Vision positive

hiver 2010 

Demandez aux experts : Le point sur la peau

Mon chum est séropositif; il souffre constamment d’un problème de peau, et il n’est pas le seul. Il passe pas mal de temps à comparer ses éruptions et rougeurs avec celles de ses amis séropos (et à s’en plaindre). Y a-t-il des maladies de la peau qui touchent plus fréquemment les personnes vivant avec le VIH? Existe-t-il des remèdes?
— T.P., Toronto

propos recueillis par Jennifer McPhee


CHERYL ROSEN, MD

Dermatologue
Toronto Western Hospital

Avant l’avènement de la multithérapie, les maladies de la peau étaient extrêmement courantes chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Heureusement que cette époque est révolue. De nos jours, les verrues constituent l’affection cutanée la plus courante chez cette population; elles sont causées par le virus du papillome humain et peuvent apparaître n’importe où sur le corps, y compris dans la bouche et sur les organes génitaux. Les onguents à l’acide salicylique, la congélation à l’azote liquide et la cantharidine en solution sont trois options de traitement possibles. Les verrues peuvent être très résistantes, et plusieurs traitements sont nécessaires dans certains cas.

Le sarcome de Kaposi (SK) est beaucoup moins fréquent de nos jours, mais il s’observe encore chez certaines PVVIH. Le SK, qui est causé par un virus de l’herpès, peut apparaître sur la peau ou les muqueuses tapissant la bouche, le nez et la gorge. Sur la peau, il se manifeste sous forme de petites taches violâtres qui peuvent prendre un aspect surélevé avec le temps. Vu que le SK est associé à l’immunosuppression, un changement d’antirétroviraux pour créer une multithérapie plus efficace peut favoriser une meilleure fonction immunitaire et, ainsi, la guérison du SK. La chirurgie, le traitement à l’azote liquide et les médicaments anticancéreux sont également des options. Si vous remarquez une nouvelle lésion ou une lésion qui change d’apparence, allez voir votre médecin. Elle pourrait être bénigne, mais si c’est un cancer de la peau, il vaudrait mieux le traiter rapidement.

Chez de nombreuses personnes séropositives, les éruptions cutanées sont un effet secondaire de certains médicaments anti-VIH, tels que l’abacavir (voir l’encadré) ou les antibiotiques à base de sulfamides. Les éruptions causées par les médicaments ressemblent à l’urticaire, à des ampoules ou à des plaques rouges et squameuses. Consultez votre médecin pour déterminer l’origine de votre éruption et le remède qui convient.

Il est également important de se rappeler que les PVVIH sont sujettes à des lésions cutanées et à des éruptions qui n’ont rien à voir avec le VIH. Consultez votre médecin au sujet de n’importe quel changement d’ordre cutané qui ne guérit pas.

Médicaments anti-VIH et éruptions cutanées

Les médicaments anti-VIH appelés analogues non nucléosidiques ou INNTI — efavirenz (Sustiva et dans la coformulation Atripla), étravirine (Intelence) et névirapine (Viramune) — peuvent causer des éruptions cutanées, surtout au cours des premières semaines du traitement. Si vous présentez une éruption pendant que vous prenez un de ces médicaments, appelez votre médecin.

On a signalé quelques cas rares d’une réaction cutanée dangereuse et potentiellement mortelle chez des patients recevant de la névirapine (et un cas possible associé à l’étravirine). En plus d’une éruption cutanée, cette réaction peut provoquer les symptômes suivants : ampoules sur la peau, enflure, démangeaisons oculaires et douleurs musculaires ou articulaires. Si vous éprouvez un de ces symptômes, appelez votre médecin sans tarder.

L’abacavir (Ziagen et dans les coformulations Kivexa et Trizivir) appartient à la famille des analogues nucléosidiques ou INTI. L’abacavir peut provoquer une réaction immunitaire potentiellement mortelle, habituellement au cours des six premières semaines du traitement. Heureusement, la plupart des cliniques VIH font maintenant passer un test de dépistage de l’hypersensibilité à leurs patients afin de déterminer s’ils sont susceptibles d’avoir une telle réaction à l’abacavir. Grâce à cette démarche, les réactions dangereuses à ce médicament sont devenues très rares au Canada.

Enfin, on a observé une éruption cutanée chez une très faible proportion (moins de 1 pour cent) de patients ayant reçu l’inhibiteur de la protéase darunavir (Prezista) dans le cadre d’essais cliniques.


DEBBIE KELLY, PharmD

Pharmacienne
Newfoundland and Labrador HIV Clinic

Chaque fois qu’une personne séropositive présente une éruption cutanée qui pourrait être attribuable à un produit pharmaceutique, nous tentons d’abord d’établir si un médicament en est vraiment la cause ou encore s’il y a un autre coupable, tel qu’un nouveau shampooing, savon ou détergent à lessive. Lorsque le lien causal entre un médicament et l’éruption est établi, nous évaluons la gravité de l’éruption. Si celle-ci est relativement inoffensive, le patient peut continuer à prendre son médicament, mais nous le suivons de près pour veiller à ce que l’éruption s’améliore.

Il n’y a pas grand-chose à faire contre les éruptions causées par les médicaments. Si votre médecin vous a conseillé de patienter pendant qu’une éruption agaçante suit son cours, nous recommandons les mesures suivantes :

  • Appliquez un hydratant non parfumé en sortant de votre bain.
  • Utilisez des produits pour la peau non parfumés et hypoallergéniques.
  • Ajoutez un paquet de farine d’avoine colloïdale à l’eau tiède de votre bain.
  • Utilisez une crème antihistaminique ou aux corticostéroïdes, mais seulement après avoir consulté votre médecin afin de pas masquer par inadvertance un problème plus grave.

L’atazanavir (Reyataz) est un antirétroviral qui peut causer la jaunisse (coloration jaunâtre ou assombrissement de la peau et/ou du blanc des yeux). Dans la plupart des cas, la jaunisse n’est pas dangereuse, mais elle dérange beaucoup de gens qui en souffrent. Si vous avez la jaunisse, il est important de ne pas cesser de prendre vos médicaments. Renseignez-vous sur vos autres options auprès de votre médecin ou pharmacien.

Enfin, il est important de souligner que n’importe quelle affection préexistante de la peau pourrait s’aggraver subitement lorsque vous commencez une multithérapie. Si cela vous arrive, restez calme. L’état de votre peau devrait s’améliorer au fur et à mesure que ces médicaments rétablissent votre système immunitaire.


AARON HOO, ND

Naturopathe
Doctors’ Choice Nutrition
Vancouver

Lorsque vous souffrez d’une inflammation de la peau, c’est souvent signe que le revêtement de votre intestin grêle est enflammé. En réalité, c’est un symptôme d’immunosuppression, car la majeure partie du système immunitaire réside dans le revêtement de l’intestin.

Lorsqu’une muqueuse intestinale en mauvaise santé empêche la digestion de certains aliments ou entraîne des intolérances alimentaires, cela peut se manifester sur la peau sous forme d’eczéma. La première étape de tout traitement contre l’eczéma consiste à éliminer certains aliments du régime du patient afin de mieux cerner la cause du problème. Nous suggérons aussi les suppléments suivants :

  • L-glutamine (acide aminé)
  • Plantes médicinales susceptibles de favoriser la production de mucus, telles que l’orme rouge et l’aloès
  • Enzymes digestives telles que la broméline (extrait d’ananas) et la papaïne (extrait de papaye)

Toute perturbation de l’écologie bactérienne de l’intestin peut causer une croissance excessive de Candida (levure) dans le corps. Cela peut provoquer d’importantes rougeurs et démangeaisons de la peau. Nous vous recommandons d’éviter les sucres simples et les aliments à base de levures, tels que les noix, le fromage et l’alcool, et de les remplacer par des matières grasses et des protéines bénéfiques. L’extrait de racine de feuilles de houx aide à débarrasser l’organisme des excès de levures, et les suppléments probiotiques contribuent à restaurer ses réserves de « bonnes bactéries ».

Les infections à l’herpès sont plutôt courantes chez les PVVIH. Nous recommandons le zinc par voie orale ainsi que l’application topique du sulfate de zinc pour réduire le nombre de poussées d’herpès et accélérer la guérison des lésions. Nous recommandons aussi la lysine.

Le stress est très épuisant pour le système immunitaire, alors prenez le temps de vous détendre en pratiquant le yoga, la prière, la méditation ou des exercices de respiration profonde. Votre peau vous en remerciera.


FRANÇOIS

Personne vivant avec le VIH
Montréal

Mon long et irritant combat contre des problèmes de peau a commencé en décembre dernier. Je vis avec le VIH depuis sept ans, mais je souffre de psoriasis depuis beaucoup plus longtemps encore. Ainsi, lorsque j’ai remarqué des lésions sur le dessus de ma tête, j’ai tout de suite présumé que mon psoriasis était revenu. Mais les plaques sèches, sanguinolentes et irritantes en question paraissaient bien différentes de ce à quoi j’étais habitué.

Mon spécialiste du VIH m’a envoyé voir un dermatologue. Celui-ci a diagnostiqué de l’eczéma et m’a donné une crème aux corticostéroïdes qui s’est avérée inutile. En fait, de petites ampoules extrêmement irritantes ont commencé à surgir sur mes mains et ensuite sur mes bras. Je suis retourné voir le dermatologue, qui m’a prescrit un autre médicament, mais celui-ci n’a pas marché non plus.

En juin, pendant un voyage de pêche, mes bras sont devenus très rouges et enflés tout d’un coup, puis la rougeur s’est étendue à mes jambes, qui étaient restées indemnes jusque-là. Naturellement, j’étais assez alarmé. J’ai pris du Benadryl (antihistaminique), et l’enflure s’est atténuée, mais non la rougeur. Dès mon retour chez nous, je suis allé voir mon dermatologue. En me voyant, il s’est exclamé : « Mon Dieu. C’est quoi ça?! ».

Ce dernier m’a adressé à un dermatologue qui se spécialisait dans le traitement des PVVIH. Heureusement que celui-ci avait plus de réponses. Il m’a dit que j’avais de l’eczéma sur la tête et qu’il causait des saignements qui me rendaient susceptible aux infections bactériennes, spécifiquement la folliculite bactérienne et l’impétigo. Il m’a prescrit un antibiotique et, après en avoir pris quatre fois par jour pendant 10 jours, j’ai enfin constaté une amélioration.

Peu de temps après, je suis parti pour autre excursion de plein-air. Comme d’habitude, j’ai mis beaucoup d’écran solaire et j’ai apporté mon Benadryl. Cette fois-là, le soleil a fait des merveilles pour ma peau.

Toute personne qui vit une épreuve comme la mienne devrait consulter un spécialiste le plus tôt possible. Aujourd’hui, ma peau n’est pas complètement exempte de lésions, mais comparativement à ce que j’ai déjà vécu, je me sens guéri.

Jennifer McPhee est une rédactrice pigiste qui vit à Toronto. Elle a publié des articles dans diverses publications, y compris Chatelaine, le Globe and Mail et Childview.

Interactions phytothérapeutiques

Certaines plantes médicinales interagissent avec les médicaments sur ordonnance, y compris certains médicaments anti-VIH, ainsi que nombre de remèdes offerts en vente libre. Ces interactions sont susceptibles de réduire l’efficacité des médicaments ou encore d’aggraver leurs effets secondaires. N’oubliez pas d’aviser votre médecin de tous les suppléments, plantes médicinales et autres thérapies complémentaires que vous prenez.

Travaillez-vous dans le domaine du VIH ou de l’hépatite C?
Veuillez remplir un court sondage pour donner votre rétroaction sur CATIE et votre nom pourra être inscrit à un tirage pour gagner une carte-cadeau.