Vision positive

hiver 2013 

Demandez aux experts : Surveiller vos taux de lipides

« Mon médecin m’a dit que mes taux de lipides le préoccupaient. Avez-vous des conseils quant à ce que je dois faire et ne pas faire? » ―JB, Brandon, Manitoba

Entrevues par Jennifer McPhee

 

Le point sur les lipides

Notre organisme contient des milliers de graisses différentes auxquelles on donne le nom de lipides. Lorsque vous faites vérifier votre cholestérol, trois de ces graisses sont mesurées :

  • cholestérol HDL (lipoprotéine de haute densité, ou le « bon » cholestérol) – il enlève le mauvais cholestérol du sang
  • cholestérol LDL (lipoprotéine de faible densité, ou le « mauvais » cholestérol) – il peut s’accumuler dans les artères, entraînant des maladies du cœur et autres problèmes de santé
  • triglycérides – ils peuvent augmenter les risques de maladies du cœur si le taux s’élève trop

 

Marek Smieja

Spécialiste des maladies infectieuses, Université McMaster
Hamilton, Ontario

La plupart des experts s’entendent pour dire que l’infection au VIH peut causer des taux de lipides anormaux et des maladies du cœur. Nous sommes aussi relativement certains que les raisons principales pour lesquelles les personnes atteintes du VIH ont des maladies cardiaques sont le tabagisme, le cholestérol élevé et certains médicaments anti-VIH ayant un impact sur les taux de cholestérol.

Si une personne fume et qu’elle a des taux de lipides anormaux, j’essaie d’abord de l’aider à arrêter ou au moins à fumer moins. Ensuite, un diététiste l’aide à trouver des moyens de réduire son mauvais cholestérol et ses risques globaux de maladies du cœur par une saine alimentation et de l’exercice régulier. N’oubliez pas que le cholestérol n’est qu’un seul facteur de risque de maladies cardiaques. Même si ces changements ne permettent pas d’améliorer les taux de cholestérol, il existe des moyens efficaces de réduire ses risques globaux de maladies du cœur.

Les médicaments anti-VIH qui augmentent le mauvais cholestérol et les triglycérides incluent certains inhibiteurs de la protéase et certains analogues nucléosidiques plus anciens comme le d4T et probablement l’AZT et le ddI. Chaque personne qui commence un traitement contre le VIH devrait passer un test de mesure des lipides sanguins à jeun. Je répète le même test pour mes patients six mois plus tard. Si le deuxième test révèle un taux de mauvais cholestérol ou de triglycérides élevé malgré l’adoption de saines habitudes de vie, il est possible que nous changions ses médicaments anti-VIH ou que nous lui prescrivions un médicament pour abaisser son cholestérol, dont le taux est à surveiller de près.

Parfois, l’organisme déjoue nos efforts de réduire le cholestérol et il se met à produire davantage de mauvais cholestérol, même si les gens font de l’exercice et qu’ils portent très attention à leur alimentation. Lorsque cela se produit, une classe de médicaments appelés statines peut apporter un secours, réduisant spectaculairement les risques de mortalité liée aux maladies du cœur.

Le fait de prendre une statine et un inhibiteur de la protéase en même temps peut causer divers effets secondaires, dont certains sont légers et d’autres plus graves mais rares. À mon avis, trop de personnes arrêtent de prendre leurs statines à cause d’effets secondaires légers. Il est important de se rappeler que les conséquences sérieuses de la non-prise de ces médicaments comprennent la crise cardiaque et l’accident vasculaire cérébral. Tout comme des millions de personnes sont encore en vie aujourd’hui grâce aux médicaments anti-VIH, de nombreuses personnes doivent leur survie aux statines.

Les remèdes naturels suscitent beaucoup d’intérêt. Ces approches peuvent être quelque peu utiles, mais les changements dans les taux de lipides sont généralement attribuables à une combinaison de saines habitudes de vie et d’une médication.

 

James Snowdon

Pharmacien, Snowdon Guardian Pharmacy
Toronto

Le traitement des taux de lipides anormaux fait partie intégrante de toute stratégie visant à améliorer la santé cardiaque des personnes vivant avec le VIH. Il devrait commencer par une saine alimentation, l’activité physique, l’abandon de la cigarette et la prise en charge de l’hypertension et du diabète. Ces éléments sont la pierre angulaire de toute approche thérapeutique.

Les combinaisons de médicaments anti-VIH incluent souvent des agents qui font augmenter les taux de cholestérol et de triglycérides. Une option pour les personnes sous traitement antirétroviral consiste à remplacer l’agent coupable par un autre médicament. La liste d’options s’est récemment étendue grâce à l’introduction de médicaments moins dangereux pour les lipides, comme l’inhibiteur de la protéase darunavir (Prezista) et les analogues non nucléosidiques étravirine (Intelence) et rilpivirine (Edurant). De plus, les nouvelles classes de médicaments comme l’inhibiteur de l’intégrase raltégravir (Isentress) et les inhibiteurs du CCR5 comme le maraviroc (Celsentri) offrent davantage d’options aux personnes qui commencent leur première thérapie ou qui ont besoin de changer de médicaments.

Nombre de thérapies conçues pour abaisser les taux de lipides ont été évaluées auprès de personnes vivant avec le VIH, comme les huiles de poissons (voir l’entrevue avec Cheryl Collier ci-contre), les statines, les fibrates, l’ézétimide, la niacine et les combinaisons de ces thérapies.

Les statines peuvent réduire les taux de mauvais cholestérol et de triglycérides, mais les interactions entre les statines et les antirétroviraux sont très fréquentes. Par exemple, certains inhibiteurs de la protéase augmentent la concentration des statines et peuvent entraîner la toxicité de celles-ci. Toutefois, l’atorvastatine (Lipitor) et la pravastatine (Pravachol) sont moins susceptibles d’interagir avec les médicaments anti-VIH de cette manière. La nouvelle statine rosuvastatine (Crestor) n’interagit pas avec de nombreux médicaments.

Les fibrates sont une classe de médicaments qui peuvent réduire considérablement le taux de triglycérides chez les personnes vivant avec le VIH. Il n’est toutefois pas clair si la réduction des triglycérides suffit à atténuer les risques cardiovasculaires. Les fibrates sont généralement bien tolérés, un malaise gastrointestinal étant l’effet secondaire le plus couramment signalé.

L’ézétimide (Ezetrol) semble exercer un léger effet anti-cholestérol lorsqu’on la prend seule. Selon une étude, elle réduisait plus efficacement le taux de mauvais cholestérol lorsqu’elle était associée à la pravastatine.

La niacine semble être bien tolérée; elle réduit considérablement le taux de triglycérides et, dans une moindre mesure, celui du mauvais cholestérol. Une préoccupation réside dans l’augmentation de l’insulinorésistance qu’elle est susceptible de causer.

Il existe peu de données sur l’efficacité ou l’innocuité de ces thérapies utilisées en combinaison chez les personnes séropositives, alors la prudence est de rigueur si l’usage d’une combinaison quelconque est envisagé.

 

Cheryl Collier

Diététiste clinicienne, BC Women’s Hospital and Health Centre
Vancouver

Vos choix en matière de nutrition peuvent aider à réduire votre taux de mauvais cholestérol. Il s’agit de manger moins de certaines choses et d’ajouter des aliments bons pour le cœur à votre régime. Les gras saturés et les gras trans font augmenter le mauvais cholestérol. La majorité des gras saturés proviennent d’aliments transformés, de viandes grasses, de produits laitiers riches en matières grasses et d’huiles tropicales comme celles de la noix de coco et du palmier. Au lieu de manger de la viande grasse, privilégiez les viandes maigres, la volaille sans peau, le poisson, les légumineuses et les protéines de source végétale, comme les petits pois, les fèves et le soya. Choisissez les produits laitiers à faible teneur en matières grasses et évitez les aliments très transformés. Il n’est pas nécessaire d’éliminer les aliments riches en cholestérol, mais essayez d’en manger moins.

Tâchez d’incorporer davantage d’aliments de cette liste dans votre régime :

  • Les fibres, notamment les fibres solubles – elles empêchent l’absorption du mauvais cholestérol présent dans la nourriture. Les bonnes sources comprennent la farine d’avoine, le son d’avoine, l’orge et le psyllium. Augmentez votre apport de fibres en ajoutant des légumes, des fruits et des grains entiers à vos repas.
  • Les noix – les amandes, les noix de Grenoble et d’autres noix provenant d’arbres peuvent aider à réduire le cholestérol. Les noix sont une source de matières grasses saines et riches en calories, alors si vous essayez de perdre du poids, limitez votre portion à environ un quart de tasse par jour.
  • Les acides gras oméga-3 – les poissons d’eaux froides (comme le saumon, les sardines et la truite) en sont une excellente source et peuvent aider à réduire les triglycérides. Si vous n’aimez pas le poisson, ces huiles sont offertes sous forme de capsules aussi.

Pour mes clients qui sont à la fois aux prises avec un taux de cholestérol élevé et une perte de poids non voulue, la substitution de matières grasses saines et caloriques aux gras saturés peut aider à réduire le taux de cholestérol tout en augmentant l’apport en calories. Les noix, les avocats et les huiles d’olive et de canola sont de bons choix.

Le plus souvent, cependant, ce sont la perte de poids et l’augmentation de l’activité physique que les gens doivent fixer comme objectifs, car les deux sont bons pour le cœur. Si quelqu’un ne fait pas d’exercice en ce moment et qu’il éprouve de la difficulté à commencer un programme, je lui suggère de participer à une activité qui lui plaît une ou deux fois par semaine. Une fois une routine régulière établie, il peut commencer à en faire plus.

Une saine alimentation et l’exercice peuvent faire une différence, même dans les situations où les médicaments anti-VIH contribuent à l’augmentation du cholestérol ou des triglycérides. Il est toutefois important de reconnaître que les changements durables prennent du temps.

 

Tasleem Kassam

Naturopathe, Effective Health Solutions
Calgary

Les légumes ne sont pas très sexy. Presque tout le monde préfère un cheeseburger à une assiette de légumes. Des portions généreuses de légumes et une quantité modérée de fruits devraient toutefois être le pilier de notre alimentation. J’encourage mes clients à considérer la viande comme un condiment qui ne doit occuper que le quart de votre assiette et pas plus; le reste devrait être réservé aux légumes et aux grains entiers.

Songez à faire moudre des graines de lin et à les saupoudrer sur vos salades. Ces graines aident le réseau artériel à bien fonctionner parce qu’elles sont riches en fibres et en acides gras oméga-3.

Moins vous mangerez d’aliments transformés provenant d’une usine, plus vous serez en bonne santé. Si votre budget est limité, il peut être difficile d’éviter les aliments transformés parce qu’ils sont souvent moins chers.

Je recommande également les suppléments suivants :

  • Huile de krill – type d’huile de poisson qui contient de l’astaxanthine (un pigment, ou caroténoïde), un antioxydant qui peut améliorer les taux de lipides. Assurez-vous un apport équilibré de caroténoïdes mixtes.
  • Vitamines du complexe B – ces formulations contiennent de l’acide pantothénique (B5), qui est utile pour corriger le métabolisme des lipides et faire augmenter le bon cholestérol, même si les médicaments et l’exercice ont été tentés en vain. On ne devrait pas prendre l’acide pantothénique tout seul mais comme élément d’un complexe vitaminique B. Vous voudrez peut-être ajouter un supplément de pantéthine (dérivé de l’acide pantothénique), afin de bien gérer vos taux de lipides.

La majorité des personnes vivant avec le VIH prennent déjà plus de médicaments que la personne moyenne, ce qui fait travailler fort le foie. À mon avis, il vaut mieux gérer son cholestérol de façon naturelle, parce que la prise de médicaments anticholestérol en ajoute à la charge de travail du foie. De toute manière, la plupart des gens qui modifient leur alimentation comme il faut voient des résultats favorables dans leurs tests sanguins.

 

Jennifer McPhee est une journaliste pigiste de Toronto qui contribue régulièrement à Vision positive. Elle a également publié des articles dans de nombreux périodiques, dont Châtelaine, The Globe and Mail et Childview.

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