Vision positive

automne/hiver 2005 

Guérison sexuelle

Votre vie amoureuse laisse-t-elle à désirer?

par Darien Taylor

DYSFONCTION SEXUELLE : C’est l’éléphant dans la salle d’attente de la clinique du VIH. Nous savons tous qu’il est là (c’est pas moi bien sûr!), mais nous préférons l’ignorer. Mais pourquoi? Est-il possible que dans les profondeurs les plus obscures de notre âme, l’idée même de l’acte sexuel suscite en nous un sentiment de culpabilité? En dépit de tous les efforts visant à rendre les rapports protégés plus « sexy », craignons-nous encore d’infecter nos proches? Avons-nous parfois l’impression que le seul fait d’être en vie devrait nous suffire? Ou est-ce que cette attitude joviale de « positivité sexuelle » nous empêche d’admettre que notre  « séro-positivité » nous envahit en fait de sentiments personnels négatifs, sexuellement parlant?

L’expression sexuelle est un élément essentiel de notre identité. Il est normal que le VIH ait un tel impact sur notre expérience en tant qu’êtres sexuels — que ce soit le choc du diagnostic, qui nous assaille du sentiment d’être « avariés » ou « sales »; l’impact de la maladie même sur notre santé, nos émotions et notre endurance; ou les pressions de la divulgation, d’avoir à utiliser un préservatif et de vivre des rapports protégés. Ce sont peut-être aussi les effets secondaires, comme la lipodystrophie et la diarrhée, qui ont sérieusement ébranlé notre organisme, sapé notre estime de soi et détruit l’image que nous nous faisons de notre corps.

La dysfonction sexuelle dans le contexte du VIH est sous-étudiée tant chez l’homme que chez la femme, ce qui laisse de nombreuses lacunes dans notre aptitude à comprendre cette interaction complexe. Nous savons que les difficultés sexuelles sont relativement courantes dans l’ensemble de la population. Et les recherches révèlent que les troubles liés au désir, à l’excitation, à la satisfaction et à l’orgasme — ainsi que l’absence d’érection et les problèmes de lubrification et de douleurs pendant les rapports sexuels — sont encore plus courants dans le contexte de l’infection par le VIH.

Les causes des difficultés sexuelles sont bien documentées et la liste impressionnante d’experts que nous avons interrogés aux fins de cet article nous aident à les situer dans le contexte du VIH : stress, anxiété, dépression, problèmes d’image corporelle, abus d’alcool et de drogues à usage récréatif (même la cigarette), ainsi que certains médicaments de prescription, et plus particulièrement certains antidépresseurs et médicaments contre l’hypertension, le cholestérol et les taux de triglycérides élevés. Les chercheurs ne font que commencer à envisager un lien entre les multithérapies antirétrovirales et les dysfonctions sexuelles chez les personnes qui vivent avec le VIH/sida (PVVIH). Le VIH lui-même peut faire des ravages énormes au niveau des hormones, et nos hormones jouent un rôle important dans la régulation de notre libido. Par exemple, on sait que le taux de testostérone est bas chez un grand nombre d’hommes séropositifs.

Quatre PVVIH ont parlé à Vision positive des défis (et, dans certains cas, des joies!) d’une vie sexuelle saine en dépit du VIH. Comme elles l’expliquent, le problème va au-delà de la relation de cause à effet que les chercheurs tentent de démêler. Il est essentiel de tenir compte du fait que beaucoup d’entre nous avaient des problèmes sexuels avant d’être infectés par le VIH; il est ainsi difficile d’établir quel « bagage » nous traînions déjà avant notre diagnostic. Songez par exemple au nombre de PVVIH qui ont souffert d’abus sexuel pendant leur enfance. Ces expériences affectent la façon dont nous concevons notre sexualité adulte.

Aussi, nous vivons nos problèmes sexuels dans le contexte de vies remplies et diversifiées. Ainsi, il est difficile de situer la source exacte d’un problème sexuel. Est-ce la dépression, les médicaments qu’on nous prescrit ou le pur et simple épuisement professionnel dans lequel nous plongent nos emplois à temps plein, et qui nous empêche de retrouver ce désir d’être aimé à la fin d’une longue journée? Ou est-ce tout cela pris ensemble? Même dans le cadre de la plus rigoureuse des investigations (avec conseiller, thérapeute, gynécologue ou médecin du VIH), il peut être difficile de trouver la cause, et à plus forte raison, le remède contre une dysfonction sexuelle.

En fin de compte, cet article soulève vraisemblablement plus de questions qu’il ne suggère de réponses. Bien qu’il semble probable que le VIH, les pathologies associées et la pharmacothérapie qui les accompagne jouent un rôle dans les dysfonctions sexuelles, il est évident qu’il reste du chemin à faire pour caractériser ce lien avec plus d’exactitude.

La fonction sexuelle est une composante importante de la qualité de vie; ainsi, en attendant d’en savoir plus, les fournisseurs de soins qui travaillent avec des PVVIH devraient songer à incorporer des questions sur la fonction sexuelle dans le cadre de leurs interactions avec ces personnes.

Et si vous, en tant que PVVIH, n’êtes pas satisfait de votre vie sexuelle, n’ayez pas honte de rechercher des solutions, tant originales que cliniques. Parlez à vos partenaires sexuels et à vos fournisseurs de soins, et consultez l’Internet ou votre magasin local d’accessoires sexuels. Si vous n’avez pas encore trouvé l’âme soeur qui vous accompagnera dans l’aventure érotique de votre guérison sexuelle, cet article vous aidera peut-être à comprendre que vous n’êtes pas tout seul et vous encouragera à prendre la route et à tenter votre chance.

Darien Taylor est directrice de l’info-traitements chez CATIE. Elle vit avec le VIH depuis plus de 15 ans. Bien qu’elle se soit lamentée pendant des années sur l’impact du VIH sur sa vie sexuelle, elle préfère désormais se glisser sous les couvertures avec un bon livre.