Vision positive

automne/hiver 2005 

Guérison sexuelle : Entrevue avec David Hoe

entrevue par Darien Taylor

DAVID HOE, 62 ans

Conseiller principal en matière de politiques sur le VIH/sida
Diagnostiqué en 1988

Sexuellement parlant, je dirais que je suis une personne qui a cherché à avoir une identité sexuelle saine et une vie sexuelle que l’on peut fêter. Je crois que la plupart des hommes gais et de nombreux PVVIH pensent comme moi.

Comment vous sentez-vous?

Je ne me suis jamais mieux porté, et je continue d’aller mieux chaque jour. (Les analyses de laboratoire le confirment.) Je dois mon bien-être en partie à une vie sexuelle saine, profondément liée à chaque aspect de ma vie. Pour ce qui est du vih, j’ai été diagnostiqué en 1988 (je crois avoir été infecté en 1984). J’étais alors directeur administratif du Comité du SIDA d’Ottawa et une de mes responsabilités consistait à créer des programmes pour les PVVIH. Nous avons eu la chance un jour d’accueillir Sequoia Lundy, qui a mis sur pied des ateliers de guérison pour nous. Il avait entrepris des travaux de guérison avec des homosexuels vivant avec le vih de San Francisco et avec l’école Body Electric, en Californie.

En 1989–1990, Sequoia a introduit des ateliers du toucher à nu pour les homosexuels d’Ottawa. Ces ateliers m’ont aidé à me familiariser avec mon corps en tant que temple, en tant que partie sacrée de mon existence; j’ai appris à respecter mon corps et à en prendre soin à de nombreux niveaux et d’une manière holistique.

En 1991, j’ai attrapé une PPC (pneumonie à Pneumocystis) et pris un congé de maladie. Le peu de drogues alors disponibles sur le marché ne parvenait pas à freiner l’effondrement de mon système immunitaire. Je n’avais alors plus qu’environ 10 cellules T, souffrais d’épisodes de PPC récurrents et d’une insuffisance d’un organe vital. J’étais à l’article de la mort et nous attendions tous dans le silence; c’est alors qu’apparurent les inhibiteurs de la protéase, et je me suis rétabli petit à petit. Je suis retourné au travail six mois plus tard, rejoignant d’autres survivants du sida et participant à la conception de la nouvelle Stratégie canadienne sur le VIH/sida.

Je prends désormais du ténofovir (Viread), du 3TC (Epivir) et du Kaletra. Je prends de la testostérone en gel pour renforcer mon énergie et du NucleomaxX en poudre pour atténuer les dégâts des nombreuses drogues « d » que je prenais auparavant. Je prends aussi des vitamines et des suppléments pour neutraliser les effets toxiques de mes médicaments et garder mon corps aussi énergique et sain que possible. J’utilise des huiles essentielles pour équilibrer mes énergies.

Parlez-nous de votre vie sexuelle depuis votre diagnostic.

Lorsque j’étais malade, je n’avais aucun désir. J’avais perdu toute mon énergie, j’étais fatigué et malade. Mon organisme tentait de redistribuer le peu d’énergie qui lui restait. J’appréciais davantage une caresse intime, un câlin, la compagnie de mes amis. Ma libido est réapparue au fur et à mesure que je reprenais des forces. Je vivais un peu comme dans un entre-deux, et malgré ma faiblesse physique, j’avais retrouvé toute mon énergie sexuelle.

Mais lorsque j’ai retrouvé ma forme et le besoin d’être sexuel, je me suis heurté à la honte et à la discrimination qui s’accrochent aux êtres sexuels vivant avec le sida. Il est essentiel de faire fi de la honte, de lutter contre la discrimination et de se battre pour son droit d’être sexuel, mais plus important encore, il faut parvenir à développer une identité sexuelle saine à l’intérieur d’un environnement toxique. Et ça affecte la libido.

Aussi, la forme du corps change, et vu que notre culture s’attache davantage à la forme physique qu’à la forme érotique, il faut travailler fort sur l’image qu’on a de soi, pour se sentir sexuel et attirant. La honte, la discrimination et le fait de douter de sa beauté ont le don de refermer la porte de l’endroit du coeur qui fait naître notre spontanéité ou notre timidité. Derrière cette porte, notre énergie érotique reste prisonnière et invisible aux yeux des personnes qui nous entourent, qui nous trouvent alors froids et distants.

De même, l’association du VIH et des drogues prescrites peut changer le fonctionnement sexuel d’une personne. Par exemple, je n’arrivais plus à éjaculer. Les médecins que j’ai consultés ne savaient trop quoi faire pour moi. La capacité d’éjaculation est liée à l’énergie et à la confiance, en plus d’autres facteurs, ainsi cette défaillance représentait aussi pour moi un gros problème d’identité.

Le besoin de suivre un cours d’arts érotiques est devenu extrêmement pressant pour moi; j’avais besoin de me retrouver dans un contexte de guérison où l’on célébrait la sexualité des personnes comme moi. Ce milieu où l’on enseignait et cultivait la sexualité et la santé sexuelle et où les participants étaient invités à explorer et découvrir m’a totalement ahuri. Ce cours m’a toutefois permis de voir les choses d’un autre oeil, et toute cette honte et cette discrimination que je vivais en tant qu’homme séropositif se sont dissipées. L’école adopte une logique politique et sanitaire excellente face au vih et à la sexualité, qui tient compte de la sexualité et de la santé érotique dans le contexte du VIH, et qui la favorise.

Pourquoi attribuez-vous tant d’importance à votre santé érotique?

Ma santé érotique est un aspect de mon état général qui a autant d’importance que tous les autres aspects de ma santé. Je l’apprécie d’un point de vue spirituel. Les aspects spirituels de ma vie érotique sont fondés sur la croyance que la sexualité est sacrée et que le corps est doté de sa propre intelligence et nous guide vers des états de plaisir. Nous sommes peu à avoir hérité de ce système de croyance.

De nombreux PVVIH ont des problèmes d’énergie; c’est pourquoi il est très important qu’ils accèdent à toutes les sources d’énergie à leur disposition, y compris à l’énergie érotique. Je fais très attention à ma respiration, et plus particulièrement à ma respiration au niveau du ventre et de la zone pelvienne / génitale. Pour atteindre des états érotiques amplifiés, il faut savoir respirer, et j’incorpore cet art à mes exercices de méditation et physiques, lesquelles augmentent le respect et l’amour que je porte à mon corps, et contribuent au flot harmonieux de mon énergie.

Comment votre vie sexuelle a-t-elle été affectée par tout cela?

Maintenant, lorsque j’ai des rapports intimes, c’est bien plus palpitant et je prends davantage conscience de ce que je ressens. Je trouve qu’il est important d’avoir une certaine affinité de coeur ou personnelle avec son partenaire, et de prendre son temps pour essayer toutes sortes de choses nouvelles et explorer — pour rendre l’acte aussi magnifique et sensuel que possible et pour découvrir avec son partenaire, sans se presser, les portes de nos temples, les portes du plaisir, les portes de la passion, sans jamais oublier de respirer. On parvient ainsi à se laisser aller et à découvrir des formes délirantes du plaisir.

La santé érotique m’a permis de redécouvrir l’intimité. Pour pouvoir partager, il faut savoir être intime avec soi-même. De plus, le bien-être érotique n’a pas à être confiné. Par exemple, il m’arrive d’échanger des massages érotiques avec des amis. Comme beaucoup d’homosexuels, j’ai toujours cru que pour avoir de bons rapports sexuels, il fallait éjaculer. Mais maintenant, je vois les choses sous un autre angle, en termes d’énergie sensuelle et érotique.

On pense souvent que les rapports protégés sont moins érotiques. C’est toute une série de « Ne pas faire ci, ne pas faire ça ». Mais j’ai découvert qu’on peut atteindre des états d’extase intense de bien des façons — que je ne connaissais pas auparavant et qui sont sans risque. Les « barrières » deviennent « permissions », « possibilités » et « découverte ». C’est un changement énorme pour moi. Ça m’est désormais égal d’avoir une conception si limitée de la séropositivité, de l’excitation, de l’extase, du bon sens, et de partager tout cela. Ma notion toute entière de ce que c’est que de vivre avec le vih et d’être sexuellement actif n’est plus la même.

Avez-vous des conseils à donner aux personnes qui veulent explorer leur moi érotique?

Débranchez le téléphone, créez une ambiance voluptueuse, achetez quelques huiles et caressez-vous en respirant avec soin et en prenant conscience de vos sensations… le reste suivra.

Un certain nombre d’endroits en Amérique du Nord proposent des ateliers de fin de semaine sur le bien-être érotique. L’école Body Electric vous aidera à faire les premiers pas, comme elle l’a fait pour moi il y a quelques années. En l’espace d’une semaine on observe une transformation de la conscience. Une journée a suffi à me sensibiliser à une expérience d’érotisme et de sensualité améliorée.

Il existe un certain nombre de livres sur la spiritualité homosexuelle, ainsi que sur la sexualité. Toutefois, très peu de nos ressources en santé ont à coeur la guérison sexuelle des PVVIH. C’est une lacune énorme, et plus particulièrement du fait que le vih fait intimement corps avec notre sexualité. Les personnes qui vivent avec le vih ne sont-elles pas les mieux placées pour se plonger dans les délices de l’extase?

  • Pour travailler sur votre érotisme spirituel : Tantra for Gay Men, de Bruce Anderson; Desire, de Daniel Odier.
  • Pour remettre en question la façon dont la société comprend la sexualité et l’érotisme : Erotic Justice: A Liberating Ethic of Sexuality, de Marvin M. Ellison.
  • Pour aider les homosexuels à assainir leur propre identité : Gay Warrior, de Fickey et Grimm.
  • Vous trouverez de multiples ressources sur l’érotisme à l’adresse www.thebodyelectricschool.com
  • Pour un toucher délicat : The New Sensual Massage, de Gordon Inkeles.
  • Pour des jouets : Allez dans un magasin d’accessoires sexuels ou naviguez Internet. Écoutez votre intuition et expérimentez. Gâtez votre corps et traitez-le bien.

ALLEZ: