Le VIH au Canada : Guide d'introduction pour les fournisseurs de services

Les options en matière de fertilité et la prévention de la transmission verticale

Points clés

  • La planification de la grossesse et les options en matière de fertilité permettent à de nombreuses personnes séropositives au Canada de concevoir tout en réduisant le risque de transmission du VIH d'un partenaire sexuel à l'autre.
  • Le taux de transmission  du VIH (d'un parent à l'enfant) est extrêmement faible au Canada.
  • Si une personne amorce un traitement antirétroviral avant la grossesse puis maintient une charge virale indétectable, elle ne transmettra pas le VIH à son bébé.
  • Puisque le VIH peut passer dans le lait maternel, l'allaitement est déconseillé aux mères séropositives au Canada.

Grâce aux avancées réalisées dans le domaine des traitements du VIH, de plus en plus de personnes séropositives au Canada envisagent d'avoir des enfants. La transmission au partenaire sexuel et à l'enfant sont deux préoccupations importantes lorsqu'on envisage la conception en présence du VIH.

Publiées en 2018, les lignes directrices canadiennes en matière de VIH et de grossesse offrent des conseils sur les options destinées à réduire la transmission au partenaire lorsqu'un couple tente de concevoir. Les options peuvent inclure le sexe sans condom au moment propice (tout en tenant compte de la charge virale de VIH chez le partenaire séropositif et d'autres facteurs), la prophylaxie pré-exposition (PrEP), le lavage du sperme ou l’utilisation de sperme d’un donneur en combinaison avec l’insémination intra-utérine, de même que des technologies plus avancées comme l'insémination intra-utérine et l'insémination in vitro.

La transmission du VIH d'un parent à un enfant peut se produire pendant la grossesse, le travail de l’accouchement et l'accouchement ainsi que lors de l'allaitement. En l'absence de traitement antirétroviral, entre 15 % et 30 % des enfants nés de personnes séropositives contracteraient le VIH pendant la grossesse ou l'accouchement, tandis qu’entre 5 %et 20 % seraient à risque de contracter le VIH lors de l'allaitement.

Si une personne amorce un traitement antirétroviral avant la grossesse, puis maintient une charge virale indétectable, elle ne transmettra pas le VIH à son bébé pendant la grossesse ou l’accouchement. Toutefois, cela n'est possible que si la personne est diagnostiquée avant la grossesse. Si le diagnostic de VIH est posé pendant les soins prénatals, le fait de commencer le traitement le plus tôt possible et de maintenir une charge virale indétectable jusqu’à la fin de la grossesse réduira considérablement le risque de transmettre le VIH au bébé. Si le diagnostic est posé durant le travail ou l’accouchement, ou encore si le traitement n’est pas commencé pendant la grossesse, un traitement antirétroviral de plus courte durée, administré avant l'accouchement, peut aussi contribuer à réduire le risque de transmission, quoique moins efficacement. Dans tous les cas, il faut qu'un traitement antirétroviral soit administré aussi à l'enfant après sa naissance.

Bien que le risque soit très faible, il existe une mince possibilité de transmission du VIH à un bébé par l’allaitement, et ce, même si la personne qui allaite a une charge virale indétectable. Les lignes directrices canadiennes recommandent que les parents vivant avec le VIH nourrissent leurs bébés au moyen d’une préparation pour nourrisson afin d’éviter la possibilité de transmission du VIH par cette voie. Cependant, les experts recommandent également aux personnes qui suivent un traitement et qui maintiennent une charge virale indétectable d’avoir recours à du soutien clinique, si elles souhaitent vivement allaiter leur bébé au sein, de manière à le faire avec le moins de risque possible.

Presque toutes les personnes enceintes au Canada reçoivent des soins prénatals, ce qui constitue une occasion idéale de les conseiller au sujet du dépistage du VIH. Il demeure que certains groupes de personnes, comme celles qui s'injectent des drogues, les immigrantes et les réfugiées, risquent de ne pas recevoir de soins prénatals adéquats. Pour réduire le nombre de bébés séropositifs nés de personnes ignorant leur statut, les provinces et territoires canadiens ont tous élaboré des politiques concernant le dépistage universel des personnes enceintes. Ces politiques sont conçues pour accroître la probabilité que les médecins proposent un dépistage du VIH aux personnes enceintes. Certaines provinces privilégient l'approche avec consentement (opt-in), en vertu de laquelle le dépistage du VIH n’est effectué que si la personne l’accepte spécifiquement. D'autres provinces utilisent l'approche avec option de retrait (opt-out) : on explique aux personnes enceintes qu'un dépistage du VIH sera inclus dans les tests prénatals de routine mais qu'elles peuvent le refuser.

En 2017, 240 bébés nés au Canada avaient été exposés au VIH durant la période périnatale. Seuls trois d’entre eux ont été ultérieurement confirmés comme vivant avec le VIH; une mère n’avait reçu aucun traitement contre le VIH pendant sa grossesse, alors que les deux autres avaient suivi un traitement pendant qu’elles étaient enceintes. Il n’existe pas de données sur la durée de leur traitement ou l’atteinte et le maintien éventuels d’une charge virale indétectable.

Les obstacles à la prévention de la transmission du VIH d’une personne enceinte à son bébé incluent le manque de soins prénatals, l'absence de dépistage du VIH durant la grossesse, la séroconversion non diagnostiquée (nouvelle infection par le VIH) durant la grossesse et l'absence de traitement antirétroviral ou le traitement sous-optimal en cours de grossesse (p. ex., faible observance thérapeutique, amorce tardive du traitement antirétroviral).

Ressources

La grossesse et l'alimentation des nourrissons : Est-ce qu'on peut dire I=I au sujet du risque de transmission du VIH à un bébé? – CATIE

La grossesse et la séropositivité – Voici ce qu’il faut savoir – CATIE

Renseignements sur la planification d'une grossesse à l'intention des femmes séropositives et de leurs partenaires – Women's College Hospital

Renseignements à l'intention des femmes ayant reçu un diagnostic de VIH pendant leur grossesse – Women's College Hospital

Renseignements à l'intention des nouvelles mamans qui sont séropositives – Women's College Hospital

Renseignements sur la planification d'une grossesse à l'intention des hommes séropositifs et de leurs partenaires – Women's College Hospital

Sources

  1. Loufty MR, Kennedy VL, Poliquin V,, et coll. Lignes directrices canadiennes en matière de planification de la grossesse en présence du VIH. Journal d'obstétrique et de gynécologie Canada.Janvier 2018; 354:94-114. Disponible à l’adresse : https://www.jogc.com/article/S1701-2163(17)31014-9/fulltext
  2. Haddad N, Li JS Totten S, McGuire M. Le VIH au Canada : Rapport de surveillance, 2017. Relevé des maladies transmissibles au Canada. 2018;44(12):324 –332. Disponible à l’adresse : https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/rapports-publications/releve-maladies-transmissibles-canada-rmtc/numero-mensuel/2018-44/numero-12-6-decembre-2018/article-3-le-vih-au-canada-2017.html
  3. Arkell C. La grossesse et l’alimentation des nourrissons : Est-ce qu’on peut dire I=I au sujet du risque de transmission du VIH à un bébé? Point de mire sur la prévention. Printemps 2018; CATIE. Disponible à l’adresse : https://www.catie.ca/fr/pdm/printemps-2018/grossesse-lalimentation-nourrissons-quon-peut-dire-ii-sujet-risque-transmission-v