Vision positive

automne/hiver 2005 

Guérison sexuelle : Entrevue avec Liz Welkert

entrevue par Darien Taylor

LIZ WELKERT, 50 ans

Coiffeuse
Diagnostiquée en 1994

Je ne ressens plus aucun désir sexuel. Je n’y pense même plus. Plus rien ne m’excite. Et c’est de pire en pire.

Je suis dans une relation depuis 1997 et, côté sexe, ça allait super bien les deux premières années environ, puis ça s’est mis à décliner. J’ai commencé un traitement à la testostérone et ça m’a aidée pendant six mois. Mais après ça, ma libido est quasiment retombée à zéro, et j’ai arrêté les piqûres; après tout, pourquoi aurais-je continué un traitement qui ne donnait plus aucun résultat?

En attendant qu’on trouve à quel médicament j’ai développé une résistance, je ne prends plus rien. J’espère que ma libido reviendra avec ma prochaine combinaison de médicaments anti-VIH. Qui sait? Peut-être que mes nouveaux médicaments auront des effets secondaires différents de ceux que je prenais. J’espère surtout que je n’aurais pas à me remettre à prendre de la testostérone et à m’épiler le menton.

À votre avis, d’où vient le problème?

Le stress est un facteur majeur dans ma vie. Aussi, j’ai pris beaucoup de médicaments, tous avec leurs propres effets secondaires. Comment peut-on avoir envie de faire l’amour quand on craint d’avoir la diarrhée? À un certain point, mentalement, je crois que j’ai éteins cette partie de moi-même.

Bien que mon partenaire se montre compréhensif, il arrive que la situation soit si tendue que nous ne nous adressions plus la parole pendant quelque temps — et nous ne parlons certainement pas du problème — et puis nous oublions. Je pense que c’est une des autres raisons du problème, en plus des médicaments, des effets secondaires et du stress — c’est une combinaison de tout cela. C’est aussi l’âge peut-être. Est-ce le début de la ménopause? Nous n’en savons rien. On n’a pas fait beaucoup de recherche sur le VIH chez les femmes de mon âge. Pourquoi? Pourquoi n’ai-je plus aucun désir sexuel?

Aimeriez-vous en avoir?

Mets-en! Mon partenaire est un bel homme et je ne voudrais certainement pas le perdre pour quelqu’un de plus sexuel que moi. Il peut bien me dire qu’il m’aime de tout son coeur, mais sans sexe, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il cherche à combler ses besoins ailleurs. Je vis chaque jour avec cette crainte.

Ça m’arrive de penser au sexe pendant la journée — « Ce soir, je vais préparer un bon repas et mettre des bougies sur la table » — mais quand j’arrive à la maison, c’est fini, je n’y pense plus. Et le lendemain, je me demande pourquoi je ne l’ai pas fait, et je ne sais pas. J’ai l’impression de le décevoir, mais en même temps, je sais que je ne peux pas lui donner quelque chose que je ne suis pas prête à lui donner. En plus, ce ne serait pas juste pour lui que je reste sur le dos et fasse semblant d’aimer ça.

Avez-vous déjà été très sexuelle?

Oui, avant de devenir positive. Mon ex-mari m’a donné le VIH et ses paroles me hantent encore aujourd’hui : « Personne ne te touchera plus jamais ». Je me suis sentie souillée. Même si j’essaie très fort de me convaincre du fait que je ne suis pas « sale », ses paroles me hantent.

Craignez-vous d’infecter votre partenaire?

Oui, même si on utilise des préservatifs, c’est difficile de ne pas y penser. Ce n’est pas rationnel. Il doit y avoir une autre raison pour laquelle je n’ai plus aucun désir sexuel.

Est-ce que les préservatifs constituent un obstacle pour vous?

Nous avons toujours des préservatifs dans le tiroir. Lorsque nous avons des rapports sexuels, nous utilisons toujours un préservatif. Mais nous avons des rapports sexuels peut-être une fois sur quatre quand nous faisons l’amour. Et si nous avions eu des rapports sexuels hier, et ça ne s’est pas passé, ça prendrait sûrement un autre six semaines avant que nous ne recommencions.

Votre partenaire est-il parfois contrarié?

Très contrarié. Il nous arrive d’être tous les deux à notre ordinateur et il me dit : « As-tu envie? » et je lui réponds : « Non, pas vraiment. Visite donc quelques sites pornos pour ce soir. » Je crois qu’une partie de lui-même accepte mal le fait que ça ne m’ennuie pas qu’il le fasse.

Je vais me coucher le soir et je pense : « Pourquoi ne lui ai-je pas dit oui? ». Et puis je me dis que je n’aurais pas été honnête envers moi-même si je l’avais fait. Ça m’a pris 50 ans pour apprendre à être honnête avec moi-même, et j’aurais beaucoup de peine à changer maintenant. Je ne peux pas toujours faire plaisir aux autres à mes dépens, sans tenir compte de ce qui me fait plaisir à moi.

Est-ce que votre partenaire a parfois l’impression qu’il ne vous plaît plus?

Non. Je ne pense pas qu’il puisse croire une telle chose. J’ai parfois l’impression que c’est moi qui ne suis pas attirante, à cause de mon ventre (les dégâts de la lipodystrophie, sans compter que je ne fais plus d’exercice) et d’une immense cicatrice que j’ai sur une fesse depuis une opération. Cette cicatrice, je l’ai parce que mon ex-mari m’a violée, et j’y pense souvent. Si je pouvais la faire disparaître, je le ferais, juste pour me sentir un peu plus séduisante. Je déteste cette cicatrice; elle m’empêche de me sentir sexy parce que je ne peux pas m’empêcher d’y penser. Si je suis nue et je me tourne sur le ventre, je pense « Oh non! Il va voir ma cicatrice ». Et elle ne partira jamais, elle restera toujours avec moi.

Qu’avez-vous fait pour surmonter vos problèmes de sexualité et les autres problèmes liés à ce qui vous est arrivé sexuellement?

Pas grand chose, vraiment. Je ne saurais pas où aller ni à qui m’adresser.

En avez-vous parlé à votre médecin?

Oui. Je lui ai dit que mon partenaire veut faire l’amour, mais que je n’en ai pas envie, et que mon partenaire ne comprend pas pourquoi. Il pense que mon partenaire se montre insensible à mon égard.

Avez-vous déjà songé à voir un sexothérapeute, avec ou sans votre partenaire?

Je ne suis pas sûre de vraiment vouloir consulter un sexothérapeute. J’ai été victime de violence sexuelle pendant dix ans alors que je n’étais qu’une enfant, et je ne tiens pas à faire revivre ces souvenirs. J’ai de la peine à me confier à quelqu’un que je ne connais pas, et encore plus à un homme. J’ai peur de m’exposer et de confier ces passages de ma vie à quelqu’un d’autre. J’ai peur qu’on me juge. J’ai peur que ces souvenirs et sentiments ressortent pendant le traitement et ruinent ma relation avec mon partenaire.

Et je ne veux pas entraîner mon partenaire dans une telle conversation, de peur de l’embarrasser. C’est mon problème. Bien sûr, je sais que c’est aussi son problème, vu qu’il est mon partenaire, mais nous n’en avons jamais vraiment discuté. Je me contente de lui dire « Mon chéri, je ne comprends pas. Je n’arrive pas à expliquer pourquoi je me sens comme ça ». Et vraiment, je ne peux pas.

Avez-vous déjà regardé un film porno ensemble ou utilisé des accessoires sexuels, ou essayé quoi que ce soit du genre?

Oui, nous avons tout essayé. Lorsque je vois des images pornographiques à l’écran de mon ordinateur, ça m’aide à fantasmer, mais ça ne me donne pas envie d’avoir des rapports sexuels avec mon partenaire.

Craint-il quelque part en lui-même d’attraper le VIH?

Oui. Je sais qu’il a peur. Nous avons essayé le Saran Wrap, nous avons coupé le préservatif en deux, mais je crois qu’il a tellement peur de devenir infecté qu’il ne se laisse pas aller au plaisir lui-même.

Je ne sais pas si je me suis tout simplement laissée aller à la routine, je ne sais pas si c’est ainsi pour toutes les femmes séropositives. J’espère entendre d’autres témoignages comme le mien, pour voir que je ne suis pas la seule à avoir de tels problèmes. J’ai l’impression d’être la seule à en souffrir parce que je n’ai personne à qui me confier. J’aimerais avoir une amie à qui je pourrais dire : « Je n’y arrive pas. Penses-tu que ce soit normal? »

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