Vision positive

hiver 2008 

Demandez aux experts : Jours sombres

Les journées qui raccourcissent, le ciel gris, les bouffées de vent frais — tout concourt à me mettre d’humeur maussade, comme si la température s’installait dans ma tête. J’ai souvent le blues à ce moment de l’année, mais je me demande toujours si c’est normal ou si je devrais m’inquiéter. Quels sont les signes d’une vraie dépression et que puis-je faire pour passer au travers?
—C.B., Vancouver

LA DRE JULIE MAGGI

psychiatre
St. Michael’s Hospital et Women’s College Hospital
Toronto

La dépression se caractérise par une humeur mélancolique ou une perte d’intérêt pour ses activités préférées qui dure pendant au moins deux semaines. Ces symptômes s’accompagnent souvent d’un changement d’appétit, de problèmes de sommeil, d’une baisse d’énergie, de problèmes de concentration et le sentiment qu’on ne vaut rien. Certaines personnes ont même des idées suicidaires ou le sentiment que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue.

Les études nous ont appris que les personnes vivant avec le VIH courent un risque plus élevé de dépression. Il pourrait y avoir des facteurs biologiques, tels que les effets d’une maladie chronique. Vivre avec le VIH est une source de beaucoup de stress car, entre autres, on doit faire face à la stigmatisation et aux difficultés associées à une maladie chronique. De plus, nombre de médicaments anti-VIH ont des effets secondaires, dont la dépression.

Quand je soupçonne qu’une personne est déprimée, j’essaie d’abord d’en apprendre le plus possible sur ses symptômes. Depuis combien de temps les symptômes durent-ils? A-t-elle vécu des événements stressants qui les ont déclenchés? A-t-elle des antécédents de dépression; si oui, de quelle façon l’a-t-on traitée? Y a-t-il des causes médicales de leurs symptômes? Y a-t-il des antécédents familiaux de dépression? Peut-elle compter sur des sources de soutien pour composer avec sa dépression? J’essaie ensuite de concevoir, avec l’apport de la personne, un plan de traitement personnalisé qui comprend habituellement une combinaison de psychothérapie et de médicaments.

Après avoir posé un diagnostic de dépression, je commence souvent par prescrire un ISRS (inhibiteur spécifique du recaptage de la sérotonine : Paxil, Zoloft et Celexa, par exemple), principalement parce que ces médicaments sont généralement mieux tolérés que les médicaments plus anciens. La thérapie cognitivo-comportementale (il s’agit grosso modo de comprendre les liens entre ses sentiments, ses pensées et ses actions) et la thérapie interpersonnelle (on aide quelqu’un à surmonter un deuil, des transitions difficiles ou des conflits relationnels) sont des traitements à court terme de la dépression. L’une ou l’autre pourrait convenir à une personne souffrant de dépression.

Pour commencer, les gens devraient consulter leur médecin de famille. Celui-ci peut aider à poser un diagnostic, planifier un traitement et diriger l’individu vers un psychiatre si c’est nécessaire. On peut faire appel aux organismes de lutte contre le sida pour connaître les ressources dans sa collectivité. Plusieurs ISRS sont couverts par les régimes d’assurance médicaments privés et provinciaux, mais il vaut mieux se renseigner sur les particularités du régime de sa province ou de son territoire auprès d’un pharmacien.

JOHN MONTAGUE MSW M.Div RSW

thérapeute auprès des individus, des couples et des familles
Toronto

La « thérapie par la parole » ou « conversation thérapeutique » consiste à raconter son vécu dans le but de faire entendre sa voix. Si le thérapeute semble comprendre la peine de ses clients, ceux-ci s’en aperçoivent rapidement. On est doté d’empathie ou on ne l’est pas.

Lorsque je viens en aide aux personnes souffrant de dépression, je m’intéresse d’abord à déterminer à quel moment les sentiments dépressifs ont débuté. J’invite ensuite mes clients à décrire l’état d’esprit dans lequel ils se trouvaient avant cela, afin d’établir leur perception de leur fonctionnement normal.

J’aide les gens à comprendre que leur problème est extérieur à eux-mêmes. Je les aide à récupérer le contrôle que la dépression leur a volé en les encourageant à extérioriser la dépression et à la voir comme une chose distincte d’eux-mêmes. Cela peut inclure de ne pas accepter l’identité que les autres leur imposent, cette fausse identité étant potentiellement une source de tristesse. En objectivant le problème, les clients peuvent commencer à former un sens de soi qui est différent des attentes des autres à leur égard, y compris celles de la société en général. Une fois cette distinction établie, il est plus facile de remettre en question la dépression et de la combattre.

Je rappelle aux gens qu’ils sont les experts en tout ce qui les concerne. Au lieu d’offrir des conseils, j’essaie de poser des questions qui suscitent la réflexion. Par exemple : Quel mensonge la dépression essaie-t-elle de vous faire croire? Qu’est-ce que la dépression vous dérobe? Contestez-vous les mensonges que votre dépression vous dit? Que lui dites-vous? Je demande aussi aux gens de me parler de leurs réseaux de soutien et des personnes qui leur apportent de l’aide. S’il y a des personnes qui leur nuisent, je les invite à réfléchir aux façons dont ils pourraient modifier leurs interactions avec elles? S’ils veulent récupérer le pouvoir que la dépression leur a volé, ils ont besoin être d’actifs et non passifs.

Contrairement aux antidépresseurs, la thérapie par la parole amène les gens à réfléchir à ce qu’ils peuvent faire pour participer activement à leur guérison et à ne pas laisser la dépression prendre le dessus. Il peut s’agir de tenir un journal ou d’expérimenter n’importe quelle forme d’expression artistique qui redonne vie. Par-dessus tout, les personnes vivant avec le VIH qui décident de faire face à leur dépression parviennent souvent à se fixer de nouveaux objectifs qui contribuent de façon importante aux changements constructifs qu’ils apportent dans leur vie.

LA DRE TASLEEM KASSAM

docteure en naturopathie, directrice de clinique
Effective Health Solutions
Calgary

Pour diagnostiquer la dépression, j’ai recours à l’échelle de dépression de Hamilton, qui évalue l’appétit, le sommeil, la motivation et d’autres facteurs. Je fonde ensuite mon plan de traitement là-dessus. En naturopathie, nous privilégions une approche thérapeutique très personnalisée. Pour moi, il s’agit de soigner une personne qui, il se trouve, souffre de dépression.

Personnellement, je privilégie l’homéopathie, et ce, pour trois raisons : j’ai observé des résultats positifs, le traitement n’est pas pénible (la prise de suppléments peut l’être) et, contrairement à certains suppléments, on n’a pas à craindre d’interaction avec les produits pharmaceutiques. Les personnes vivant avec le VIH ont intérêt à savoir que le millepertuis, un supplément auquel on a souvent recours pour combattre la dépression, peut interagir avec plusieurs médicaments anti-VIH. Il est donc important qu’elles informent leur médecin si elles prennent ou envisagent de prendre du millepertuis pendant qu’elles suivent un traitement anti-VIH.

Pour le dire en quelques mots, l’homéopathie repose sur l’idée que des doses minuscules de certains minéraux ou plantes intensifient les symptômes et obligent les mécanismes de défense de l’organisme à réagir. Ces défenses corporelles (on parle parfois d’immunologie psychoneuroendocrinienne) répondent aux traitements homéopathiques en essayant de rétablir l’équilibre.

Je vérifie l’équilibre hormonal de mes patients et je m’assure qu’ils absorbent les bons nutriments en quantité suffisante : la vitamine B6, la mélatonine, la vitamine D3, la vitamine B12, le folate et les acides gras omega-3. À cause du virus, les personnes séropositives souffrent parfois de carences vitaminiques et minérales sans le savoir. Il est étonnant de voir combien quelques petits ajustements peuvent être utiles.

En fin de compte, l’objectif consiste à retrouver l’équilibre, de sorte qu’on ne dépende plus d’aucune substance.

Pour plus d’information sur l’homéopathie et d’autres thérapies complémentaires, consultez Un guide pratique des thérapies complémentaires et Un guide pratique des plantes médicinales sur le site Web de CATIE.

BLAIR PELLETIER

mentor culturel
All Nations Hope AIDS Network
Regina

Dans le cadre de nos programmes, nous offrons du counseling individuel ainsi que des cercles de mieux-être. Nous avons déjà organisé un cercle de mieux-être à l’intention exclusive des personnes vivant avec le VIH, et nous comptons en faire un autre bientôt.

Le cercle de mieux-être est traditionnel. On s’assoit en cercle et on parle de ses problèmes; l’important, c’est que tous les participants sachent exactement ce qui se passe et se soutiennent les uns les autres. Ça fait du bien de s’asseoir en cercle et de s’apercevoir qu’on n’est pas tout seul à faire face à tel ou tel problème. Les gens racontent leur histoire et parfois ils pleurent. C’est l’occasion de se débarrasser d’un peu de bagage néfaste et d’exprimer des émotions refoulées. Il arrive qu’on ne fasse rien d’autre que de s’asseoir et boire du café.

Nous assistons également à des cérémonies. Nous avons construit une cabane à suer dans une zone sacrée aux abords de Regina. Je suis en charge des cérémonies dans la cabane à suer. J’invite des gens à la cabane, ce qui les aide beaucoup. Qu’ils soient porteurs du VIH ou pas, ça les aide à réintégrer notre mode de vie traditionnel.

Je crois que lorsque les autochtones font face à des problèmes, l’élément qui manque est souvent la spiritualité. Nous sommes un peuple spirituel; lorsqu’on examine les problèmes qui surgissent dans nos vies et les luttes que nous livrons en tant que peuple et nation, on constate que c’est souvent la spiritualité qui est absente. À mon avis, une fois que cet élément est restauré, les premiers pas vers la récupération de son identité sont déjà faits. Tout ce qui est fondé sur la culture ou la tradition a une essence spirituelle. Sans l’esprit, on fait semblant, c’est tout.

Pour plus d’information sur les moyens de combattre la dépression, lisez « Lady Sings the Blues » dans le numéro du printemps/été 2003 de Vision positive.

Illustration : Bodhi Hill/iStockphoto.com