Vision positive

été 2013 

Comment dire « j’écrase » et être sérieux

L’ex-fumeur Bob Leahy vous explique comment il a cessé de fumer une bonne fois pour toutes.

 

Je suis un ex-fumeur. Lorsque je fumais, je rencontrais des tonnes d’autres personnes séropositives qui fumaient aussi. Nous nous rencontrions surtout lors des pauses, à l’extérieur des bâtiments des conférences. Je dois avouer que j’aimais cette camaraderie, cette occasion de former un lien avec les personnes, ce rituel. Je ne m’ennuie pas de la cigarette mais, parfois, je m’ennuie de ces moments souvent frisquets, dehors où je me suis fait beaucoup d’amis.

Nous fumons pour toutes sortes de raisons. J’ai commencé à fumer lorsque j’avais 30 ans, parce que j’avais un copain qui fumait et je trouvais que c’était sexy. Ma relation fut de courte durée, mais mon habitude de fumer deux paquets par jour s’est poursuivie durant deux décennies. Les légères au menthol étaient mes préférées, allez savoir pourquoi… Au début, j’aimais le goût, puis l’habitude s’est enracinée; d’emblée, j’en allumais une aussitôt que je me réveillais et quand j’avais les mains libres. Je fumais à la chaîne, sans réfléchir.

Lorsque j’ai reçu mon diagnostic du VIH en 1993, mon habitude de fumer me semblait la moindre des choses. Avant l’avènement d’une thérapie anti-VIH efficace, les personnes vivant avec le VIH avaient habituellement de faibles perspectives de survie à long terme, et fumer nous servait de béquille pour soulager notre stress et atténuer la douleur et la dépression. Cependant, avec l’introduction des inhibiteurs de la protéase en 1996 et des perspectives de survie nettement améliorées — en fait, de nombreuses années s’ajoutaient à la durée de vie — la raison d’être de la cigarette s’amenuisait. Puis, à mesure que la recherche démontrait les liens évidents entre l’usage du tabac et une longue liste de maladies et de troubles de la santé, voire une espérance de vie réduite, fumer est devenu une activité encore moins logique pour les personnes vivant avec le virus, y compris moi-même. Les taux de tabagisme demeurent néanmoins élevés chez les personnes séropositives : la recherche indique que plus de 50 pour cent d’entre elles fument, comparativement à 17 pour cent de la population générale.

Vu que je touchais un soutien financier aux personnes handicapées, ce fut en fin de compte le coût des cigarettes qui m’a poussé à écraser. Les cigarettes coûtaient moins cher à cette époque, mais cette dépense faisait tout de même un trou majeur dans mon budget. Je devais m’en débarrasser. J’ai alors essayé d’arrêter sans y arriver. J’ai essayé à nouveau et j’ai encore échoué. J’ai refait une troisième tentative pour connaître un troisième échec. La nicotine crée une forte dépendance; il est donc courant d’avoir à essayer d’arrêter plusieurs fois. Toutefois, selon l’Association pulmonaire du Canada — et je pense qu’elle a raison — ça devient de plus en plus facile avec le temps.

Mes stratégies pour arrêter de fumer étaient tous azimuts, soit de réduire mon utilisation graduellement, de mâcher une gomme de substitut nicotinique, d’utiliser un timbre ou d’arrêter d’un seul coup. J’ai essayé toutes les méthodes à un moment ou à un autre. J’avais l’impression d’échouer coup sur coup, mais en y repensant, je me suis rendu compte que chaque tentative m’a aidé à déterminer ce qui ne fonctionnait pas pour moi. À ma quatrième tentative, j’avais trouvé ce qui s’est avéré être la formule gagnante. En exposant ce qui n’avait pas fonctionné pour moi, cesser de fumer est en fait devenu assez facile.

J’ai finalement réussi en comprenant une vérité toute simple : lorsqu’on a écrasé, « en fumer juste une » ne passe pas. L’Association pulmonaire du Canada souligne qu’il est important d’incorporer cette connaissance dans votre plan. Fixez une date à laquelle vous arrêterez, sélectionnez une méthode (ou deux), puis « à la date fatidique, arrêtez complètement. Ne fumez pas, pas même une touche. Jetez toutes vos cigarettes, autres produits du tabac et vos cendriers ». La règle d’or est de ne pas tricher. Ça a fonctionné pour moi. Les premiers jours ont été difficiles, évidemment, mais j’ai persévéré. J’ai alors recommencé à aimer le goût des aliments. J’étais fier.

Parmi les nombreux sites Web offrant d’autres trucs pour cesser de fumer, mentionnons Dix trucs simples pour faire passer une envie de fumer de coupdepouce.com, qui vous conseille de partager avec ceux qui vous entourent votre décision d’arrêter de fumer, de suivre vos progrès sur un calendrier, de faire de l’exercice et de mâcher de la gomme. Le site de Téléassistance pour fumeurs de la Société canadienne du cancer inclut même une échelle de progression qui vous permet de calculer combien d’argent vous épargnez. De plus, pour les appareils électroniques portatifs, il existe plusieurs applications, notamment Pour en finir avec la cigarette, qui suivent vos progrès tout en offrant des messages d’encouragement. Des programmes d’abandon du tabac ciblant spécifiquement les personnes vivant avec le VIH sont en cours d’élaboration — surveillez-les.

Peu importe la méthode que vous choisissez pour vous débarrasser de votre habitude, il va sans dire que la motivation est essentielle. Déterminez dès le début la raison pour laquelle vous voulez cesser de fumer. Nous savons tous que le tabagisme peut vous tuer, mais saviez-vous que fumer entraîne des répercussions plus graves sur la durée de vie des personnes vivant avec le VIH que les facteurs associés au VIH? Vous désirez peut-être éviter toutes les complications pour la santé auxquelles s’exposent davantage les fumeurs séropositifs : maladies cardiaques, ostéoporose, cancer du poumon et autres cancers, maladie des gencives, tuberculose et emphysème, et j’en passe. Bien sûr, des problèmes de santé qui risquent de se déclarer dans bien des années ne réussissent pas toujours à maintenir votre motivation; envisagez donc ce qui suit :

  • Fumer n’est pas si sexy. Une langoureuse bouffée de fumée peut avoir un certain attrait, mais une mauvaise haleine et des érections tombantes n’ont rien de bon au lit.
  • Qui veut subir encore plus de la stigmatisation? L’odeur de la fumée dérange un nombre croissant de non-fumeurs; entretemps, les gouvernements imposent de plus en plus de restrictions sur l’utilisation de tabac dans les endroits publics, et les fumeurs sont donc toujours plus stigmatisés.
  • Le tabagisme coûte cher : le fumeur canadien moyen fume 14,7 cigarettes par jour et dépense 2 365 $ par année pour des produits du tabac. Assez parlé.
  • Lorsque vous vous serez débarrassé de cette habitude, les aliments goûteront meilleurs… et sentiront meilleurs aussi.
  • De plus, votre odorat sera plus fin! Vous n’aurez plus mauvaise haleine. Vos vêtements, vos doigts et vos cheveux ne sentiront plus la fumée.
  • Vous vous sentirez mieux dans votre peau (ce fut le cas pour moi) et les autres vous respecteront pour ce que vous avez accompli.

En ce qui concerne le meilleur moment pour arrêter, il n’y a rien de mieux que le moment présent. N’oubliez pas cependant qu’il est préférable d’être entièrement préparé. Il ne faut pas prendre à la légère le fait d’écraser, car cela entraîne des ajustements importants dans vos habitudes, ce qui influera sur votre santé et même votre estime de soi. Prenez donc cela au sérieux. Dites « j’écrase » et soyez sérieux. ✚
 

L’ex-fumeur Bob Leahy est rédacteur de PositiveLite.com, le magazine canadien en ligne sur le VIH. Il habite en région rurale en Ontario avec son partenaire depuis 32 ans et ses trois chiens, dont aucun ne fume.