Vision positive

hiver 2011 

Un sourire qui vaut un million

Ron Rosenes sait qu’une bonne hygiène buccale est essentielle pour les personnes vivant avec le VIH, mais la facture salée le fait grimacer.

COMME SI LE FAIT d’essayer de vieillir en beauté avec le VIH n’était pas un défi assez important (à 63 ans, ça fait 29 ans que je vis avec le virus), je dois maintenant redoubler d’efforts et faire face aux frais associés au maintien de ma santé buccale. D’ailleurs, il y a une raison valable d’investir dans sa bouche : une bonne santé buccale est solidaire de la santé et du bien-être général.

En voici un exemple typique : lors d’une récente visite chez le médecin, nous avons remarqué que mon APS, un marqueur de la santé de la prostate, avait commencé à augmenter après avoir été stable et dans la plage normale durant de nombreuses années. Peu après, je suis allé chez le dentiste pour un examen de routine et un nettoyage (185 $). Des rayons X (23 $) ont révélé qu’il y avait de l’infection du côté supérieur droit et que j’avais besoin d’un traitement de canal (1 000 $, chi-ching! chi-ching!).

Le traitement de canal a été l’une des expériences les plus douloureuses de ma vie. La douleur résiduelle a duré des jours et j’ai dû avoir recours à du Percocet, des analgésiques sur ordonnance et des compresses d’eau froide pour me soulager. J’ai aussi dû prendre des antibiotiques pour l’infection. Je suis content de dire que tout est revenu à la normale après environ deux semaines.

Deux mois plus tard j’ai demandé à mon médecin de refaire le test de d’APS. Comme les résultats ont été similaires aux résultats précédents, j’en ai conclu que ma bouche était reliée à mon postérieur d’une façon que je n’aurais jamais imaginée. J’avais lu quelque part que les infections buccales pouvaient faire hausser l’APS et, même si mon médecin était un peu sceptique, il n’a pas trouvé d’autre explication pour ce retour à la normale.

Fée des dents, où es-tu?

Je dois cependant préciser que j’ai été extrêmement chanceux d’avoir un dentiste qui me suit depuis 1977. J’ai été parmi ses premiers patients à être diagnostiqué du VIH et il a pris l’initiative d’étudier cette nouvelle maladie et d’apprendre les techniques pour se protéger et protéger ses patients. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Même si le fait d’être atteint du VIH n’est pas une raison valable pour être privé de soins dentaires, certains praticiens refusent encore de traiter les personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH).

Je suis consciencieusement retourné chez le dentiste la semaine dernière pour un rendez-vous de suivi. Je suis maintenant l’heureux propriétaire d’une couronne en or (un autre 1 200 $) et pas le type qu’on se met sur la tête. En tout et pour tout, cette aventure dentaire m’a coûté un peu plus de 2 400 $.

Comme beaucoup d’autres PVVIH, je n’ai pas d’assurance dentaire et j’ai dû débourser de ma poche pour ces traitements. Toutes les fois où j’ai envisagé de faire l’achat d’une assurance dentaire supplémentaire, les clauses de conditions préexistantes la rendaient inabordable. Je me considère tout de même parmi les chanceux. Après tout, bien que je n’aie pas d’assurance, j’ai un meilleur revenu qu’une PVVIH moyenne, grâce à l’assurance-invalidité privée de longue durée que j’avais achetée avant mon diagnostic.

Nombre de PVVIH se procurent leurs médicaments et obtiennent leurs soins dentaires par le biais des programmes provinciaux ou territoriaux d’aide sociale ou d’invalidité. Ces derniers permettent peut-être de bénéficier d’un nettoyage par année et de se faire arracher une dent, mais qu’en est-il des traitements de canal et des couronnes? Oubliez ça! Des ponts et des implants? N’y pensez même pas! Résultat? Nombreux sont ceux et celles qui ne peuvent se permettre de consulter un dentiste ou une hygiéniste, ce qui pourrait mettre en danger leur santé. (Voir l’encadré « Ouvrez grand » pour une discussion sur les problèmes dentaires courants des PVVIH.)

Santé buccale = santé générale

Après que mon dentiste a fait l’ajustement de ma nouvelle couronne, l’hygiéniste a adopté un nouveau programme pour surveiller la santé de mes gencives à long terme étant donné le lien entre les maladies parodontales et cardiaques. En Écosse, les conclusions d’un sondage sur la santé ont révélé un lien entre les habitudes de brossage des dents et les maladies cardiovasculaires. Les chercheurs pensent que le relâchement des habitudes d’hygiène buccale, qui cause souvent des problèmes aux gencives, peut favoriser l’accumulation de bactéries et causer une légère inflammation. Or, un état chronique inflammatoire de faible intensité peut accroître le risque de maladies cardiovasculaires. (Voir l’article « Le point sur l’inflammation » dans le numéro de l’été 2010 pour plus de renseignements sur le VIH, l’inflammation et les maladies cardiaques.)

Même s’il semble évident qu’une bonne hygiène buccale soit essentielle à la santé générale, les représentants du gouvernement affirment souvent qu’il n’y a pas d’argent pour améliorer les soins de santé dentaire pour les prestataires d’aide sociale. Cela ne devrait cependant pas nous empêcher de plaider pour que le système de soins de santé améliore la couverture des soins dentaires médicalement nécessaires. De plus, en tant que collectivité, nous devrions avoir notre mot à dire quant à la définition de ce que cela signifie. On doit considérablement accroître les prestations et la couverture dont bénéficient les prestataires d’aide sociale. Certaines personnes pourraient retourner au travail si leurs soins dentaires étaient assurés.

En attendant, si vous êtes à la recherche de soins dentaires plus abordables, demandez à votre dentiste s’il offre un système de paiement flexible pour les personnes à revenu restreint. De plus, certaines écoles dentaires possèdent une clinique où les prix sont réduits. Enfin, n’ayez pas peur de discuter de vos problèmes de santé buccale avec votre médecin. Ce dernier sera peut-être en mesure de soigner les infections ou de vous recommander un dentiste.

Ron Rosenes vit avec le VIH depuis près de 30 ans et, pendant tout ce temps, a travaillé sans relâche pour que toutes les PVVIH aient accès à des soins de santé adéquats. Il croit au proverbe africain suivant : « Le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans. Le deuxième meilleur moment est maintenant. »

Illustration : John Webster/i2iart.com

Ouvrez grand

Trouver un dentiste ayant de l’expérience avec le VIH et être honnête à propos de votre statut sérologique VIH vous aidera à obtenir les meilleurs soins possible. De nombreux troubles oraux sont plus courants chez les PVVIH et, parfois, les premiers signes de progression du VIH apparaissent dans la bouche.

La bouche sèche, ou la xérostomie est un problème courant chez les PVVIH qui peut être causé par le virus ou encore certains médicaments, aliments et boissons. La salive protège les dents et les gencives, donc un manque de salive peut causer des infections, la carie dentaire et la détérioration des gencives. Les aphtes (ulcères buccaux) peuvent aussi être un problème. Ces petites ulcérations rondes peuvent être très douloureuses. Consultez Un guide pratique de la nutrition de CATIE pour des trucs sur les façons de gérer les problèmes de bouche ou de gorge. S’ils persistent, consultez votre dentiste ou votre médecin.

Les maladies parodontales sont une inflammation des gencives pouvant causer le déchaussement et la mobilité dentaire , ce qui peut éventuellement entraîner la perte des dents. Le tabagisme et la bouche sèche peuvent exacerber les maladies parodontales et il a été démontré que l’inflammation due à ces dernières peut accroître le risque de maladies cardiaques. Les maladies parodontales ont également été liées à un risque accru de diabète et possiblement aux accouchements prématurés. Une bonne hygiène buccale,y compris se brosser les dents, passer la soie dentaire et rendre visite à son dentiste régulièrement,peut prévenir les maladies parodontales.

Les infections de la bouche peuvent être un indice que le système immunitaire est affaibli par le VIH. On effectue parfois des tests sur des personnes aux prises avec des infections de la bouche, ce qui permet de diagnostiquer le virus. Outre le muguet (ou candidose buccale), la leucoplasie chevelue et la maladie buccale de Kaposi qui annoncent souvent le passage prochain au stade du sida, les PVVIH doivent aussi être à l’affût d’autres infections, comme les feux sauvages (herpès simplex), le zona (herpès zoster) et les verrues buccales (papillomavirus).