Vision positive

été 2013 

Demandez aux experts : La nausée et les vomissements

« Je vis avec le VIH depuis 12 ans. Ces derniers temps, j’ai souvent la nausée, parfois au point de vomir. Pourquoi ai-je ce problème et qu’est-ce que je peux y faire?! »
—A.J., Trois-Rivières, Québec

Entrevues par Pauline Anderson

 

Troy Grennan, MD

McMaster University Medical Centre (Hamilton) and Maple Leaf Medical Clinic (Toronto)

La nausée et les vomissements peuvent être causés par le VIH lui-même, par une infection ou encore par l’un ou plusieurs des médicaments faisant partie de votre thérapie antirétrovirale. Il est crucial que votre médecin détermine s’il y a une cause grave ou réversible et qu’il corrige tôt le problème, surtout si vous vomissez à répétition.

Pour ce qui est des infections, il existe une variété de bactéries (comme E. coli), de virus (comme le virus Norwalk) et de parasites (comme Giardia) qui peuvent jouer un rôle. La force du système immunitaire du patient est l’un des indices qui aide à déterminer l’organisme infectieux en cause. Par exemple, si le patient a un compte de CD4 faible — signe d’immunité affaiblie — la probabilité qu’il a une infection opportuniste (une infection qui profite de l’état compromis du système immunitaire) est plus élevée. Toutefois, le seul fait qu’une personne soit séropositive ne veut pas dire que ses symptômes soient attribuables à un microbe rare, car le coupable est souvent une infection courante. Cela est surtout vrai de nos jours, puisqu’il est relativement rare d’avoir un système immunitaire gravement compromis grâce aux médicaments antirétroviraux très efficaces disponibles à l’heure actuelle.

Si votre médecin soupçonne la présence d’une infection, il ou elle voudra connaître vos antécédents médicaux intégraux, surtout en ce qui concerne des expositions potentiellement pertinentes (par exemple, en déterminant où vous avez voyagé ou ce que vous avez mangé dernièrement); on vous fera aussi subir un examen physique exhaustif et des tests de dépistage visant les infections soupçonnées. Grâce à un traitement approprié, il est possible de guérir la plupart des infections qui causent des symptômes gastro-intestinaux (GI).

Les médicaments sont une autre cause courante de nausées et de vomissements. Il existe une large gamme de médicaments, dont plusieurs agents anti-VIH, qui ont le potentiel de causer ces effets secondaires. Vu que les personnes séropositives prennent typiquement plusieurs médicaments, il est souvent difficile de déterminer lequel est à l’origine du problème. Si les symptômes apparaissent peu de temps après l’introduction d’un nouveau médicament, il est possible que ce dernier soit le coupable. Comme les symptômes s’atténuent souvent avec le temps, votre médecin pourrait vous recommander de patienter comme première stratégie. La prise d’un médicament antinauséeux peut être utile durant cette période, et il est possible d’en prendre à long terme pour les cas moins graves. Si la nausée et les vomissements persistent ou s’ils sont fréquents ou graves, votre médecin vous recommandera peut-être de remplacer le médicament le plus susceptible d’en être la cause par un autre, afin de déterminer si la situation s’améliore.

Outre les infections et les médicaments, il existe plusieurs autres causes possibles. Pour optimiser votre santé et votre qualité de vie, il est important de tenir votre équipe de soins de santé au courant des symptômes qui vous préoccupent.

 

Michelle Foisy, PharmD

Northern Alberta Program
Edmonton, Alberta

De nombreux patients qui prennent les médicaments anti-VIH d’usage courant aujourd’hui ne sont atteints jamais de nausée, alors que chez d’autres, ce symptôme s’estompe après quelques semaines. Toutefois, dans certains cas, la nausée est plus persistante, surtout chez les personnes recevant de l’AZT (zidovudine, Retrovir et dans le Combivir et le Trizivir) ou certains inhibiteurs de la protéase.

Pour traiter la nausée chez les personnes recevant l’inhibiteur de la protéase ritonavir (Norvir), qui est typiquement utilisé pour rehausser les effets d’autres inhibiteurs de la protéase (on parle de potentialisation), une option consiste à en prescrire la dose la plus faible recommandée et de prendre les médicaments VIH avec de la nourriture. Si les médicaments utilisés nécessitent une dose plus élevée de ritonavir pour la potentialisation, substituer un autre agent de la même classe ou changer de classe de médicaments réussit habituellement à régler le problème. Il ne faut jamais ajuster sa dose de ritonavir sans avoir consulté un médecin s’y connaissant dans le traitement du VIH.

La nausée peut aussi être causée par une affection médicale comme l’hépatite, ou encore par une interaction entre un médicament anti-VIH et un autre genre de médicament.

Le fait de décaler l’instauration d’un régime antirétroviral intégral et celle des traitements d’autres affections peut être utile, car cela évite de surcharger l’organisme de trop de médicaments à la fois. Toutefois, il est important de prendre les antirétroviraux dans les combinaisons recommandées, car ils s’attaquent au virus de manières différentes. Il ne faut pas décaler l’introduction des médicaments anti-VIH parce que l’organisme peut acquérir rapidement une résistance à un médicament s’il est utilisé seul.

Pour les cas persistants, on peut essayer un agent antinauséeux comme le Gravol (dimenhydrinate). Les autres options incluent le métoclopramide (Reglan), l’ondansétron (Zofran) et parfois la marijuana médicinale. La marijuana peut aussi servir de stimulant de l’appétit aux personnes ayant perdu le goût de manger. De plus, le fait de prendre ses médicaments avant de se coucher pourrait faire en sorte que la nausée disparaisse durant le sommeil.

Il faut savoir que la prise d’un antiacide comme le Tums, la ranitidine (Zantac) ou l’oméprazole (Losec) pour traiter la nausée ou les brûlures d’estomac pourrait réduire l’efficacité de votre traitement anti-VIH. Assurez-vous de parler à votre médecin et à votre ­pharmacien avant de prendre n’importe quel médicament ou supplément pour éviter toute interaction.

 

Paul Saunders, ND

Dundas Naturopathic Centre
Dundas, Ontario

Le moment où vous prenez vos médicaments peut être important pour éviter la nausée et les maux d’estomac. Certains médicaments doivent être pris à jeun mais, en l’absence d’une telle contrainte, le fait de prendre ses médicaments avec de la nourriture peut aider l’estomac à les tolérer.

Une autre tactique pour gérer la nausée consiste à éviter certains aliments, dont les suivants :

  • les mets épicés comme le chili
  • les produits laitiers comme le lait et le fromage, qui peuvent causer le reflux acide
  • les boissons carbonisées, le café et le thé noir
  • les excès de sucre, qui ont tendance à produire de l’acide gastrique
  • les glucides simples, comme les pâtes blanches — je recommande les grains entiers, comme l’orge ou le quinoa

Il existe des aliments qui peuvent aider à apaiser l’estomac, dont les tisanes — à la camomille, à la menthe ou au gingembre — et l’herbe à chat (que l’on trouve habituellement dans les magasins de produits alimentaires naturels). Un potage aux légumes onctueux est non seulement nutritif mais peut aussi enduire et apaiser l’estomac.

Pour ce qui est des plantes médicinales, je recommande l’écorce d’orme rouge, qui est disponible dans les magasins de produits de santé. On mélange l’écorce interne moulue avec de l’eau froide, puis on boit un autre verre d’eau. Cela enduit le revêtement de l’œsophage et le protège contre l’acide remontant (reflux acide).

Si vous aimez le goût de la réglisse, essayez la réglisse déglycyrrhizinée (appelée parfois DGL) sous forme de capsule ou de pastille; elle aussi enduit et protège l’estomac. Sous cette forme, l’acide glycyrrétinique, qui peut augmenter la ­tension artérielle, n’est plus présent. [Pour éviter les interactions médicamenteuses, consultez toujours votre médecin et votre pharmacien avant de prendre la DGL ou tout supplément, produit à base de plante médicinale, ou médicament.]

Pour améliorer la digestion et stimuler l’appétit, je recommande de boire un verre d’eau avec une cuillère à table de vinaigre de cidre de pomme avec ses repas. Ou encore on peut ajouter du jus de citron frais à un verre d’eau tiède et le boire avant de manger. Cela a tendance à stimuler les papilles gustatives. Si vous pouvez en trouver, ajoutez quelques gouttes d’amérisants suédois à de l’eau et buvez-en avant vos repas. Cela rehausse le goût des aliments aussi.

Enfin, je trouve que l’« alimentation consciente » est toujours utile. Réservez assez de temps pour vos repas, mangez lentement et mastiquez bien chaque morceau avant de l’avaler afin de rendre l’heure des repas la plus agréable et la plus calme possible. Il s’agit de déstresser avant de manger, car cela permet de détendre le corps entier, y compris l’estomac. ✚

 

Pour en savoir plus sur le traitement de la nausée et des vomissements, consultez Un guide pratique des effets secondaires des médicaments anti-VIH de CATIE.

 

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