Vision positive

hiver 2008 

Art posi+if : Migrations

Don Short fait un voyage de guérison à travers les paysages sauvages de Terre-Neuve

propos recueillis par RonniLyn Pustil

Crash (Le fracas)

« L’inattendu… On ne sait pas ce qui s’en vient, puis ça arrive et on doit y faire face. »

DON SHORT, 44 ans

Artiste en art visuel
Mount Pearl, Terre-Neuve
Diagnostiqué séropositif en 2006
Série « Migrations », 2006
Acrylique sur toile

LES OISEAUX ENTREPRENNENT LEUR MIGRATION pour échapper à des conditions difficiles. En créant la série « Migrations », j’ai voulu montrer que notre pensée se fige momentanément quand on apprend qu’on est atteint du VIH, car on prend conscience du long chemin qu’il faudra parcourir. Pour moi, tout ce qui a suivi le diagnostic se comparait à un paysage qui ne cessait de se transformer tandis que j’apprenais à retrouver l’équilibre. Ma vie devait s’adapter au VIH de tant de façons.

Les cinq grands tableaux parlent de ce que j’ai vécu au cours de la première année qui a suivi le diagnostic. Les différentes phases de ma démarche, telles la reconnaissance et l’acceptation de mon statut VIH, y sont illustrées. L’ordre des tableaux est le suivant : Crash, Red Cloak, The Turning, Stirring the Waters et Resolve. Je les ai peints par intermittence sur une période d’une année, au fur et à mesure que je me sentais prêt à explorer une nouvelle étape de ma guérison. Guérir, à mon sens, c’était accepter la présence du virus, tout en me préparant sur le plan affectif, mental et physique à affronter périls et obstacles.

Lorsque j’ai appris que j’étais atteint du VIH, j’étais paralysé et je n’arrivais pas à faire face à la situation. Avec le temps, je me suis rendu compte que je devais mettre de l’ordre dans mes idées et mes sentiments. Les tableaux illustrent le processus qui m’a permis de reprendre pied et de surmonter les épreuves, au fur et à mesure que je progressais et que j’acceptais l’aide qui s’offrait à moi.

L’appel de la nature

Le symbolisme est très présent dans mon œuvre, mais il reste subtil. Les tableaux sont, pour ainsi dire, des poèmes visuels où le paysage joue un rôle très important. Chacun d’eux comporte des éléments du littoral (des pierres, de l’eau, des arbres) et, puisque je viens des Maritimes, je peins aussi des oiseaux marins. Ceux-ci représentent les forces extérieures devant lesquelles on s’incline ou auxquelles on résiste. Bien qu’il y ait un peu de moi dans mes toiles, la figure masculine dans chacune d’elles ne me représente pas forcément.

La série de tableaux a été exposée aux locaux de l’ACNL (AIDS Committee of Newfoundland and Labrador) à l’occasion de la Journée mondiale contre le sida 2007 et elle y est demeurée par la suite à des fins éducatives. Elle a été au centre de plusieurs conversations ici. Les arts font partie intégrante des activités du groupe d’entraide PIERS. Au centre Tommy Sexton, où sont situés les bureaux de l’ACNL, on retrouve également trois grandes murales peintes par des personnes vivant avec le VIH/sida et leurs enfants.

Une affaire de famille

Mes enfants et moi avons également peint, sur le thème des Migrations, cinq petits tableaux où figurent des oiseaux. En tant qu’artiste, j’ai toujours fait participer mes enfants (de dix, 12 et 13 ans) à mon processus créatif. Ils m’accompagnent pleinement dans mon parcours de guérison. Nous avons toujours parlé ouvertement du VIH et ils savent que je dirige un groupe d’entraide. Je peux compter sur leur appui. C’est pour eux que je combats le virus, pour leur enseigner à se battre quand c’est nécessaire. Ils sont ma plus grande source de motivation; l’essence même de ma vie. Pourquoi les priverais-je de cette expérience, puisqu’en luttant contre le VIH, j’ai acquis des forces, des connaissances et des habiletés qui pourront leur servir un jour.

La divulgation est une question importante quand on a des enfants. Bien des gens éludent la question et attendent trop longtemps avant de parler de leur diagnostic à leurs enfants, ce qui peut engendrer des conflits et effriter la confiance. À chacun de décider du moment, mais en ce qui me concerne, j’ai choisi de révéler que j’étais séropositif quelques mois après le diagnostic, ce qui a ouvert la porte à la franchise et à la discussion. Après mon retour de l’hôpital, mes enfants m’ont fait vivre un moment de grand bonheur en participant activement aux tâches ménagères. Devenus conscients des bienfaits de la stérilisation des comptoirs, ils ont pris plaisir à enfiler des gants de caoutchouc et à vaporiser des produits nettoyants. Cela m’a montré à quel point je comptais pour eux.

Cette chronique fait partie d’art posi+if, une initiative qui permet aux artistes vivant avec le VIH de partager leurs expériences par le biais de leurs œuvres d’art. Le programme a été lancé en 2005 par CATIE en partenariat avec Gilead Sciences Canada, Inc.

The Red Cloak (La cape rouge)

« On se drape pour affronter l’inattendu. On se sert de ce qu’on connaît ou de ses croyances pour se protéger soi-même au moment où ça arrive. »

The Turning (Le tournant)

« Lorsque la sensation d’être enterré vivant disparaît et que s’ouvrent de nouveaux horizons, vient le moment décisif où on se dit : quoiqu’il arrive, je fonce. »

Stirring the Waters (Le frémissement de l’eau)

« La contemplation. Cela signifie qu’il faut gagner de la confiance en soi et ne pas s’éparpiller. C’est tout à la fois : l’entraide, nos pensées, les objectifs qu’on se fixe pour passer à l’étape suivante. C’est un moment, face à soi-même, qui est propice à la réflexion. »

Resolve (La résolution)

« C’est l’objectif final, celui du repos et de la guérison. Je parle ici du passage obligé avant de retomber sur ses pattes. Le vieil homme de la peinture représente le temps et l’espérance de vie qui sont offerts à ceux qui vivent avec le VIH, grâce aux médicaments et à l’information. »