Vision positive

été 2011 

Demandez aux experts : La santé vaginale

Il est difficile de trouver de l’information sur le VIH et les questions relatives à la santé des femmes. Eh oui, je parle bien de la contraception, des infections à levures et de la ménopause. En tant que femme vivant avec le VIH, que dois-je savoir à propos de la santé de mes parties intimes? – E.R., Kamloops, Colombie-Britannique

entrevues par Jennifer McPhee


MONA LOUTFY, M.D.  

Spécialiste des maladies infectieuses
Women’s College Hospital
Toronto

Certaines affections gynécologiques touchant de nombreuses femmes se produisent encore plus fréquemment chez celles vivant avec le VIH, mais elles sont plus graves et plus difficiles à traiter. La liste inclut : les infections à levures et la vaginose bactérienne; les infections transmissibles sexuellement (ITS) comme la chlamydia, la gonorrhée, l’herpès et la syphilis; et la maladie inflammatoire pelvienne, une infection bactérienne potentiellement grave de l’appareil génital.

Les infections à levures récurrentes peuvent être un signe avertisseur de la présence du VIH chez les femmes séropositives non diagnostiquées. Pour les femmes vivant avec le VIH, la récurrence d’infections à levures peut indiquer un affaiblissement du système immunitaire.

On donne généralement les mêmes traitements pour ces infections courantes, que la femme touchée soit séropositive ou pas. Toute femme séropositive doit savoir que la présence d’une ITS augmente son risque de transmettre cette ITS et le VIH. Il est possible de réduire les risques de transmission d’ITS en se servant d’un condom lors des relations sexuelles. La vaginose bactérienne peut aussi accroître le risque de transmettre le VIH à une autre personne.

Les femmes vivant avec le VIH sont plus souvent porteuses de souches problématiques d’un virus transmissible sexuellement courant appelé VPH (virus du papillome humain). Ces souches peuvent causer des verrues génitales, la dysplasie cervicale — changement anormal dans le col de l’utérus qui peut évoluer en cancer s’il n’est pas détecté — et le cancer du col.

Dans l’année suivant son diagnostic du VIH, une femme devrait prendre rendez-vous pour un examen pelvien, y compris un test Pap, tous les six mois. Son médecin examinera l’intérieur et l’extérieur de sa région pelvienne et prélèvera un petit échantillon de cellules sur le col de son utérus afin de détecter des signes de dysplasie ou de cancer ou de toute autre maladie ou infection. Si ces tests ne révèlent aucun problème important, un examen pelvien et un test Pap annuels seront suffisants.

Malgré son taux d’échec relativement élevé à titre de contraceptif, soit 12 %, le condom demeure la méthode contraceptive la plus importante et la plus utilisée par les femmes séropositives parce que c’est la seule qui permet de prévenir la transmission du VIH et de la plupart des autres ITS. Pour prévenir la grossesse, on devrait utiliser une deuxième méthode contraceptive en association avec le condom. Cela est particulièrement important dans les situations où la femme a peu de contrôle sur le moment ou la manière dont ses relations sexuelles se déroulent.

Certaines femmes choisissent la contraception orale (pilule anticonceptionnelle). Cependant, les femmes séropositives doivent savoir qu’il peut y avoir des interactions entre certains médicaments anti-VIH et les hormones présentes dans beaucoup de pilules anticonceptionnelles. Parlez à votre médecin de vos options en matière de contraception si vous prenez l’un des médicaments suivants :

  • atazanavir (Reyataz; potentialisé ou non avec du ritonavir [Norvir])
  • darunavir (Prezista) potentialisé par ritonavir
  • fosamprénavir (Telzir; potentialisé ou non avec du ritonavir)
  • Kaletra (lopinavir / ritonavir)
  • névirapine (Viramune)
  • saquinvair (Invirase) potentialisé par ritonavir
  • tipranavir (Aptivus) potentialisé par ritonavir

Il existe des formes de contraception hormonale, y compris par injection ou dispositif intra-utérin, qui contiennent des hormones différentes. Demandez à votre médecin si celles-ci pourraient vous convenir.


TASLEEM KASSAM, N.D.

Directrice clinique
Effective Health Solutions
Calgary

De nombreuses femmes vivant avec le VIH souffrent d’infections à levures réfractaires qui ne veulent pas guérir. Les naturopathes recommandent des modifications alimentaires pour combattre les infections à levures chroniques. Puisque les levures se nourrissent de sucre, je vous conseille d’éviter le plus possible les sucres simples et les glucides raffinés et de choisir à leur place des légumes et des aliments riches en protéine. Aucun régime alimentaire ne doit être poussé à l’extrême; une variété d’aliments frais et non transformés est la meilleure recette pour une santé optimale.

Sachez aussi que les suppléments de probiotiques sont utiles pour restaurer l’équilibre de la flore vaginale (bactéries saines). Trop souvent, nous ignorons que notre nourriture contient des antibiotiques qui nuisent aux bactéries bénéfiques qui sont essentielles non seulement à la santé de l’appareil gastro-intestinal, mais aussi à celle du vagin et du système immunitaire.

Lorsque je diagnostique une infection à levures, je recommande aux femmes d’essayer en alternance une douche vaginale aux probiotiques et un pessaire à l’ail. Pour fabriquer la solution pour la douche, mélangez 1⁄8 de tasse d’eau tiède avec 1⁄4 à 1⁄2 cuillerée à thé de poudre probiotique (on peut s’en procurer dans les magasins de produits de santé ou il suffit de briser des capsules de probiotiques). La première nuit, avant de prendre votre douche, rincez copieusement votre vagin avec la solution à l’aide d’une poire vaginale (disponible dans n’importe quelle pharmacie). Une grande seringue ferait l’affaire aussi. Assurez-vous d’utiliser de l’eau tiède, car l’eau chaude tue les bactéries vivantes et l’eau froide crée une sensation désagréable.

La nuit suivante, je conseille à mes patientes d’utiliser un pessaire à l’ail. Pelez une gousse d’ail — tâchez de ne pas la percer afin de ne pas laisser échapper son jus potentiellement irritant — et emballez-la avec de la gaze. Façonnez une queue avec la gaze pour que le pessaire soit facile à retirer. Enduisez le pessaire d’un peu d’huile de coco ou d’olive en guise de lubrifiant, puis insérez-le le plus profondément possible dans votre vagin et laissez-le en place toute la nuit. L’ail contient de l’allicine, un composé naturel qui aide à tuer les levures. Comme l’ail est aussi un agent antibactérien, il peut être utile contre des infections comme la vaginose bactérienne.

Les naturopathes soulignent l’importance de tenir compte de l’équilibre écologique de l’organisme dans le cadre du traitement de l’infection, au lieu de se contenter de prendre les médicaments sur ordonnance d’usage courant. En effet, c’est comme si on essayait de détruire les pissenlits sans en arracher les racines — on peut bien se débarrasser de l’infection du moment, mais rien ne l’empêchera de revenir.


DEBBIE KELLY, Pharm.D.

Pharmacienne
Newfoundland and Labrador HIV Clinic
St. John’s

Dans la plupart des cas, on donne les mêmes traitements pour les infections à levures, que la femme touchée soit séropositive ou pas. Pour un premier traitement, j’ai tendance à préférer les crèmes antifongiques et les ovules (comme le Monistat) à la prise d’un comprimé unique de fluconazole parce que je veux minimiser le risque de résistance à ce médicament. Si vous prenez régulièrement des comprimés de fluconazole comme mesure préventive — approche plus courante dans le cas des infections à levures de la bouche et de la gorge, comparativement aux infections vaginales — votre médecin voudra vérifier les possibilités d’interactions entre le fluconazole et vos médicaments anti-VIH.

Pour traiter la vaginose bactérienne, on prescrit habituellement l’antibiotique métronidazole (Flagyl). Ce médicament peut vous rendre horriblement malade si vous buvez de l’alcool pendant votre traitement, alors évitez d’en boire jusqu’à deux ou trois jours après le traitement. Si cela est impossible, demandez à votre médecin de vous parler de l’antibiotique clindamycine. Notez bien que la métronidazole, la clindamycine et certains autres antibiotiques peuvent perturber l’équilibre naturel des bactéries vaginales et accroître ainsi le risque d’infections à levures. La clindamycine peut aussi provoquer de la diarrhée, surtout si vous en souffrez déjà à cause de vos médicaments anti-VIH.

Chez les personnes vivant avec le VIH, les poussées d’herpès simplex sont souvent plus graves, plus fréquentes et durent plus longtemps. Je prescris des antiviraux à mes patientes afin qu’elles puissent commencer à en prendre dès qu’elles remarquent une lésion ou la sensation de picotement qui précède une poussée. Cela aide beaucoup à atténuer les poussées douloureuses.

L’acyclovir (Zovirax) et le valacyclovir (Valtrex) sont deux médicaments contre l’herpès qui risquent de faire augmenter les taux de ténofovir (Truvada et dans Atripla). Alors, si vous prenez l’un ou l’autre de ces médicaments pendant longtemps, votre médecin devrait vous suivre de près afin de pouvoir détecter tout effet indésirable. Ces médicaments peuvent nuire à la santé des reins, entre autres.


CHERYL COLLIER, R.D.

Diététiste clinicienne
Oak Tree Clinic
Vancouver

Les médias ont publié des tas d’articles sur le « régime Candida » pour la prévention ou le traitement des infections à levures. Les partisans de ce régime alimentaire riche en légumes et en protéines nous conseillent d’éviter les sucres simples et de nombreux autres aliments, tels que certains produits laitiers et fruits, les légumes riches en amidon et les féculents contenant du gluten (tout produit fait de blé ou de céréales apparentées comme l’orge ou le seigle). Les données actuelles ne permettent pas de prôner l’élimination de tous ces aliments comme moyen de prévenir ou de traiter les infections à levures, mais il est toujours utile de limiter sa consommation de sucres simples et de glucides raffinés. J’encourage les femmes vivant avec le VIH à reconnaître qu’une alimentation équilibrée est importante pour obtenir tous les éléments nutritifs nécessaires à une bonne santé.

Les femmes souffrant d’un diabète non maîtrisé courent des risques accrus d’infections à levures. Pour cette raison et pour d’autres aussi, il est important de contrôler son diabète, ce qui demande une collaboration étroite avec son médecin. On encourage les femmes dont le diabète n’est pas contrôlé à manger régulièrement des repas équilibrés, à choisir des aliments riches en fibres et à limiter leur consommation de glucides raffinés, afin de mieux contrôler leur glycémie. En complétant cette approche par d’autres stratégies, comme l’activité physique et la prise de médicaments antidiabétiques lorsqu’ils sont prescrits, on peut espérer mieux contrôler sa glycémie et réduire le risque d’infections à levures récurrentes.

On s’intéresse de plus en plus aux préparations de probiotiques pour la prévention ou le traitement des infections à levures et le traitement de la vaginose bactérienne. Même si les études sur cette question se multiplient, il n’y a pas encore de preuves suffisantes à l’égard de ces produits. C’est un domaine de recherche difficile parce que les études sont souvent de petite envergure et les traitements probiotiques étudiés peuvent varier beaucoup. Il faudra des études de qualité pour mieux comprendre le rôle que pourraient jouer les probiotiques dans le traitement des infections vaginales.

Enfin, les femmes ménopausées devraient boire suffisamment de liquides pour rester bien hydratées et aider à prévenir la sécheresse vaginale. Cette règle s’applique à toutes les femmes, mais elle mérite d’être répétée parce que, malgré sa très grande importance, on a tendance à l’oublier dans le courant de nos journées chargées. Si vous souffrez de sécheresse vaginale, parlez-en à un professionnel de la santé, comme votre médecin de famille, infirmière ou gynécologue.

Interactions avec les plantes médicinales

Certaines plantes médicinales interagissent avec des médicaments en vente libre et sur ordonnance, y compris nombre de médicaments contre le VIH. Ces interactions peuvent compromettre l’efficacité des médicaments ou en intensifier les effets secondaires. N’oubliez pas d’aviser votre médecin de tous les remèdes à base de plantes médicinales, les suppléments et les autres thérapies complémentaires que vous prenez.