Vision positive

Été 2015 

En pleine conscience

Si vous pratiquez la méditation de pleine conscience, il y a de quoi relaxer : la recherche révèle qu’elle peut être bénéfique pour votre humeur, votre esprit et même votre système immunitaire.

par Sean Hosein et Debbie Koenig

La pleine conscience est sur toutes les lèvres ces jours-ci : alimentation, respiration, mé­di­ta­tion, et même leadership de pleine cons­cience. Les bénéfices peuvent sembler un peu trop beaux pour être vrais, et pourtant la pleine conscience tient ses promesses et plus encore.

Un nombre croissant de recherches ont constaté qu’elle peut contribuer à améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH. Des études ont observé que la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (TCBPC) peut améliorer rapidement et significativement la santé émotionnelle et mentale des gens. Et en prime, elle semble aussi augmenter le compte de CD4.

La recherche

Nous savons que le stress, la dépression et l’anxiété peuvent tous affecter le système immunitaire et accélérer la progression de l’infection à VIH. Ces facteurs peuvent aussi nuire à une personne qui suit chaque jour son traitement du VIH. Par contre, leur gestion par des interventions comme la TCBPC vous aide non seulement à vous sentir mieux, mais peut aussi contribuer à protéger votre système immunitaire.

Un vaste essai clinique canadien, qui a examiné les effets de la réduction du stress basée sur la pleine conscience sur 117 hommes vivant avec le VIH, a montré que la pleine conscience était efficace pour développer une relation plus utile aux pensées et émotions indésirables, y compris les inquiétudes liés au VIH. Les participants à cette étude ont aussi signalé moins de stress et plus d’espoir, d’enthousiasme et de joie de vivre. Une autre étude a montré que la pleine conscience diminuait les effets secondaires de la thérapie antirétrovirale (TAR).

L’une des conclusions les plus frappantes de la recherche sur la TCBPC est venue d’une étude sur les survivants de longue date de Barcelone, en Espagne. Les 40 participants à l’étude avaient tous reçu un diagnostic de VIH avant 1996, et suivaient une TAR depuis au moins cinq ans. La moitié des participants ont suivi des cours hebdomadaires de TCBPC durant deux heures et demie pendant huit semaines. On a aussi remis à ces participants des CD de méditation de pleine conscience, de yoga et d’exercices guidés. On leur recommandait de pratiquer 45 minutes par jour, six jours par semaine. L’autre moitié (le groupe témoin) ne suivait pas de thérapie basée sur la pleine conscience.

Des résultats prodigieux

Les taux de dépression ont chuté – Au cours de l’étude, les taux de dépression ont grandement baissé chez les participants qui ont reçu la TCBPC. Au début de l’étude, les chercheurs ont observé qu’environ quatre participants sur cinq présentaient des signes de dépression. À la 20e semaine, seulement un participant à la TCBPC sur cinq présentait des symptômes de dépression, dont l’intensité était cotée par les chercheurs comme étant au plus « minimale ». Par contre, le taux et l’intensité de la dépression demeuraient relativement élevés chez les participants qui n’avaient pas suivi de TCBPC.

Les taux d’anxiété ont diminué – L’anxiété a baissé considérablement chez les participants qui ont suivi la TCBPC, mais pas chez ceux du groupe témoin. À la 20e semaine, les symptômes d’anxiété étaient encore faibles chez les participants qui ont suivi la TCBPC.

La qualité de vie s’est améliorée – Les niveaux de stress étaient généralement élevés chez les participants, au début de l’étude. Ce n’est que dans le groupe de la TCBPC que ces niveaux ont diminué significativement et sont demeurés faibles. Les participants à la TCBPC ont aussi déclaré une grande amélioration significative de leur qualité de vie, ce que n’a pas rapporté le groupe témoin.

Les comptes de CD4 ont grimpé – Les comptes de CD4 des participants qui ont reçu la TCBPC ont augmenté — au nombre de 555 cellules au départ, puis de 614 cellules à la 8e semaine et de 681 cellules à la 20e semaine. Par contre, les comptes de CD4 du groupe témoin sont demeurés stables.

La plupart de ces résultats con­cordent avec ceux d’études précédentes sur la TCBPC. Mais le changement des comptes de CD4 chez les participants du groupe de la TCBPC, bien qu’il ne soit pas statistiquement significatif, était inattendu. On ne peut pas l’expliquer par des changements de régimes de traitement du VIH, car aucun participant n’a changé ses médicaments durant l’étude. Il n’y a pas eu non plus de changement dans la proportion des participants dont la charge virale se situait sous la barre des 20 copies/ml. Ces changements, s’ils étaient survenus, auraient pu influer sur le compte des CD4.

Alors, pourquoi l’augmentation des CD4? Les chercheurs indiquent des études précédentes qui ont constaté que les exercices de pleine conscience sont associés à des taux réduits des protéines sanguines liées à l’inflammation (pour plus de détails sur l’inflammation, voir Demandez aux experts, page 26). Les chercheurs espagnols émettent l’hypothèse qu’en améliorant la santé émotionnelle des participants à l’aide de la TCBPC, les niveaux d’inflammation ont probablement dimi­nué, ce qui a pu contribuer à l’augmentation des comptes de CD4. Mais il faut plus de recherche pour confirmer cette hypothèse.

En raison de la taille relativement modeste de l’essai espagnol et de l’absence d’un suivi à long terme, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que les approches basées sur la pleine conscience fonctionneront pour chaque personne séropositive souffrant de dépression et d’anxiété, mais un nombre croissant de recherches suggèrent que ces approches semblent extrêmement prometteuses.

Qu’est-ce que la TCBPC?

La thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (TCBPC) nous enseigne à devenir plus conscients de nos pensées et de nos émotions dans le moment présent. Il en résulte que nous changeons notre relation à ces pensées et à ces émotions. Le Dr Evan Collins, un psychiatre qui anime des groupes de TCBPC à Toronto et vit avec le VIH depuis les années 1980, dit que « la pleine conscience est comme faire du surf : nous ne pouvons pas toujours contrôler les vagues de stress, de dépression et d’anxiété que la vie avec le VIH déferle sur nous, mais au lieu de les laisser nous engloutir sous l’eau, nous pouvons apprendre à glisser dessus ».

La TCBPC permet d’apprendre diverses pratiques de méditation, dont bon nombre débutent par l’attention portée à la respiration. Quand l’attention dévie, on vous invite à reconnaître vos pensées et vos émotions sans les juger, et à reporter votre attention sur votre respiration. Par la suite, vous commencez à explorer vos émotions et pensées importunes plus directement.

La thérapie compte généralement une série de séances hebdomadaires au cours desquelles les participants apprennent les effets du stress et des émotions sur l’esprit et le corps, et comment utiliser la pleine conscience pour maîtriser les situations stressantes.