Vision positive

hiver 2008 

Chemin d’espoir

David Nelson d’Edmonton a souvent foulé le chemin du VIH et de la dépression, mais à chaque nouvel épisode, ses expériences et le soutien de ses amis lui permettent de s’orienter vers un lieu de pouvoir.

par Jennifer O’Connor

QUAND ÇA COMMENCE, il a envie de fermer les rideaux et de dormir toute la journée. Ensuite vient le sentiment qu’il n’arrive pas à prendre le contrôle comme il est « censé » le faire et qu’il est incapable d’une quelconque pensée positive. Engagé dans une lutte contre la dépression depuis l’adolescence, David Nelson reconnaît bien les signes de la dépression.

Le 20 septembre 1996, à l’âge de 31 ans, David apprend qu’il est séropositif. « Cela a changé la dépression pour moi, dit-il. Au début, je me suis laissé sombrer dans le désespoir. Mais depuis, je fais mon possible pour faire face à mes émotions. »

David parle en public de nos jours, mais sa vie de militant a commencé tout naturellement en 1982, alors qu’il avait 17 ans. Fugueur vivant près de Washington D.C., il trouve un jour un article de journal qui décrit les symptômes du sida. L’article le pousse à l’action et il commence à prévenir ses amis et ses connaissances pour qu’ils choisissent leurs partenaires sexuels avec soin. Il n’a pas peur de prendre position publiquement non plus, comme par exemple en embrassant un jour en pleine église une personne que l’on fuyait parce qu’elle était séropositive.

En 1989–1990, alors qu’il étudie dans le domaine du travail social, David cofonde Feather of Hope — un organisme à Edmonton pour les Autochtones vivant avec le VIH — avec deux élèves-infirmières et un ami mutuel qui vit avec le VIH. Il n’a alors que 24 ans. « C’était extrêmement difficile et je me sentais dépassé parce que je n’avais pas de formation, mais j’ai vu qu’il y avait un besoin », se rappelle-t-il. Feather of Hope continuera d’exister pendant plus d’une décennie. Durant cette même période, David devient le premier intervenant sur le terrain autochtone du AIDS Network of Edmonton.

Apprendre à tenir le coup

Des années plus tard, toutes ces expériences aideront David quand il sombrera dans la dépression après son diagnostic du VIH en 1996. Puisant dans la force et l’espoir des nombreux modèles de comportement qu’il a connus, il se pose la question suivante : « Comment ont-ils fait pour faire face à ces sentiments? »

David puise dans d’autres sources de soutien aussi, tel que le programme en 12 étapes qu’il avait suivi alors qu’il avait une vingtaine d’années. Même s’il n’était pas prêt à renoncer à l’alcool et à la drogue à cette époque-là, la descente en spirale qui s’amorce à la suite de son diagnostic fait resurgir la clarté d’esprit que le programme lui avait donnée et il se rend compte que l’alcool et la drogue sont loin de l’aider; en fait, ils ne font qu’alimenter sa dépression.

Depuis récemment, David essaie la cartographie corporelle, une forme d’art thérapie, pour retrouver son équilibre lorsque les effets secondaires de ses médicaments contre l’hépatite C sont particulièrement difficiles à supporter. « Quand je me sens perdu, au lieu de me laisser sombrer dans la dépression, je cherche délibérément une issue comme la cartographie corporelle ou une retraite afin de renouer avec ma spiritualité — n’importe quoi qui peut aider mon esprit. » David participe également à un groupe de soutien par les pairs où il rencontre continuellement des personnes qui renforcent sa conviction qu’il est possible de surmonter les moments difficiles. Il va sans dire que le soutien de son partenaire lui est précieux, sans oublier son chat, Spice, qui est une source d’amour inconditionnel.

Malgré ce soutien et cette conscience de soi durement acquis, il y a encore des moments où David se sent déprimé : quand son arthrite l’embête et qu’il doit rester à l’intérieur, par exemple, ou quand une des personnes sur lesquelles il compte pour ses soins est déplaisante avec lui. Le fait de reconnaître ses sentiments l’aide beaucoup; David se laisse aller à la tristesse pendant une demi-heure puis il poursuit sa route. « Plus je me laisse sombrer dans la dépression, plus c’est difficile de remonter la pente », nous avoue-t-il.

Le parcours de David lui a permis d’accéder à un lieu plus sain à l’intérieur de lui-même. « J’ai tenu ferme. J’ai attendu le miracle qui me sauverait de la dépression, même quand j’avais l’impression d’être en enfer. Ma persévérance m’a permis d’être là aujourd’hui. Le monde n’est pas meilleur, c’est moi qui ai changé à l’intérieur. »

Photographie : Curtis Trent