Vision positive

automne/hiver 2005 

Vivent les reins!

Le VIH et l’insuffisance rénale : Ce qu’il faut savoir

par Maggie Atkinson

PENDANT NEUF ANS, j’ai eu pour slogan : « Si ce n’est pas brisé, pourquoi le réparer? ». J’ai donc poursuivi le traitement antiviral qui me tenait en vie malgré un syndrome de lipodystrophie qui allait toujours en empirant. Pourquoi jouer avec le succès, me disais-je? Même si ma charge virale était encore sous le seuil de détection, ma médecin m’a encouragée à faire un changement. Elle voulait que je remplace le d4T (Zerit) par le ténofovir (Viread) car des preuves grandissantes laissaient penser que le d4T était responsable de mes joues creuses et de la maigreur extrême de mes membres. Pire, il se pouvait aussi qu’il causait insidieusement des problèmes que l’oeil humain ne pouvait déceler.

Alors, pourquoi n’ai-je pas changé de traitement? J’avais des préoccupations concernant la sûreté du ténofovir. Ce dernier appartient à une famille de médicaments appelés analogues nucléotidiques qui ont la réputation de causer des lésions rénales, c’est-à-dire la détérioration des reins. La Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a déjà refusé d’approuver un médicament apparenté pour le traitement du VIH à cause de problèmes rénaux — il s’agit de l’adéfovir. Même si le ténofovir a reçu l’aval de la FDA et de Santé Canada à la suite d’essais cliniques n’ayant montré aucun risque important pour les reins, je demeure prudente quand il s’agit des médicaments.

Je vis avec le VIH depuis 1984. Il m’est déjà arrivé de voir l’enthousiasme suscité par de nouveaux médicaments s’évaporer lorsque des effets indésirables, absents lors des essais cliniques, sont survenus quand le médicament était approuvé et utilisé par des milliers de personnes. Rappelons que la lipodystrophie a été découverte chez des PVVIH recevant des inhibiteurs de la protéase en 1997, soit un an après l’arrivée de ces nouveaux médicaments. Je me méfie donc des médicaments jusqu’à ce qu’ils se trouvent sur le marché depuis au moins quelques années. Mais comme les preuves s’accumulaient selon lesquelles on pouvait substituer le ténofovir au d4T sans danger, j’ai décidé de l’essayer. À l’heure actuelle, plusieurs PVVIH prennent du ténofovir parce que les lignes directrices les plus récentes le recommandent à titre de « colonne vertébrale » des multithérapies antirétrovirales.

Avant de commencer à prendre ce nouveau médicament, j’ai consulté mon naturopathe, Ken Luby. Il soigne beaucoup de PVVIH dans son cabinet à Toronto et m’offre une aide précieuse depuis plusieurs années. Il a apporté quelques modifications à mon régime de suppléments alimentaires quotidien, ce qui m’a permis d’amorcer mon nouveau traitement avec plus de confiance.

Cependant, à peine quelques semaines plus tard, j’ai lu un courriel inquiétant en provenance du NATAP (National AIDS Treatment Advocacy Project). Lors de la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, qui s’est tenue en février 2005 à Boston, quelques chercheurs ont remis en question la façon dont on mesurait la fonction rénale et l’ampleur des lésions rénales causées par le VIH, le ténofovir et les analogues nucléosidiques. Selon ces chercheurs, si les médecins se contentent de mesurer le taux de créatinine sérique, ils risquent de ne pas reconnaître certaines PVVIH — notamment les femmes et les personnes âgées de plus de 50 ans — qui courent un risque d’insuffisance rénale chronique. J’ai décidé de me renseigner afin de pouvoir protéger mes reins.

Le tractus urinaire

Les reins assurent le filtrage d’environ 200 litres de sang chaque jour. Cette action produit environ deux litres d’urine qui s’acheminent vers la vessie en passant par les uretères. L’urine est évacuée de la vessie et sort du corps en empruntant l’urètre. Chez l’homme, l’urètre se termine au bout du pénis; chez la femme, il se termine un peu au-dessus de l’ouverture vaginale.

Les reins

Nous avons deux reins. Ils se situent dans le dos un peu au-dessous des côtes, de part et d’autre de la colonne vertébrale. Ils ont à peu près la grosseur d’un poing et la forme d’un haricot. Chaque rein contient environ un million d’unités de filtrage du sang appelées néphrons. Dans chaque néphron, on trouve un réseau de vaisseaux sanguins minuscules appelé glomérule qui est attaché à un petit tubule. Le sang est filtré dans le glomérule, puis l’excès d’eau et les déchets passent dans le tubule, là où ils sont transformés en urine.

Je croyais que les reins ne faisaient que nettoyer le sang, mais ils font beaucoup plus que cela. Les reins ont quatre fonctions principales :

  1. Ils équilibrent les taux de liquides corporels.
  2. Ils équilibrent les taux de produits chimiques (ions ou minéraux) dans
    le corps, comme le potassium, le calcium, le phosphore et le magnésium.
  3. Ils enlèvent les produits de déchets, notamment l’urée (créée lors de la dégradation des protéines alimentaires) et la créatinine (créée par l’activité musculaire normale).
  4. Ils produisent les hormones essentielles suivantes :
  • érythropoïétine (contribue à la production de globules rouges);
  • rénine (régule la pression artérielle);
  • forme active de la vitamine D (D3) (contribue à approvisionner les os en calcium).

Les lésions rénales

Il existe trois problèmes rénaux qui peuvent toucher les PVVIH. Les causes et les traitements varient.

  1. Calculs rénaux (pierres rénales). Les calculs rénaux se forment lorsqu’il y a une accumulation de sels et de minéraux cristallisés dans le tractus urinaire. Il peut s’agir du calcium ou des résidus de médicaments comme l’indinivar (Crixivan). Si les calculs rénaux sont assez gros pour bloquer les voies rénales ou l’uretère, cela peut causer de graves douleurs dans le dos et/ou l’abdomen. Le plus souvent, les calculs sont évacués naturellement dans l’urine, mais dans certains cas, il faut opérer pour les enlever. Environ 8 % des personnes utilisant l’indinavir font des calculs rénaux. Heureusement, ces derniers ne causent pas souvent l’insuffisance rénale. La consommation de beaucoup d’eau peut aider à prévenir les calculs rénaux ou à les passer.
  2. Infections des voies urinaires (IVU). Les IVU peuvent se produire n’importe où dans le tractus urinaire, mais surviennent habituellement dans la vessie et l’urètre. Si l’infection n’est pas traitée ou si elle revient fréquemment, elle risque de remonter l’uretère et de déboucher dans le rein. Les IVU sont habituellement causées par des bactéries intestinales, notamment le E. coli, qui se logent dans les matières fécales. Les femmes sont plus susceptibles aux IVU parce qu’elles ont l’urètre plus court que les hommes. Des traces de matières fécales peuvent être transportées vers l’urètre lors des relations sexuelles, même si un condom est utilisé. La consommation de beaucoup d’eau et de 240 ml (8 onces) d’un cocktail aux canneberges (dont la teneur minimale en jus est de 27 %) peut aider à prévenir les IVU. Il est également utile de s’essuyer de l’avant vers l’arrière après une selle.
  3. Syndrome de Fanconi. Parfois causé par le ténofovir, le syndrome de Fanconi provoque l’acidose lactique, la perte d’électrolytes, l’augmentation du taux de créatinine et l’insuffisance rénale. Les patients peuvent mettre plusieurs mois à s’en remettre et, dans certains cas, la fonction rénale n’est jamais complètement rétablie. Selon la Dre Michelle Hladunewich, spécialiste des maladies rénales au Sunnybrook Health Sciences Centre de Toronto, la meilleure façon d’éviter ce syndrome consiste à déterminer la meilleure posologie du ténofovir avant de commencer le traitement. D’après la Dre Hladunewich, on devrait vérifier la fonction rénale, le taux d’électrolytes, le bilan du calcium et le contenu des urines tous les trois à quatre mois. « La clé consiste à mieux déceler l’insuffisance rénale dès le début en utilisant une des équations d’évaluation de la filtration glomérulaire ou en déterminant le taux de clairance de la créatinine sur 24 heures. »

Tous ces problèmes rénaux peuvent évoluer en insuffisance rénale.

L’insuffisance rénale nuit habituellement aux néphrons en leur faisant perdre leur capacité de filtration. L’insuffisance rénale peut se présenter sous forme aiguë ou chronique. L’insuffisance rénale aiguë peut être le résultat d’une intoxication, d’une infection ou d’un traumatisme. Si la fonction rénale diminue graduellement au cours de plusieurs années ou décennies, il s’agit de l’insuffisance rénale chronique (IRC). Faute de traitement, l’insuffisance rénale chronique peut mener éventuellement à l’insuffisance rénale terminale.

Les prochaines sections de cet article parlent de l’insuffisance rénale chronique, un problème qui devient de plus en plus fréquent chez les PVVIH.

Les causes de l’IRC

L’insuffisance rénale chronique se définit comme la présence de lésions rénales (protéines dans l’urine) ou la diminution de la fonction rénale (réduction de la filtration glomérulaire) pendant une période de trois mois ou plus. Les causes de l’IRC sont multiples. Selon la Fondation canadienne du rein, jusqu’à 1,9 million de Canadiens sont atteints d’IRC, mais la majorité d’entre eux l’ignorent.

Les deux principales causes de l’IRC sont le diabète et l’hypertension. Les autres causes fréquentes sont les suivantes :

  • Troisième sur la liste des maladies rénales est la glomérulonéphrite (inflammation des glomérules et du rein); il s’agit d’un groupe de maladies qui se produisent lorsque le système immunitaire s’attaque aux glomérules;
  • Les causes héréditaires comme la maladie polykystique des reins, qui se caractérise par l’apparition de grands kystes dans les reins;
  • La néphropathie de reflux. Certaines personnes présentent dès la naissance une anomalie de la jonction urétéro-vésicale (point où l’uretère et la vessie se joignent). Par conséquent, l’urine a tendance à refluer vers les reins. Cela provoque des infections et une cicatrisation de ces organes, ce qui peut aboutir à l’insuffisance rénale;
  • Le VIH et d’autres maladies qui nuisent au système immunitaire. La néphropathie liée au VIH s’annonce habituellement par une importante protéinurie (présence d’une grande quantité de protéines dans l’urine). Faute de traitement, elle évolue rapidement en insuffisance rénale terminale (dans les 12 mois suivant la détection);
  • Les obstructions causées par les calculs rénaux, les tumeurs ou l’augmentation du volume de la prostate;
  • Les infections urinaires récurrentes;
  • Une insuffisance rénale aiguë non traitée;
  • L’utilisation prolongée ou excessive de certains médicaments, notamment les analgésiques et les anti-inflammatoires comme l’acétaminophène (Tylenol), l’acide acétylsalicylique (Aspirin), l’ibuprofène (Advil, Motrin) et le naproxène (Aleve, Anaprox). Le fait d’associer ces médicaments à la caféine peut aggraver l’endommagement des reins. Les drogues de rue comme l’héroïne, la cocaïne et les amphétamines peuvent également provoquer des lésions rénales.

Le diagnostic de l’IRC

Lors des stades avancés de l’insuffisance rénale, les patients pourraient présenter certaines des symptômes suivants :

  • une grande fatigue;
  • moins d’énergie;
  • problèmes de concentration;
  • faible appétit;
  • problèmes de sommeil;
  • peau sèche et démangeaisons;
  • crampes musculaires la nuit;
  • enflure des pieds et des chevilles;
  • gonflement des yeux, surtout le matin;
  • besoin d’uriner plus fréquemment, surtout la nuit.

Cependant, l’insuffisance rénale ne provoque pas de symptôme tant que les lésions ne sont pas graves. D’où l’importance d’un suivi consciencieux.

Les tests diagnostics

Selon la Dre Hladunewich, toutes les PVVIH devraient faire l’objet d’un dépistage de l’insuffisance rénale annuel car on découvre de plus en plus que ces dernières constituent un groupe particulièrement à risque. En premier lieu, il faut faire un test de sang pour mesurer le taux de créatinine sérique, ainsi qu’une analyse d’urine pour vérifier le taux de protéines (rapport albumine / créatinine). Ces analyses permettent d’évaluer à la fois les lésions rénales et la fonction des reins.

Les lésions rénales sont évaluées en fonction de la quantité de protéines dans l’urine. Plus les reins sont endommagés, plus il y a de protéines dans l’urine.

L’évaluation de la fonction rénale suscite une plus grande controverse. Les médecins et les chercheurs se fient habituellement au test de mesure de la créatinine sérique pour évaluer indirectement la fonction rénale, mais une étude présentée à la Conférence sur les rétrovirus a laissé entendre que ce test pourrait ne pas suffire. Selon l’étude en question, il faudrait incorporer cette mesure dans une équation mathématique qui tienne compte également de l’âge, de la race et du sexe afin qu’on puisse calculer le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGest).

Il existe deux équations bien connues qui permettent de calculer le DFGest chez les adultes; il s’agit de l’équation Cockroft-Gault et celle de l’étude MDRD. Des chercheurs de San Francisco ont comparé le taux de créatinine sérique et le DFGest (à l’aide de l’équation MDRD) de plus de 1 600 sujets d’une grande étude de cohorte observationnelle appelée CHORUS. Selon les résultats des tests de la créatinine sérique, aucune des 136 participantes à l’étude ne présentait de dysfonction rénale. Cependant, selon l’équation DFGest, dix d’entres elles (7 %) étaient atteintes d’insuffisance rénale modérée. En outre, chez les 307 personnes âgées de plus de 50 ans, le test de la créatinine a permis de déceler 12 cas (4 %) d’insuffisance rénale modérée, comparativement à 66 cas (21 %) selon l’équation DFGest. Dans l’ensemble, le taux d’insuffisance rénale modérée était de 1,9 % selon le test de la créatinine, comparativement à 13,8 % selon le DFGest. La leçon à en tirer? Il est temps d’utiliser l’équation DFGest dans les études et les cliniques.

Si ces tests de laboratoire indiquent la présence de lésions rénales ou une diminution de la fonction rénale, le médecin peut recommander une écographie ou une radiographie pour déceler des anomalies dans la forme ou les dimensions des reins. Une tomodensitométrie ou une IRM pourraient également être effectuées. Ces tests sont des méthodes d’imagerie rénale. Le médecin peut également effectuer une biopsie rénale, une intervention qui consiste à extraire, à l’aide d’une aiguille, un petit fragment de tissu rénal et à l’examiner sous le microscope.

Certaines personnes doivent subir d’autres tests aussi, notamment un prélèvement des urines de 24 heures. Ce groupe comprend les personnes ayant plus de 70 ans, les végétariens, les personnes très minces ou obèses et celles qui prennent des médicaments comme Bactrim / Septra ou la cimétidine (Tagamet), lesquels peuvent influer sur le taux de créatinine sérique. Les excès d’exercice physique et la prise de suppléments de créatine peuvent également déclencher une augmentation du taux de créatinine sérique.

Lorsque l’insuffisance rénale en arrive au stade terminal, les reins cessent de fonctionner et il faut recourir à la dialyse ou à une greffe de rein pour assurer la survie. Pour faire la dialyse, on utilise une machine ou un autre appareil artificiel pour extraire les surplus de liquide et de déchets de l’organisme. Les greffes d’organes sont rarement pratiquées chez les PVVIH au Canada, mais on en fait aux États-Unis.

Le traitement

Les médicaments, l’adoption d’une saine alimentation, les suppléments, l’exercice et l’ajustement des posologies des médicaments peuvent aider à prévenir ou à retarder l’insuffisance rénale. Le choix du traitement dépendra du stade de l’insuffisance rénale, de sa cause, des symptômes et des autres problèmes de santé qui sont présents.

La médication

Il n’existe pas de médicament spécifique contre l’insuffisance rénale chronique. On peut seulement traiter les causes et les symptômes. Par exemple :

  • Si vous faites de l’hypertension, votre médecin vous recommandera peut-être une médication pour abaisser votre tension artérielle;
  • Si vous souffrez d’anémie, une complication fréquente de l’insuffisance rénale, il se peut que vous ayez besoin de prendre de l’époétine synthétique ou du fer.

L’alimentation

Selon Diana Johansen, diététiste à la Oak Tree Clinic du Women and Family HIV Centre de la Colombie-Britannique, si une personne présente une fonction rénale normale, on ne recommande pas habituellement une modification de son alimentation pour prévenir l’insuffisance rénale.

Lorsque les reins ne cessent de fonctionner correctement, diverses substances s’accumulent dans le sang et atteignent des concentrations indésirables. Les modifications alimentaires visent à réduire la consommation d’aliments susceptibles de produire davantage de ces substances. Lors des stades précoces, il se peut que vous deviez réduire votre consommation de protéine, de phosphore et de sodium. Lorsque l’insuffisance rénale en est à un stade avancé, il se peut que votre apport en potassium et en liquides doive également être réduit. Parlez avec votre médecin ou une diététiste se spécialisant dans la santé des reins avant de modifier votre régime alimentaire.

  • La protéine se trouve dans les viandes, les produits laitiers, les fèves sèches, les produits au soya et les noix;
  • Les produits laitiers, les fèves et les pois secs, les noix, les boissons gazeuses, le cacao et la bière sont riches en phosphore;
  • Puisque le sodium contribue à augmenter la pression artérielle, il se peut que vous deviez réduire votre consommation de sel et d’aliments marinés, traités ou en conserve;
  • Les bananes, les fruits séchés, le jus d’orange, les melons, les fèves sèches, les noix, les patates et les sauces aux tomates sont riches en potassium. Lors des stades avancés de la maladie rénale, un taux de potassium élevé peut influer sur le rythme cardiaque;
  • L’hypercholestérolémie peut également contribuer à l’insuffisance rénale. Une alimentation faible en matières grasses, l’exercice régulier et les médicaments réducteurs des lipides peuvent vous aider à réduire votre taux de cholestérol.

J’avais des préoccupations concernant ma consommation d’eau. La Dre Hladunewich m’a affirmé qu’une trop forte consommation d’eau pouvait être dangereuse pour les personnes aux prises avec une insuffisance rénale importante. La meilleure démarche consiste à vérifier sa fonction rénale à l’aide des tests de mesure appropriés. Si votre fonction rénale est compromise, vous voudrez peut-être consulter une diététiste et une néphrologue pour obtenir des conseils en matière de nutrition. Même les choses d’apparence inoffensive, comme la consommation d’eau, peuvent vous nuire gravement si vos reins ne fonctionnement pas normalement. Cela dit, si vos reins font bien leur travail, assurez-vous de boire suffisamment d’eau chaque jour.

Les suppléments

Journaliste médicale, éducatrice et militante de longue date dans le domaine du sida, Lark Lands maintient qu’il n’existe aucun « remède magique » pour protéger les reins, mais il n’empêche qu’on peut prendre des mesures fondamentales pour leur venir en aide. Voici ce qu’elle recommande :

  • Pour toutes les PVVIH, le strict minimum consiste en une multivitamine, une formule antioxydante et une huile de poisson anti-inflammatoire;
  • Faites le plein d’antioxydants. Toutes les choses qui vous protègent contre les maladies du coeur sont également utiles pour protéger les vaisseaux sanguins des reins. Quelques exemples d’antioxydants : la vitamine E, la vitamine C, le complexe de bioflavonoïdes, le complexe de caroténoïdes, le sélénium, la N-acétyl-cystéine (NAC), la coenzyme Q10 et l’acide alpha-lipoïque.
  • Faites le plein d’anti-inflammatoires naturels. L’inflammation joue un rôle central dans le processus d’endommagement et de blocage des artères. En luttant contre ce processus, il se peut que vous puissiez prévenir les problèmes rénaux causés par la cicatrisation et le blocage des minuscules vaisseaux sanguins des reins. Évitez les matières grasses qui contribuent à l’inflammation, notamment les huiles partiellement hydrogénées (« grans trans ») et les huiles végétales polyinsaturées. Voici quelques exemples d’aliments et d’assaisonnements naturels qui ont des propriétés anti-inflammatoires : l’ail, le gingembre, la curcumine, les fruits riches en bioflavonoïdes comme les baies foncées, les aliments riches en acides gras oméga-3 comme les poissons gras, les graines de lin et les noix de Grenoble. (L’ail peut interagir avec certains médicaments, donc il est important de parler avec son médecin des risques éventuels);
  • Protégez-vous contre l’augmentation de la glycémie (taux de sucre sanguin) causée par le VIH et les médicaments antirétroviraux car une glycémie élevée peut endommager les reins au fil du temps. Les nutriments qui favorisent le maintien d’une sensibilité cellulaire normale à l’insuline et qui améliorent la tolérance au glucose pourraient vous être utiles à cet égard. Quelques exemples : l’acide alpha-lipoïque, les vitamines B (surtout la B6) et les minéraux chrome et zinc.

L’exercice

Après avoir obtenu le feu vert de votre médecin, commencez un programme d’exercices réguliers qui vise à accroître votre force, votre souplesse et votre conditionnement cardiovasculaire. Si vous prenez des antirétroviraux, l’exercice est particulièrement important pour les raisons suivantes :

  • Il contribue à prévenir le diabète, l’hypertension, les maladies du coeur, l’insuffisance rénale chronique, le cancer, l’ostéoporose et l’arthrite;
  • Il peut contribuer à atténuer le syndrome des jambes sans repos, une affection parfois associée à l’insuffisance rénale;
  • Il contribue à évacuer les liquides excessifs et les toxines au travers de la peau.

L’ajustement des posologies

Il se peut que vous deviez ajuster les posologies de vos médicaments. Une réduction des doses de Septra/Bactrim, du ténofovir et des analogues nucléosidiques (sauf abacavir / Ziagen) pourrait être nécessaire. Chose étrange, même si l’indinavir peut nuire aux reins, il n’est pas métabolisé par ces organes, donc aucun ajustement de la dose n’est nécessaire.

Quelques médicaments qui peuvent nuire aux reins :

  • ténofovir (Viread) – pour le traitement du VIH; des preuves préliminaires laissent croire que la combinaison ténofovir / ddI (Videx) peut provoquer plus de lésions rénales que le ténofovir seul;
  • Hepsera – pour l’hépatite B;
  • cidofovir (Vistide) et foscarnet (Foscavir) – pour la rétinite à CMV;
  • pentamidine par voie intraveineuse – pour le traitement de la PPC;
  • aminoglycosides – une classe d’antibiotiques utilisés contre les infections graves (Amikacin, Gentamicin, entre autres);
  • rifampine – pour la tuberculose;
  • acyclovir (Zovirax) et valacyclovir (Valtrex) – pour l’herpès et le zona;
  • AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens), tels que l’acide acétylsalicylique (Aspirin), l’ibuprofène (Advil, Motrin) et l’acétaminophène (Tylenol);
  • Septra / Bactrim – pour la prévention et le traitement de la PPC.

Si vous prenez deux ou plusieurs de ces médicaments en même temps, c’est une bonne idée de faire vérifier plus souvent votre fonction rénale.

Un bilan encourageant

Ayant pris conscience de tous les problèmes qui peuvent se produire dans les reins, j’étais inquiète quand je me suis présentée à mon examen physique trois mois après avoir commencé à prendre du ténofovir. Mais tout allait bien. Mon taux de créatinine était légèrement plus élevé qu’auparavant, mais quand j’ai calculé mon DFGest en fonction de ce résultat, j’ai obtenu un score de 89, ce qui ne représente qu’un léger affaiblissement de la fonction rénale. Mes urines ne contiennent pas de protéines, donc je n’ai pas de lésion rénale. Je ne souffre donc pas d’insuffisance rénale pour le moment, mais j’aurai besoin de me faire examiner tous les trois ou quatre mois. Entre-temps, je peux faire mon possible pour prévenir le diabète, l’hypertension et l’hypercholestérolémie et pour protéger mes reins. Voici quelques conseils pour vous aider à faire de même :

  • Faites vérifier régulièrement votre tension artérielle, votre urine et votre sang (y compris les taux de créatinine et de cholestérol);
  • Réduisez votre tension artérielle, le cas échéant (elle devrait habituellement être inférieure à 130/80);
  • Essayez d’arrêter de fumer ou de fumer moins;
  • Faites de l’exercice régulièrement;
  • Maintenez un poids santé;
  • Evitez les excès d’alcool (plus d’un verre par jour);
  • Évitez les drogues de rue;
  • Dormez suffisamment;
  • Evitez l’utilisation excessive ou prolongée d’analgésiques (une faible dose d’aspirine pour prévenir les maladies du coeur est acceptable);
  • Si vous avez le diabète, maîtrisez efficacement votre glycémie.
Maggie Atkinson est l’ancienne coprésidente du groupe AIDS ACTION NOW! et présidente fondatrice de Voices of Positive Women, à Toronto. Elle vit avec le VIH depuis plus de 20 ans et privilégie une approche holistique et positive pour maintenir sa santé.

Stades de l’insuffisance rénale chronique

L’IRC évolue en cinq stades. Ce sont l’ampleur des lésions rénales et les résultats des tests de laboratoire qui permettent de déterminer le stade. Toutes les personnes ne progressent pas nécessairement du stade 1 au stade 5. Si vous présentez un des facteurs de risque suivants, il se peut que vous couriez un risque accru d’insuffisance rénale chronique, et vous devriez subir des tests de dépistage.

Stade Description Débit de filtration glomérulaire (DFG)
Risque accru Facteurs de risque de maladie rénale : diabète; hypertension; antécédents familiaux; âge supérieur à 50 ans; certaines origines ethniques (amérindienne, asiatique, sud-asiatique, îles du Pacifique, caribéenne, africaine ou hispanique); VIH Plus de 90
1 Lésions rénales (présence de protéines dans l’urine) avec une fonction rénale normale (DFGest) Plus de 90
2 Lésions rénales (présence de protéines dans l’urine) avec une légère diminution de la fonction rénale (DFGest) 60 à 89
3 Diminution modérée de la fonction rénale (DFGest) avec ou sans lésions rénales (protéines dans l’urine) 30 à 59
4 Diminution grave de la fonction rénale (DFGest) 15 à 29
5 Insuffisance rénale terminale (dialyse ou greffe de rein nécessaire) Moins de 15
(Àdapté avec la permission de la National Kidney Foundation)

Le langage des reins

Les médecins qui se spécialisent dans les problèmes rénaux s’appellent des néphrologues (du mot grec nephron, qui veut dire rein).

Les médecins qui se spécialisent dans les problèmes des organes et des tubes qui transportent l’urine des reins vers l’extérieur du corps s’appellent des urologues.

L’adjectif rénal (du latin renes, qui veut dire rein) peut qualifier toutes les choses se rapportant aux reins.

Faites examiner vos reins

La National Kidney Foundation (É.-U.) est préoccupée par la possibilité que de nombreuses personnes soient atteintes d’insuffisance rénale chronique à leur insu. La fondation recommande aux adultes à risque d’utiliser la calculatrice dans son site Web pour déterminer leur DFGest (estimation du débit de filtration glomérulaire). Cette calculatrice est un outil de dépistage peu cher qui permet d’identifier les personnes qui courent un risque de maladie rénale chronique. Le DFGest n’est pas un résultat de laboratoire absolu; il s’agit seulement d’une estimation de la fonction rénale.

Si vous vivez en Colombie-Britannique, vous pouvez faire calculer votre taux de filtration glomérulaire. Si vous habitez une autre province, vous pouvez demander à votre médecin de calculer votre DFGest. Ou bien si vous connaissez votre taux de créatinine, vous pouvez utiliser la calculatrice dont je viens de parler (www.kidney.org / professionals / kdoqi / gfr_calculator.cfm). Celle-ci a recours à une version abrégée de l’équation MDRD. Entrez votre taux de créatinine, votre âge, votre sexe et votre race afin d’estimer votre DFG. Cochez la case « umols/l » lorsque vous entrerez votre taux de créatinine puisqu’il s’agit de l’unité internationale utilisée au Canada pour mesurer la créatinine.

Ressources rénales

Fondation canadienne du rein www.kidney.ca

CATIE — feuillet d’information sur le ténofovir www.catie.ca/fr/feuillets-info

(en anglais seulement)

National Kidney Foundation www.kidney.org

National Kidney Disease Education Program www.nkdep.nih.gov / index.htm

Life Options www.lifeoptions.org (commandité par Amgen Inc., fabricant de plusieurs produits se rapportant à la néphrologie)

Kidney School www.kidneyschool.org (également commandité par Amgen Inc.)

HIV InSite www.hivinsite.com (tapez le mot « renal » [sans accent] dans le moteur de recherhe)

Lark Lands’ Positively Well www.larklands.net (Treatment Fact Sheets)

NATAP www.natap.org

KidsHealth www.kidshealth.org