VIH, il tient le rôle de médecin de soins primaires. Art veille à ce que tous ses médecins soient au courant de tout ce qui concerne sa santé : s’il commence un nouveau médicament, s’il arrête de prendre un médicament particulier, etc.

Art s’est inspiré de son expérience de la thérapie antirétrovirale pour orienter la prise en charge de son diabète. Il souligne que lorsqu’on se sent malade ou qu’on commence un nouveau traitement, on suppose que cela va durer toujours, mais cela n’est pas nécessairement le cas. Art a lui-même éprouvé des problèmes gastro-intestinaux pendant la première année de sa thérapie antirétrovirale, mais ses symptômes ont définitivement disparu lorsque son médecin a remplacé l’un de ses médicaments par un autre. « Ce fut un processus d’essais et d’erreurs », dit-il. Il a adopté une approche semblable face au diabète.

De nos jours, Art vérifie sa glycémie à la même heure tous les matins. Comme l’alcool peut influencer la glycémie, Art a commencé à en boire moins à la suite de son diagnostic puis a éliminé le vin, la bière et autres boissons alcoolisées il y a six ans. « Avant, j’étais une patate de canapé », dit Art, mais cela aussi a changé. Il a commencé à prendre un souper léger après le travail et à sortir faire une marche de deux heures. Maintenant il fait de l’exercice le plus souvent possible et dort beaucoup.

Art essaie aussi de manger sainement en choisissant beaucoup de légumes, ainsi que le pain et le riz bruns au lieu du blanc. Il reconnaît qu’il peut être difficile de rompre avec ses vieilles habitudes, mais comme le régime traditionnel de son enfance dans le nord-ouest de l’Ontario incluait du gibier sauvage (oies, lapins et perdrix), du riz sauvage et des légumes frais du jardin, faire des choix alimentaires sains lui était familier.

Art, qui fumait autrefois un paquet de cigarettes par jour, se limite maintenant à quatre bouffées cinq fois par jour. Bien que les changements de ce genre puissent sembler impossibles au début, la plupart d’entre eux deviennent plus faciles avec le temps et la pratique. En atterrissant cet été à Melbourne, en Australie, pour la conférence internationale sur le sida, il a remarqué que ses confrères fumeurs étaient en manque après le long vol, alors qu’il se sentait bien. « Ton corps s’adapte », dit-il.

Le changement n’est pas toujours facile. Savoir qu’il est important de manger sainement, de faire de l’exercice et d’arrêter de fumer est une chose, le faire en est une autre. Nous sommes des créatures complexes dont le comportement est influencé par de nombreux facteurs, y compris notre culture, notre âge, notre sexe et notre religion, ainsi que nos valeurs, nos croyances et nos attitudes personnelles. Je trouve que le meilleur succès commence par une meilleure conscience de soi. Avant de se préoccuper de la taille de ses portions ou du nombre de grammes de glucides dans un aliment, la pratique de la pleine conscience est l’un des outils les plus puissants pour faire des changements.

C’est quoi votre type?

Le diabète de type 1 se déclare habituellement dans l’enfance ou l’adolescence. L’organisme produit peu ou pas d’insuline, l’hormone qui assure le transport du glucose dans le sang aux cellules pour être utilisé comme source d’énergie. Le déficit d’insuline fait augmenter la glycémie (ou glucose sanguin).

Le diabète de type 2 qui se présente typiquement chez les adultes, est de loin le genre de diabète le plus courant dans la population générale et parmi les personnes vivant avec le VIH, comptant pour 90 % des cas selon les estimations. L’organisme continue de produire de l’insuline, mais ne peut s’en servir correctement. Ce problème s’appelle l’insulinorésistance et fait augmenter la glycémie. 

Le diabète gestationnel se produit durant la grossesse, mais la glycémie revient habituellement à la normale après la naissance du bébé.

Le prédiabète se produit lorsque la glycémie est supérieure à la normale mais pas suffisamment élevée pour être qualifiée de diabète. Il est possible de résoudre ce problème, mais près de la moitié des personnes touchées finissent par présenter un diabète de type 2.

Cherchez du soutien

Tout le monde fait face aux défis et aux stress de la vie, et cela peut être épuisant. Cherchez du soutien émotionnel et psychologique auprès d’un conseiller ou d’un groupe de soutien. Le fait de partager vos expériences avec d’autres personnes peut fournir l’occasion d’échanger des conseils, d’atténuer le stress et de prévenir l’épuisement pendant que vous apprenez à prendre en charge votre maladie.

Reconnaissez les barrières

Décider quels changements apporter afin d’améliorer votre santé nécessite une réflexion honnête sur votre situation et la priorisation des actions à prendre. Quels obstacles pourraient vous empêcher d’atteindre votre objectif? Qu’est-ce qui pourrait vous aider à les surmonter?

Commencez lentement

La recherche indique que les gens réussissent mieux à faire des changements lorsqu’ils n’essaient pas de faire trop de choses à la fois. En vous limitant à un ou deux objectifs importants, vous aurez plus de chances de réussir que si vous essayez d’atteindre trois buts ou plus en même temps. Posez-vous la question suivante pour juger de vos chances de réussite : Dans quelle mesure ai-je confiance en ma capacité d’atteindre cet objectif? Indiquez-le sur une échelle de 1 à 10. Si vous n’êtes pas capable de vous donner 8 ou 9, mettez de côté l’objectif en question pour le moment et essayez-en un autre.

Fixez-vous des objectifs SMART

Le changement ne se produit pas tout seul; il faut un plan clair pour y parvenir. Se dire simplement « Je veux commencer à manger plus sainement » donnera probablement de minces résultats. Les objectifs SMART peuvent être utiles à cet égard. Cet acronyme désigne des objectifs qui sont Spécifiques (l’objectif est clairement défini, de sorte que je sais exactement ce que je veux accomplir), Mesurables (je serai en mesure d’évaluer l’accomplissement de mon objectif), Atteignables et Réalistes (le plan d’action peut être accompli et n’est pas trop optimiste) et Temporels (l’échéance est raisonnable).

Si l’on appliquait les critères ci-dessus au désir vague « Je veux manger plus sainement », un objectif SMART ressemblerait peut-être à ceci : « À partir de lundi prochain, je mangerai quatre portions additionnelles de légumes par semaine ». Voilà un objectif spécifique (mon objectif consiste à accroître ma consommation de légumes), mesurable (quatre portions additionnelles), atteignable et réaliste (je sais que je suis capable de manger davantage de légumes) et temporel (à partir de lundi prochain).

Bien que les concepts de spécificité, de mesurabilité et de temps soient relativement simples à comprendre, la nature d’un objectif atteignable et réaliste varie d’une personne à l’autre. C’est ici que la réflexion honnête, la reconnaissance des barrières et l’évaluation de sa confiance quant à l’accomplissement de l’objectif entrent en jeu. Il n’existe pas d’objectif bon ou mauvais, mais seulement des objectifs qui conviennent à chaque personne.

En choisissant des objectifs plus faciles à accomplir, vous aurez plus de chances de réussir. Lorsque vous aurez atteint un objectif et maintenu votre succès pendant trois ou quatre semaines, ajoutez-en un autre, puis un autre. Il est plus facile d’accomplir un objectif important à long terme lorsqu’il est divisé en étapes plus petites et faisables.

Grâce à cette approche, la plupart des gens éprouvent un sentiment de fierté et d’accomplissement, ce qui peut les motiver à progresser davantage. Comme le dicton l’affirme, le succès engendre le succès. « On constate les bienfaits et les récompenses après un certain temps, souligne Art. Comme mon médecin le dit, je protège ma santé. »

Doug Cook est diététiste, spécialiste de la nutrition holistique et coauteur du livre Nutrition for Canadians for Dummies (La Nutrition pour les Nuls). www.dougcookrd.com

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