Vision positive

été 2011 

Le droit à la parole

Le 4 juin 1989, à Montréal, quelque 300 manifestants ont pris d’assaut la cérémonie inaugurale du 5e Congrès international sur le sida pour revendiquer le droit à la parole. Tim McCaskell nous fait part de ses réflexions sur ce moment décisif de la lutte contre le sida des militants canadiens.


JE N’AVAIS PAS ÉTÉ très ouvert publiquement à propos de ma séropositivité, jusqu’au moment où cette photo a été prise lors du Congrès international sur le sida (Montréal, 1989). C’était l’époque où l’on craignait bel et bien que les autorités de santé publique commencent à mettre en quarantaine les personnes vivant avec le VIH. Il régnait une grande hystérie. J’avais donné des entrevues à des médias pour le groupe militant torontois AIDS ACTION NOW! (AAN!), mais la séropositivité d’un individu n’était pas quelque chose que la plupart des reporters polis avaient le cran d’aborder au Canada.

ACT UP New York, AAN! et le collectif montréalais Réaction Sida avaient décidé de manifester à l’extérieur du Palais des congrès, pendant la cérémonie d’ouverture. Mais à la dernière minute, les gens de ACT UP NY se sont rués à l’intérieur et nous les avons tous suivis. En moins de deux, nous étions tous sur la scène, avec nos pancartes et nos banderoles.

La grande salle était remplie de délégués qui s’attendaient à voir arriver le premier ministre Brian Mulroney, pour inaugurer le congrès. Mais ils ont plutôt eu droit à une bande de militants en colère. Nous n’avions rien préparé, et puisque j’étais porte-parole de l’AAN!, le plus important groupe militant pour la lutte contre le sida au Canada, à l’époque, quelqu’un m’a tendu le microphone. J’ai donc officiellement déclaré ouvert le congrès « au nom des personnes vivant avec le sida, au Canada et dans le monde ». J’ai poursuivi en dénonçant l’inaction du gouvernement Mulroney en matière de sida. Avant de quitter la scène, nous avons lu à haute voix le Manifeste de Montréal, une déclaration des droits universels et des besoins des personnes vivant avec le VIH/sida.

L’épisode s’est révélé être un moment décisif, mais je n’en savais rien à l’époque. La plupart d’entre nous pensions davantage à rester en vie qu’à entrer dans l’histoire. Pourtant, il était clair que dorénavant les personnes vivant avec le VIH/sida ne seraient plus des observateurs extérieurs, mais prendraient part aux discussions sur cette épidémie. On nous ferait une place à la table — ou alors nous la prendrions nous-mêmes.

Images fixes de The World Is Sick : John Greyson