Vision positive

automne/hiver 2005 

Pause-Jasette : Docteur qui?

entrevues réalisées par RonniLyn Pustil

VOUS NE JUREZ que par votre naturopathe? Vous perdriez la boule si votre psychothérapeute prenait sa retraite? Votre massothérapeute est-il la meilleure invention depuis le bouton à quatre trous? C’est ce que nous avons demandé à quatre PVVIH : qui, en plus du médecin qui traite votre VIH, est le professionnel de la santé le plus important pour vous? Faites connaissance avec les autres professionnels de la santé dans leur vie.

DARRELL MARTIN, 38 ans

Artiste, New Glasgow (Nouvelle-Écosse)
Date du diagnostic du VIH : 1991

JE CONSULTE UNE THÉRAPEUTE EN PSYCHOSYNTHÈSE toutes les deux semaines depuis un an. Je crois que la santé mentale joue un rôle de taille chez une personne atteinte d’une maladie. La psyché est très importante et exerce une influence sur tout.

Une thérapeute en psychosynthèse est quelqu’un qui vous étudie en profondeur et qui fait ressortir votre être. Elle ne se contente pas de faire signe de la tête et de prendre des notes. Elle gesticule et vous regarde dans les yeux. Nous partageons, nous pleurons et nous parlons de la douleur. Parfois, nous méditons et faisons des exercices de respiration. Lors de la méditation, le son de sa voix et ses paroles font remonter toutes mes émotions à la surface. Elle dit qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur, d’être intimidé ou d’avoir honte de montrer mes émotions — si j’ai envie de crier, de pleurer ou de jurer, je devrais le faire. Cela m’aide à me sentir beaucoup mieux.

Nos séances ont lieu dans son salon. Je m’assois sur le divan, il y a un foyer et l’environnement est très relaxant et invitant. Le fait qu’elle soit une femme est un autre plus. Je m’entends mieux avec les femmes qu’avec les hommes. Je trouve que les femmes thérapeutes offrent un grand soutien moral. J’ai consulté des hommes thérapeutes, mais j’ai toujours senti une tension et un conflit ainsi qu’un certain niveau d’homophobie.

J’ai consulté d’autres thérapeutes par le passé, mais ils ne m’ont pas vraiment aidé. J’étouffais à l’intérieur et je n’étais pas capable de m’exprimer. Des situations mineures me donnaient des maux de ventre et je n’allais jamais au fond des choses. Ma thérapeute actuelle est très douce et chaleureuse, mais elle ne tourne pas autour du pot. Elle est très directe et me stimule de façon positive. Elle me fait cheminer aussi loin que je suis prêt à aller.

Pendant très longtemps, je n’ai fait confiance à personne. J’étais cynique, amer et sur la défensive. J’avais beaucoup de négatif dans ma vie à l’égard de ma séropositivité. Lorsque j’ai reçu mon diagnostic à l’âge de 25 ans, ma vie s’est arrêtée d’un coup. J’étais opprimé et j’ai commencé à entretenir de mauvaises relations. J’étais suicidaire. Je gardais des secrets et je ressentais beaucoup de culpabilité et de honte. Ma thérapeute m’a aidé à me libérer et à aller de l’avant. Elle m’a aidé à guérir certaines de mes blessures.

J’ai fait connaissance avec ma thérapeute par l’entremise de mon partenaire. Il m’a suggéré d’aller la voir parce que notre relation était en ruines. En fait, c’était moi qui étais en ruine et qui me retrouvais dans de mauvaises situations. Alors je lui ai téléphoné et je la vois depuis. Je parle davantage de mes émotions et de mes sentiments avec mon partenaire.

La thérapie m’a permis de me sentir mieux dans ma peau. Ma thérapeute m’aide beaucoup à avoir confiance en moi. J’ai appris à me valoriser. Cela m'a grandement aidé à sortir et à accomplir de belles choses. Je n’ai jamais exposé mes œuvres parce que je manquais de confiance, mais ma première exposition a eu lieu la semaine dernière et c’était formidable.

Au bout du compte, vous avez un choix : vivre ou mourir. J’ai choisi de vivre. Je commence à voir la lumière au bout du tunnel, et je croyais que cela n’arriverait jamais.

ROD MICHANO, 41 ans

Conférencier et éducateur sur le VIH, Toronto
Date du diagnostic du VIH : 1987
www.redskyhealing.com

MON GUÉRISSEUR traditionnel m’a aidé à mieux comprendre ma maladie en l’appliquant à un contexte autochtone et en établissant un lien entre le VIH et les enseignements du cercle d’influences. J’ai débuté mon guérissage traditionnel en 1996. Un jour, ma cousine dans mon village natal de Pic River, à Heron Bay, a reçu un message spirituel de ma sœur qui est passée dans le monde des esprits. Elle lui a dit que j’avais besoin d’aide, car je commençais à être très malade. Le lendemain, ma cousine m’a téléphoné pour savoir comment j’allais. Elle a mentionné qu’une guérisseuse traditionnelle, Diane Longboat, serait de passage à Pic River.

J’y suis allé et je lui ai offert du tabac, l’un des quatre remèdes autochtones les plus sacrés. L’offrande de tabac est un gage de respect envers notre culture, la Terre mère et le Créateur en reconnaissance de la journée que nous vivons. Diane m’a expliqué que ma cousine lui avait dit que j’étais atteint du VIH. Elle allait me donner un nom traditionnel lors de la cérémonie, dans le cadre de ma guérison. Le nom traditionnel vient du Créateur. Diane l’a tout de suite su : homme-aigle au tonnerre brillant.

Diane m’a examiné et m’a soigné. Elle m’a dit que je devais aller à la suerie. Quelques jours plus tard, j’ai participé à ma première cérémonie à la suerie. Ma tante priait à l’extérieur. Elle a dit que lorsque je suis entré, j’avais l’air vieux et malade, mais que lorsque je suis ressorti, on aurait dit que je venais de renaître. Je me sentais différent, que je me sentais de nouveau en vie. Avant d’aller dans la suerie, je n’avais pas d’appétit, j’arrivais à peine à dormir et j’avais constamment mal à la tête. Lorsque j’en suis ressorti, je me suis régalé. Mes maux de tête s’étaient dissipés et j’ai bien dormi pour la première fois depuis très longtemps.

Peu après, je suis tombé très malade. Je me suis retrouvé à Casey House pendant six mois, émacié et alité, et je ne suis pas allé une seule fois à la suerie. J’ai débuté une trithérapie contre le VIH et connu des effets secondaires effroyables. Je suis passé par toute la gamme possible et imaginable des effets secondaires et j’ai dû mettre fin à mon traitement. Les médicaments s’attaquaient à mon foie. Cependant, lorsque j’ai allié la médecine occidentale au guérissage traditionnel, j’ai cessé de ressentir les effets secondaires. Les visites à la suerie et le recours à la médecine traditionnelle pour détoxifier et purifier mon corps m’ont permis de reprendre mon traitement. Ma charge virale est actuellement indétectable et je ne ressens pratiquement aucun effet secondaire ni signe de la maladie.

Je vais à la suerie une fois par mois. Mon partenaire et moi visitons une suerie à Toronto qui s’adresse spécialement aux personnes bi-spirituelles, dirigée par Wanda Whitebird, une conseillère traditionnelle à Anishnawbe Health Toronto (416.360.0486). Sans la suerie, je ne crois pas que je serais encore de ce monde. Cela m’a fait le plus grand bien. C’est comme si je me retrouvais dans le ventre de ma mère. Cela me purifie et nettoie toutes les toxines, surtout après avoir été traité par un guérisseur traditionnel.

RANDY SAMPERT, 34 ans

Président de Living Positive, Fort Saskatchewan (Alberta)
Date du diagnostic du VIH : 2002

LE PROFESSIONNEL de la santé le plus important pour moi est mon mÉdecin généraliste. Lorsque j’ai quitté Vancouver pour m’installer ici, mon médecin détenait une grande expérience du VIH. Malheureusement, il est décédé en février, alors j’ai dû trouver un autre médecin, tout en composant avec le VIH et la maladie de Kaposi.

J’ai questionné un médecin qui acceptait de nouveaux patients. Nous avons parlé de mes problèmes et je lui ai donné un aperçu de mes antécédents médicaux. J’étais son premier patient atteint du VIH. Lors de cette rencontre, il a dit : « On dirait que ce sera tout un défi de travailler avec vous, mais je suis prêt à le relever ». Et c’est ce qu’il a fait.

J’avais beaucoup à apprendre en ce qui a trait aux résultats des tests de laboratoire, des interactions entre les médicaments et des effets secondaires possibles. Mon médecin et moi apprenions tout en même temps. Nous discutions des médicaments qui pourraient m’aider à composer avec les effets secondaires de la neuropathie périphérique. Je lui apporte parfois de l’information que j’ai trouvée dans Internet et nous parlons de différentes options. En fin de compte, il m’a prescrit de l’amitriptyline pour réduire la douleur associée à la neuropathie. Ce médicament a commencé à me redonner la qualité de vie que j’avais perdue.

Mon médecin généraliste sait faire preuve de compassion et qui me consacre plus de temps parce qu’il sait que j’ai vécu des problèmes de dépression. Il est là pour m’aider et me soutenir jusqu’à ce que je puisse consulter mon psychologue. Lorsque je préparais ma demande d’invalidité pour raisons médicales, je me sentais très déprimé et la bureaucratie écrasante a aggravé ma dépression. Comme toujours, j’ai pu compter sur mon médecin généraliste.

Après une année de chimiothérapie, je suis officiellement en rémission. Je peux maintenant reprendre ma vie normale.

BRADFORD McINTYRE, 53 ans

Éducateur en sensibilisation au sida, Vancouver
Date du diagnostic du VIH : 1985
www.PositivelyPositive.ca

EN PLUS DE MON médecin généraliste et de mon spécialiste du sida, mon naturopathe est un important partenaire qui m’aide à composer avec mes problèmes de santé. Il passe beaucoup de temps à m’expliquer mes affections et il va à la source du problème. Souvent, il trouve des réponses lorsque mon médecin n’en a pas.

Il est important de comprendre le système immunitaire et ce dont il a besoin pour fonctionner. Il faut détenir des connaissances sur les cellules, les nutriments et ce dont les cellules ont besoin pour fonctionner pleinement. Le système digestif et les organes ont des besoins particuliers auxquels il faut répondre. Mon naturopathe m’enseigne et me fait des recommandations précises en vue d’améliorer mon alimentation et d’assainir mes habitudes de vie, tout en accordant une importance au concept du corps sain dans un esprit sain. Peu d’autres professionnels de la santé sont en mesure de prendre le temps qu’il faut avec moi.

Le fait de reconnaître la capacité de guérison du corps a incité de nombreuses personnes à consulter un naturopathe. Le mien m’a aidé à composer avec la diarrhée, la nausée, la neuropathie, les irruptions cutanées et les rougeurs, la cachexie, la fatigue, la perte d’appétit et la suppression immunitaire. À l’aide des remèdes homéopathiques et des thérapies de remplacement des vitamines fournis par mon naturopathe, je suis parvenu à stimuler mon système immunitaire, à réduire les effets secondaires des médicaments et à accroître l’efficacité du traitement contre le VIH. Ma neuropathie et ma qualité de vie se sont améliorées de nombreuses façons!

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