Vision positive

été 2012 

De l’injection à l’infection

Une docteure canadienne conseille aux personnes séropositives ayant des implants faciaux de redoubler de prudence lorsqu’elles subissent des interventions dentaires.

 

Au début des années 2000, l’amaigrissement du visage (dû à la perte de graisse sous-cutanée, en particulier dans les joues) était une grande cause d’inquiétude pour les personnes séropositives ­suivant une thérapie anti-VIH. Avec son creusement typique des joues qui donne une apparence décharnée, l’amai­grisse­ment du visage peut entraîner une grande détresse psychologique et émotionnelle. Il peut avoir des effets négatifs sur l’estime de soi et engendrer une énorme stig­ma­tisation sociale, car il identifie les personnes comme étant séropositives. Il va sans dire que nombre de personnes vivant avec le VIH et souffrant de cet état ont cherché des façons de l’améliorer.

Un lien a été établi entre l’amaigrissement du visage et la prise de médicaments anti-VIH comme le d4T (la stavudine et le Zerit) et, dans une moindre mesure, l’AZT (la zidovudine, et aussi dans le Combivir et le Trizivir). Heureusement, ces médicaments, le d4T en particulier, ne sont plus d’usage courant au Canada grâce à la disponibilité de nouveaux médicaments. Par conséquent, l’amaigrissement du visage ne cause plus autant de problèmes de nos jours. Le changement de médicaments a réussi à arrêter l’amaigrissement sans toutefois produire l’effet inverse dans la majeure partie des cas.

Parfois, les personnes séropositives ont eu recours à des produits de comblement du visage, des polymères synthétiques injectés sous la peau, afin de ­remplacer la perte de graisse sous-­cutanée. Sculptra, un implant contenant de l’acide L-polylactique, était un produit couramment utilisé. Cependant, il est absorbé dans le corps après quelques années, ce qui nécessite l’injection de nouveaux implants. Le gel polyalkylimide (Bio-Alcamid) est un autre produit qui a été utilisé. Au début, il semblait que le Bio-Alcamid avait des avantages car, contrairement à Sculptra, il s’agissait d’un implant permanent qui ne se dé­gradait pas. Toutefois, des rapports ont commencé à émerger de l’Europe occidentale mentionnant la présence d’inflammation et d’infections aussi bien chez des personnes séropositives que séronégatives qui avaient reçu des implants de Bio-­Alcamid. Par conséquent, plusieurs sociétés de chirurgiens plasticiens déconseillent à l’heure actuelle l’utilisation de Bio-Alcamid et d’autres implants permanents.

La découverte d’infections

En 2005, Sculptra n’était pas encore disponible au Canada — il ne le serait qu’à la fin de l’année 2009 — et Bio-­Alcamid en était encore au stade expé­rimental. La Dre Mona Loutfy, qui est ­infectiologue à la Maple Leaf Medical ­Clinic de Toronto, et ses collègues ont mené une étude auprès de 36 participants afin d’évaluer l’implant permanent. Au dé­part, l’étude n’était prévue que pour deux ans; cependant, la Dre Loutfy a commencé à déceler des infections et autres complications chez les participants de l’étude et chez d’autres personnes qui avaient reçu des produits de comblement du visage. L’équipe de recherche a décidé de continuer l’étude sur une durée de quatre ans et prévoit maintenant de la poursuivre pour un total de 10 ans.

À la fin de l’année 2011, l’équipe de recherche a fait un rapport sur l’étude de quatre ans. Le rapport a confirmé que le Bio-Alcamid peut causer des complications à long terme, l’infection étant l’une des complications les plus courantes relevées dans l’étude. Le rapport a aussi révélé que sur une moyenne de trois ans après l’injection, environ une personne sur quatre avait développé une infection confirmée ou soupçonnée dans le visage. Dans certains cas, ces infections causaient de sérieux problèmes et nécessitaient un traitement antibiotique à long terme et un recours à la chirurgie.

Le lien avec les interventions dentaires

Fait intéressant, l’équipe de recherche a constaté que les personnes présentant des infections confirmées avaient subi des interventions dentaires. Il est possible que ces soins, y compris les nettoyages dentaires de routine, aient endommagé ou contaminé les implants de Bio-Alcamid par des bactéries qui ont provoqué des infections. Par conséquent, la Dre Loutfy recommande que « toute personne séropositive ayant des im­plants faciaux devrait toujours prévenir les professionnels de santé bucco-­dentaire — dentiste, hygiéniste et chirurgien — qu’elle a des implants avant de subir tout soin dentaire ».

La Dre Loutfy recommande aussi aux professionnels de santé bucco-dentaire d’éviter les injections dans les gencives supérieures allant vers la joue, car cela pourrait perforer l’implant et causer une infection. Elle suggère aussi aux dentistes d’administrer aux patients qui ont des implants faciaux un antibiotique à large spectre une heure avant l’intervention dentaire, y compris lors d’un nettoyage dentaire de routine, afin de réduire le risque d’infection.