Vision positive

automne/hiver 2001 

Apprendre à respirer

Gordon Waselnuk vous fait découvrir les bienfaits de la méditation

par Gordon Waselnuk

LA DOULEUR PEUT ÊTRE une grande source de motivation.

C’est ce qui m’a poussé, plusieurs mois après la mort de mon amoureux, il y a dix ans, à faire ma valise et à partir pour l’Asie en quête de répit. À Yanghshou, en Chine, une petite affiche a attiré mon attention. Elle offrait une retraite silencieuse Vipassana dans un monastère bouddhiste sur une île magnifique de Thaïlande. Même si je ne connaissais rien à la méditation ou au bouddhisme, mon instinct me disait d’y aller.

Deux semaines plus tard, je grimpais une colline à Kho Phangnan menant au monastère Wat Kow Tham. Les moines et les nonnes étaient beaux dans leurs vêtements safran et blanc. Les images dorées de Bouddha brillaient au soleil tropical. Magique! S’ils avaient seulement su à quel point j’étais amoché à l’intérieur.

Je ne m’étais pas toujours senti ainsi. Il y a plusieurs années, j’étais un homme gai « qui avait du succès ». J’avais un bon emploi, un bel appartement, un corps ferme et un bel amoureux de longue date, Richard. La vie était fabuleuse! Mais en novembre 1989, Richard m’a dit qu’il ressentait de la douleur au ventre. Deux mois plus tard, après de nombreux examens, nous avons reçu un coup de massue à la tête. Diagnostique : sida. Ma vie est tombée en ruines. Les six mois suivants furent une image floue d’hôpitaux, de thérapies intensives, de colère, de déni, de marchandage et de Richard qui perdait ses forces et qui est mort. Comment cela pouvait-il nous arriver? Une colère intense, de la peur, de la solitude ainsi que mon propre diagnostic de VIH s’ensuivirent. Je me sentais perdu dans le noir, pris dans une tempête sans fin. J’avais besoin d’un refuge.

J’étais mené par la douleur et c’est peut-être elle qui m’a mené jusqu’au monastère sur la colline. Je me suis assis au fond de la salle pendant le mot de bienvenue, prêt à sortir en vitesse si les professeurs se mettaient à parler comme la famille Manson. Ils expliquèrent les principes de base : la méditation Vipassana (la compréhension et le souci de soi) n’est pas une religion mais plutôt une philosophie de vie reposant sur des enseignements bouddhistes ouverts à tous — oui, même aux homos. Il n’y a pas de gourou ni d’être suprême que l’on doit vénérer et vous pouvez l’incorporer à vos autres croyances. Le but est de diminuer votre souffrance et votre ignorance et de vivre selon des valeurs plus nobles comme la compassion, la compréhension et la gentillesse empreinte d’amour envers soi et envers les autres.

Je me suis rapproché au fur et à mesure que les professeurs continuaient à parler. Grâce à la pratique quotidienne de la méditation, comprenant de la réflexion, nous pouvons graduellement accroître notre conscience. Nous devenons soucieux de nos pensées, de nos sentiments, de nos gestes et de nos réactions. Alors que nous devenons plus conscients, nous sommes plus à même de comprendre les causes et les effets de nos gestes. Nous devons nous exercer de façon quotidienne afin de vivre et de comprendre ces bienfaits.

J’étais convaincu.

Apprendre à s’abandonner

Chacun de mes dix jours passés au monastère a comporté des cours et de la méditation. Les professeurs souhaitaient que nous incorporions le souci de soi ainsi que cette philosophie de vie à notre vie quotidienne. Au fil des jours, j’ai senti profondément, expérimentalement, que j’avais trouvé quelque chose de très important. J’ai appris à « être » en accord avec tout ce qui pouvait se passer, remarquant la nature éphémère de toute chose. Parfois, le chagrin s’abattait sur moi comme une puissante vague et les larmes roulaient sur mon visage. Grâce aux outils que me donnait la méditation, je me laissais vivre ces émotions à fond mais sans y attacher d’histoire mentale. Je revenais sans cesse dans mon corps afin de me rendre compte de la façon dont ce sentiment se manifestait — mon cœur battait plus vite, j’avais l’estomac noué. En fait, j’avais du chagrin sans toutefois l’entretenir ni lui résister avec des pensées de peur, de colère ou de doute. Ma respiration devenait plus rythmique, moins superficielle, moins intense. Je me sentais en sécurité et plus sain d’esprit à ce moment.

Cette technique est devenue bénéfique pour moi en tant que personne vivant avec le VIH lorsque parfois, par exemple, je ressens de la douleur physique ou les effets secondaires des médicaments (et cela fonctionne en synergie avec la médication contre la douleur). Parfois, on ne se sent simplement pas bien. Si nous pouvons y changer quelque chose, tant mieux, sinon il vaut mieux l’accepter. C’est en l’acceptant que nous parvenons éventuellement à le transcender. Nous n’avons pas toujours le pouvoir sur notre santé ou sur notre environnement, mais nous avons notre mot à dire en ce qui concerne notre réaction. Cela est un apprentissage intuitif très puissant.

Il s’est écoulé une dizaine d’années depuis cette première retraite. La première année a été un défi, mais j’ai persévéré, j’ai continué à m’exercer et j’ai fait cinq autres retraites. Je médite maintenant tous les jours. Cela m’a fait un grand bien sur les plans émotionnel, physique et spirituel. En passant un moment tranquille chaque jour, je suis graduellement parvenu à développer une relation plus intime avec moi-même. Même si nos amis, notre famille et nos intervenants nous soutiennent, nous ne pouvons pas toujours nous attendre à ce qu’ils soient là pour nous. Grâce à la méditation, j’ai trouvé un refuge où je peux prendre soin de moi, trouver du réconfort et du soutien. Ce refuge, c’est moi.

Soyez à l’écoute de votre corps

Êtes-vous à l’écoute de ce que vous dit votre corps? La dysfonction immunitaire peut parfois nous surprendre — une petite chute d’énergie, de poids, de masse musculaire, de libido, une petite dépression. Nous l’ignorons souvent ou nous en sommes incertains jusqu’à ce que cela devienne un problème plus sérieux. En remarquant les problèmes dès le départ et en étant en mesure d’agir, nous sommes plus à même de ralentir ou de renverser les symptômes. Cela nous permet également de décrire plus clairement nos symptômes à nos intervenants : comment ils se manifestent, comment on se sent. Les morceaux d’un casse-tête. D’un autre côté, nous pouvons également reconnaître les bienfaits subtils de la thérapie comme les gains d’énergie ou un sentiment de vitalité. Le fait de remarquer les améliorations peut faire des merveilles pour l’esprit et peut vous aider à poursuivre la thérapie que vous suivez.

Vous aurez également plus d’énergie, cela ralentit le processus de vieillissement et vous aurez meilleure apparence. Je n’ai peut-être rien besoin d’ajouter après cette révélation, mais la vérité est que la méditation embellit votre âme et qu’elle permet de franchir les barrières intérieures que nous avons parfois.

Mettez l’accent sur le positif

Dans le silence de la méditation, nous commençons à remarquer les motifs négatifs comme les comportements et le conditionnement qui vont à l’encontre de ce que nous voulons. La compassion, la compréhension, le pardon, le fait de prendre soin de soi et la gentillesse empreinte d’amour sont des réflexions et des affirmations que nous exprimons et visualisons après avoir médité. Il s’agit d’un outil puissant permettant de passer à travers les murs intérieurs. Vous pouvez créer vos propres réflexions et vos propres affirmations. Je réfléchis au fait que je suis privilégié de croître. Je demande à être reconnaissant pour des choses simples, ce qui m’aide à calmer les sentiments « pauvre moi » que je ressens de temps à autre. Je demande d’avoir plus de compassion et d’amour envers moi-même et envers les autres. La façon dont nous nous voyons et dont nous voyons le monde détermine notre capacité à ressentir la joie et la tranquillité d’esprit.

La méditation est aussi le meilleur outil de réduction du stress que j’aie trouvé. Lorsque j’ai peur, que je doute ou que je m’inquiète, je le remarque tout simplement et je me concentre ensuite sur ma respiration sans réagir comme j’en ai l’habitude. En observant nos pensées et nos sentiments — en les remarquant sans se laisser envahir par eux — ils ont éventuellement moins de pouvoir sur nous, ce qui nous permet de nous calmer et d’être plus objectifs.

Des recherches appuient ce que j’ai vécu. Une étude de l’université de Miami portant sur 450 femmes séropositives révèle que les femmes qui ont médité et qui ont effectué une thérapie de groupe étaient considérablement moins déprimées que les autres. De plus, elles avaient une meilleure adhérence à leur médication. Une autre étude portant sur 21 hommes gais séropositifs pratiquant la méditation, faisant de l’exercice de façon modérée et ayant des affirmations positives révèle que ceux qui ont conservé ces pratiques pendant deux ans étaient moins susceptibles de nier leur diagnostic et affichaient de plus faibles taux de progression de la maladie.

Je vous encourage à vous exercer tous les jours. Vous pouvez faire comme moi : 20 minutes de méditation en position assise et de la réflexion le matin ou quelque chose qui implique un mouvement comme le yoga, le tai chi ou le chi kong. Peu importe ce qui vous convient. L’essentiel est de faire un effort quotidien afin de vivre une existence plus consciente et plus empreinte d’amour.

Un professeur compétent et un environnement de groupe sont idéaux pour les débutants. (Sachez qu’on déconseille aux personnes ayant des troubles de l’humeur, souffrant de schizophrénie ou de dépression grave de pratiquer la méditation.) Certaines retraites reposent sur les dons. Cherchez les annonces dans les journaux locaux sur la santé ou dans les magazines nouvel âge ou communiquez avec un groupe de méditation local ou un organisme de lutte contre le sida. Je souhaite que le périple qui vous mènera au sommet de votre propre colline soit une merveilleuse découverte.

Gordon Waselnuk anime des ateliers faisant la promotion de la santé et de la méditation à Vancouver et à l’échelle du Canada.

Illustration : Eyewire