Vision positive

automne/hiver 2004 

Pause-Jasette : Quelle est votre thérapie complémentaire?

entrevues réalisées par Diane Peters

GEORGE CLARK-DUNNING, 42 ans

Bénévole auprès de AIDS PEI et GLBT
collective, fournisseur de service Internet
Date de diagnostic du VIH : 1991
Charge virale : indécelable
Nombre de CD4 : 297
Cavendish, Île-du-Prince-Édouard

J’ai subi un accident de voiture en 2000 et j’ai commencé à consulter un chiropraticien, le Dr Vince Adams, qui est également acupuncteur. Je souffrais d’un coup de fouet cervical et de stress articulaire et musculaire. Un an plus tard, nous avons observé un certain progrès quant au soulagement de la douleur, mais je marchais toujours avec une canne, alors nous avons entrepris un traitement d’ACUPUNCTURE.

La plupart des aiguilles sont placées sur mon dos. Je m’allonge sur une table pendant 15 à 20 minutes et je finis très souvent par m’assoupir. Vince revient ensuite pour administrer la partie chiropratique du traitement et voilà, le tour est joué.

Lorsque j’ai commencé l’acupuncture, je souffrais également de neuropathie, des hanches aux orteils. J’avais l’impression que des éclats de vers broyaient ma chair. Chaque pas et chaque mouvement me faisaient mal. Vince m’a dit : « cette douleur n’est pas liée à l’accident de voiture mais plutôt au VIH. Je peux traiter cela, alors allons-y ». J’étais traité deux fois par semaine. En l’espace d’un mois, j’ai commencé à en ressentir les bienfaits. Quatre semaines plus tard, j’ai cessé de prendre du gabapentine pour ma neuropathie. La douleur s’est arrêtée et l’acupuncture l’empêche de revenir. J’ai plus d’énergie dans les quatre à cinq jours suivant chaque séance.

Vince m’a récemment posé des questions sur ma fonction hépatique. Elle n’est pas bonne. J’ai une stéatose hépatique et j’en suis aux premiers stades d’une cirrhose, alors il traite mon foie à l’aide des points déclic liés à la fonction hépatique. Je crois fermement en l’union de la médecine orientale et occidentale. Comment cela pourrait-il faire du mal? Une aiguille sur dix est douloureuse, mais à part cela, cette thérapie est formidable et j’adore ça. C’est le meilleur investissement que j’ai fait pour mon bien-être.

L’acupuncture est une ancienne forme d’approches corporelles qui se sert d’aiguilles spéciales pour stimuler les points d’énergie et aider le corps à se guérir. Pour plus d’information : Association de médecine chinoise et d’acupuncture du Canada (www.cmaac.ca 519.642.1970)

SHARI MARGOLESE, 42 ans

Activiste communautaire et écrivaine
Date de diagnostic du VIH : 1991
Charge virale : 1 500
Nombre de CD4 : 700
Mississauga, Ontario

En 1995, j’ai essayé la MARIHUANA MÉDICALE. Cela a atténué la nausée et les vomissements causés par le VIH. Lorsque j’ai commencé à prendre des médicaments l’année suivante, j’en ai pris à nouveau et cela m’a aidée. Je ne consommais pas de marihuana régulièrement, car je n’y avais pas accès régulièrement et je ne détenais pas d’autorisation médicale. J’ai donc pris des médicaments sans ordonnance avec des médicaments sur ordonnance, et cela m’a fait perdre connaissance. J’étais tellement fatiguée que je ne pouvais plus rien faire.

En 2001, la loi sur la marihuana médicale a été modifiée et il est devenu un peu plus facile d’obtenir une autorisation. Je devais essayer autre chose pour apaiser ma nausée, alors j’en ai demandé une. Je consomme de la marihuana médicale depuis ce temps et cela m’a grandement aidée. La marihuana soulage davantage la douleur associée à la neuropathie que l’amitriptyline. Cela m’aide à vivre normalement et à poursuivre mon traitement anti-VIH.

Mais cela coûte cher et il n’existe aucun moyen d’être dédommagé. C’est difficile avec des enfants dans la maison — il faut fumer en cachette. D’ailleurs, ce n’est pas accepté socialement. Certains jours, je me sens tellement mal que je ne peux même pas fumer, alors je prends un comprimé de Gravol et je vais me coucher. De plus, je suis asthmatique et j’ai parfois de la difficulté à respirer.

On peut contrôler sa dose de marihuana médicale. Je peux en prendre un peu, juste assez pour obtenir l’effet désiré. Je ne suis pas au ralenti tout le temps. J’ai parfois besoin d’une dose plus grande ou plus petite ; parfois, une bouffée me suffit, parfois je fume deux joints de suite. Je commence par avoir un buzz, qui se dissipe quelques minutes plus tard, lorsque je commence à ressentir les effets bénéfiques qui durent.

Pour plus d’information : « Les arpents verts », Vision Positive, printemps / été 2002.

TOM HAMMOND, 39 ans

Coordonnateur des services de soutien de du Comité du sida des comtés de Guelph et de Wellington
Date de diagnostic du VIH : 1992
Charge virale : indécelable
Nombre de CD4 : 210
Guelph, Ontario

En novembre dernier, une collègue qui suivait une formation en THÉRAPIE SACRO-CRANIALE voulait se pratiquer sur des gens, alors j’ai décidé d’essayer ce traitement. Je n’en avais jamais entendu parler, mais je suis toujours prêt à essayer quelque chose de nouveau.

Elle commence par une méditation dirigée pour m’aider à faire le vide et pour contrôler ma respiration. Elle place ensuite ses mains sur mon sacrum (juste au-dessus des fesses) et se déplace vers le haut, me touchant légèrement. En fait, on ne sent pratiquement rien. Je m’endors environ dix minutes plus tard.

Lorsque j’ai commencé cette thérapie, j’ai tout d’abord remarqué la diminution de mon niveau de stress. Dans la semaine qui suit le traitement, je suis très concentré au lieu d’être au ralenti à cause de mes médicaments. J’ai davantage d’énergie, je pense clairement et je dors mieux. Avant, je souffrais d’insomnie, probablement à cause des médicaments et du stress, mais je dors maintenant toute la nuit. Mes médicaments me donnent également des problèmes gastro-intestinaux et la thérapie apaise mon estomac.

Au début des séances, lorsque je respire, je prête attention à tout mon corps et je visualise le virus dans mon système et comment mon corps pourrait agir pour accroître l’efficacité des médicaments. Avant cette thérapie, j’avais 168 CD4, nombre qui se maintenait depuis des années. Mais après quatre séances, il est passé à 210. Ce pourrait être un pur hasard, mais je ne le crois pas. Il ne s’agit pas d’une augmentation majeure, mais même le plus petit changement est encourageant.

Je poursuis ma thérapie une fois par semaine pendant quatre semaines et je fais une pause. C’est plus abordable ainsi. J’ai suivi plusieurs autres types de thérapie, mais celle-ci est assurément mon meilleur investissement.

La thérapie sacro-craniale est une forme de massage qui se concentre sur la tête et la colonne vertébrale en vue de dissiper la tension et les blocages d’énergie.

REBEKKA VALIAN, 43 ans

Instructeur de yoga et aromathérapeute
Date de diagnostic du VIH : 1991
Charge virale : indécelable
Nombre de CD4 : 640
Vancouver, Colombie-Britannique

Je pratique le YOGA depuis l’âge de 8 ans. Je l’ai appris par moi-même à l’aide d’un livre. Lorsque j’ai appris mon diagnostic, le fait de me trouver sur le chemin yogique a joué un rôle important parce que je n’étais pas terrifiée par la mort. Je me suis dit « je peux contrôler ma santé, je peux demeurer en santé et ne je dois pas paniquer à cause du diagnostic.

J’ai été hospitalisée en 1998, car il ne me restait que 10 lymphocytes T, et j’ai appris que j’étais atteinte d’un complexe d’attaque membranaire (CAM). J’ai dû quitter mon travail et j’ai été alitée pendant quatre mois. J’ai réalisé que j’allais mourir si je n’essayais pas les médicaments antirétroviraux. Un mélange de médicaments et de yoga m’a ramenée à la vie. Je me suis rendue au Québec pour prendre part à une étude sur l’effet de la respiration yogique sur le VIH. Cela a fonctionné pour moi. Je ressentais beaucoup de douleur et dès que je commençais à faire du yoga, la douleur se dissipait. J’étais également très déprimée à cette époque et j’ai essayé les antidépresseurs, mais cela n’a pas fonctionné. Le yoga m’a permis de sortir de ma dépression.

La pratique du yoga m’a beaucoup aidée à rétablir mes lymphocytes T — j’en ai 640 à présent. Cela est grandement attribuable au cocktail de médicaments, mais aussi aux thérapies complémentaires — l’aromathérapie, le massage, la méditation et surtout le yoga.

Le yoga donne des muscles forts et des ligaments bien lubrifiés. Il semble tout garder en bonne santé, souple, en plus d’écarter la douleur. Je me sens forte grâce à ma pratique. C’est le lien entre corps et l’esprit. Un esprit sain garde le système immunitaire en santé. Et tout le monde a les moyens de pratiquer le yoga, car une fois qu’on connaît les positions, on peut les pratiquer seul à la maison. Prenez le rythme de votre respiration et laissez-la vous guider lors des étirements.

Le yoga, forme d’exercices de l’esprit et du corps originaire de l’Inde, fait appel à la respiration, à la méditation et aux postures. Pour plus d’information : « Introduction au yoga — La pratique à domicile », Vision positive, automne / hiver 2001 ou la version canadienne d ’Ascent, (www.ascentmagazine.com), le Yoga Journal (www.yogajournal.com) et pour des ressources en français, visitez les sites suivants : www.lemondeduyoga.org et www.sahajayoga.asso.fr.

MARTIN MAILLOUX, 45 ans

Instructeur bénévole du tai chi taoïste
Date de diagnostic du VIH : 1994
Charge virale : indécelable
Nombre de CD4 : 760
Montréal, Québec

En 1995, un an après mon diagnostic, j’ai eu une méningite. Mon système immunitaire était alors pratiquement détruit; il ne me restait plus que 18 T4. À cette époque, la méningite était considérée comme terminale pour les sidéens mais j’ai suivi un nouveau protocole de traitement et j’ai été parmi les premiers patients à être sauvé de cette terrible maladie.

Alors, j’ai réalisé peu à peu que j’avais à vivre encore. Entre autres, j’ai dû réapprendre à marcher. La période de convalescence a duré plus de deux ans. En octobre 1998, je suis allé dans une classe de TAI CHI TAOÏSTE pour personnes vivant avec le VIH, activité organisée par Maison Plein Cœur. Malgré mon état de grande faiblesse, j’ai aimé cela. Par la suite, j’ai continué car très tôt, j’ai expérimenté combien c’était puissant pour moi.

Le tai chi m’a d’abord permis d’améliorer ma circulation, mon équilibre et ma coordination tout en réduisant les effets secondaires des médicaments et certains symptômes reliés au VIH. Après chaque cours, j’étais affamé, je mangeais davantage et ainsi j’ai commencé à reprendre du poids. Mes maux de tête ont disparus. J’ai assoupli mes muscles qui étaient jusqu’alors très tendus avec les effets secondaires de la médication et l’inactivité. De plus, j’ai pu réduire l’impact de la lipodystrophie en reconstruisant progressivement mes jambes et mes fesses avec les « exercices de fondation ». Le tai chi amène aussi un état de relaxation et j’ai cessé peu à peu d’être préoccupé tout le temps. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai retrouvé confiance dans mon corps. Comme j’ai failli mourir, ça été quelque chose de rétablir cette confiance. Je suis plus fort maintenant et je le sens.

Quand j’ai commencé, j’étais le pire des étudiants de ma classe mais mon instructeur était très patient avec moi. J’avais d’autres personnes vivant avec le VIH autour de moi qui faisaient de leur mieux pour améliorer leur santé et cela m’inspirait. À un moment donné, je me suis dit : « Je ne suis pas si mauvais que ça. Je me sens vraiment bien ».

Un jour, mon instructrice m’a demandé d’enseigner. Alors je lui ai dit : « Qu’est-ce que tu dis là? Voyons-donc! Moi, je suis une personne malade. » Elle a rétorqué qu’on avait justement besoin de quelqu’un comme moi. Alors, je suis devenu un assistant en 1999 et un instructeur bénévole en 2001. Maintenant, j’aide l’instructeur titulaire dans deux classes pour personnes séropositives.

Généralement, quand on a une maladie comme le VIH, on est souvent porté à trop se préoccuper de soi-même. La pratique du tai chi en groupe aide à aller au-delà de soi-même car elle oblige à regarder les autres pour ajuster le rythme des mouvements et alors, on peut vraiment se sentir ensemble. On peut devenir « un », l’espace d’un moment. Pour moi, c’est le côté magique du tai chi.

Le tai chi taoïste est un art de santé ancien qui exerce le corps et l’esprit par la pratique de mouvements thérapeutiques doux, lents et continus. Pour plus d’information : Société de tai chi taoïste (www.taichitaoiste.org ou Un guide pratique des thérapies complémentaires pour les personnes vivant avec le VIH de CATIE).