Vision positive

été 2007 

Pause-Jasette : Le facteur « pairs »

entrevues réalisées par RonniLyn Pustil

CHANTALE PERRON, 40 ans

Coordonnatrice du projet carcéral Sentinelle Bleue, CAPAHC; Agente de liaison, Méta D’Ame
Laval, Québec
Diagnostic du VIH et du VHC reçu en 1992

AU TRAVAIL : Je suis une femme vivant avec le VIH et le VHC (hépatite C). Pendant 10 ans, j’ai consommé des drogues injectables. Depuis octobre 2006, je suis responsable d’un projet intitulé Sentinelle Bleue. Ce projet vise principalement à s’assurer que les détenus des pénitenciers fédéraux québécois atteints du VIH (et/ou du VHC) savent vers quels organismes se tourner pour obtenir des services de santé une fois libérés. Le counseling par les pairs n’est qu’un des aspects de mon travail.

PRINCIPALE MOTIVATION : En 1998, j’ai décidé de chercher un travail qui m’amènerait à mettre à profit mon expérience personnelle pour aider les autres. Ma principale motivation était de faire en sorte que les gens ne souffrent pas autant que j’ai souffert chaque fois que j’ai tenté de cesser de consommer de l’héroïne et de leur offrir le soutien que j’aurais tant souhaité recevoir.

PRÉOCCUPATIONS COURANTES : La plupart de mes clients parlent beaucoup du traitement du VIH ou du VHC — des ratés de la thérapie ou des effets secondaires pénibles. Toutefois, ils ont également quantité d’autres préoccupations qu’ils n’abordent pas avec autant de facilité. Lorsque la relation d’aide s’étend sur une longue période ou qu’elle comporte plusieurs rencontres, les préoccupations qui ressortent le plus souvent sont le manque d’argent, la difficulté à trouver un emploi, la solitude, la recherche d’un amoureux et la peur d’être rejeté.

LA PLUS BELLE RÉCOMPENSE : Lorsque les personnes à qui j’apporte mon aide me disent qu’elles se sentent mieux.

LE PLUS GRAND DÉFI : Le fait de ne pas être reconnue comme une professionnelle par certains collègues, en particulier ceux qui détiennent un diplôme ou un titre officiel.

UN PLUS : Je crois que mes expériences personnelles me permettent de mettre à l’aise plus rapidement les personnes qui me consultent. Il est plus facile pour une personne atteinte du VIH ou du VHC, et en particulier pour les détenus, de s’ouvrir à un pair-conseiller et de lui faire confiance, car la crainte d’être jugé est beaucoup moins présente.

CONSEIL DE PAIR : Premièrement, vous devez prendre soin de vous-même, car pour être en mesure d’aider les autres, il vous faut d’abord régler vos propres problèmes. Puis, si vous souhaitez être considéré comme un professionnel, agissez comme tel! Investissez-vous dans votre travail, renseignez-vous sur les derniers développements dans le domaine et soyez franc et ponctuel.

KEN WARD, 50 ans

Prévention de la criminalité, Enoch Cree Nation
Edmonton
Diagnostic du VIH reçu en 1989

AU TRAVAIL : Lorsque, en 1990, je me suis affiché publiquement en tant que séropositif, je suis devenu l’« enfant-vedette » de VIH de la communauté autochtone du Canada. Les gens voulaient savoir quelles mesures je prenais pour demeurer en santé.

PRINCIPALE MOTIVATION : J’ai décidé de devenir pair-conseiller en raison de l’expérience positive que j’ai tirée du soutien que m’ont apporté des pairs-conseillers après mon diagnostic. Ils ont joué dans ma vie un rôle vital. Je ne comprenais pas la maladie et sa terminologie, et des pairs m’ont tout expliqué en des termes simples. Comme j’avais peur et que je me sentais menacé, je voulais comprendre comment le VIH agissait et ce que les gens faisaient pour vivre avec la maladie afin d’apaiser mes craintes. Le fait de parler avec des pairs m’a procuré un certain réconfort et m’a permis de mieux comprendre ce qui m’arrivait.

PRÉOCCUPATIONS COURANTES : Les préoccupations les plus fréquentes des gens auprès de qui je travaille — les ex-détenus autochtones et les personnes aux prises avec des problèmes de consommation — sont l’itinérance, le début d’une thérapie antirétrovirale et la relation médecin-patient.

LA PLUS BELLE RÉCOMPENSE : Aider les gens à se doter d’une structure de vie, à combler leurs besoins fondamentaux, et à accepter leur séropositivité et à vivre sereinement avec la maladie. De temps à autre, certaines des personnes que j’ai aidées et qui s’en tirent bien aujourd’hui reviennent me dire merci.

LE PLUS GRAND DÉFI : Mon plus grand défi consiste à travailler avec des personnes à très haut risque aux prises avec des problèmes de consommation — et tout ce qui s’ensuit. Obtenir un soutien de la part de la famille n’est pas chose facile pour les séropositifs et les consommateurs de drogues; encore aujourd’hui, les personnes vivant avec le VIH sont stigmatisées et victimes de discrimination. Aider les gens à franchir ces barrières est un défi de taille.

UN PLUS : La spiritualité occupe une place importante dans ma vie et je m’interroge beaucoup à ce sujet. Je m’efforce d’observer les coutumes traditionnelles en participant aux prières, aux corvées et autres cérémonies. Aussi, en tant qu’ancien consommateur de drogues injectables, je sais quels efforts il faut déployer pour ne pas faire de rechute.

CONSEIL DE PAIR : Menez une vie équilibrée et veillez à préserver votre santé et votre énergie. Faites preuve d’empathie et de compassion, mais prenez garde de ne pas endosser les émotions des autres. Établissez clairement les limites.

RICHARD NERON, 37 ans

Coordonnateur de l’hébergement, Comité SIDA de Terre-Neuve-et-Labrador
St. John’s
Diagnostic du VIH reçu en 1988

AU TRAVAIL : Je travaille principalement auprès des PVVIH sans-abri et je défends leurs droits — les femmes qui fuient une situation de violence, les adolescents chassés de chez eux et les personnes ayant des problèmes de consommation. Mon rôle consiste à gérer et à coordonner l’hébergement et les unités d’habitation-soutien.

PRINCIPALE MOTIVATION : J’ai appris que j’étais séropositif alors que je n’avais que 19 ans et ce fut pour moi une expérience très difficile. J’avais le sentiment d’être seul au monde. Lorsque j’ai commencé à prendre part aux activités de Positive Youth Outreach, un organisme de Toronto, j’ai constaté que je n’étais pas seul — que d’autres jeunes étaient dans le même bateau que moi. Je travaille bénévolement à titre de pair-conseiller, car je veux donner en retour à la communauté qui m’a tant aidé.

PRÉOCCUPATIONS COURANTES : Les relations et la sexualité, la santé mentale, l’hébergement, la famille, le travail, les études et la discrimination.

LA PLUS BELLE RÉCOMPENSE : Le fait qu’une personne que j’ai aidée aille bien et qu’elle affirme que j’y suis pour quelque chose et me remercie me rend très heureux et me procure un sentiment de bien-être — et lorsqu’on se sent bien notre système immunitaire ne s’en porte que mieux.

LE PLUS GRAND DÉFI : Nous pouvons seulement donner des conseils — ce que les gens en font les regarde, nous ne pouvons pas agir à leur place. Aussi, il est difficile de ne pas s’attacher aux gens parce qu’on comprend très bien ce qu’ils vivent et qu’on sait qu’il s’agit d’une situation difficile.

UN PLUS : Le client a quelqu’un à qui parler, quelqu’un qui l’aidera de toutes les manières possibles. J’ai moi-même été sans-abri, alors je sais ce qu’il leur faut traverser et je compatis.

CONSEIL DE PAIR : Soyez réellement à l’écoute de la personne que vous aidez et faites-lui des suggestions. Évitez de lui dire qu’elle devrait faire ceci ou cela. Elle est maître de sa vie. Contentez-vous d’être là pour elle.

JOHN CAMERON, 60 ans

« Reine déchue et fourbue vivant avec le sida »
Bénévole
Richmond, C.-B.
Diagnostic du VIH reçu en 1994

AU TRAVAIL : Au fil des années, j’ai travaillé auprès des gens des banlieues, de la communauté gaie, des toxicomanes et des Autochtones. Je consacre la moitié de mon temps de travail à siéger à des comités et à gérer des communications. Je passe l’autre moitié dans la rue à travailler directement auprès des gens.

PRINCIPALE MOTIVATION : Après avoir reçu mon diagnostic de VIH, j’ai commencé à faire du zona, puis j’ai développé une forme aiguë du syndrome cachectique, si bien que les médecins m’ont annoncé que j’étais en phase terminale. Ici, à Richmond, il n’y avait ni soutien, ni services pour les PVVIH, mais il n’était pas question que je quitte la communauté où j’avais passé toute ma vie. Je me suis juré que si je survivais, j’allais tout faire pour changer les choses afin que les gens séropositifs puissent avoir accès à des services et à tout ce qui n’existait pas lorsque j’ai reçu mon diagnostic.

PRÉOCCUPATIONS COURANTES : Il y a d’abord la question de ceux et celles qui viennent tout juste de recevoir leur diagnostic : « Qu’est-ce que je fais? ». Je leur donne des conseils et je les dirige vers des spécialistes. La deuxième question est la suivante : « Quand dois-je commencer à prendre des médicaments? ». Je conseille les gens quant au moment propice pour commencer un traitement et leur explique comment le suivre. J’insiste toujours sur l’importance de suivre la thérapie antirétrovirale à la lettre. Viennent ensuite quantité de questions sur la santé, les problèmes attribuables au traitement et les difficultés quotidiennes liées à la vie avec le sida.

LA PLUS BELLE RÉCOMPENSE : Lorsque je marche sur la rue, les gens me reconnaissent — c’est ma récompense. Et, en plus, je me suis fait un tas de nouveaux amis, avec qui j’ai beaucoup de plaisir à discuter.

LE PLUS GRAND DÉFI : Se tenir au fait des derniers développements en matière de médicaments et de protocole thérapeutique.

UN PLUS : Quoi que je fasse, je m’assure que les gens aient de quoi se nourrir.

CONSEIL DE PAIR : Considérer les PVVIH comme vos égales, et non uniquement comme vos clients.

 

JOAN McLAWRENCE, 37 ans

Conseillère en traitement et pair-mentor
Toronto
Diagnostic du VIH reçu en 2002

AU TRAVAIL : J’accompagne les gens à leur rendez-vous chez le médecin, je les amène s’acheter des vêtements, je surveille leurs enfants, je vais avec eux à des réunions d’OLS, je leur sers de guide s’ils viennent tout juste d’immigrer au Canada. Je suis à l’écoute des problèmes, des préoccupations, des besoins et des désirs de mes clients… bref nous abordons tous les sujets dont ils souhaitent discuter.

PRINCIPALE MOTIVATION : Plus jeune, j’ai travaillé à titre de conseillère auprès des mères adolescentes. C’était très stressant et je ne pensais jamais que je recommencerais à faire ce genre de travail un jour, mais lorsque j’ai appris que j’étais séropositive, j’ai vu les choses sous un nouveau jour. Aujourd’hui, j’aime travailler avec mes soeurs, mes filles, mes nièces et mes mères — c’est comme ça que les appelle!

PRÉOCCUPATIONS COURANTES : Divulgation de la séropositivité, stigmatisation et discrimination. Toutes les PVVIH sont aux prises avec ces problèmes.

LA PLUS BELLE RÉCOMPENSE : Savoir que j’ai fait une différence dans la vie des gens.

LE PLUS GRAND DÉFI : Me dissocier des problèmes de mes clients afin qu’ils n’envahissent pas ma vie. On ne peut pas faire abstraction de leurs problèmes, mais il ne faut pas oublier que l’on a une vie, nous aussi.

UN PLUS : Je m’entends avec tout le monde et je ne juge personne.

CONSEIL DE PAIR : Demandez-vous sincèrement si vous souhaitez vraiment faire ce genre de travail. Vous devez d’abord être en mesure de composer avec les événements de votre propre vie avant de pouvoir aider les autres à gérer la leur.

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