Vision positive

automne/hiver 2005 

Guérison sexuelle : Entrevue avec Danielle Layman-Pleet

entrevue par Darien Taylor

DANIELLE LAYMAN-PLEET, 28 ans

Coordonnatrice du réseau d’entraide
Diagnostiquée en 2001

Je suis lesbienne. Je sortais avec des hommes avant, mais je me suis ouvertement déclarée lesbienne à peu près en même temps que j’ai reçu mon diagnostic de VIH. C’était vraiment quelque chose d’avoir affaire à ces deux situations en même temps.

Êtes-vous dans une relation en ce moment?

Ça fait à peu près quatre ans que je suis avec ma partenaire. Nous nous sommes mariées il y a un an. Nous avons nos hauts et nos bas, comme tout le monde, mais nous nous entendons bien.

Le VIH est une chose que nous avons dû intégrer à nos vies sexuelle et affective. Au début, j’ai eu l’impression de traverser une période d’attente, d’attente de sa décision, à savoir si ça valait la peine de sortir avec moi, maintenant que j’étais séropositive. Le VIH prendrait-il le dessus sur ma personnalité? Mon amie n’avait encore jamais eu affaire au VIH. Les lesbiennes n’ont pas tendance à considérer le VIH comme une composante de leur réalité. Ce n’est pas un sujet dont elles parlent souvent.

C’était non seulement ma première relation sérieuse avec une femme, mais en plus, il fallait que je négocie mes rapports sexuels et que j’établisse ce qui était sûr et ce qui l’était moins. Vu le peu d’information qui existe sur les rapports protégés entre femmes, ma partenaire se faisait beaucoup de soucis à propos des risques de transmission, lesquels n’étaient pas forcément toujours très réalistes. Ainsi, j’ai dû trouver l’information pertinente et la rassurer, mais je n’avais rien pour confirmer ce que j’estimais effectivement réaliste en termes de transmission. Par exemple, il existe peu d’information sur le cunnilingus chez les femmes. On nous dit que les risques sont faibles, mais le doute s’installe et on ne peut s’empêcher de penser que des risques subsistent.

J’ai dit à ma partenaire que je ne voulais pas être la seule à lui fournir cette information. Qu’elle devait faire ses propres recherches et parler à d’autres personnes. Je ne voulais pas qu’elle pense que j’avais des intentions cachées. Je crois que c’est souvent à la personne positive qu’incombe la responsabilité d’éduquer le ou la partenaire. Mais il est toutefois important que l’autre fasse ses propres recherches, parce que nous sommes tous et toutes plus ou moins à l’aise avec différents niveaux de protection. Ce qui me convient ne convient pas forcément à tout le monde.

Comment cela a-t-il affecté votre vie sexuelle?

Il arrivait que nous évitions d’avoir des rapports sexuels ou que nous nous arrêtions en plein milieu parce que je sentais qu’elle n’était pas à l’aise avec certaines choses que nous faisions. Ça me faisait parfois beaucoup de peine, et plus particulièrement juste après mon diagnostic, parce que j’avais l’impression d’être pernicieuse, qu’il ne fallait pas me toucher et que je n’avais pas le droit d’être sexuelle. Je crois qu’il m’arrivait de projeter mes propres sentiments sur elle. Et elle ne voulait pas me blesser en me disant qu’elle était mal à l’aise elle-même.

Depuis, nous essayons d’aborder le sujet de temps en temps. Il m’est arrivé de lui dire, « Nous ne parlons jamais du VIH et ça me fait bizarre parce que c’est une si grande partie de ma vie ». Je vis avec le VIH et je travaille dans la communauté, mais je n’en parle pas beaucoup avec elle. Ainsi, je fais des efforts pour qu’on en parle. J’apporte parfois des articles qu’elle peut lire ou j’essaie de lui parler de ce que je ressens. Et si l’atmosphère sexuelle devient tendue, nous essayons d’en discuter.

Comment avez-vous surmonté à la fois votre diagnostic de VIH et votre nouvelle vie de lesbienne déclarée?

Dans des circonstances normales, quand on assume ouvertement sa sexualité pour la première fois, on a habituellement la chance de découvrir d’autres personnes et d’essayer différentes choses sexuellement. Mon diagnostic de VIH m’a empêchée de m’épanouir parce que j’avais peur d’infecter quelqu’un et je craignais la réaction des gens. Je n’osais pas avoir des rapports sans dévoiler mon diagnostic; les sentiments de culpabilité sont énormes, qu’on utilise une protection ou pas. J’ai dit à ma partenaire que j’avais le VIH lors de notre deuxième rencontre parce que si elle décidait de me rejeter, je voulais que ça se fasse vite.

Ma vie sexuelle est meilleure depuis que j’ai ouvertement déclaré ma sexualité. Le fait d’avoir des rapports sexuels avec des femmes y a également contribué d’ailleurs. Je suis bien dans ma peau de gouine et je suis heureuse d’avoir une relation malgré tout solide. Aussi, le sentiment d’être malsaine et toutes ces autres choses qui nous passent par la tête quand on reçoit son diagnostic, comme la honte de son propre corps, se sont plus ou moins dissipés.

Où avez-vous obtenu du soutien et de l’information sur les rapports protégés?

Il n’y a pas grand soutien dans la communauté pour les lesbiennes infectées par le VIH. Les femmes qui ont le VIH sont invisibles de bien des façons. Quand j’ai commencé à parler de ma sexualité à certaines de mes amies gaies, je me suis aperçue qu’elles ne savaient pas grand-chose sur le VIH.

Aussi, il faut dire qu’un grand nombre des ateliers sur les rapports protégés ne traitent pas de la transmission ou des rapports sexuels entre femmes. Lorsque j’ai commencé à participer à ces groupes de soutien sur le VIH, je n’osais pas dévoiler ma sexualité, de peur que les autres femmes me jugent.

Ainsi, je n’ai pas reçu grand soutien. Ça fait quatre ans de ça et aujourd’hui, je connais une poignée de lesbiennes et de femmes bisexuelles ayant le VIH. C’est super d’avoir des relations sociales avec ces femmes; on forme un peu notre propre petite communauté. Le fait d’avoir l’appui de mes pairs — on sort ensemble, on rigole en parlant de sexe, et on célèbre notre sexualité malgré tout — a fait toute une différence dans ma vie. C’est formidable de pouvoir célébrer sa sexualité en tant que femme séropositive, parce que ce n’est pas quelque chose qui est très reconnu. Aussi, Voices of Positive Women, l’organisme où je travaille, est un espace positif pour les lesbiennes.

Comment vous portez-vous?

Je me porte très bien. Je n’ai pas encore eu de craintes pour ma santé. J’ai décidé de refuser de prendre des médicaments aussi longtemps que possible, et je n’en ai encore jamais pris. Mon compte de CD4 reste assez stable aux environs de 350. Je suis quelques traitements non conventionnels : je vois un naturopathe et un acupuncteur, je prends des suppléments quand je n’oublie pas et j’essaie de faire beaucoup d’exercices.

Avez-vous eu des problèmes de santé qui ont affecté votre vie sexuelle?

Je dois avouer que je ne me sens pas très sexy quand j’ai une infection à levures. Les rapports sexuels peuvent être irritants et augmenter le nombre de ces infections. Nous avons dû apprendre à être plus créatives — les accessoires sexuels nous aident beaucoup à nous amuser en toute sécurité. Lorsque j’ai une infection à levures, j’utilise un produit que me donne mon naturopathe et qui s’appelle Megadophilus (une dose vraiment forte d’acidophile dans une capsule vaginale et orale), et ça guérit généralement l’infection. J’essaie d’éviter le sucre et l’alcool quand je sens venir une infection. Le yogourt est bon aussi. Je m’en remets exclusivement aux remèdes naturels ces jours-ci.

Et pour finir, avez-vous des commentaires sur la dysfonction sexuelle dans le contexte du VIH?

L’expression dysfonction sexuelle ne me plaît pas. Nous vivons toutes des expériences différentes, qui contribuent à la façon dont nous nous sentons à propos de notre corps et de notre identité sexuelle. Certaines d’entre nous ont été violées ou victimes de violence sexuelle, d’autres viennent de se déclarer ouvertement lesbiennes. Un diagnostic de VIH peut entrer dans l’équation, et j’ai du mal à comprendre comment on peut se permettre de les appeler des « dysfonctions ».

Bien entendu, ces expériences affectent la façon dont nous vivons le sexe et dont nous nous exprimons, mais j’estime que, sexuellement parlant, c’est tout à fait normal. Ça n’aide pas d’être « pathologisée ». Je pense à ce genre de diagnostic sexuel et le mot « médicamenter » me vient immédiatement à l’esprit. Ça ne convient pas nécessairement à tout le monde. On a l’impression d’être des monstres à cause de ce que nous ressentons ou de nos réactions.

J’estime que le sexe peut être un puissant remède dans le cas de certaines de ces affections, pour nouer des liens et se sentir mieux dans sa peau. Tout le monde mérite d’avoir une vie sexuelle saine et agréable, et c’est une question de choix aussi.

Aimez votre corps, si vous pouvez. Le sexe fait partie intégrante de nos vies et il est important de pouvoir dire ce qui nous fait plaisir et de ne pas se contenter de vouloir faire plaisir à notre partenaire.

Photographie : Jacob Peters

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