Vision positive

été 2007 

Quête de la vision

Un artiste autochtone donne un sens à sa vie en s’inspirant du message que lui transmettent ses ancêtres.

Artiste : WABISHKI MYEENGUN

(Traduction : Le loup blanc), 45 ans
Toronto
Date du diagnostic du VIH : 2005
Œuvre d’art : Watching Over, 2007
18" x 24", acrylique sur toile

TOUS LES MESSAGES que je m’efforce de transmettre par l’intermédiaire de mes oeuvres s’inspirent des connaissances ancestrales que les peuples autochtones ont acquises au fil des siècles. Je m’intéresse tout particulièrement aux enseignements fondés sur les quatre points cardinaux — Nord, Sud, Est, Ouest. De chaque point cardinal nous viennent des dons et des vertus qui contribuent au grand cycle de la vie. Par mes toiles, je tente d’enseigner ce que devrait être l’essence de notre vie en tant qu’Autochtones. Nous nous sommes égarés, mais, petit à petit, nous retrouvons notre chemin. Aussi, j’espère que mon art pourra contribuer, un peu, à changer les choses.

Les idées de départ de mes oeuvres sont toujours liées à l’aide qu’on peut apporter à autrui, comme ces toiles où des adultes enseignent à des enfants la réduction des méfaits et les pratiques sexuelles sans risque. Le VIH a influé beaucoup sur mon travail d’artiste. C’est un peu comme si, subitement, j’avais atteint la maturité. Les gens s’intéressent au message d’amour et de respect que je m’efforce de transmettre. Pour les gens atteints du VIH, du cancer ou souffrant d’une dépendance, l’amour et le respect peuvent faire une différence. C’est ce que je tente d’illustrer dans mes peintures.

J’aime peindre à l’acrylique sur de grandes toiles. La plupart du temps, je peins en couleur, à l’image de mes rêves, qui sont très colorés et saisissants. Toutes mes toiles sont la transposition d’une vision qui a surgi en moi. C’est un don que j’ai reçu du Créateur. Le plus souvent, les images que je distingue en mon for intérieur sont déjà colorées et il ne me reste plus qu’à disposer les couleurs aux bons endroits sur la toile. Lorsque j’ai terminé une toile — c’est-à-dire après avoir consommé une quantité appréciable de pointes de pizza et de marijuana thérapeutique — je m’assois et je regarde mon œuvre, puis je me dis « Wow! C’est moi qui ai fait ça! ». Mon style artistique a évolué au cours des 20 dernières années. J’ai suivi une formation structurée au Nova Scotia College of Art and Design qui m’a permis d’acquérir les bases de mon art.

Je suis un homme autochtone (Lakota et Ojibwa) qui s’est engagé dans un processus de guérison personnel et qui tente de s’en sortir tout en prenant soin de sa famille. J’ai contracté l’hépatite C et je souffre d’une cirrhose du foie (j’ai été, à une certaine époque, un « mauvais garçon »), mais je ne recours pas à la médecine conventionnelle. Il existe des médecines parallèles qui donnent de bons résultats, du moins en ce qui me concerne. Lorsque mon corps est assailli par la douleur, je me prépare une bonne tisane de marijuana, qui aide à calmer la douleur sans me rendre malade. Je suis tellement reconnaissant envers la Medical Compassion Clinic, car c’est là que j’ai trouvé le plus de soutien depuis mon diagnostic. La découverte de la clinique et l’obtention de mon permis de consommation de marijuana à des fins médicinales ont été, pour moi, le premier pas sur le chemin de la guérison.

La peinture m’offre un exutoire et un moyen de m’exprimer. Je crois sincèrement que nos ancêtres me parlent par l’intermédiaire de mon art. Lorsque je suis stressé, j’extériorise mon mal-être sur une toile et je crée des oeuvres que les gens apprécient vraiment. J’espère que mes peintures toucheront des gens et que ces gens, à leur tour, feront une différence dans le monde.

Je me rends bien compte que je ne suis pas un titan invincible — je suis mortel. Le fait que je sois atteint du VIH me donne du courage. Je veux utiliser mes forces et mes talents pour faire le plus de bien possible avant que cette « chose » ne me terrasse et me rende incapable de peindre.

— Raconté à RonniLyn Pustil

Art positif est une initiative qui incite les artistes visuels vivant avec le VIH à partager leur expérience de la maladie par leur art. Ce programme a été lancé en 2005 par CATIE, en partenariat avec Gilead Sciences Canada, Inc.

Photographie : Boa Repro