Vision positive

automne/hiver 2001 

Bon jusqu’à l’os

Diana Peabody fait le point sur la nutrition et les os

LE SQUELETTE est un système structurel de grande importance qui sert de soutien à l’organisme et de réservoir aux minéraux essentiels. Constitués de tissus vivants et dynamiques, les os subissent un processus constant de dégradation et de reconstruction. Au cours de ce cycle, les minéraux ne cessent d’entrer dans les os et d’en ressortir. Lorsque les pertes de minéraux sont supérieures aux gains, les os se fragilisent et deviennent sujets aux fractures. Plusieurs facteurs influent sur ce processus, dont la nutrition, les hormones, les médicaments et les maladies.

Malheureusement, il semble que les os des personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH/sida) s’amincissent avec le temps. Les recherches portent à croire que les PVVIH/sida, notamment celles ayant peu de cellules CD4+, sont susceptibles d’avoir un faible taux d’ostéocalcine, la principale hormone responsable de la fabrication de nouveaux tissus osseux. De façon générale, les PVVIH/sida ayant un faible taux de cette hormone présentent également une carence en vitamine D3, la forme activée de la vitamine D. Bien que la cause précise de la perte de tissus osseux chez les PVVIH/sida n’ait pas été élucidée, il semble que l’infection au VIH et la multithérapie antirétrovirale y contribuent toutes les deux.

Quelle qu’en soit la cause, il est de plus en plus évident que les PVVIH/sida courent un risque élevé d’ostéopénie — diminution de la densité minérale des os (DMO) — et d’ostéoporose, soit la forme plus grave de l’ostéopénie. Cependant, il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure, car il existe des moyens de protéger et de soigner les os.

Conseils pour améliorer la santé des os

S’assurer un apport nutritionnel adéquat. Il est important de consommer suffisamment de calories et de protéines pour maintenir, à l’intérieur d’un écart idéal, la masse maigre de l’organisme et le poids corporel. Demeurer fort et en bonne santé aide le squelette à mieux soutenir le corps. Les gens minces ont tendance à avoir des os minces.

Calcium. Le calcium est le principal minéral qu’utilise l’organisme pour fabriquer les os. L’adulte moyen a besoin de 1 000 mg de calcium par jour, mais les PVVIH/sida, notamment celles sous multithérapie, peuvent en avoir besoin à raison de 1 500 mg par jour. La dose plus élevée est indiquée si vous appartenez à une des catégories suivantes : personnes ayant le sida, femmes ménopausiques, personnes sédentaires, malades en convalescence. Il existe plusieurs types de suppléments de calcium sur le marché. Le carbonate de calcium en est le plus courant et le moins cher, mais il semble que le citrate de calcium soit plus facile à tolérer. La farine d’os, ou la dolomite, risque de contenir des métaux lourds tels que le plomb. Assurez-vous de prendre les suppléments avec des aliments, d’étaler les prises sur trois ou quatre repas et de boire beaucoup d’eau. Ne dépassez pas une dose de 1 500 mg par jour sans obtenir l’avis d’un médecin. Il semble que les suppléments de calcium offrent l’avantage additionnel d’alléger les diarrhées.

Vitamine D. Afin d’agir comme il se doit, la vitamine D — qui est essentielle à l’absorption et à l’utilisation du calcium par l’organisme —, doit être convertie en sa forme active, appelée vitamine D3, à l’intérieur du foie et des reins. Les PVVIH/sida ont tendance à avoir un taux réduit de vitamine D3, mais aucune preuve ne laisse croire que ce déficit est attribuable à une carence en vitamine D. Il est plus probable que le déficit est le résultat d’un problème d’activation dans le foie. La forme activée de la vitamine D est disponible sous forme de supplément, mais cette dernière ne constitue pas nécessairement une option pratique. La dose recommandée pour améliorer l’absorption du calcium est de 400 à 800 UI (unités internationales) par jour. Remarque : La vitamine D peut être toxique lorsque la dose quotidienne dépasse 1 200 UI.

Magnésium. Ce nutriment, qui a tendance à agir de concert avec le calcium, contribue à la fabrication des os. Toutefois, il existe un manque de consensus quant à la nécessité de compléter une supplémentation en calcium par une supplémentation en magnésium. Quoi qu’il en soit, certaines données laissent entendre que les personnes vivant avec le VIH sont souvent carencées en magnésium. Il est donc généralement considéré comme utile d’inclure ce minéral dans les programmes de supplémentation alimentaire. D’ordinaire, les gens prennent trois fois plus de calcium que de magnésium. Remarque : Évitez les fortes doses de magnésium si vous avez la diarrhée parce que ce minéral a pour effet de ramollir les selles.

Zinc. Les études menées sur des animaux laissent croire que le zinc contribue à renforcer les os en maximisant les effets positifs de la vitamine D et de l’estrogène sur la densité minérale des os. Le zinc est efficace et sans danger lorsque pris à raison de 50 mg par jour.

Antioxydants. La présence de concentrations élevées de substances grasses oxydées ou rances dans le sang risque de supprimer la formation de nouvelles cellules osseuses. Les vitamines E et C sont des antioxydants qui se sont révélés utiles pour réduire l’oxydation du cholestérol et des lipoprotéines (matières grasses dans le sang). 500 mg une ou deux fois par jour constituent une dose sécuritaire et raisonnable de la vitamine C. Quant à la vitamine E, on peut en prendre à raison de 400 à 800 UI par jour sans danger.

Autres minéraux. Parmi les autres nutriments nécessaires au métabolisme des os, mentionnons le phosphore, le manganèse, le cuivre, le bore et le silicium. Assurez-vous de prendre une multivitamine qui contient chacun de ces minéraux. Il n’est pas nécessaire d’en prendre séparément.

À faire

Faites traiter la malabsorption. Si vous souffrez de diarrhées chroniques, consultez un médecin afin d’en déterminer la cause et de vous faire soigner. Si les nutriments sont mal absorbés, le corps dispose de moins de matériau pour fabriquer les os.

Bougez. Les exercices de résistance, tels que la marche, la course à pied et la musculation (et non la natation ou le cyclisme) sont nécessaires à l’absorption des minéraux par les os. L’importance de l’exercice pour bâtir les muscles, protéger le cœur et maintenir la force des os ne saurait être exagérée. Les gens dont la mobilité est réduite par une maladie, des douleurs ou une neuropathie courent un risque très élevé d’amincissement des os et doivent donc tout faire pour réduire les autres facteurs de risque. Si vous ne savez pas démarrer votre programme, demandez à votre médecin de vous référer à un(e) physiothérapeute.

Comportements à éviter

Réduisez votre consommation de tabac et d’alcool. La masse osseuse a tendance à être plus faible chez les fumeurs, et la consommation excessive d’alcool accroît le risque d’ostéoporose.

Réduisez votre consommation de caféine et de sel. Les aliments riches en sel provoquent des pertes de calcium dans l’organisme, et les boissons caféinées entraînent la diminution de la masse osseuse et ce, à raison de deux tasses par jour seulement.

D’autres façons de bâtir les os

Connaissez votre niveau d’estrogène et de testostérone. Ces hormones exercent un effet anabolisant important sur les os. Certaines femmes ménopausiques auraient intérêt à envisager une estrogénothérapie substitutive afin de se protéger les os. Les hommes atteints d’hypogonadisme (faible taux de testostérone) pourraient bénéficier d’une thérapie de remplacement de la testostérone. Parlez-en avec votre médecin.

Connaissez votre DMO. Pour en savoir plus sur votre densité minérale des os, votre médecin peut vous faire subir un examen radiologique spécialisé appelé DEXA. De façon générale, les listes d’attente pour ce genre d’examen sont longues, mais le test est couvert par les régimes d’assurance-maladie provinciaux.

Il importe de noter que l’infection au VIH n’est pas le seul facteur de risque en ce qui concerne la diminution de la DMO. Certains facteurs de risque d’ostéoporose sont hors de votre contrôle, tels que le vieillissement, les antécédents familiaux et le fait d’être une femme, de race blanche ou d’origine asiatique. D’autres facteurs, tels que le diabète, les maladies inflammatoires intestinales, la ménopause, l’aménorrhée (absence de règles), un faible taux de testostérone chez les hommes, la malabsorption et l’usage de corticostéroïdes contribuent à accroître le risque de pertes minérales au niveau des os. Une diététiste agréée peut évaluer vos facteurs de risque d’ostéoporose d’ordre nutritionnel et vous aider à choisir des aliments et des suppléments qui contribueront à la santé de vos os.

Le présent article n’a pas pour objectif d’allonger votre liste d’inquiétudes en ce qui concerne votre santé. L’auteure vous invite plutôt à percevoir les mesures décrites ci-dessus comme une démarche proactive que vous pouvez prendre pour améliorer la santé de vos os.

Diana Peabody, RD, est diététiste clinicienne à la Oak Tree Clinic, un service du Children’s and Women’s Health Centre of British Columbia.

Illustration : Beverly Deutsch

Bone appétit

Sources alimentaires de calcium

300 mg : une tasse de lait, de lait de soja fortifié ou de jus fortifié; ¾ de tasse de yogourt nature

250 mg : une once de fromage; 2 tranches de fromage; ¾ de tasse de yogourt aux fruits; ½ tasse de saumon ou de sardines en conserve avec les arêtes

150 mg : une tasse de fèves cuites, de fèves de soja ou de fèves blanches; ½ tasse de pouding ou de lait glacé; 3 onces de tofu au calcium

75 mg : ½ tasse de pak-choï ou de chou frisé; une tasse de pois chiches; ½ tasse de crème glacée; ¼ de tasse d’amandes

50 mg : une tasse de haricots de Lima, de haricots communs ou de lentilles; ¾ de tasse de brocoli; 2 cuillerées à table de tahini; 2 tranches de pain de blé entier