Vision positive

été 2011 

Françoise Grothé (printemps / été 2004)

66 ans
Retraitée
Montréal
Vit avec le VIH depuis 28 ans
Compte de CD4 : 980
Charge virale : indétectable

« Une personne aventureuse et insouciante. »

Comment décririez-vous votre santé?
Ma santé était excellente jusqu’en novembre dernier. Je me suis fait vacciner contre la grippe et quelques jours plus tard, j’ai commencé à me sentir vraiment malade, mais comme chaque fois que je reçois ce vaccin, je ne me sens pas bien, je n’en ai pas fait grand cas. En décembre, mes jambes et mes bras me faisaient atrocement souffrir, et mon médecin m’a envoyée à l’urgence. J’ai passé deux semaines à l’hôpital, mais personne ne savait ce que j’avais. Ma santé se détériore encore. Un de mes bras ne fonctionne pas et je marche pratiquement comme une paraplégique. Mes jambes n’arrivent plus à soutenir mon corps. C’est vraiment l’enfer, et ils ne savent toujours pas ce qui m’arrive. Je me suis couchée un soir en parfaite santé et je me suis levée le lendemain en étant la moitié de moi-même. Hier, je ne pouvais pas couper une patate et j’ai pleuré durant deux heures. Avant tout ça, j’étais en parfaite santé, je faisais de la bicyclette une heure par jour, et c’est donc très difficile pour moi de ne pas associer cette incapacité au vaccin. Mais j’espère que c’est seulement viral et que j’irai bientôt mieux.

Faites-vous face à des enjeux particuliers en ce qui a trait au VIH ou à votre traitement?
Non. Je prends le même cocktail de médicaments depuis huit ans et ça va très bien.

Vous êtes apparue en page couverture de notre magazine printemps / été 2004 pour un article-vedette sur les survivants de longue date. Ça fait maintenant six ans de cela. Comment vous sentez-vous?
Eh bien, je suis encore en vie. En 2013, ça fera 30 ans. Je suppose donc que je suis vraiment une survivante de longue date.

Avez-vous fait face à de gros changements dans votre vie depuis votre apparition en page couverture?
J’ai fait le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce fut la plus grande réalisation de toute ma vie. J’ai traversé toute l’Espagne, soit 580 km, ce qui m’a pris deux mois. Je marchais de 15 à 20 km par jour, avec mon sac à dos de dix kilos.

Comment décririez-vous cette époque du sida?
Latente. Il ne se passe rien.

Dans 10 ans…
Mon dieu! Je serai probablement morte. J’aurai 76 ans, vous vous imaginez! Si ma santé revient à ce qu’elle était avant le mois de novembre, pas de problème, mais si je me sens comme aujourd’hui, j’espère de tout mon cœur ne plus être de ce monde.

Quelle chanson représente la piste sonore de votre vie?
« My Way » de Frank Sinatra. Ça vous montre à quel point je suis vieille.

Note du rédacteur : On a fini par diagnostiquer la maladie de Lou-Gehrig chez Françoise Grothé. « Une fois que ma mère a reçu son diagnostic et appris que cette maladie était dégénérative, elle a perdu le goût de vivre », a déclaré sa fille Nathalie. « Elle a vécu une vie si remplie qu’elle ne souhaitait pas être un fardeau pour nous ou pour la société. Tous ses amis et sa famille sont venus tous les jours pour la visiter jusqu’à la fin. Tout le monde l’adorait. » Françoise est décédée le 31 mars 2011.