Vision positive

Été 2015 

Demandez aux experts

Certains experts utilisent le terme inflammation, alors que d’autres parlent d’activation immunitaire. Quoi qu’il en soit, ils s’entendent tous sur un point : elle est chronique et doit être réduite. Nous avons invité trois professionnels de la santé à se prononcer sur l’accumulation de données concernant les interactions entre l’inflammation et le VIH.

Entrevues par RonniLyn Pustil

Paul MacPherson

Spécialiste des maladies infectieuses
Hôpital d’Ottawa

Grâce à l’efficacité de la thérapie antirétrovirale (TAR), de nombreuses personnes vivant avec le VIH peuvent maintenant s’attendre à connaître une espérance de vie quasi normale. Si l’on revient sur les 20 dernières années, la situation actuelle ne peut être considérée que comme un triomphe de la médecine moderne. Toute­fois, comme les personnes séropositives vivent maintenant plus longtemps, de nouveaux défis pour le traitement et les soins sont en train d’émerger. Il est probable que l’inflammation chronique se trouve au cœur de plusieurs de ces problèmes.

La question de savoir s’il s’agit d’une inflammation véritable au sens classique (pensez à la rougeur et à l’enflure qui apparaissent lorsqu’une plaie devient infectée) ou s’il vaut mieux parler d’activation chronique (à long terme) du système immunitaire est un sujet de débat parmi les immunologues. Mais une chose est claire : même sous l’effet d’une TAR efficace, le système immunitaire des personnes séropositives montre des signes d’activation persistante.

Le mécanisme à l’origine de l’activation immunitaire n’est pas encore clair. Une possibilité réside dans la réplication de faibles quantités de VIH dans les parties du corps où les médicaments anti-VIH ne peuvent parvenir. Le niveau de suppression du VIH peut varier dans différentes parties de l’organisme selon la capacité de réplication du virus, l’effi­cacité avec laquelle les médicaments se rendent à l’endroit en question et la capacité de l’organisme à combattre le virus à cet endroit. Il existe maintenant des données probantes révélant que l’indétectabilité de la charge virale dans le sang ne garantit pas que le VIH ne se réplique pas faiblement dans d’autres tissus.

Même si une faible et persistante réplication du VIH pourrait être le moteur de l’activation immunitaire chronique, il est aussi possible que l’activation immunitaire chronique provoque la réplication du VIH, de sorte à créer un cercle vicieux. Parmi les autres explications possibles de l’inflammation chronique liée au VIH, mentionnons le fait que des bactéries et des protéines apparentées peuvent « couler » de l’intestin dans le sang et causer l’activation du système immunitaire. D’autres possibilités incluent la co-infection par le CMV (cytomégalovirus) et des problèmes de régulation de certaines cytokines, qui sont des messagers chimiques se trouvant dans le corps.

Quelles que soient les causes sous-jacentes, on commence à peine à re­connaître les effets de l’activation immunitaire chronique. Les données laissent soupçonner un lien fort entre l’inflammation chronique et l’apparition de maladies du cœur. Les autres con­séquences possibles incluent les problèmes cérébraux et de cognition, le vieillissement prématuré et même la dysfonction rénale.

De nombreuses autres recherches seront nécessaires pour mieux comprendre les effets à long terme de l’inflammation immunitaire chronique, les mécanismes qui la déclenchent et les moyens de la combattre. Si les 20 dernières années servent d’indice, ces défis ne seront pas insurmontables.

Inflammation 101

L’inflammation fait partie de la réponse de l’organisme aux blessures ou à l’infection. Dans les bonnes circonstances, elle est bénéfique à l’organisme, car la guérison ne pourrait se produire sans elle. Il existe deux sortes d’inflammation : aiguë qui a tendance à se limiter elle-même, et chronique qui est plutôt un processus continu. L’inflammation chronique cause des dommages aux tissus, ainsi qu’une douleur continue, des cicatrices et une accumulation de globules blancs. La lutte contre une infection chronique à long terme comme le VIH incite le système immunitaire à entrer dans un état continu d’activation ou d’inflammation chronique.

Marianne Harris

Conseillère en recherche clinique
Programme de recherche sur le VIH/sida, St. Paul’s Hospital
Vancouver

N’importe quelle infection chronique, telle que le VIH et l’hépatite B ou C, provoquera l’activation du système immunitaire et l’inflammation chronique. À long terme, l’inflammation endommage les vaisseaux sanguins et les organes, ce qui augmente le risque de maladies cardiaques, rénales et pulmonaires.

Le traitement de l’infection au VIH par la thérapie antirétrovirale permet de réduire considérablement l’inflammation, mais ne réussit pas à l’éliminer complètement, de sorte que les personnes vivant avec le VIH sont plus vulnérables à ces autres affections.

Si vous avez le VIH, la meilleure façon de réduire l’inflammation et vos risques à l’égard des autres maladies mentionnées précédemment consiste à suivre une thérapie antirétrovirale fidèlement et continuellement. Vous devriez aussi vous faire traiter pour l’hépatite B ou C ou toute autre infection chronique, le cas échéant.

Une autre manière importante de réduire l’inflammation est d’arrêter de fumer. Le tabagisme augmente l’inflammation partout dans le corps, ce qui augmente votre risque de maladies cardiaques, rénales et pulmonaires, ainsi que votre risque d’ostéoporose (affaiblissement des os) et de nombreux cancers.

Quels sont les autres moyens de réduire l’inflammation? Comme l’obésité et le stress peuvent accroître l’inflammation, il est important de maintenir un poids santé en adoptant une saine alimentation et en faisant régulièrement de l’exercice. La réduction du stress et un sommeil suffisant sont également importants pour réduire l’inflammation et maintenir un bon état de santé général.

Est-il nécessaire de prendre des suppléments d’antioxydants ou de compléter votre régime avec des aliments riches en antioxydants? Je conseille à mes patients de ne pas le faire. À l’exception de la vitamine D, il n’y a pas de données probantes indiquant que la prise d’antioxydants réduit le niveau d’inflammation liée au VIH, améliore la santé ou prolonge l’espérance de vie. En fait, les taux élevés de certains antioxydants (le bêta-carotène, la vitamine E et possible­ment la vitamine A) pourraient être associés à une augmentation du risque de mortalité.

Certaines données laissent croire qu’un taux suffisant de vitamine D fait diminuer le risque de plusieurs affections inflammatoires, y compris les maladies du cœur, le diabète, les maladies osseuses et certains cancers. On ignore l’apport idéal de la vitamine D pour les personnes séropositives, mais la prise de 1 000 à 2 000 unités internationales (IU) par jour de vitamine D3 suffirait probablement et serait certainement sans danger. Les suppléments de vitamine D ne coûtent pas cher, et on peut les prendre en toute sécurité avec les médicaments antirétroviraux.

Tasleem Kassam

Docteure en naturopathie
Effective Health Solutions
Calgary

Plusieurs études portent à croire que l’infection au VIH chronique crée un état de vieillissement prématuré et d’inflammation qui peut entraîner d’autres maladies chroniques. Voici les conseils que je donne à mes patients pour réduire l’inflammation :

Mangez sainement. Essayez d’adopter un régime alimentaire riche en légumes colorés et en protéines maigres, avec des quantités modérées de grains, de légumineuses, de noix, de graines et de fruits. La protéine, qui est le matériau de construction des anticorps, est importante pour la santé du système immunitaire. Utilisez des suppléments de poudres de protéine si nécessaire. Évitez le plus possible les gras trans, les glucides raffinés et les aliments transformés.

La cause de l’inflammation liée au VIH et la meilleure façon de la traiter demeurent toutes deux incertaines. Une étude canadienne appelée  MAINTAIN devrait en révéler davantage sur le rôle que jouent les antioxydants dans la protection du système immunitaire chez les personnes vivant avec le VIH. Pour en savoir plus, consultez  www.hivnet.ubc.ca/fr/

Réduisez votre stress. Le stress et l’inflammation jouent tous les deux un rôle dans les maladies cardiovasculaires. Pour réduire au minimum votre stress, faites des exercices de respiration profonde, du yoga ou du tai-chi et écrivez régulièrement dans un journal intime.

Faites de l’exercice. Même si l’exercice est bon, les entraînements exténuants peuvent causer des dommages musculaires et augmenter l’inflammation. La modération est la clé.

Choisissez une variété d’antioxydants. N’importe quel antioxydant aide à réparer les dommages causés par les radicaux libres, soit des molécules produites à l’intérieur des cellules. Je suggère aux gens de prendre un mélange d’antioxydants liposolubles et hydrosolubles, tels que le curcuma, l’astaxanthine avec des caroténoïdes mixtes et les vitamines C et E (tocophérols mixtes).

Prenez des probiotiques. La présence d’un bon mélange de bactéries bénéfiques dans vos intestins aide à protéger la santé de ceux-ci et procure aussi des bienfaits à de nombreux systèmes organiques.

Dormez. La plupart d’entre nous manquons de sommeil sans le savoir. Pour prévenir la libération d’hormones inflammatoires, faites des saines habitudes de sommeil une priorité. Essayez de dormir au moins huit heures par nuit.