Vision positive

automne/hiver 2006 

Quand le VIH se pointe à la porte

Comment les médicaments mènent la vie dure au virus.

par David McLay

LA SECTION suivante offre un survol des différentes classes de médicaments et une explication de leur intervention dans le cycle de vie viral, ainsi que des messages clés concernant les nouveaux joueurs. Une version de cette information est disponible sous forme d’affiche. Communiquez avec CATIE pour en savoir plus. Pour de plus amples informations, consultez notre Guide pratique du traitement antirétroviral.

1. Les inhibiteurs de l’entrée
Désolé, la porte est barrée, il n’y a personne

Mode d’action : Ils font en sorte que le VIH ait de la difficulté à s’accrocher aux cellules et à les pénétrer.

Ceux que vous connaissez : le T-20;

Nouveaux joueurs : le maraviroc, le vicriviroc, le TNX-355;

Détails :

  • Le vicriviroc (Schering-Plough), un antagoniste du CCR5, a échoué aux premiers tests effectués chez les PVVIH jamais traitées, mais s’est montré plutôt efficace chez les PVVIH déjà traitées; cependant, la survenue de cinq cas de cancer chez 83 personnes recevant ce médicament a suscité des préoccupations relativement à l’innocuité de ce produit;
  • Le maraviroc (Pfizer) est également à l’étude chez les patients déjà traités; cet antagoniste du CCR5 aide à renforcer le système immunitaire mais il n’est pas plus efficace que ses rivaux en ce qui concerne la suppression de la charge virale; ce médicament est également à l’étude chez des patients jamais traités;
  • Le TNX-355 (Tanox) est un anticorps qui se colle au récepteur cd4 pour que le VIH ne puisse s’attacher à ce dernier; les avantages — le médicament reste longtemps dans le sang et peut donc se prendre aux deux semaines; les inconvénients — il est administré par perfusion intraveineuse pendant 30 minutes.

2. Les inhibiteurs de la transcriptase inverse
Désolé, on ne parle pas VIH

Mode d’action : Ils bloquent la transcriptase inverse virale de sorte à empêcher la conversion de l’ARN viral (acide ribonucléique) en ADN. Imaginez que la transcriptase inverse est un interprète — sans elle, le langage de l’ARN n’est pas traduit en langage ADN, donc la cellule CD4+ ne peut être obligée de faire le travail du virus. Il en existe deux classes : les INTI et les INNTI;

Ceux que vous connaissez : INTI – AZT, ddI, 3TC, d4T, FTC, abacavir, ténofovir; INNTI – névirapine, delavirdine, efavirenz;

Nouveaux joueurs : Atripla, le TMC125;

Détails :

  • Atripla – on rêve de ce médicament depuis longtemps dans le domaine du VIH; il s’agit d’une pilule qui se prend une seule fois par jour; Atripla renferme trois médicaments — les deux INTI ténofovir et FTC et l’INNTI efavirenz; il n’est pas encore disponible au Canada;
  • Le TMC125 (Tibotec) est un nouvel INNTI qui agit contre des souches de VIH qui sont résistantes à d’autres INNTI; ses effets secondaires les plus courants comprennent diarrhées et éruptions cutanées.

3. Les inhibiteurs de l’intégrase
SVP, ne faites PAS comme chez vous

Mode d’action : Ils bloquent l’intégrase pour que le virus ne puisse insérer (intégrer) son matériel génétique de façon permanente dans l’ADN de la cellule; faute d’intégration, le virus ne peut se répliquer;

Ceux que vous connaissez : Aucun n’est homologué à l’heure actuelle, ni au Canada ni ailleurs;

Nouveaux joueurs : le MK-0518;

Détails :

Vanté par plusieurs comme la star du SIDA 2006, le MK-0518 (Merck-Frosst) a fait sensation lorsqu’on a présenté les bons résultats obtenus chez des patients jamais traités, ce qui veut dire qu’on pourrait s’en servir un jour comme traitement de première intention.

4. Les inhibiteurs de la protéase
Partir? Il n’en est pas question

Mode d’action : Ils mettent des bâtons dans les roues de la protéase, de sorte que cette enzyme ne peut jouer son rôle, qui consiste à couper un long brin de protéine en plusieurs morceaux plus petits pour qu’ils soient ensuite rassemblés pour former une autre particule du VIH. Imaginez que la protéase est une paire de ciseaux qui coupe une longue ficelle en plusieurs morceaux avant que ces derniers soient liés les uns aux autres pour faire un filet;

Ceux que vous connaissez : amprénavir, atazanavir, fosamprénavir, indinavir, lopinavir, nelfinavir, ritonavir, saquinavir, tipranavir;

Nouveaux joueurs : darunavir, brécanavir;

Détails :

  • Le darunavir (Tibotec) a été approuvé au Canada quelques jours avant la conférence et est disponible dans le cadre d’un programme d’accès élargi; lors des essais cliniques, il a agi efficacement contre des souches de virus résistantes à d’autres inhibiteurs de la protéase;
  • Le brécanavir (GlaxoSmithKline) était considéré comme l’IP le plus prometteur en voie de développement; les essais de phase II lui ont trouvé une puissante activité tant contre les virus de type sauvage que contre les virus multirésistants; cependant, à la mi-décembre 2006, le fabricant du médicament a mis fin à son développement parce qu’il a échoué à fabriquer une pilule qui pouvait assurer des concentrations constantes du médicament dans le corps.

5. Les inhibiteurs de la maturation
Vous partez si tôt? Voici votre chapeau

Mode d’action : Lors de la maturation du virus, soit la dernière étape de la réplication virale, tous les matériaux nécessaires à la fabrication de nouveaux virus sont réunis et assemblés. Les inhibiteurs de la maturation interfèrent avec cet assemblage et les virus défectueux sont incapables d’aller infecter d’autres cellules;

Ceux que vous connaissez : Aucun n’est approuvé à l’heure actuelle, ni au Canada ni ailleurs;

Nouveaux joueurs : le bévirimat;

Détails :

  • Le bévirimat (Panacos) en est aux essais de phase II et d’autres recherches seront nécessaires; les chercheurs tentent de déterminer le meilleur dosage.

Un regard plus étroit aux antagonistes du CCR5

Les antagonistes du CCR5 maraviroc et vicriviroc ont attiré beaucoup d’attention au SIDA 2006. Le CCR5 est une des protéines situées sur la surface extérieure des cellules CD4+. Pour entrer dans une cellule, le VIH doit d’abord s’attacher aux poignées (ou corécepteurs) présentes sur la surface de la cellule. Le CCR5 est un de ces corécepteurs. En tant qu’antagonistes, le vicriviroc et le maraviroc bloquent l’interaction entre le VIH et le CCR5, ce qui veut dire que le VIH est incapable de saisir les poignées de la cellule et de se faufiler vers l’intérieur de celle-ci.

Les antagonistes du CCR5 ciblent une partie de la cellule CD4+ et non une partie du VIH lui-même, comme c’est le cas de la plupart des autres antirétroviraux. Cette différence pourrait donner lieu à des effets secondaires inattendus parce que le CCR5 pourrait également être utilisé par la cellule CD4+ dans l’exercice de ses fonctions dans le système immunitaire.

Illustrations : Moe Asem