Vision positive

automne/hiver 2001 

Pause Jasette : Vous êtes stressé et ne savez pas où vous tourner?

Calmez-vous. Considéré depuis longtemps comme le petit ami de la maladie, le stress semble être l’allié du VIH dans sa guerre contre le système immunitaire. Selon une récente étude, le VIH se multiplierait plus rapidement chez les gens qui maîtrisent mal leur stress. Des chercheurs à l’UCLA ont évalué le niveau de stress de 13 hommes séropositifs avant qu’ils aient commencé un traitement anti-VIH. Chez les PVVIH/sida qui ont gardé leur calme après avoir effectué des exercices mentaux créateurs de stress, le taux de virus a chuté de façon plus considérable après le début du traitement anti-VIH que chez les sujets les plus stressés. De plus, les hommes les moins stressés présentaient davantage de cellules CD4. Selon le principal auteur de l’étude, une hormone appelée noradrénaline, dont la sécrétion est favorisée par le stress, serait la coupable qui aide le VIH à mieux se lier aux cellules et à inciter le virus à se reproduire plus rapidement.

Alors, essayez de prendre ça cool. Mais si vous n’êtes pas un Bouddha, atteindre la sérénité peut être plus facile à souhaiter qu’à faire, d’autant plus que le VIH devient souvent la plus importante source de stress qui soit. Prenons donc une pause jasette pour que cinq PVVIH/sida puissent nous offrir des conseils pour mieux y faire face.

BOB MILLS, 48 ans

Enseignant à la retraite pour des raisons médicales, activiste pour les traitements contre le sida
Date du diagnostic du VIH : 1989
Charge virale : 80 000
Compte des lymphocytes CD4 : 110
Edmonton, Alberta

LE STRESS SE MANIFESTE de plusieurs façons et je le traite de manière différente, tout dépendant du type de stress que je vis. La première chose que je fais lorsque je vis un stress c’est d’en DÉTERMINER LA CAUSE. S’il s’agit d’un problème de santé, la meilleure façon de diminuer le stress est de comprendre ce qui se passe. J’ai besoin de trouver réponse à mes questions. Lorsque j’ai reçu mon diagnostic la première fois, j’étais complètement terrifié parce que je n’en savais pas assez afin de pouvoir prendre des décisions éclairées en ce qui concernait la prochaine étape à prendre. Alors J’AI DÛ EN APPRENDRE AUTANT QUE JE POUVAIS sur ma maladie et sur toutes les options qui s’offraient à moi. Ma santé est ma plus grande source de stress, mais plus j’en sais, moins je suis stressé.

Le stress attribuable à ma vie est très différent de celui attribuable à ma maladie. Ce genre de stress — charge de travail, relations, le toit qui coule — est habituellement plus facile à contrôler. Il ne s’agit pas de situations de vie ou de mort. (La chose la plus importante dans la vie est la santé, le reste est négligeable pourvu que cela ne mette pas la vie en danger.) Je traite le stress lié à la vie EN FAISANT EXPRÈS DE FAIRE TRAÎNER LES CHOSES. Ce matin, je devais répondre à plusieurs messages électroniques et cela me stressait, alors j’ai pris une douche, je me suis rasé et j’ai PROMENÉ LES CHIENS. J’avais besoin de profiter de ces 40 minutes dans ma vie. Cependant, à d’autres moments, je ne remets rien au lendemain. Parfois, je sais qu’il est inutile d’aller dormir sans régler ce qui me stresse parce que je n’arriverai pas à dormir. SI JE NE DORS PAS, JE VIS ENCORE PLUS DE STRESS le lendemain matin. En fait, je prends les décisions qui minimisent le stress à long terme — un peu de souffrance à court terme permet de faire des gains à long terme — cela manque cruellement d’originalité, mais je ne trouve rien de mieux.

Si je suis chamboulé au plan émotionnel, je m’assois sur le divan avec mes chiens. Ils posent leurs têtes sur mes cuisses et me regardent jusqu’à ce que leurs paupières tombent et qu’il s’endorment. JE SENS LEURS PETITS CŒURS QUI BATTENT. C’est incroyable à quel point leur présence soulage mon stress.

CHANTALE PERRON, 34 ans

Conseillère en info-traitements au CPAVIH
Date du diagnostic du VIH : 1992
Charge virale : indétectable
Compte des lymphocytes CD4 : 860
Montréal, Québec

VOICI LES DIFFÉRENTES ACTIVITÉS que je pratique selon la situation qui me stresse :

  • SE SENTIR LIBRE J’aime enfiler des vêtements confortables (on ne se sent pas de la même façon lorsqu’on porte un habit et des souliers à talons hauts et lorsqu’on porte un vieux chandail, des pantalons de jogging et des souliers de course). Cela me permet également de faire la transition entre le travail et la maison.
  • RIRE Je ne regarde jamais de drames à la télé. Le rire est un bon traitement complémentaire, alors j’essaie de regarder des films drôles ou des comédies de situation.
  • TENDRESSE OU AFFECTION Si vous avez un amoureux, des amis ou de la famille, profitez-en. Parfois, m’asseoir tout près d’une personne que j’aime ou me faire jouer dans les cheveux me fait plus d’effet que le sexe.
  • FAITES L’AMOUR! Lorsque vous faites l’amour, vous ne pouvez pas penser à vos échéances ou à vos factures (en fait, vous ne devriez pas).
  • BAIN CHAUD ET AROMATHÉRAPIE J’aime acheter des huiles aromatisées aux fruits ou aux fleurs que je mets dans mon bain, où je reste pendant une demi-heure avec un livre ou des tabloïdes.
  • MASSAGE C’est un cadeau que je peux m’offrir seulement de temps en temps, mais je ne le regrette jamais. Parfois, des étudiants en massothérapie ont besoin de bénévoles, car ils doivent s’exercer pendant un certain nombre d’heures avant de pouvoir obtenir leur diplôme. J’ai droit à bien des massages gratuits ainsi!
  • TISANE Le simple fait de prendre le temps de la boire et de sentir la chaleur dans mes mains est relaxant.

ALEX ARCHIE, 35 ans

Coordonnateur de la recherche à Healing Our Spirit
Date du diagnostic du VIH : 1990
Charge virale : 16 000
Compte des lymphocytes CD4 : 90
Vancouver, C.-B.

C’EST PRINCIPALEMENT grâce au SOUTIEN des gens qui font partie de ma vie que je suis en mesure de faire face au stress.

JE PARLE BEAUCOUP À MON MÉDECIN. C’est un médecin spécialiste du VIH qui a une perspective sur le fait de vivre avec le VIH que peu de médecins partagent. Un jour où je vivais une période de traitement difficile, il m’a demandé : « Pourquoi tu veux vivre? ». Je ne lui ai pas répondu immédiatement parce qu’il s’agissait d’une question difficile pour moi. J’ai fini par lui dire que je ne savais pas exactement pourquoi je voulais vivre, mais que je savais que je ne voulais pas vivre de la façon dont je vivais à l’époque. Je me donnais aux autres plus que je ne PRENAIS SOIN DE MOI. Sa question m’a finalement permis de comprendre ce que voulaient dire les gens lorsqu’ils me disaient de prendre soin de moi.

Je suis demeuré ami avec des gens qui comprennent bien ce que c’est que de vivre avec le VIH. Mes AMIS sont toujours près lorsque j’ai besoin d’eux, ils me soutiennent beaucoup et ils appuient mon travail, tout comme MA FAMILLE. Je leur ai tout d’abord avoué avoir deux esprits et après avoir reçu un test positif, j’ai dû leur avouer cela. Parfois, je me cache derrière une façade pour les épargner en ce qui concerne mon état et le stress que je vis. J’essaie de ne pas causer du stress aux autres lorsque j’en vis. Je vois cela comme une stratégie d’adaptation. Parfois, le fait d’ÉVITER CERTAINS SUJETS me rend la vie plus facile. Et puis ils savent que je le leur parlerais si quelque chose n’allait pas.

REGARDER JEOPARDY m’aide à diminuer mon stress parce que je me rends compte qu’il y a des gens qui sont un peu plus stupides que moi dans ce monde. J’écris aussi des poèmes et suis en train d’apprendre à JOUER DE LA GUITARE de façon autodidacte.

FAIRE BRÛLER DE LA SAUGE dans ma maison m’aide à purifier la tête et l’esprit et cela porte mes prières jusqu’à mes grands-mères, mes grands-pères et le Grand Esprit. Cela m’apporte la paix dans mes pensées et dans mes gestes. La fumée me rappelle que dans ma vie, il est question de moi beaucoup plus que de tout autre personne au monde.

Finalement, j’essaie de ne pas trop penser au fait que je suis séropositif. PRENDRE MES MÉDICAMENTS est une étape dans ma journée qui m’y fait penser, mais cela me permet également d’avoir un certain équilibre.

LOUISE BINDER, 52 ans

Présidente de Voices of Positive Women, présidente du Conseil canadien de surveillance et d’accès aux traitements, coprésidente du Conseil ministériel sur le VIH/sida
Date du diagnostic du VIH : 1994
Charge virale : indétectable
Compte des lymphocytes CD4 : 620
Toronto, Ontario

LE FAIT QUE quelqu’un s’intéresse à mes techniques de diminution du stress est vraiment hilarant! J’ai commencé à suivre un cours de diminution du stress il y a quelques mois et j’étais tellement occupée que je me suis seulement rendue au premier cours. Mon instructeur et moi avons convenu que cela n’était pas pour moi. J’aime bien raconter que J’AI ÉCHOUÉ AU COURS DIMINUTION DU STRESS 101. Je ne crois pas être très crédible sur le sujet.

Ceci dit, je crois qu’être capable de VOIR L’HUMOUR DANS LA VIE et de ne pas tout prendre trop au sérieux est une forme de diminution du stress. De plus, c’est important de se réveiller et de commencer sa journée en pensant à des choses agréables qui vous permettent de vous sentir BIEN MENTALEMENT ET PHYSIQUEMENT. Je fais du « power stepping » comme exercice, ce qui est un bon remède contre le stress. Je me suis inscrite à un cours d’écriture et à un cours d’appréciation de l’opéra (pour certains, cela causerait probablement du stress…). Je prends le temps de voir mes amis et je me suis mise à cuisiner. En fait, je pourrais en dire long — je lis de bons livres, je vais au cinéma…

JANET CONNERS, 45 ans

Activiste en pré-retraite
Date du diagnostic du VIH : 1989
Charge virale  indétectable
Compte des lymphocytes CD4 : 593
Hatchet Lake, Nouvelle-Écosse

J’AI VÉCU beaucoup de stress en raison d’un deuil et j’ai déjà passé beaucoup de temps à pleurer dans ma voiture, toute seule. Je conduisais, alors j’imagine que ce n’était pas très sécuritaire. Mais dans ma voiture, j’étais totalement seule et personne ne pouvait me rejoindre. C’était en quelque sorte un événement planifié : il y avait toujours de la musique, je faisais exprès de choisir de la musique qui me ferait pleurer, surtout DES CHANSONS PARLANT DE COEURS BRISÉS, certaines chansons de Tammy Wynette, de Whitney Houston.

C’était avant que je me rende compte que je pouvais pleurer devant les gens. Le stress survient souvent parce que nous portons ce fardeau que nous croyons devoir porter tout seuls. Mais j’ai pris conscience que nous pouvons partager ce fardeau. Nous partageons presque toutes nos émotions avec les autres — le bonheur, la joie, le rire, la colère, la frustration — presque toutes sauf la peine. Il y a cette idée que nous ne devrions pas pleurer en public. Après avoir appris à pleurer devant les autres, je suis parvenue à exprimer ce que je ressentais AU MOMENT où je le ressentais sans devoir en arriver à un point où cela devenait trop stressant. CELA M’A LIBÉRÉ D’UN ÉNORME FARDEAU.

Maintenant, je gère le stress de deux façons en particulier. Premièrement, j’en parle à mon partenaire, à ma sœur, à mes amis, et j’essaie de régler le problème. Deuxièmement, j’ai déménagé à la campagne, près d’un lac, alors je vais à l’endroit le plus tranquille de notre propriété et je m’assois en regardant le lac afin de libérer mon esprit. J’écoute encore beaucoup de musique, mais ces temps-ci, ce sont des CHANSONS DE SPECTACLE. J’adore Gypsy, surtout la chanson « Everything’s Coming Up Roses ».