Le VIH au Canada : Guide d'introduction pour les fournisseurs de services

Les programmes de réduction des méfaits

Points clés

  • L’utilisation régulière et correcte de certaines interventions de réduction des méfaits (programmes d’aiguilles et de seringues, traitement par antagonistes des opioïdes, services de consommation sécuritaire) est une stratégie efficace pour réduire le risque de transmission du VIH et de l’hépatite C.

Une approche de réduction des méfaits efficace réside dans les programmes d’aiguilles et de seringues (PAS). Ces programmes fournissent du matériel d’injection neuf aux personnes qui utilisent des drogues. Une personne doit utiliser des aiguilles et d’autre matériel d’injection neufs chaque fois qu’elle consomme des drogues afin que cette approche soit hautement efficace. Ces programmes offrent typiquement d’autres services aussi comme l’information, le counseling et l’aiguillage vers d’autres ressources. Les PAS fonctionnent typiquement dans des sites fixes, mais la distribution d’aiguilles et de seringues se fait également d’autres manières, notamment les sites mobiles, les pharmacies, les distributrices automatiques et le travail d’approche. Les examens des données probantes ont trouvé que le recours aux PAS par les personnes qui s’injectent des drogues était associé à une réduction importante des comportements d’injection à risque et des taux de transmission du VIH et de l’hépatite C. On croit que les PAS sont plus efficaces lorsqu’ils sont associés à une variété d’approches de réduction des méfaits, telles que les interventions éducatives et le traitement par antagonistes des opioïdes (TAO).

Le TAO est une autre stratégie efficace qui consiste en la prise de médicaments sur ordonnance pour calmer les envies de consommer de la drogue et prévenir les symptômes de sevrage chez les personnes qui souhaitent réduire ou cesser l’usage d’opiacés illicites. Les médicaments les plus courants utilisés pour le TAO sont la méthadone et la buprénorphine. Ces médicaments ne produisent pas la même sensation euphorique ou gelée que connaît une personne lorsqu’elle s’injecte, sniffe ou avale des opiacés illicites. Les médicaments utilisés pour le TAO se sont continuellement révélés efficaces pour réduire ou arrêter la consommation de drogues injectables, les comportements d’injection à risque reliés et les taux d’infection par le VIH et l’hépatite C parmi les personnes qui s’injectent des drogues. L’hydromorphone ou la diamorphine (héroïne sur ordonnance) sont utilisées moins couramment pour le TAO auprès d’utilisateurs de drogues à long terme chez lesquels la méthadone ou la buprénorphine n’ont pas réussi. La recherche a révélé que ces médicaments réduisent la consommation de drogues illicites et le partage d’aiguilles, ce qui réduit probablement le risque de VIH et d’hépatite C.

Les services de consommation supervisée (SCS) sont une autre approche de réduction des méfaits efficace. Ces programmes fournissent un lieu supervisé où les gens peuvent consommer des drogues qu’ils se sont procurées à l’avance dans un milieu propre et sécuritaire. On a trouvé que les SCS attirent des personnes courant un risque élevé d’infection par le VIH et qu’ils peuvent constituer un contexte important pour l’offre d’éducation sur la réduction des méfaits, la distribution de matériel d’injection et l’orientation des clients vers des programmes de traitement des dépendances. Plusieurs études ont révélé que les SCS sont associés à une réduction des comportements d’injection à risque tels que le partage d’aiguilles/de seringues, ce qui peut contribuer à réduire la transmission du VIH et de l’hépatite C. Lorsque les personnes qui utilisent des drogues empruntent et prêtent moins souvent des aiguilles, la transmission du VIH et de l’hépatite C a moins de chances de se produire. La recherche a trouvé que le recours au SCS est également associé à d’autres pratiques plus sécuritaires en matière de consommation de drogues, telles que la réduction des injections effectuées en lieux publics et à l’extérieur, la réduction de la réutilisation des aiguilles et l’élimination sécuritaire du matériel d’injection usagé.

La portée des services de réduction des méfaits doit être importante, y compris dans les communautés rurales et éloignées, pour avoir un impact sur la réduction de la transmission du VIH et de l’hépatite C parmi les personnes qui s’injectent des drogues. Par exemple, les PAS qui ne distribuent pas suffisamment de matériel ou qui ne rejoignent pas assez de personnes qui s’injectent des drogues ont moins de chances que les programmes plus étendus d’avoir un impact sur les taux de transmission. On en sait peu sur la portée des PAS au Canada à cause de l’insuffisance des données. Nous savons cependant que la prévalence et l’incidence du VIH varient d’un bout à l’autre du pays, ce qui laisse penser que certains PAS rejoignent plus de monde que d’autres.

Malgré l’efficacité prouvée des nombreuses interventions de réduction des méfaits, plusieurs d’entre elles n’ont pas fait l’objet d’une mise à l’échelle efficace auprès des personnes qui s’injectent des drogues.

Ressources

La réduction des méfaits à l'œuvre : Les services de consommation supervisée et les sites de prévention des surdosesPoint de mire sur la prévention

La prévention du VIH pour les personnes qui s'injectent des drogues : nouvelles approches biomédicales et stratégies qui ont fait leurs preuvesPoint de mire sur la prévention

Sites de consommation supervisée : statut des demandes – Santé Canada

 

Sources

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